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A Contretemps, Bulletin bibliographique
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Être Gilet jaune
Article mis en ligne le 11 novembre 2019

par F.G.

■ Distribué sous forme de tract dans la manifestation parisienne du samedi 26 octobre, ce texte – signé du nom de son auteur – exprime bien, nous semble-t-il, en quoi ce mouvement des Gilets jaunes peut, par remaillage du tissu déchiré des solitudes et des exclusions, changer la vie de celles et ceux qui y participent. Très largement ignorée par les commentateurs du Spectacle et les adeptes de la Théorie, cette dimension existentielle permet pour partie de comprendre la durée inédite de ce mouvement, la détermination qui s’y manifeste et le désir infini de ne pas en finir avec ce qui fait, dans ses cortèges désordonnés, communauté humaine en mouvement. En cela, mieux que toute statistique ou analyse surplombante, cette tentative d’élucidation personnelle, qui pourrait en susciter d’autres, méritait d’être ici reprise.– À contretemps.




Paris, hier, aujourd’hui et demain
Pourquoi j’ai été, je suis et je serai toujours Gilet jaune !


On ne naît pas Gilet jaune, on le devient !

Oui, on devient Gilet jaune, non par des démonstrations intellectuelles, gesticulations philosophiques ou convictions idéologiques... on devient Gilet jaune parce qu’on vit la vie, parce qu’on est la vie ; parce qu’on est au cœur des échanges avec les autres, parce que pour nous l’autre n’est pas un objet, mais une personne.
On est Gilet jaune parce que les mots solidarité, empathie ont un sens pour toutes celles et tous ceux qui manifestent depuis plusieurs mois maintenant.

Que signifie pour moi être « Gilet jaune » ?

Au-delà d’une réponse formelle, structurée, réfléchie, comme le sont les analyses que l’on nous assène depuis tant d’années maintenant (médias, « intellectuels », « spécialistes »), les Gilets jaunes, en tout cas le Gilet jaune que je suis vois en ce mouvement la possibilité d’être tout simplement ; sans savoir où ce mouvement nous conduira, nous sommes là tous les samedis, dans la capitale et partout en France, et c’est bien, c’est même très bien !

Nous allons, nous marchons... pour qui... pour quoi ?

Je dirai, au fond : peu importe. La ritualisation de ces rendez-vous me permet, m’a permis, à chaque fois, d’en extraire une force de vie que je n’avais jamais vue, ressentie jusqu’ici, un peu perdu dans ma semaine, dans une course en accéléré, au cœur d’une société où le mot consommation balaye tout sur son passage, et surtout déshumanise les êtres qui la composent.

Pulsion de vie contre pulsion mortifère vers laquelle nous conduit le libéralisme (et je ne vois pas ce qu’il y a de libéral dans ce mot). Je réponds : la vie, la vie, la vie !

Alors oui, certains, et ils sont nombreux, surtout celles et ceux qui soutiennent le discours du maître – médias, patrons, paternalistes de tout poil..., les élites comme ils aiment se faire appeler –, ceux-là oui, bien sûr, ils ne comprennent pas et ne comprendront probablement jamais ; d’ailleurs, ils n’ont rien vu venir et portent une analyse sur ce mouvement comme un toréador sur le taureau qu’il combat : ils ne se rendent pas compte que leur arme est une épée de papier, un petit sabre de bois, à l’image de leurs pensées devenues si artificielles, si inopérantes, qu’ils sentent bien que quelques chose est en train de vaciller, de se rompre, et c’est cela qui leur fait peur, qui les terrorise. Vous n’avez rien de solide à nous opposer ! Votre estocade, c’est un mouvement sans vie !

Nous sommes le peuple, vous n’êtes plus grand-chose ; il ne vous reste que votre parade de mots, des mots à la coquille vide, votre côté « bling-bling », vos spécialistes en communication, et c’est tout !

Ils n’arrivent plus, vous n’arrivez plus, à nous mettre dans des cases. Les Gilets jaunes pour vous ? « Mouvement que l’on ne peut identifier et donc dangereux » à vos yeux. Cela vous rassure… jusqu’à quand ?

Dangereux surtout pour les manipulateurs qui ont tout intérêt à décerveler les citoyens de ce pays. Le niveau de notre télévision est une honte... et les médias – pas tous – passent à côté de quelque chose. Eux aussi ont peur. On peut le comprendre. Mais c’est dommage. Combien au sein des rédactions auraient quelque chose à dire, seraient prêts à prendre des risques avec nous... à parler vraiment. J’en suis convaincu.

Et maintenant que faire ?

Moi, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que demain, après-demain, je serai toujours Gilet jaune. Je ne suis pas uniquement un homme debout, je suis aussi un homme qui marche, tous les week-ends et plus encore s’il le faut, car il y a longtemps que je ne marche plus dans vos combines, dans votre discours « dominant ».

Je suis devenu un homme libre... un Gilet jaune... tout simplement.

Ph. PUEL

Si vous souhaitez donner votre avis, où même dire ce que pour vous signifie « être Gilet jaune », vous pouvez écrire à Ph. PUEL à cette adresse mail

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