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		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>Les brav m'en tombent !</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Toutes-un-chacune aura fait des tours de grand huit sur les retournements presque quotidiens de faits et de r&#233;cits m&#233;diatiques, jusqu'&#224; cette s&#233;quence qui, prenant son envol d'h&#233;licopt&#232;res tournoyant sans rel&#226;che au-dessus de couvre-feux d&#251;ment circonscrits, prit des accents quasi totalitaires. Puis le pire, inattendu, arriva : Pengo Bossio Wangi est mort et cinq autres personnes, dont une jeune fille de douze ans, ont &#233;t&#233; gravement bless&#233;es. Macron sera sur les lieux le jour m&#234;me aux fins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2903 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-4-37995.jpg?1793570227' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2904 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/les_brav_m_en_tombent__babaly_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 355 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toutes-un-chacune aura fait des tours de grand huit sur les retournements presque quotidiens de faits et de r&#233;cits m&#233;diatiques, jusqu'&#224; cette s&#233;quence qui, prenant son envol d'h&#233;licopt&#232;res tournoyant sans rel&#226;che au-dessus de couvre-feux d&#251;ment circonscrits, prit des accents quasi totalitaires. Puis le pire, inattendu, arriva : Pengo Bossio Wangi est mort et cinq autres personnes, dont une jeune fille de douze ans, ont &#233;t&#233; gravement bless&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Macron sera sur les lieux le jour m&#234;me aux fins de d&#233;finir l'&#233;v&#232;nement : c'est un &#171; attentat terroriste raciste &#187;, puis il se prend les pieds dans le tapis en avan&#231;ant qu'il s'agit &#171; de la premi&#232;re fois &#187;. &#192; l'Assembl&#233;e nationale, sur fond des valeurs de la R&#233;publique, S&#233;bastien Lecornu fait quant &#224; lui le lien entre la mort de Pengo Bossio Wangi et celle de &#171; Quentin &#187;, doucereusement nomm&#233; par son seul pr&#233;nom. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quelques jours apr&#232;s son d&#233;placement &#224; Trappes, Macron se rend &#224; Marseille. Ce qu'il faut vraiment garder de son verbiage c'est qu'&#171; on est rigoureux, on est ferme &#187;, et de conclure sur LE terme &#224; retenir prononc&#233; sur un ton sp&#233;cialement choisi et doux : &#171; on est R&#233;publicains &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8220;On n'avait pas anticip&#233; le 17 octobre&#8221; : Emmanuel Macron en visite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ouf, on avait eu un peu peur !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Feriel Alouti , In&#232;s Bennacer, Prisca Borrel et Marie Turcan, &#171; Pengo, &#231;a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bien, mais ce n'est pas le tout de ma&#238;triser l'art des formules et de savoir causer dans le poste puisque le foutu peuple semble quelque peu &#233;nerv&#233; et qu'il r&#233;clame des preuves. En la circonstance des preuves de r&#233;publicanisme patent&#233;, pour lesquelles voici une premi&#232;re occasion toute trouv&#233;e : des personnes ont souhait&#233; se r&#233;unir pour rendre hommage &#224; Pengo Bossio Wangi, aussi un appel &#8211; relay&#233; par les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;t&#233; lanc&#233; pour se rassembler le 26 octobre, &#224; 18 heures, partout en France et &#224; R&#233;publique pour les Parisiens. L&#224;, ceux qui ne sont pas branch&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux apprennent que la s&#233;quence d&#233;bute par une interdiction de la pr&#233;fecture et se font expliquer par les flics qu'il faut aller rejoindre l'autre rassemblement, celui, manifestement autoris&#233;, qui a &#233;t&#233; voulu par les soc-d&#233;m. Il se tient &#224; 19 heures &#224; Stalingrad avec &#171; z&#233;ro association musulmane, z&#233;ro association de quartier, z&#233;ro organisation de l'antiracisme politique &#187;, d'apr&#232;s le journaliste militant Taha Bouhafs. Vue l'interdiction, il a &#233;t&#233; pr&#233;vu par les organisateurs de se retrouver &#224; la Bourse du travail, rue du Ch&#226;teau-d'Eau, &#224; quelques m&#232;tres de la R&#233;publique. D&#232;s 18 heures une petite foule d'un millier de personnes y stationne devant des portes ferm&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
18 h 45 : la foule se fait vraiment dense et tend &#224; d&#233;border sur la chauss&#233;e &#8211; fort fr&#233;quent&#233;e &#8211; du boulevard Magenta. Au loin, les portes de la Bourse s'ouvrent, un gars crie et l'on finit par comprendre que l'on est beaucoup trop nombreux pour entrer et rejoindre l'AG qui a commenc&#233;, celle qui &#233;tait d&#233;j&#224; programm&#233;e pour pr&#233;parer le 31 octobre. D'un hommage pr&#233;vu &#224; la m&#233;moire d'une personne assassin&#233;e pour sa couleur de peau, le rassemblement se transforme alors en harangues des cort&#232;ges, en claquements de mains italophones, en acronymes au &#171; BE &#187; conclusif appuy&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ACA&#8230;BE.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans compter que Zyed, Bouna, Th&#233;o et Adama sont bien toujours dans les m&#233;moires et que la justice n'est nulle part quand la police est partout, qui, au loin, a d&#233;j&#224; align&#233; ses camions en travers de la rue du Ch&#226;teau-d'Eau. Les compteurs vont bon train et l'on se compte d&#233;j&#224; : 3 000, surveill&#233;s par une vingtaine de flics encore en tenues l&#233;g&#232;res, lesquelles risquent d'&#234;tre &#233;court&#233;es par des automobiles klaxonnant &lt;i&gt;&#171; Siamo tutti antifascisti &#187;&lt;/i&gt; sur le Magenta. Les chauffeurs de bus y sont &#224; la peine, qui se fait capitale lorsque le boulevard s'illumine de lumi&#232;res bleues tournantes, pourtant immobiles : la sortie vers le Nord est donc, elle aussi, bloqu&#233;e. Les voitures tentent alors de faire demi-tour vers R&#233;publique, puis les bus, engonc&#233;s dans la foule, coupent leur moteur et rel&#226;chent sur le trottoir des passagers reclus depuis une bonne demi-heure ; apr&#232;s quoi m&#234;me les chauffeurs descendent et leurs pataches restent coinc&#233;es au milieu de ce bordel total tel qu'organis&#233; par la pr&#233;fecture. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
19 heures et quelques : &#231;a sent la nasse. Un flic muni d'un m&#233;gaphone vocif&#232;re ce qu'il faut sans doute comprendre comme des sommations, mais l'intensit&#233; sonore et continue de la foule couvre la bonne intelligence d'un message r&#233;it&#233;r&#233; bien au-del&#224; des trois salves r&#233;glementaires. Les renforts arrivent par R&#233;publique et, d&#251;ment calott&#233;s, les robocops s'avancent tandis que d'aucun.es, parmi les contestataires, entament une diagonale de repli en direction de la R&#233;publique. Les camions se garent en ligne pour former un rempart sur toute la longueur du trottoir qui va jusqu'&#224; la Bourse du travail, tandis que la mar&#233;chauss&#233;e se positionne sur trois rangs pour bloquer l'entr&#233;e du Magenta. Les voix reprennent alors de plus belle de part et d'autre du mur de casqu&#233;s qui ne savent plus tr&#232;s bien de quel c&#244;t&#233; positionner leur flanc face. Sur ces entrefaites arrivent les Brav-M, et voil&#224; le d&#233;but du miracle R&#233;publicain : ils sont &#224; pied. Pour une fois personne ne les a entendus arriver. O&#249; ont-ils gar&#233; leurs motos rutilantes ? Le myst&#232;re restera plein et entier. Leur t&#226;che consiste &#224; s'occuper de ceux qui se sont exfiltr&#233;s de la nasse et pourraient &#8211; qui sait ? &#8211; nasser les robocops, donc le pire. On craint, en effet, le pire, mais les brav se mettent &#224; marcher pos&#233;ment d'une personne &#224; l'autre : &#171; Madame, veuillez rejoindre le trottoir s'il vous pla&#238;t. &#187; Wesh, j'y crois pas ! J'ai pourtant rien fum&#233; ! Nous voil&#224; donc sur des portions de trottoirs car tant de civilit&#233; en impose et, apr&#232;s tout, &#234;tre sur le bitume de la rue ou sur celui du trottoir ne soustrait rien aux capacit&#233;s vocales. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
21 h 30, &#231;a gueule &#231;a gueule, &#231;a gueule encore parce qu'enfin, lib&#233;rez nos camarades, c'est vrai, quoi, il se fait tard et mine de rien &#231;a caille. Sur ce arrive une copine pourtant recluse depuis le d&#233;but devant les portes de la Bourse du travail, mais elle a fait comment pour sortir ? En fait, de nasse, il n'y en eut pas, dit la pote. On sort et on entre de l&#224; comme on veut, du reste tous ceux qui &#233;taient &#224; l'int&#233;rieur de la Bourse du travail sont partis depuis longtemps, ce qui est &#233;galement le cas de bien d'autres personnes. Ainsi, ceux qui sont rest&#233;s ont tout simplement des organes vocaux surdimensionn&#233;s. Les robocops, quant &#224; eux, n'ont pas boug&#233; d'un iota depuis 19 heures. Un gars crie qu'il faut aller rejoindre ceux qui sont devant la Bourse car ils se font peu nombreux, et il indique la voie &#224; suivre : une rue transversale, puis un passage qui d&#233;bouche devant la Bourse du travail. L&#224;, les flics du d&#233;but, ceux en tenue l&#233;g&#232;re, sont toujours ainsi v&#234;tus et font face &#224; une cinquantaine de personnes, jeunes, qui continuent inlassablement &#224; leur damer le pion en hurlant &#224; quel point ils les d&#233;testent, et toutes les variantes possibles s'encha&#238;nent sans rel&#226;che. D'ici on entend bien mieux ce qui se dit au m&#233;gaphone : &#171; Mesdames, messieurs, les polici&#232;res et les policiers souhaitent que vous puissiez manifester sans dommages, veuillez maintenant quitter les lieux. &#187; Apr&#232;s quoi le volume vocal augmente, puis le temps s'&#233;tire jusqu'au bis, ter, etc., &lt;i&gt;repetita placent&lt;/i&gt; du m&#233;gaphone. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le R&#233;publicanisme se fait de plus en plus n&#233;cessaire lorsque les agissements de groupuscules d'extr&#234;me droite &#8211; peu inqui&#233;t&#233;s par les autorit&#233;s lors des manifestations &#8211; commencent &#224; &#234;tre relat&#233;s par la presse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la s&#233;quence en cours aura magistralement permis d'occulter, une fois encore, les crimes racistes perp&#233;tr&#233;s de tr&#232;s longue date, notamment par des forces de police de plus en plus arm&#233;es par un &#201;tat qui, sur le tard, se saisit de circonstances terribles et inqui&#233;tantes pour s'afficher r&#233;solument R&#233;publicain. Les traductions concr&#232;tes de ces politiques se trouvent dans cette s&#233;quence o&#249;, venus notamment de banlieue en grand nombre, les gens sont impr&#233;gn&#233;s par l'usage des gaz et des nasses au point d'&#234;tre capables, collectivement, de les halluciner sur plusieurs heures. Face &#224; eux, l'&#201;tat organise le bordel gr&#226;ce aux proc&#233;dures et, lorsque le ma&#238;tre des horloges hisse l'assassin au rang d'ennemi supr&#234;me et que ce sont ses victimes qu'il s'agit d'honorer, l'ordre promeut des tr&#233;sors de retenue et des &#233;l&#233;ments de langage in&#233;dits. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ainsi fut censur&#233;e une comm&#233;moration, rien moins que confisqu&#233;e aux premiers concern&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L158xH200/arton1682-0b46a-f7d13.jpg?1793570340' width='158' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#8220;On n'avait pas anticip&#233; le 17 octobre&#8221; : Emmanuel Macron en visite &#224; Marseille &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (26/10/2026) &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kO6Odm9yffg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=kO6Odm9yffg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Feriel Alouti , In&#232;s Bennacer, Prisca Borrel et Marie Turcan, &#171; Pengo, &#231;a aurait pu &#234;tre moi &#187; : au c&#339;ur des rassemblements apr&#232;s l'attaque terroriste raciste, la peur et la col&#232;re &#187;, &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt; (27/10/2026).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ACA&#8230;BE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://duckduckgo.com/?t=ftsa&amp;q=groupuscules+extr%C3%A8me+droite+manifestations&amp;ia=web&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://duckduckgo.com/?t=ftsa&amp;q=groupuscules+extr%C3%A8me+droite+manifestations&amp;ia=web&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contre le racisme, le spectre du prol&#233;tariat</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1206</link>
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		<dc:date>2026-10-28T08:10:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Nedjib SIDI MOUSSA LE SPECTRE DU COLONIALISME L'&#233;chapp&#233;e, 2026, 416 p. Grandi dans un milieu apolitique et dot&#233; d'une m&#233;moire m&#233;diocre, il m'a fallu creuser profond dans mes souvenirs pour refaire le chemin m'ayant men&#233; aux rives de l'anarchisme. &#192; cinquante-quatre balais, j'en ai d&#233;duit que l'antiracisme avait &#233;t&#233; le d&#233;clic. Adolescent, les Noirs et les Arabes m'int&#233;ressaient. Dans les nombreuses &#233;coles o&#249; j'&#233;chouais, si je rep&#233;rais un basan&#233;, il &#233;tait pour moi. Fallait que je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2896 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L500xH732/ill_tete-13-c6241.jpg?1793566940' width='500' height='732' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Nedjib SIDI MOUSSA &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;LE SPECTRE DU COLONIALISME&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chapp&#233;e, 2026, 416 p.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2898 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/contre_le_racisme_le_spectre_du_proletariat_navarro_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 441 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Grandi dans un milieu apolitique et dot&#233; d'une m&#233;moire m&#233;diocre, il m'a fallu creuser profond dans mes souvenirs pour refaire le chemin m'ayant men&#233; aux rives de l'anarchisme. &#192; cinquante-quatre balais, j'en ai d&#233;duit que l'antiracisme avait &#233;t&#233; le d&#233;clic. Adolescent, les Noirs et les Arabes m'int&#233;ressaient. Dans les nombreuses &#233;coles o&#249; j'&#233;chouais, si je rep&#233;rais un basan&#233;, il &#233;tait pour moi. Fallait que je sympathise, que je regarde de pr&#232;s cette peau plus sombre que la mienne, que je m'enqui&#232;re de l'&#233;trange pr&#233;nom. Le grand-maigre-timide-nul-en-foot que j'&#233;tais comprenait instinctivement que, pour survivre aux marges dans lesquelles le troupeau h&#233;g&#233;monique l'avait jet&#233;, il y avait des alliances strat&#233;giques &#224; tisser. &#192; l'instinct, en effet, je sentis que les &#171; &#233;trangers &#187; seraient des alli&#233;s. R&#233;flexe de survie, bloc des boucs (&#233;missaires), sociabilit&#233; de refuge &#8211; une proto-politique assur&#233;ment. Fr&#233;quentant ces fils et filles de l'ailleurs, une &#233;vidence se fit jour : plus le temps que je leur consacrais &#233;tait long, plus leur &#171; exotisme &#187; s'effilochait. Plus je m'approchais d'eux, plus leur singularit&#233; fondait comme neige au soleil. J'oubliais leur peau, leur nom, leur origine. Au fond, nous &#233;tions globalement les m&#234;mes : on riait pareil, on s'&#233;nervait pareil, &#224; la cantoche on mangeait avec le m&#234;me &#233;lan. Quand, bien plus tard, des lectures savantes m'apprirent que les th&#233;oriciens du racisme biologique avaient globalement dit de la merde, ce fut la confirmation de ce que mes tripes avaient d&#233;j&#224; compris : une seule race humaine et &lt;i&gt;basta&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand, bien plus tard encore, les d&#233;coloniaux se mirent &#224; brandir la race dans sa version &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;, je fus d'abord intrigu&#233;. Constatant l'ascension toujours plus vertigineuse du FN/RN, je me dis que les minorit&#233;s vis&#233;es avaient peut-&#234;tre besoin de nouveaux outils th&#233;oriques pour d&#233;fendre leur couenne. Je lus m&#234;me Bouteldja avec gourmandise, bien content du coup de pied au cul donn&#233; &#224; la bonne conscience blanche. Apr&#232;s tout n'avait-elle pas lamentablement failli avec son universalisme jabot&#233; &#224; outrance et ses missions civilisatrices de fa&#231;ade ? Indig&#232;nes, foulard, la&#239;cit&#233; : vint le temps des engueulades avec les copains, les camarades, les f&#233;ministes, les ath&#233;es, les profs, les syndicalistes. C'est peu dire que, durant ces &#233;chauffour&#233;es verbeuses, ma mire libertaire s'&#233;branla, jusqu'&#224; se demander si le slogan &#171; Ni dieu ni ma&#238;tre ! &#187; ne risquait pas de heurter la pi&#233;t&#233; des musulmans dont les preuves d'all&#233;geance &#224; la m&#232;re patrie des droits de l'Homme n'&#233;taient jamais suffisantes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Ma mire bougea jusqu'&#224; celle que ne bouge&#226;t plus. &#192; la faveur d'un dernier revirement, elle regagna son emplacement initial (pour le faire court : un anarchisme tendance universaliste enrichi d'approches extra-europ&#233;ennes &#8211; &#171; le monde contenant d'autres mondes &#187;, des zapatistes &#233;tant pass&#233; par-l&#224;). Ainsi j'appris &#224; avancer sur un fil tortueux : on pouvait d&#233;noncer les habits neufs du racisme anti-arabe dans son islamo-phobique version sans pour autant s'enfermer dans des horizons communautaristes. On pouvait constater l'ind&#233;niable s&#233;gr&#233;gation du pays tout en se tenant &#224; distance des fi&#232;vres identitaires, tenir &#224; distance l'usage du qualificatif &#171; racis&#233; &#187; car enfermant les personnes concern&#233;es dans un horizon victimaire. Juger que les avant-gardes d&#233;coloniales pouvaient se gourer en calant leur grille de lecture sur des cat&#233;gories au pr&#233;alablement valid&#233;es par l'extr&#234;me droite (cat&#233;gories que ladite extr&#234;me droite n'h&#233;siteraient pas &#224; retourner contre les antiracistes avec une efficacit&#233; autrement plus redoutable). &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans ce long et douloureux chemin vers une pens&#233;e &#224; la fois historiquement ancr&#233;e et capable d'autocritique, le compagnonnage avec Nedjib Sidi Moussa fut pr&#233;cieux. Qui conna&#238;t la plume et le travail de Nedjib sait que le camarade est un v&#233;ritable &#233;lectron libre &#8211; et les notes mentionnant le nombre de ses articles refus&#233;s par certaines revues t&#233;moignent de son impossible r&#233;cup&#233;ration. Le petit-fils d'une famille messaliste a beau afficher un doctorat en science politique d&#233;croch&#233; &#224; l'universit&#233; Panth&#233;on-Sorbonne, il se fout des modes et des adoubements universitaires. Intellectuel au sens organique du terme, Nedjib lit et &#233;crit, publie et commente, &#233;pluche des vieilles revues et met au jour des biographies oubli&#233;es (comme celle de l'orientaliste Maxime Rodinson), compile des bibliographies, dispense son savoir quand certaines structures de l'enseignement le lui permettent. Il y a l&#224; une forme d'int&#233;grit&#233; assez rare : celle du chercheur en sciences sociales solide sur ses appuis, plus &#224; l'aise avec la mati&#232;re froide des archives que les &lt;i&gt;punchlines&lt;/i&gt; de plateau, capable d'encaisser les pires bourrasques fourbies par les empires m&#233;diatiques, notamment lorsqu'au cours de l'incarc&#233;ration de Boualem Sansal il se permit de rappeler le glissement politique de l'&#233;crivain alg&#233;rien vers la droite radicale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Penser en franc-tireur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Que L'&#233;chapp&#233;e publie un pav&#233; rassemblant une vingtaine de ses textes &#233;dit&#233;s entre 2011 et 2025 (dont cinq repris d'&lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;, SVP !) ne pouvait que nous r&#233;jouir. &lt;i&gt;Le Spectre du colonialisme&lt;/i&gt; &#8211; comme il y en eut un du gau-chisme &#8211; tient sur une colonne vert&#233;brale : l'Alg&#233;rie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'elle soit colonis&#233;e ou ind&#233;pendante, &#171; socialiste &#187; ou &#171; capitaliste &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'ouvrage op&#232;re, en effet, comme une lente et riche dissection de cet &#233;trange cordon historico-g&#233;ographique qui relie la France &#224; une Alg&#233;rie &#224; la fois rel&#233;gu&#233;e et fantasm&#233;e. La guerre entre la m&#233;tropole et son ancienne colonie a beau &#234;tre termin&#233;e depuis plus de soixante ans, Nedjib Sidi Moussa sait combien l'affrontement des rentes m&#233;morielles constitue un terreau sur lequel se cadenassent les affirmations patriotardes. Tout chercheur en sciences sociales devrait le savoir : on ne fait pas de l'histoire pour r&#233;gler des comptes ou pour nourrir son agenda d'aspirant mandarin, on fait de l'histoire pour d&#233;tisser, doctement et une &#224; une, les fibres des dynamiques sociales et politiques &#224; l'&#339;uvre dans l'incessante lutte entre l'affirmation d'un pouvoir (ici colonial) et l'&#233;mergence de contre-pouvoirs (anticoloniaux). Dans cette patiente arch&#233;ologie, la lucidit&#233; implique d'avoir pr&#233;sent &#224; l'esprit qu'un soul&#232;vement anticolonial soudain vainqueur et h&#233;g&#233;monique peut &#224; son tour reproduire avec la m&#234;me f&#233;rocit&#233; les implacables sch&#233;mas de l'ennemi d&#233;fait. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On l'aura compris, Nedjib Sidi Moussa a beau d&#233;noncer le racisme toujours &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et son enracinement lov&#233; dans le trauma de la guerre d'Alg&#233;rie, ce n'est pas pour autant qu'il s'est pli&#233; aux modes discursives du &#171; r&#233;ductionnisme de race &#187;. Il y a moyen de continuer &#224; faire vivre les &#233;lans lib&#233;rateurs n&#233;s des socialismes &#233;mancipateurs du XIXe si&#232;cle et de les enrichir d'un regard critique inscrit dans l'aube de ce XXIe si&#232;cle cr&#233;pusculaire. &#171; Ainsi, &#233;crit-il dans la pr&#233;face du &lt;i&gt;Spectre du colonialisme&lt;/i&gt;, &#224; rebours du d&#233;nigrement r&#233;actionnaire &#8211; qui repose sur le d&#233;ni des crimes coloniaux ou de la pr&#233;gnance du racisme &#8211; comme de la r&#233;futation lib&#233;rale &#8211; qui pr&#244;ne la conciliation avec les institutions et autres m&#233;canismes &#224; l'origine de ces fl&#233;aux &#8211;, ce livre propose de renouer avec les meilleurs apports de la pens&#233;e mat&#233;rialiste et de la m&#233;thode dialectique appliqu&#233;e &#224; un objet incandescent et n&#233;anmoins r&#233;v&#233;lateur de l'impr&#233;gnation du &#8220;pi&#232;ge identitaire&#8221;, &#224; commencer par ceux qui pr&#233;tendent le d&#233;noncer du haut de leur chaire. &#187; &#192; travers ce tacle lanc&#233; aux &#171; grands esprits &#187; des &#171; comit&#233;s de s&#233;lection &#187; des &#171; revues subventionn&#233;es &#187;, le franc-tireur Sidi Moussa assume non seulement sa farouche ind&#233;pendance mais aussi l'h&#233;ritage (&#224; la fois conceptuel et m&#233;thodologique) dans lequel il va puiser le carburant de ses analyses. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La richesse de cet ensemble de textes est impossible &#224; condenser dans la pr&#233;sente recension. Des noms connus s'y succ&#232;dent : Debord, Camus, Fanon, Gabel mais aussi Beyonc&#233; ! Des &#233;lans politiques sont scrut&#233;s de pr&#232;s, toujours en regard des traces laiss&#233;es par le fer colonial : trotskisme, tiers-mondisme, nouvelle gauche. La pens&#233;e de l'historien n'est jamais aussi percutante que quand elle s'attaque &#224; des ambigu&#239;t&#233;s rarement lev&#233;es. Comme dans l'article &lt;i&gt;Une apostasie impensable&lt;/i&gt;, &#233;ni&#232;me d&#233;bat bourbeux o&#249; le rejet religieux d'ex-musulmans fait l'objet de toutes les r&#233;cup&#233;rations. En l'espace d'un paragraphe, l'auteur pointe des n&#339;uds dialectiques &#224; la lumi&#232;re desquels de nouveaux enjeux &#8211; autrement plus solides que certains errements th&#233;oriques de chapelle &#8211; s'affirment avec clart&#233; : &#171; En mettant au centre de ses pr&#233;occupations la lutte contre l'islamophobie, sans que l'on sache toujours s'il s'agit de se battre contre les discriminations faites aux musulmans r&#233;els ou suppos&#233;s, ou contre la critique l&#233;gitime de l'ali&#233;nation religieuse, les tenants de l'antiracisme politique, qui se retrouvent parmi les animateurs de la mouvance d&#233;coloniale en France &#8211; et dont des figures m&#233;diatis&#233;es sont d'origine alg&#233;rienne &#8211; s'interdisent de penser s&#233;rieusement l'&#233;mancipation, notamment celle &#224; l'&#233;gard de toutes les croyances, et cela en raison de certaines alliances avec des repr&#233;sentants de groupes islamistes dans des espaces communs de contestation. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les ficelles grossi&#232;res de l'exotisme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tranchant, affut&#233;, Nedjib Sidi Moussa n'h&#233;site pas &#224; aller au carton quand il s'agit de r&#233;gler son compte &#224; quelque penseur coupable d'honteuses approximations. Tel l'&#233;crivain d'origine am&#233;ricaine Olivier Gloag, auteur en 2023 d'&lt;i&gt;Oublier Camus&lt;/i&gt; dans lequel le pamphl&#233;taire arrime l'auteur de &lt;i&gt;L'&#201;tranger&lt;/i&gt; &#224; un ind&#233;passable statut de colon-malgr&#233;-lui. &#171; Loin de l'ambivalence sugg&#233;r&#233;e dans son premier ouvrage, l'auteur se complet &#224; brosser le portrait d'un Camus r&#233;duit &#224; une caricature de pied-noir : imp&#233;rialiste, machiste et raciste &#187;, sentence Nedjib&#8230; Et que claque la taloche (symbolique) sur le cr&#226;ne de ce sartrien &#171; pris en flagrant d&#233;lit de malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle. &#187; Ailleurs c'est le contributeur du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; Kamel Daoud qui a droit &#224; ses attentions chirurgicales pour son &lt;i&gt;Houris&lt;/i&gt;, prix Goncourt 2024. Dans son roman plong&#233; en pleine d&#233;cennie noire, Daoud est accus&#233; de perdre son lecteur dans un &#171; labyrinthe narratif &#187;, tirant &#171; les ficelles grossi&#232;res de l'exotisme et de l'orientalisme qui ressemblent &#224; autant d'artifices cens&#233;s r&#233;pondre aux fantasmes de certaines fractions de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ainsi r&#233;confort&#233;es dans leurs pr&#233;jug&#233;s. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de ces figures douteuses, il y a d'&#233;tonnantes exhumations, comme ce long texte de presque quarante pages intitul&#233; &lt;i&gt;Maxime Rodinson ou les le&#231;ons d'un &#171; marginal &#187; de g&#233;nie&lt;/i&gt;. Comme d'autres publications, celui-ci a &#233;t&#233; propos&#233; &#224; plusieurs revues avant de para&#238;tre dans les colonnes du &lt;i&gt;Left Renewal Blog&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rodinson (1915-2004) fut un &#171; orientaliste polyglotte &#187; auteur d'une biographie sur Mahomet et de plusieurs livres sur l'islam. On peut supposer sans trop prendre de risques que sa farouche ind&#233;pendance n'est pas pour rien dans l'hommage rendu par l'auteur du &lt;i&gt;Spectre du colonialisme&lt;/i&gt;. Ainsi notre historien de mettre en exergue cette d&#233;claration de Rodinson : &#171; Je n'ai jamais non plus pleinement, totalement adh&#233;r&#233; &#224; un univers social ou mental bien clos. J'ai toujours eu, au moins, un zeste de r&#233;serve, de scepticisme, de volont&#233; profonde de me garder un domaine r&#233;serv&#233;, hors d'atteinte de mon engagement fondamental. &#187; Ancien militant actif du PCF, c'est au cours de la guerre d'Alg&#233;rie que Rodinson s'affranchit de sa tutelle id&#233;ologique. Farouche anticolonialiste et soutien des insoumis fran&#231;ais &#224; la guerre d'Alg&#233;rie, Rodinson a le nez creux : il pressent comment, &#224; l'issue de la guerre, un pouvoir alg&#233;rien ind&#233;pendant &#224; &#171; tendance r&#233;actionnaire &#187; pourrait se &#171; saisir du drapeau de l'islam pour masquer ses vrais buts et mystifier les masses &#187;. Critique envers &#171; l'engouement tiers-mondiste &#187; de son &#233;poque, l'islamologue Rodinson scrutera avec une fine pr&#233;science certains appareillages th&#233;oriques comme ce socialisme islamique qui se r&#233;v&#233;lera &#234;tre, &#224; l'instar de ses avatars marxisto-tropicaux, marxisto-slaves ou marxisto-chinois, l'&#233;ni&#232;me d&#233;clinaison d'un vulgaire capitalisme d'&#201;tat. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au fil de ses articles, &lt;i&gt;Le Spectre du colonialisme&lt;/i&gt; fait vivre un implicite difficilement audible aujourd'hui : l'antiracisme politique sera toujours insuffisant pour combattre le racisme. Dans sa production sociale, le racisme est d'abord ce poison institutionnel dont la premi&#232;re des fonctions est de diviser les classes laborieuses. Il est la rente par excellence des factions politicardes. D'o&#249; il ressort qu'une lutte vraiment active contre le racisme passe obligatoirement, et en premi&#232;re instance, par la question sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Depuis l'arriv&#233;e au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017, la fortune des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette le&#231;on qu'ont v&#233;cu dans leur chair les Gilets jaunes d&#232;s les premi&#232;res semaines de leur soul&#232;vement &#8211; v&#233;ritable &#171; sas de d&#233;lep&#233;nsisation des esprits &#187; comme l'avait not&#233; le journaliste Daniel Schneidermann, pourtant peu suspect de gauchisme insurrectionnel. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; De fait, &lt;i&gt;Le Spectre du colonialisme&lt;/i&gt; est un objet dense et ambitieux. Il rend hommage &#224; cette &#171; forme particuli&#232;re de l'activit&#233; humaine qui consiste &#224; chercher la v&#233;rit&#233; et &#224; la dire &#187;. Insupportable vanit&#233;, protesteront certains ; ambition minimale, diront ces autres pour qui apprendre &#224; penser contre son camp est un r&#233;flexe parmi d'autres pour frayer son chemin en ces temps de post-v&#233;rit&#233; d&#233;cha&#238;n&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill_fin-5-11706.jpg?1793566940' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qu'elle soit colonis&#233;e ou ind&#233;pendante, &#171; socialiste &#187; ou &#171; capitaliste &#187;, contenue dans les fronti&#232;res de sa nord-africanit&#233; ou export&#233;e dans les bidonvilles de l'ancienne puissance coloniale, l'Alg&#233;rie est ce miroir qui renvoie &#224; l'Hexagone sa sale gueule imp&#233;rialiste et &#233;ternellement extorqueuse. Une le&#231;on historique s'impose : un &#201;tat-nation aura toujours besoin de mater ses indig&#232;nes, ceux qui peuplent son territoire primitif (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; le sort r&#233;serv&#233; aux communaut&#233;s paysannes du pays au cours des deux si&#232;cles d'industrialisation forcen&#233;e) ou ceux rencontr&#233;s lors des exp&#233;ditions coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://leftrenewal.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://leftrenewal.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Depuis l'arriv&#233;e au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires fran&#231;ais a doubl&#233;. Les dividendes vers&#233;s aux actionnaires sont pass&#233;s de 14 &#224; 23 milliards d'euros par an depuis la mise en place de la flat tax en 2018, tandis que 62 % de ces revenus sont capt&#233;s par les 0,1 % des m&#233;nages les plus ais&#233;s. Dans le m&#234;me temps, les in&#233;galit&#233;s atteignent des niveaux records. La France compte aujourd'hui 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvret&#233;, soit 15,4 % de la population. &#187; Source : Lutte des classes : le retour &#224; la r&#233;alit&#233; | Le Club de Mediapart&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettre ouverte de prisonniers du 17 octobre 2026</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1205</link>
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		<dc:date>2026-10-26T10:00:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Nous vous &#233;crivons depuis une prison d'&#206;le-de-France dont nous ne vous communiquerons pas le nom, ceci afin de nous prot&#233;ger des risques de repr&#233;sailles et surtout des administrations judiciaires et p&#233;nitentiaires. Nous sommes &#233;tudiants, lyc&#233;ens, professeurs, ch&#244;meurs, restaurateurs, petits entrepreneurs, livreurs, gangsters, de tous les quartiers et de toutes les villes de la r&#233;gion, de Cr&#233;teil, de Bobigny, de Belleville, de Montreuil, de Bagnolet, de Noisy-le-Sec, de Seine-et-Marne, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;Odradek&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/prison_-4.jpg?1793008506' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2895 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/letre_ouverte_de_prisonniers_du_17-10-2026-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 310.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous vous &#233;crivons depuis une prison d'&#206;le-de-France dont nous ne vous communiquerons pas le nom, ceci afin de nous prot&#233;ger des risques de repr&#233;sailles et surtout des administrations judiciaires et p&#233;nitentiaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous sommes &#233;tudiants, lyc&#233;ens, professeurs, ch&#244;meurs, restaurateurs, petits entrepreneurs, livreurs, gangsters, de tous les quartiers et de toutes les villes de la r&#233;gion, de Cr&#233;teil, de Bobigny, de Belleville, de Montreuil, de Bagnolet, de Noisy-le-Sec, de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis et de Paris. Nous sommes de tous les &#226;ges, de toutes les couleurs de peau et de toutes les nationalit&#233;s, nous sommes des Arabes, des Blancs, des Noirs, des Tziganes, des Turcs, des Allemands, des Fran&#231;ais. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous avons &#233;t&#233; accus&#233;s &#224; tort ou &#224; raison d'avoir pill&#233;, d'avoir commis des violences contre les forces de l'ordre, de nous &#234;tre attroup&#233;s ill&#233;galement, d'avoir dissimul&#233; nos visages. Peu importe finalement nos situations ou ce qu'on pouvait nous reprocher, car les tribunaux se sont pli&#233;s aux ordres de la Macronie pour nous envoyer tous en taule. M&#234;me si les prisons sont toutes plus insalubres et surpeupl&#233;es les unes que les autres, tant que &#231;a rentre ! Cela nous rappelle &#224; quel point ce que l'on nomme la Justice n'est en rien une institution ind&#233;pendante, d'autant moins lorsque l'&#201;tat et la bourgeoise se sentent menac&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En prison, nous avons le privil&#232;ge de pouvoir nous abrutir toute la journ&#233;e devant BFMTV, C-News et les cha&#238;nes des autres chiens de garde du r&#233;gime. L'offensive id&#233;ologique sur ces plateaux t&#233;l&#233; vient soutenir la politique r&#233;pressive de ceux qui pensent nous gouverner. Cette offensive est &#224; la hauteur de la peur qui les traverse depuis samedi dernier. Il s'agissait d'un v&#233;ritable avertissement r&#233;volutionnaire. Partout, ils essayent d&#233;sormais de nous faire regretter, fl&#233;chir, de nous dissuader de revenir les samedis suivants. Ils taisent le soutien, la fiert&#233; et tous ces petits mots que nous avons pu lire et entendre depuis ces derniers jours du type &#171; j'aurais aim&#233; &#234;tre l&#224; &#187; ou bien encore &#171; vous leur avez fait payer &#187;. Ils veulent nous faire croire que notre violence est comparable aux milliers de vies broy&#233;es par le capitalisme au quotidien. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si les serviteurs m&#233;diatiques du pouvoir ne parviennent pas &#224; d&#233;terminer le &#171; profil type &#187; des insurg&#233; s, c'est que nous autres sommes le peuple qui s'est soulev&#233;. Le peuple qui souffre et qui d&#233;sormais se bat pour ne plus souffrir. Ils tentent de nous diviser, de nous cat&#233;goriser en manifestants, casseurs, pilleurs, racailles ou d'ultra-gauche. Mais ils n'ont pas compris que nous sommes tout cela &#224; la fois ! Nous sommes unis par notre col&#232;re et notre d&#233;sir de r&#233;volution. Une r&#233;volution qui nous redonne la possibilit&#233; de respirer et d'esp&#233;rer, de partager et de mettre en commun. De nous permettre enfin de d&#233;cider de la mani&#232;re dont nous voulons vivre. Une r&#233;volution qui mette fin &#224; cette humiliation qui d&#233;gueule de luxe. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cette rage sociale nous a pouss&#233;s dans la rue samedi dernier, c'est la m&#234;me que l'on retrouve dans les couloirs et les cellules de la prison o&#249; nous sommes enferm&#233;s. Cette rage explique aussi le soutien et le respect des autres d&#233;tenus pour les insurg&#233;s du 17 octobre. Nous n'accepterons pas non plus que nous soyons s&#233;par&#233;s entre, d'un c&#244;t&#233;, les prisonniers politiques et, de l'autre, les prisonniers de droit commun, car nous avons tous &#233;t&#233; pouss&#233;s dans les prisons de ce r&#233;gime par ce monde injuste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour toutes ces raisons, nous vous le disons avec force, nous ne regrettons rien ! Rien si ce n'est de ne pas nous &#234;tre suffisamment prot&#233;g&#233;s contre la violence r&#233;pressive qui allait s'abattre sur nous. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Nous appelons&lt;/strong&gt; donc toutes celles et ceux qui sont dehors &#224; continuer &#224; tenir face &#224; l'&#201;tat et &#224; retourner dans la rue chaque samedi, jusqu'&#224; la chute de Macron et de tout son monde pourrissant. &lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Nous vous appelons&lt;/strong&gt; &#224; vous organiser entre chaque samedi, &#224; vous rencontrer, &#224; vous pr&#233;parer et &#224; prendre vos vies en main d&#232;s maintenant. &lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Nous vous appelons&lt;/strong&gt; &#224; soutenir tous les prisonniers comme nous et tous les insurg&#233;s d'ici et d'ailleurs. &lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Nous vous appelons&lt;/strong&gt; &#224; &#233;viter autant que possible toutes les petites boutiques, pour rappeler que notre justice populaire ne vise que les plus gros, les plus riches, les multinationales, uniquement ceux qui nous volent, nous &#233;crasent et nous m&#233;prisent depuis trop longtemps. &lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Nous vous appelons&lt;/strong&gt; &#224; refuser toute s&#233;paration entre nous et &#224; affirmer haut et fort ce pour quoi nous combattons : la r&#233;volution. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;DES PRISONNIERS &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
[Source : &lt;a href=&#034;https://contre-attaque.net/2026/10/24/lettre-ouverte-de-prisonniers-du-17-octobre-2026/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://contre-attaque.net/2026/10/24/lettre-ouverte-de-prisonniers-du-17-octobre-2026/&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hannah Arendt la dissidente</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1198</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1198</guid>
		<dc:date>2026-10-19T06:16:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;[Ce texte de Michael L&#246;wy a initialement paru dans la revue L'Homme et la soci&#233;t&#233;, n&#176; 132-133, 1999. &#171; Figures de l'&#171; auto-&#233;mancipation sociale &#187;, pp. 216-218.] Hannah Arendt n'a pas v&#233;cu en marge de la soci&#233;t&#233; mais, selon l'excellente formule de Pierre Vidal-Naquet, &#171; en travers, barrant le fleuve du conformisme &#187;. Le beau livre de Martine Leibovici, Hannah Arendt, une juive. Exp&#233;rience, politique et histoire (Paris, Descl&#233;e de Brower, 1998, 484 pages, avec une pr&#233;face de Pierre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2879 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L406xH623/ill_tete-11-7a9b2.jpg?1793566940' width='406' height='623' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;[Ce texte de Michael L&#246;wy a initialement paru dans la revue&lt;/i&gt; L'Homme et la soci&#233;t&#233;, n&#176; 132-133, 1999. &#171; Figures de l'&lt;i&gt;&#171; auto-&#233;mancipation sociale&lt;/i&gt; &#187;, pp. 216-218.]&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2880 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/hannah_arendt_la_dissidente_lowy_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 376.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt n'a pas v&#233;cu en marge de la soci&#233;t&#233; mais, selon l'excellente formule de Pierre Vidal-Naquet, &#171; en travers, barrant le fleuve du conformisme &#187;. Le beau livre de Martine Leibovici, &lt;i&gt;Hannah Arendt, une juive. Exp&#233;rience, politique et histoire&lt;/i&gt; (Paris, Descl&#233;e de Brower, 1998, 484 pages, avec une pr&#233;face de Pierre Vidal-Naquet) est une remarquable contribution &#224; la compr&#233;hension des racines de cet anticonformisme. Il nous montre non seulement que l'exp&#233;rience juive est une des cl&#233;s de l'&#339;uvre d'Arendt, mais aussi et surtout comment cette exp&#233;rience &#171; particuli&#232;re &#187; et &#171; minoritaire &#187; l'a aid&#233;e &#224; saisir des significations universelles et d&#233;chiffrer le sens du politique &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La pens&#233;e de l'auteur des &lt;i&gt;Origines du totalitarisme&lt;/i&gt; &#8211; pens&#233;e d'une Juive mais non &#171; pens&#233;e juive &#187; &#8211; part de quatre grandes exp&#233;riences historiques : l'&#233;mancipation des Juifs, la mont&#233;e de l'antis&#233;mitisme moderne, la tentative d'extermination par le nazisme, le sionisme et la cr&#233;ation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Suivons les &#233;tapes de cette r&#233;flexion telle que la pr&#233;sente Martine Leibovici, mais en rempla&#231;ant sa construction quelque peu obscure en chapitres th&#233;matiques par un ordre historique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Inspir&#233;e d'intentions g&#233;n&#233;reuses et &#233;mancipatrices, l'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; a nourri l'illusion d'une &#233;mancipation irr&#233;versible, d'un progr&#232;s in&#233;luctable vers l'&#233;galit&#233; des droits. Id&#233;ologie Dreyfus, premi&#232;re manifestation massive de l'antis&#233;mitisme moderne, &#224; la fois politique et social, a &#233;branl&#233; cette id&#233;ologie lib&#233;rale &#8211; dont Hermann Cohen fut le repr&#233;sentant le plus typique &#8211;, et permis l'&#233;mergence d'une r&#233;flexion juive qui prend l'antis&#233;mitisme au s&#233;rieux et non plus comme un &#171; vestige du pass&#233; &#187; (Bernard Lazare). Cela vaut aussi pour les sionistes allemands comme Kurt Blumenfeld, mais ceux-ci n'ont pas compris la sp&#233;cificit&#233; de l'antis&#233;mitisme totalitaire, ce produit de l'imp&#233;rialisme moderne, du racisme et de la violence coloniale, et du nationalisme tribaliste de l'Europe centrale, qui se distingue radicalement de l&#8216;antijuda&#239;sme traditionnel. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comment les Juifs ont-ils r&#233;agi &#224; ces &#233;v&#233;nements ? C'est ici que Hannah Arendt va introduire la c&#233;l&#232;bre distinction inspir&#233;e de Bernard Lazare entre parias et parvenus, c'est-&#224;-dire entre la masse des Juifs exclus des droits et une minorit&#233; rapace et servile (envers les puissants) qui se dissocie des premiers pour se hisser au sommet. Souvent, le paria et le parvenu font syst&#232;me, comme dans les rapports de &#171; philanthropie &#187; entre les banquiers juifs (Rothschild...) et les &lt;i&gt;schnorrer&lt;/i&gt; (mendiants) de la communaut&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les rapports des parias entre eux se caract&#233;risent par l'entraide et la fraternit&#233;, mais ils souffrent d'une tendance apolitique : l'acosmisme. Ce terme, que Hannah Arendt a repris &#224; Max Weber, renvoie, dans le cas des parias juifs, &#224; un comportement de &#171; fusion &#187;, d'abolition de toute distance, qui refuse le conflit externe ou interne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les tentatives pour transcender l'acosmisme constituent ce qu'elle appelle &#171; la tradition cach&#233;e &#187; des parias juifs : des intellectuels qui ont atteint l'universalit&#233; sans renier leur identit&#233; juive, que ce soit sous une forme litt&#233;raire politique &#8211; Rahel Varnhagen, Henri Heine, Franz Kafka &#8211; ou politique &#8211; Bernard Lazare. L'h&#233;ritage de ces penseurs ne concerne pas que les Juifs : en apportant une &#171; nouvelle id&#233;e d'humanit&#233; &#187;, ils contribuent &#224; la r&#233;sistance contre la tentation nihiliste qui menace la culture europ&#233;enne moderne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au-del&#224; des individus isol&#233;s qui constituent ce courant souterrain du juda&#239;sme, Hannah Arendt s'int&#233;resse au mouvement sioniste, qu'elle consid&#232;re comme la premi&#232;re et la plus significative tentative pour transcender l'acosmisme du paria et constituer le peuple juif, en tant que peuple opprim&#233;, comme sujet politique. Ce qui frappe, &#224; la lecture de ce jugement, c'est l'absence de toute r&#233;f&#233;rence au Bund, le grand mouvement ouvrier juif de l'Europe de l'Est, qui a &#233;t&#233; une autre tentative, non moins importante, de faire passer la question juive du social au politique. Il s'agit d'un v&#233;ritable point aveugle de l'analyse historique de Hannah Arendt, que Martine Leibovici essaie d'expliquer par sa biographie, mais qui m&#233;rite une r&#233;flexion critique plus g&#233;n&#233;rale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Son adh&#233;sion de principe au sionisme n'emp&#234;che pas Hannah Arendt d'&#234;tre une v&#233;ritable &#171; dissidente &#187; du mouvement, comme le montrent sa critique de l'injustice commise envers les Arabes et son soutien aux propositions de Conf&#233;d&#233;ration jud&#233;o-arabe ou d'&#201;tat binational avanc&#233;es par son ami Judah L. Magnes, recteur de l'Universit&#233; h&#233;bra&#239;que de J&#233;rusalem. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La distinction entre paria et parvenu dispara&#238;t avec l'av&#232;nement du totalitarisme nazi, qui r&#233;duit tous les juifs &#224; la condition de parias. La compr&#233;hension du ph&#233;nom&#232;ne totalitaire, qui trouve dans le camp de concentration son laboratoire d'exp&#233;rimentation, et celle du g&#233;nocide, ce crime contre la pluralit&#233; humaine commis sur le corps du peuple juif, exige la rupture avec l'id&#233;ologie du progr&#232;s et la prise en compte de la discontinuit&#233; du temps historique &#8211; une probl&#233;matique que Hannah Arendt emprunte &#224; son ami Walter Benjamin. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Faut-il pour autant identifier camps de concentration et camps d'extermination, et, par cons&#233;quent, stalinisme et nazisme ? Ce fut, comme on le sait, la principale critique de Raymond Aron &#224; la conception arendtienne du totalitarisme. Martine Leibovici montre, en s &#8216;inspirant des analyses d'Enzo Traverso, les h&#233;sitations de Hannah Arendt &#224; ce sujet, et propose la conclusion suivante, qui me semble tr&#232;s pertinente : on peut comparer la Kolyma et Buchenwald, mais non le Goulag et Treblinka. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comme dans ses r&#233;flexions sur l'&#233;mancipation et l'antis&#233;mitisme, Arendt s'int&#233;resse, dans son analyse du g&#233;nocide, aux r&#233;actions des Juifs, en refusant de les consid&#233;rer uniquement comme objets de l'histoire, victimes passives. C'est un des th&#232;mes, avec celui de la &#171; banalit&#233; du mal &#187;, de son livre controvers&#233;, &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Fid&#232;le &#224; son id&#233;e de la responsabilit&#233; de tout individu, et &#224; son r&#244;le de &#171; critique de l'int&#233;rieur &#187; des pratiques des dirigeants juifs, elle met en question deux types de comportements durant les ann&#233;es tragiques du Troisi&#232;me Reich : 1) La &#171; Realpolitik &#187; des Conseils juifs en Allemagne jusqu'en 1938, leur tentative de maintenir une vie juive sous les nouvelles autorit&#233;s. Ces notables ont failli &#224; leur responsabilit&#233; politique dans la mesure o&#249; ils ont rat&#233;, comme toute &#171; Realpolitik &#187;, le seul r&#233;el significatif pour l'action : le possible &#8211; dans ce cas l'&#233;migration ; 2) La pratique de la &#171; coop&#233;ration &#187; &#8211; &#224; distinguer de la collaboration, v&#233;ritable trahison &#8211; des Conseils juifs avec les autorit&#233;s nazies pendant la p&#233;riode de la &#171; solution finale &#187; (1941-1945). Dans ce cas, il s'agit d'une responsabilit&#233; morale, puisque les alternatives politiques &#233;taient tr&#232;s limit&#233;es. Mais il aurait &#233;t&#233; possible, pour les dirigeants &#8211; certains l'ont fait &#8211; de d&#233;missionner, en refusant de coop&#233;rer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'argumentation puissante de Hannah Arendt a &#233;t&#233; affaiblie, il me semble, par certaines formulations maladroites qui ont pr&#234;t&#233; le flanc aux attaques. Par exemple, quand elle semble effacer la distinction entre les bourreaux et les victimes, en parlant de leur commun &#171; effondrement moral &#187;, en comparant les membres des &lt;i&gt;Judenr&#228;te&lt;/i&gt; qui n'ont pas d&#233;missionn&#233; avec les SS qui n'ont pas demand&#233; &#224; &#234;tre relev&#233;s de leurs fonctions. Non moins discutable est sa tentative d'&#171; expliquer &#187; le comportement d'Eichmann par &#8211; entre autres &#8211; le fait qu'il &#171; ne rencontra personne, absolument personne qui &#233;tait contre la solution finale &#187;, un argument dangereusement proche des autojustifications avanc&#233;es par le criminel lui-m&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans sa conclusion, Martine Leibovici nous fait entrevoir, en quelques pages denses et lucides, l'actualit&#233; des id&#233;es de la philosophe juive allemande, formul&#233;es &#224; partir de deux de ses figures inspiratrices, Bernard Lazare et Rosa Luxemburg, comme alternative aux faux d&#233;bats entre lib&#233;ralisme et communautarisme. On voit ici, comme dans les autres chapitres du livre, que l'&#339;uvre d'Arendt, quelles que soient les r&#233;serves qu'on puisse avoir sur telle ou telle question, est une source in&#233;puisable pour la r&#233;flexion critique sur les contradictions de la modernit&#233; politique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Michael L&#214;WY&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2881 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L306xH466/ill_fin-3-51aca.jpg?1793566940' width='306' height='466' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>On enferme les corps, pas les id&#233;es !</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1200</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1200</guid>
		<dc:date>2026-10-16T09:48:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Le 10 octobre 2026 au matin, l'enferm&#233; Ritchy Thibault confiait &#224; David Lebeskind, un de ses avocats, un courrier &#224; ses &#171; amis et camarades &#187; pour qu'il soit lu &#224; la conf&#233;rence de presse convoqu&#233;e le m&#234;me jour par son comit&#233; de soutien &#8211; qui travaille sur un projet de meeting &#8211; et ses d&#233;fenseurs : Alexis Baudelin, Henri Braun, Benjamin Giacco et David Lebeskind. Voici cette lettre : &#192; Fleury-M&#233;rogis, le 10 octobre 2026, Chers amis, chers camarades, Je vous &#233;cris ces quelques mots (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-29.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-29.jpg?1792143654' width='500' height='420' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2888 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/on_enferme_les_corps_pas_les_idees_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 381 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Le 10 octobre 2026 au matin, l'enferm&#233; Ritchy Thibault confiait &#224; David Lebeskind, un de ses avocats, un courrier &#224; ses &#171; amis et camarades &#187; pour qu'il soit lu &#224; la conf&#233;rence de presse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conf&#233;rence de presse disponible ici&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; convoqu&#233;e le m&#234;me jour par son comit&#233; de soutien &#8211; qui travaille sur un projet de meeting &#8211; et ses d&#233;fenseurs : Alexis Baudelin, Henri Braun, Benjamin Giacco et David Lebeskind. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voici cette lettre :&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#192; Fleury-M&#233;rogis, le 10 octobre 2026,&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;
Chers amis, chers camarades, &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je vous &#233;cris ces quelques mots entre les murs de la prison de Fleury-M&#233;rogis. Voil&#224; maintenant dix jours que je suis priv&#233; de ma libert&#233; dans le plus grand des arbitraires. J'ai &#233;t&#233; expuls&#233; de l'audience qui devait statuer sur mon maintien ou non en d&#233;tention. L'inique institution judiciaire m'a donc une nouvelle fois emp&#234;ch&#233; de me d&#233;fendre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Derri&#232;re les barreaux de Fleury-M&#233;rogis, je suis actuellement en gestion isol&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soumis &#224; l'isolement.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que soumis au r&#233;gime 2+1, c'est-&#224;-dire qu'&#224; chacun de mes d&#233;placements deux matons et un grad&#233; doivent m'escorter. Par ailleurs, je viens d'apprendre ce matin que je faisais l'objet d'une interdiction de contact avec l'ext&#233;rieur, &#224; l'exception de ma famille et de mes avocats, ce qui signifie que je peux recevoir vos lettres &#8211; ce qui me donne beaucoup de force &#8211;, mais je ne peux pas y r&#233;pondre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour celles et ceux qui d&#233;sireraient lui &#233;crire, nous les informons que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les nervis du pouvoir n'ont rien compris. Le sort qu'on m'inflige ne fait que d&#233;cupler ma rage et ma d&#233;termination pour abattre leur vil et ex&#233;crable syst&#232;me. Ils peuvent enfermer nos corps, jamais ils ne parviendront &#224; enfermer nos id&#233;es. Je r&#233;it&#232;re ce que j'ai dit au d&#233;but de mon enfermement : de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur, nous briserons tous les murs et tous les barreaux des prisons. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Un message particulier pour les camarades lyc&#233;ens et &#233;tudiants. Tenez bon ! Il est enthousiasmant et croustillant de sentir la terreur que vous semez chez la bourgeoisie. Oui, nous br&#251;lerons leurs palais et toutes les institutions depuis lesquelles elle orchestre tant de souffrances et de malheurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Merci de votre soutien, camarades ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce n'est que le d&#233;but, nous ne l&#226;cherons rien tant que nous ne les aurons pas fait tomber. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec l'assurance de ma combativit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;RITCHY&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-123-25b41.jpg?1793566940' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Un prisonnier politique&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Transcription de l'intervention d'Henri Braun &#224; la conf&#233;rence de presse&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous venons d'entendre les mots d'un homme qu'on a enferm&#233; pour ses id&#233;es parce qu'il n'y a aucun comportement violent qu'on puisse lui reprocher. La seule chose qu'on lui reproche, c'est son opposition farouche, t&#234;tue, d&#233;termin&#233;e, r&#233;solue et constante au pouvoir en place. Toutes ses affaires ont commenc&#233; avec une s&#233;rie de signalements qui ont &#233;t&#233; faits par les pr&#233;fets de police successifs, les ministres de l'Int&#233;rieur, les politiciens comme Macron ou Bardella, signalements relay&#233;s par des m&#233;dias de droite tenues par des milliardaires et qui ont fini par une fiche S. Il y a toute une machinerie administrative qui s'est mise en branle pour pers&#233;cuter ce jeune homme jusqu'&#224; ce qu'on en arrive &#224; son incarc&#233;ration. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au d&#233;but, la Justice a r&#233;sist&#233;, mais, finalement, les digues ont saut&#233;. Un contr&#244;le judiciaire interdisait &#224; Ritchy de manifester, mais &#224; Paris seulement. Or, c'est &#224; Saint-Denis qu'il a &#233;t&#233; interpell&#233;. Et voil&#224; qu'on le place en d&#233;tention provisoire uniquement pour des mots, voil&#224; qu'on le condamne post&#233;rieurement &#224; quatre mois de prison avec sursis &#8211; condamnation aberrante qui sera r&#233;form&#233;e en appel &#8211;, voil&#224; que sa d&#233;tention est prolong&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'au 9 d&#233;cembre, date o&#249; son affaire devrait &#234;tre jug&#233;e.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'un jeune homme qui a un casier judiciaire vierge et n'a absolument rien fait se retrouve dans cette situation atteste, pour moi, que c'est un &lt;i&gt;prisonnier politique&lt;/i&gt; et qu'il doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme tel. Or le statut de prisonnier politique n'existe pas dans le droit fran&#231;ais. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut comprendre l'extr&#234;me gravit&#233; de ce qui se passe : nous avons un jeune homme de vingt-deux ans qui m&#232;ne un cursus universitaire brillant en master 2 &#224; l'EHESS. Tous ses enseignants sont constern&#233;s. Ils n'arr&#234;tent pas de m'&#233;crire en m'envoyant ses relev&#233;s de notes de master 1 : la plus faible, c'est 15 sur 20 ; la plus forte, 17 sur 20 ; ce qui fait une moyenne de 16,8 sur 20. Ce jeune homme, depuis qu'il est install&#233; &#224; Paris, a &#233;t&#233; salari&#233;. Autrement dit, il menait trois vies : une de salari&#233;, une d'&#233;tudiant et une de militant. Et maintenant la vie qu'il m&#232;ne, c'est une vie de prisonnier. L&#224;, il faut r&#233;ellement qu'on mesure la gravit&#233; du moment. Nous sommes en train de changer d'&#233;poque puisque nous sommes dans le pays o&#249; l'on peut mettre en prison une personne uniquement pour ses opinions. J'ai bien peur que Ritchy ne soit que le premier d'une longue s&#233;rie de prisonniers politiques, que la r&#233;pression ne cesse de s'&#233;tendre. Et ce quel que soit le r&#233;sultat des &#233;lections d'avril prochain. Nous avons des attaques sur la libert&#233; de la presse, sur les libert&#233;s acad&#233;miques, sur le monde du travail. Maintenant, nous avons une attaque sur la libert&#233; tout court. Il faut imp&#233;rativement se mobiliser pour Ritchy Thibault. Parce que, si on ne se mobilise pas, il y aura beaucoup de Ritchy Thibault. Nous serons tous des Ritchy Thibault et nous finirons tous pas &#234;tre r&#233;prim&#233;s et par aller en prison. Ce qu'il faut, et de mani&#232;re d&#233;termin&#233;e, c'est opposer un front uni &#224; cette r&#233;pression. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il y a un point sur lequel il faut insister : le racisme. Le fait que Ritchy soit un voyageur, &#231;a joue. Lorsqu'il est plac&#233; en garde &#224; vue pour &#171; outrage &#187; &#224; la suite de ses propos adress&#233;s &#224; Macron &#8211; &#171; L'&#233;borgneur, n'oublie jamais que nous sommes dans le pays de la R&#233;volution fran&#231;aise, le pays qui fait tomber la t&#234;te des monarques ! &#187; &#8211;, le temps d'une garde &#224; vue, &#171; l'outrage &#187; devient &#171; menaces de mort &#187;. La dimension raciste de la r&#233;pression qui vise les minorit&#233;s raciales, dans son cas une minorit&#233; constamment pers&#233;cut&#233;e depuis 150 ans, qui a fait l'objet des s&#233;gr&#233;gations les plus diverses, qui fut victime d'un g&#233;nocide men&#233; par les nazis et leurs suppl&#233;tifs fran&#231;ais, que tous les r&#233;gimes politiques ont pers&#233;cut&#233;e depuis le XIXe si&#232;cle et m&#234;me avant. Il n'y a pas de hasard. On s'attaque &#224; Ritchy par racisme, mais aussi pour la radicalit&#233; de ses propos, parce qu'il est la pointe avanc&#233;e de nos id&#233;es. Il faut que, dans toutes les manifs, les lyc&#233;ens, les &#233;tudiants portent comme premi&#232;re revendication la libert&#233; de Ritchy : nous ne l&#226;cherons rien tant que Ritchy demeurera en prison ; il faut qu'il sorte, et le plus vite possible ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Henri BRAUN&lt;/strong&gt;, avocat. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-123-25b41.jpg?1793566940' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Ce courrier de Ritchy Thibault nous a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;, ce jour, &lt;br/&gt;
par son Comit&#233; de soutien : &lt;a href=&#034;https://confpeps.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://confpeps.org/&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Le 15 octobre 2026&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Alors m&#234;me qu'il est d&#233;j&#224; pr&#233;vu que je passe au pr&#233;toire la semaine prochaine, pour un premier rapport d'incident o&#249; je suis incrimin&#233; pour la phrase suivante adress&#233;e &#224; la directrice de Fleury-Merogis dans un courrier : &#171; L'administration p&#233;nitentiaire est responsable de tant et tant de malheurs et de souffrances allant jusqu'&#224; la mort, c'est pourquoi je veux la voir partir en fum&#233;e &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je viens ce matin &#224; nouveau d'&#234;tre notifi&#233; d'un deuxi&#232;me rapport d'incident car l'administration me consid&#232;re instigateur d'un mouvement de protestation collectif qui a eu lieu ce jour lors de la promenade du quartier arrivant. En effet, nous avons quasiment tous refus&#233; de regagner nos ge&#244;les en demandant &#224; &#234;tre re&#231;us pour faire entendre nos revendications concernant nos piteuses conditions d'enfermement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tout cela survient seulement deux jours apr&#232;s la lev&#233;e de ma gestion isol&#233;e. C'est donc une nouvelle strat&#233;gie de ces tortionnaires pour me mettre &#224; genou. Depuis ce matin, je suis plac&#233; de mani&#232;re pr&#233;ventive en quartier disciplinaire avant de passer lundi prochain devant une commission charg&#233;e de statuer sur les sanctions &#224; prendre &#224; mon encontre. Concr&#232;tement, je suis dans une cage de 5 m&#232;tres carr&#233;, quasiment sans acc&#232;s &#224; la lumi&#232;re, sans pouvoir ni lire ni &#233;crire ni avoir la possibilit&#233; de recevoir du courrier. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Cela est particuli&#232;rement violent, c'est pourquoi ce jour, j'ai d&#233;cid&#233; d'entamer une gr&#232;ve de la faim que je continuerai tant que persistera ce ch&#226;timent. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ici mieux que jamais, je vois ce que cette vilaine institution fait &#224; l'humain. Elle a pour objectif intrins&#232;que de le d&#233;sins&#233;rer, de le distordre, de le briser, de le torturer, de le d&#233;vitaliser pour in fine le tuer. Je le dis donc r&#233;solument : d&#233;truire une prison, c'est sauver des vies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est du devoir de chacun, en particulier du v&#244;tre, celles et ceux du dehors, de s'&#233;riger contre le sort d&#233;shumanisant inflig&#233; &#224; pr&#232;s de cent milles de nos fr&#232;res et s&#339;urs derri&#232;re les barreaux dans le pays. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Vivement que l'envol&#233;e g&#233;n&#233;rale advienne car la libert&#233; n'est illusoire partout l&#224; o&#249; l'&#201;tat peut nous l'arracher &#224; son gr&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je me permets d'ajouter quelques mots au sujet de la journ&#233;e 17 octobre qui s'annonce. Je ne pourrai malheureusement pas avoir des nouvelles de cette derni&#232;re &#233;tant en quartier disciplinaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sachez simplement qu'ici, tout le monde vous regarde et souhaite que cela marque le d&#233;but d'une insurrection que leurs bottes et leurs matraques ne parviendront pas &#224; arr&#234;ter. Je sais que vous allez viser juste en ciblant les citadelles capitalistes et institutionnelles afin de les mettre hors d'&#233;tat de nuire. Il n'y a pas de temps de perdre dans les parades entre R&#233;publique et Nation, c'est l'&#201;lys&#233;e et le si&#232;ge du CAC 40 qu'il faut assi&#233;ger. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ma libert&#233;, je ne vais pas la qu&#233;mander &#224; des magistrats, je sais que c'est vous qui l'obtiendrez. C'est la synergie de vos forces &#224; l'ext&#233;rieure et des n&#244;tres &#224; l'int&#233;rieur qui permettra le plus promptement de faire tomber les murs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Combativement, &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;strong&gt;Ritchy THIBAULT&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-123-25b41.jpg?1793566940' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Lettre ouverte &#224; Ritchy&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cher Ritchy, &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tes avocats nous rassurent. La prison est un front. Tu tiens, tu ne baisses pas la garde. On te conna&#238;t, &#231;a ne nous &#233;tonne pas. &#192; vingt-deux piges, tu en a accumul&#233; des exp&#233;riences ! Et comme tu es historien, tu sais qu'aucun pouvoir, m&#234;me le plus apparemment inoffensif, ne supporte longtemps l'insubordination. Au mieux, il ruse avec le dissident, mais il ne s'emp&#234;che rien par principe. D'ailleurs le pouvoir n'a pas de principes ; il a des objectifs et un calendrier. Dans ton cas, il a d&#251; se dire, ce putain de pouvoir, qu'avec le temps, tu allais finir par rentrer dans le rang et profiter de ton ascension sociale pour finir par cracher &#224; la gueule des pauvres. C'est souvent comme &#231;a, d'ailleurs : &#233;meutier &#224; dix-sept piges, rang&#233; &#224; vingt-cinq, ralli&#233; &#224; trente. Ralli&#233; &#224; quoi : &#224; sa gueule, &#224; ses instincts, &#224; la r&#233;ussite, au monde en somme. Nous en avons plein en t&#234;te des noms de ren&#233;gats de ce genre. Plein. On les taira. Non par &#233;l&#233;gance, mais parce que le m&#233;pris qu'ils nous inspirent est autrement plus puissant, &#224; nos yeux, pour ce qu'il nous enseigne, que l'&#233;vocation de petits chefs devenus super-cadres. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On s'est dit s&#251;rement &#231;a, te concernant, dans les sph&#232;res politiques de la fausse gauche et de la vraie droite : &#231;a lui passera cette manie d'appeler &#224; la r&#233;volution ; il est brillant orateur, il finira en politique. Et pour s&#251;r, &#231;a aurait pu, &#231;a t'aurait fait une vie peinarde et cossue, voyageur, avec retour sur dividendes. T'aurais pu mettre la r&#233;volution au placard et finir &#224; Place publique. Mais non, c'est en cabane que tu te retrouves et o&#249; tu continues &#224; les faire chier, ceux qui auraient r&#234;v&#233; que tu la fermes et que tu te ranges des voitures. Un peu, un petit peu. Mais non, rien, tu es un cabochard de la pire esp&#232;ce. O&#249; que tu sois, tu t'adaptes aux circonstances. Pour les contrarier, bien s&#251;r. Et &#231;a, &#231;a a un c&#244;t&#233; admirable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cette adresse, collective, d'une bande qui te soutient, c'est une mani&#232;re de te faire savoir qu'il y a de la fiert&#233; &#224; te conna&#238;tre, camarade. Parce tu sais r&#233;sister au temps et ne rien renier de tes r&#234;ves. Parce que ta force, c'est ta parole et ton maintien, cette mani&#232;re d'&#234;tre en somme qui tu es et comme tu as d&#233;cid&#233; d'&#234;tre : une esp&#232;ce de singularit&#233; dans ce monde o&#249; tout se vend et s'ach&#232;te, les id&#233;es et les r&#234;ves notamment. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On ne sait pas, &#224; l'heure o&#249; l'on &#233;crit, si les Gilets jaunes vont revenir. Et encore moins si ce retour ouvrira la perspective &#224; une jeunesse combative qui attend des appuis. Tu dois avoir une id&#233;e sur la question. D'ailleurs, tu as des id&#233;es sur tout. On en reparlera, Ritchy. Parce qu'on a d&#233;cid&#233; de continuer &#224; t'&#233;crire r&#233;guli&#232;rement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tiens le coup, l'ami. On compte sur toi. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#192; CONTRETEMPS&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conf&#233;rence de presse disponible &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wqsoYs32UKA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soumis &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour celles et ceux qui d&#233;sireraient lui &#233;crire, nous les informons que les lettres qu'il re&#231;oit sont lues par les surveillants avant de lui parvenir. Par ailleurs, pour parer &#224; d'&#233;ventuelles raisons d'&#233;conomie justifiant que Ritchy soit priv&#233; de la possibilit&#233; de r&#233;pondre aux courriers qu'il re&#231;oit, il est conseill&#233; de joindre &#224; la lettre qui lui serait destin&#233;e une enveloppe timbr&#233;e au nom de l'exp&#233;diteur. Le courrier est &#224; envoyer &#224; Ritchy Thibault, Maison d'arr&#234;t de Fleury-M&#233;rogis, Num&#233;ro d'&#233;crou : 5009787, avenue des Peupliers, 91700 Fleury-M&#233;rogis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jusqu'au 9 d&#233;cembre, date o&#249; son affaire devrait &#234;tre jug&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En soutien &#224; Ritchy Thibault </title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1199</link>
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		<dc:date>2026-10-12T07:15:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;L'&#201;tat opprime et la loi triche ; L'imp&#244;t saigne le malheureux. Nul devoir ne s'impose au riche, Le droit du pauvre est un mot creux. (L'Internationale, strophe 3) On sait que l'&#201;tat &#8211; cette hydre &#224; mille t&#234;tes d'ex&#233;cutants que prot&#232;ge une police &#224; ses ordres et d&#233;sormais fanatis&#233;e &#8211; n'aime pas les caboches dures. On sait que, quand il frappe pr&#233;ventivement, c'est par peur de leur vengeance. &#192; vrai dire, il a quelques raisons pour. Car l'&#201;tat qui nous accable depuis dix longues ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-12.jpg?1791741638' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;L'&#201;tat opprime et la loi triche ; &lt;br/&gt;
L'imp&#244;t saigne le malheureux. &lt;br/&gt;
Nul devoir ne s'impose au riche, &lt;br/&gt;
Le droit du pauvre est un mot creux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
(L'Internationale,&lt;/i&gt; strophe 3) &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2883 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/en_soutien_a_ritchy_thibault.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 469.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'&#201;tat &#8211; cette hydre &#224; mille t&#234;tes d'ex&#233;cutants que prot&#232;ge une police &#224; ses ordres et d&#233;sormais fanatis&#233;e &#8211; n'aime pas les caboches dures. On sait que, quand il frappe pr&#233;ventivement, c'est par peur de leur vengeance. &#192; vrai dire, il a quelques raisons pour. Car l'&#201;tat qui nous accable depuis dix longues ann&#233;es n'aura recul&#233; devant aucune m&#233;thode pour faire taire les dissidences, massacres compris. Les Gilets jaunes sont toujours l&#224; pour en t&#233;moigner. La preuve : on dit qu'ils reviennent et qu'ils ont rajeuni. Car si la peur peut, un temps, att&#233;nuer la force des r&#233;voltes, la persistance du pouvoir dans l'arrogance qu'incarne jusqu'&#224; la caricature la Macronie les r&#233;veille presque naturellement et sur tous les sujets. &#192; quelques mois de sa fin, dans les ruines que nous laisse ce maudit pouvoir &#8211; d'extr&#234;me centre d'abord, de droite extr&#234;me, d&#233;sormais, au vu des nombreux rapprochements qu'il a op&#233;r&#233;s avec le toujours frontiste rassemblement national-fasciste &#8211;, la derni&#232;re ligne droite est r&#233;v&#233;latrice des infamies dont il est capable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;L'actuel mouvement de blocage des lyc&#233;es est massif et puissant. Il est parti pour durer. Le pouvoir a toujours peur de sa jeunesse. Parce qu'elle est jeune, pr&#233;cis&#233;ment, parce qu'elle est incontr&#244;lable, enthousiaste, spontan&#233;e. Parce que, derri&#232;re cette jeunesse, il y a leurs familles, leurs profs, le personnel administratif de l'enseignement et tous leurs syndicats. La jeunesse est frondeuse ; elle ne calcule pas son implication dans la lutte. Elle y va carr&#233;ment, et elle apprend vite. Le Mai 68 lyc&#233;en en atteste. Des kilos de livres en attestent. Le probl&#232;me, c'est que ce pouvoir ne lit pas ; il cogne. Sur tout ce qui bouge dans le sens de la vie bonne et juste. Apr&#232;s s'&#234;tre invent&#233; des manipulateurs du d&#233;sordre &#8211; LFI pour le coup, mais la bande &#224; M&#233;lenchon en a l'habitude &#8211;, elle l&#226;che sa milice sans la moindre consigne de retenue ou de d&#233;cence. Pourtant, depuis la mort de Malik Ouss&#233;kine, il aurait d&#251; comprendre ce que le sinistre Pasqua avait lui-m&#234;me compris, &#224; savoir qu'une police botox&#233;e &#224; la haine peut &#224; tout moment, au vu des m&#233;thodes de maintien du d&#233;sordre qu'elle applique, semer la mort. Et que la mort d'un adolescent est toujours la preuve ineffa&#231;able d'une infamie majuscule et irr&#233;parable. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-122-5c167.jpg?1793566940' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ritchy Thibault avait quatorze ans quand il rejoignit le rond-point des Gilets jaunes de Sainte-Foy-La Grande (Gironde). Quatorze ans et une vie de mis&#232;re, celle qu'endurent les voyageurs, les Roms, les &#171; voleurs de poule &#187;, comme il dit, ces assign&#233;s parmi les assign&#233;s. Il portait en lui, le jeune Ritchy, une sourde col&#232;re historique que le magnifique mouvement de pauvres et de sans-droit qu'&#233;tait l'insurrection jaune avait raviv&#233;e. Cette rencontre, cette convergence&lt;br class='autobr' /&gt;
relev&#232;rent d'une sorte de miracle qui, dans sa t&#234;te de gamin intimement r&#233;volt&#233;, allait patiemment m&#251;rir. Ce qui frappait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, chez Ritchy, c'est l'extraordinaire don qu'il avait pour improviser des appels au peuple en les nourrissant de citations de Louise Michel ou d'&#201;lis&#233;e Reclus, originaire lui-m&#234;me de Sainte-Foy-La Grande, et dont il &#233;tait, au sens propre l'&#233;l&#232;ve, puisque l'enseigne de son coll&#232;ge portait son nom. Depuis, Ritchy a fait parler de lui, il a &#233;crit des livres, il a &#233;t&#233; pour un temps attach&#233; parlementaire d'Ersilia Soudais, d&#233;put&#233;e LFI, avant d'&#234;tre d&#233;barqu&#233; de son poste par la direction politique d'un mouvement trop inquiet de son inali&#233;nable libert&#233; d'action, il a &#233;t&#233; de toutes les manifs, il est devenu l'orateur d'excellence de la rue, il a boss&#233; ici et l&#224;, il a v&#233;cu sa vie de jeune r&#233;volutionnaire conscient que l'affrontement avec le Capital et les autorit&#233;s serait sans tr&#234;ve. Jusqu'&#224; la victoire ou la d&#233;faite finale. C'est un jeune homme de culture et de convictions tel que tout pouvoir tol&#232;re mal. Ritchy, d&#233;sormais &#233;tudiant &#224; l'EHESS, n'en doute pas. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;L'acharnement qui s'abat sur lui depuis des ann&#233;es maintenant est, cela dit, hors normes. Ses nombreuses gardes &#224; vue le placent, sans h&#233;sitation, en t&#234;te du palmar&#232;s de la r&#233;pression d'&#201;tat ; les proc&#232;s qui lui sont intent&#233;s par la Macronie de m&#234;me ; les menaces qu'il re&#231;oit des fascistes et apparent&#233;s sont l&#233;gion. On se demande comment il fait pour ne pas craquer devant un tel dispositif. Il r&#233;pond qu'il est pr&#233;cis&#233;ment fait pour cela, raison suffisante pour r&#233;sister et contre-attaquer. Respect donc, et respect quoi qu'on pense de ses ardeurs, de sa d&#233;fiance des strat&#233;gies de repli ou de mise au vert. &#199;a, il ne sait pas faire. Il ne sait pas ou il ne veut pas. Malgr&#233; les conseils de prudence qu'il re&#231;oit, parfois, de compagnons de la Cause. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-122-5c167.jpg?1793566940' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt; Et voil&#224; que Ritchy Thibault, d&#233;j&#224; plac&#233; sous contr&#244;le judiciaire, se voit interpel&#233; en pleine rue le jeudi 1er octobre, et se retrouve direct en cabane pour &#234;tre venu apporter, quelques jours auparavant, son soutien &#224; des lyc&#233;ens en lutte de Saint-Denis (93) et avoir appel&#233; &#171; &#224; l'insurrection &#187;. Ses avocats indiquent, dans un communiqu&#233;, que &#171; Ritchy Thibault est le premier militant politique en France depuis des d&#233;cennies &#224; avoir &#233;t&#233; plac&#233; en d&#233;tention pour des propos &#187; et pr&#233;cisent que ce &#171; pr&#233;c&#233;dent inqui&#233;tant illustre la d&#233;rive de nos institutions vers un autoritarisme de moins en moins masqu&#233;. &#187; On ne saurait mieux dire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Aux dires du site &lt;i&gt;Contre-attaque&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; lundi 4 octobre 2026, apr&#232;s quatre jours en cellule, Ritchy &#233;tait jug&#233; en comparution imm&#233;diate (&#8230;). Lors de cette audience &#224; huis clos, la police ayant expuls&#233; tous les soutiens du jeune homme, les juges ont d&#233;cid&#233; de le placer en d&#233;tention provisoire &#224; Fleury. Pire il est plac&#233; &#224; l'isolement, encore une mesure d'exception. Mais l'acharnement ne s'arr&#234;te pas l&#224; : maintenant que la justice tient le militant entre ses griffes, elle le juge en d&#233;tention pour d'anciennes affaires. Mardi 6 octobre, la justice l'a condamn&#233; &#224; 4 mois avec sursis pour avoir harangu&#233; Macron au Salon de l'agriculture. Des faits qui remontent &#224; 2024 &#187;. Un appel a &#233;t&#233; interjet&#233; par sa d&#233;fense pour que sa d&#233;tention provisoire soit suspendue. S'il n'est pas retenu, Ritchy attendra jusqu'au 9 d&#233;cembre, soit deux longs mois derri&#232;re les barreaux. Au d&#233;triment de ses &#233;tudes et de son gagne-pain. Une authentique abomination ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'histoire de ce jeune homme de vingt-deux ans est celle d'un acharnement policier et judiciaire : surveillance constante, perquisitions de son domicile, contr&#244;les judiciaires &#224; foison, interdictions de manifester, placements sous contr&#244;le judiciaire et d&#233;tention provisoire. En l'espace de huit ans, il a subi, &#224; la louche, plus de vingt gardes &#224; vue, six proc&#232;s lui ont &#233;t&#233; intent&#233;. Et le voil&#224; en taule ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Dans ce contexte, le soutenir est plus qu'une n&#233;cessit&#233;, c'est un devoir d'hommes et de femmes libres. Lib&#233;rez Ritchy ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#192; CONTRETEMPS&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_fin-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_fin-4.jpg?1791791263' width='500' height='207' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour celles et ceux qui veulent lui &#233;crire : &lt;br/&gt;
Ritchy Thibault, Maison d'arr&#234;t de Fleury-M&#233;rogis, &lt;br/&gt;
Num&#233;ro d'&#233;crou : 500978&lt;br/&gt;
7, avenue des Peupliers, 91700 Fleury-M&#233;rogis.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://contre-attaque.net/2026/10/07/ritchy-thibault-gilet-jaune-voyageur-envoye-en-detention-provisoire-pour-de-simples-mots/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://contre-attaque.net/2026/10/07/ritchy-thibault-gilet-jaune-voyageur-envoye-en-detention-provisoire-pour-de-simples-mots/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Digression sur un &#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1197</link>
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		<dc:date>2026-10-05T06:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Il aura suffi que la fra&#238;cheur revienne pour que, caress&#233; par une l&#233;g&#232;re brise qui requinque, on se dise que l'automne a bien des avantages, dont celui d'apaiser notre esprit de cette impression, marquante, d'&#233;crasement calorif&#232;re qu'on a ressenti tout au long de cet &#233;t&#233; meurtrier. Qu'on se rassure, je ne vais pas en rajouter sur cette succession de pr&#233;visibles mais d&#233;concertantes canicules qui, comme autant de bourr&#233;es d&#233;brid&#233;es dans un bal folk auvergnat, se sont succ&#233;d&#233; sur nos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique111" rel="directory"&gt;Digressions...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L416xH241/ill._tete__digressions-42-e47a4.jpg?1793566940' width='416' height='241' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2877 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/digression_sur_un_ete_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 867.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il aura suffi que la fra&#238;cheur revienne pour que, caress&#233; par une l&#233;g&#232;re brise qui requinque, on se dise que l'automne a bien des avantages, dont celui d'apaiser notre esprit de cette impression, marquante, d'&#233;crasement calorif&#232;re qu'on a ressenti tout au long de cet &#233;t&#233; meurtrier. Qu'on se rassure, je ne vais pas en rajouter sur cette succession de pr&#233;visibles mais d&#233;concertantes canicules qui, comme autant de bourr&#233;es d&#233;brid&#233;es dans un bal folk auvergnat, se sont succ&#233;d&#233; sur nos territoires calcin&#233;s. Juste penser aux drames qu'elles auront g&#233;n&#233;r&#233;s dans bien des familles, aux vies qu'elles auront prises, aux destructions qu'elles auront laiss&#233; derri&#232;re elles sur des &#233;tendues consid&#233;rables de territoires o&#249; le feu aura tout br&#251;l&#233;, aux pompiers de fortune qui &#8211; d&#233;pourvus de tout, et notamment de suffisamment d'avions bombardiers d'eau, parce qu'un arriviste arrogant, ancien Premier ministre et aujourd'hui candidat sans honte &#224; la pr&#233;sidentielle, les avait d&#233;budg&#233;tis&#233;s. Si cette canicule &#224; r&#233;p&#233;tition aura eu valeur corrective sur nos propres comportements, elle aura surtout point&#233;, au quotidien de ces jours d'enfer, la totale incurie de cette Macronie aujourd'hui finissante qui aura commenc&#233; par &#233;borgner les Gilets jaunes pour finir par accorder un permis de tuer aux forces du d&#233;sordre. Apr&#232;s avoir appauvri les pauvres, enrichi les riches, culpabilis&#233; les moyens, augment&#233; le temps de labeur de deux ans pour tous, m&#233;pris&#233; toutes ses oppositions, gonfl&#233; consid&#233;rablement les rangs factieux au Parlement, omis de faire atterrir l'avion d'un g&#233;nocidaire notoire sous mandat d'arr&#234;t international et nargu&#233; tout le monde, comme l'atteste le dernier &#233;t&#233; de son capo, qui l'aura pass&#233; &#224; Br&#233;gan&#231;on, aux frais des contribuables et le cul &#224; la fra&#238;che viss&#233; &#224; un jet ski, quand le pays &#233;tait en feu. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On a beau dire, on ne se sera jamais fait &#224; ce botox&#233; au narcissisme. Rideau !
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-121-b3676.jpg?1793566941' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
L'&#233;t&#233;, les amis, a commenc&#233;, pour ma compagne et moi, &#224; Douarnenez. Pour plusieurs raisons. La premi&#232;re, c'est que le coin fait partie de notre intime carte du Tendre. La deuxi&#232;me, c'est que, malgr&#233; sa gentrification, la vieille ville n'a pas encore &#233;t&#233; trop salop&#233;e &#8211; je peux en t&#233;moigner, je la connais depuis mes jeunes ann&#233;es, c'est-&#224;-dire depuis belle lurette. La troisi&#232;me, c'est que ses plages sont merveilleuses pour qui, comme moi, aime marcher &#224; la bretonne, c'est-&#224;-dire les pieds dans l'eau et la t&#234;te dans les nuages. La quatri&#232;me, c'est que la m&#233;moire des &#171; Penn Sardin &#187; (ces sardini&#232;res qu'on appelait, dr&#244;le d'id&#233;e, &#171; T&#234;tes de sardine &#187;) et de leur gr&#232;ve h&#233;ro&#239;quement imaginative de 1924 semble y &#234;tre toujours vivante, m&#234;me si les raisons de l'entretenir ne sont pas toujours nobles. La cinqui&#232;me, c'est que Douarnenez &#233;tait la ville de Georges Perros, notateur d'excellence, et que ses &lt;i&gt;Papiers coll&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Perros, &#338;uvres, Papiers coll&#233;s, Quarto, Gallimard, 2017.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; font partie de mes livres de chevet. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Douarnenez, c'est aussi un territoire de m&#233;lange o&#249;, depuis quelques ann&#233;es maintenant, s'est install&#233;e une joyeuse faune alternative s'int&#233;grant &#224; cette sorte de &#171; triangle d'or &#187; que composent d&#233;sormais, dans l'esprit du temps antisyst&#232;me, &#171; Montreuil, Saillans et&#8230; Douarnenez &#187;. Au soir tomb&#233;, sur le port de Rosmeur, cette faune est l&#224;, dans un m&#233;lange de sensibilit&#233;s parfois contradictoires mais visiblement rassembl&#233;es autour de l'id&#233;e simple d'une autre sociabilit&#233; commune possible o&#249; se fr&#233;quenteraient, en bonne intelligence, de vieux marins &#224; casquette, des Bretons bretonnants vaguement s&#233;paratistes et des qu&#234;teurs de r&#234;ves d'&#233;mancipation. On pourra voir ce qu'on veut dans cette itin&#233;rance. Un go&#251;t pour le nomadisme, un effet de mode, une fuite&#8230; Pour ma part, je m'en tiendrai &#224; mes intuitions : il n'est de v&#233;rit&#233; humaine que dans le m&#233;lange et l'enrichissement qu'il charrie. On se sent bien &#224; Douarnenez et, g&#233;n&#233;ralement, les galettes y sont bonnes quand on sait choisir son auberge du bonheur. En quittant la ville, mon logeur, restaurateur de son m&#233;tier, nous a dit que le coin changeait beaucoup. On a craint le pire, mais le bonhomme parlait du climat. &#171; Au train o&#249; &#231;a va, la Bretagne va devenir m&#233;diterran&#233;enne &#187;, nous a-t-il dit en nous montrant le ciel du matin, immens&#233;ment bleu. C'&#233;tait indiscutable. Depuis une semaine, en effet, peu de nuages avaient troubl&#233; l'azur. Comme si le charme breton &#233;tait en train de perdre son principal atout : ses nuages, pr&#233;cis&#233;ment, qui font le temps d&#233;licieusement changeant.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-121-b3676.jpg?1793566941' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
La Provence en ao&#251;t, c'est, au contraire, la confirmation d'un intangible. Inutile de charger son sac, un short et une paire de tongs suffiront. Pour le reste, on y mettra des livres. En imaginant un coin d'ombre o&#249; les lire, berc&#233; par le chant des cigales. Un poncif ? &#192; peine. Le massif de la Sainte-Victoire, &#224; Aix, c'est un invariant d'harmonie qui, cet &#233;t&#233;, du c&#244;t&#233; du domaine de Bimont, a &#233;t&#233; troubl&#233; par des flics apparemment d&#233;bonnaires &#8211; mais avec eux il faut se m&#233;fier &#8211; qui contr&#244;laient les papiers des randonneurs. Il y avait quelque chose d'&#233;trange dans leur qu&#234;te, comme une mani&#232;re de ne pas croire, mais en le faisant comme savent le faire les flics, intrusivement. On a cru comprendre qu'ils cherchaient d'&#233;ventuels pyromanes.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-121-b3676.jpg?1793566941' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
D'Aix &#224; Minerve, il y a une trotte. Dans les trois heures de route quand &#231;a roule bien, qui deviennent cinq en chaude saison touristique quand &#231;a roule mal. Minerve, c'est un lieu &#233;trange, typique &#8211; par ses paysages et ses entrelacs &#8211; du pays cathare o&#249;, chaque ann&#233;e, dans la deuxi&#232;me semaine d'ao&#251;t, se tiennent, sur les hauteurs du hameau de Bois-Bas, des &#171; Rencontres du Maquis pour l'&#201;mancipation &#187;. Ce Maquis &#233;tend ses presque 270 hectares entre la rivi&#232;re Cesse et les contreforts de la Montagne Noire. Propri&#233;t&#233; collective d'un groupement d'une centaine de personnes &#8211; physiques et morales &#8211;, ce lieu a &#233;t&#233; acquis, entre autres choses, pour y voir &#233;clore des mises en pratique de d&#233;passement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'usage de l'auto-organisation collective et l'organisation de ces &#171; rencontres &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#194;me du lieu et grand ma&#238;tre de son intendance, Suno, ami de longue date, est, comme moi, un fils de l'exil libertaire espagnol, un de ceux qui a repris la flamme du &#171; bel &#233;t&#233; de l'anarchie &#187;. C'est un modeste, Suno, un &#233;couteur plut&#244;t qu'un parleur, un homme de terrain qui pr&#233;f&#232;rera toujours le concret d'une r&#233;alisation &#224; l'abstraction d'un concept. C'est en cela qu'il perp&#233;tue la tradition d'un anarchisme r&#233;alisateur o&#249; les grandes choses d&#233;pendent des petites mains qui les portent et de la constance d'engagements qui attestent qu'il n'est d'autre moyen de vivre l'&#233;mancipation qu'en mettant en coh&#233;rence les affects, les id&#233;es et les actes, la th&#233;orie et la pratique en somme, les aspirations qui l'irriguent et les moyens concrets de les r&#233;aliser. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Ainsi, il faut le voir, Suno, fr&#234;le silhouette qu'agite une &#233;nergie rare, &#234;tre au four et au moulin, suivre tous les d&#233;bats de la semaine que suscitent les pr&#233;sentations d'ouvrages de qualit&#233; &#8211; qu'il a lui-m&#234;me s&#233;lectionn&#233;s en invitant leurs auteur.es &#224; venir les pr&#233;senter &#8211;, y intervenir, sermonner l'assistance quand elle ne respecte pas les heures de repas, compliquant ainsi la t&#226;che des cuisines. Il faut l'entendre pousser sa gueulante quand sa premi&#232;re intervention n'a pas &#233;t&#233; suivie d'effet. Il faut le voir bouder quand on lui reproche d'&#234;tre trop dirigiste. Il faut le voir rigoler de lui-m&#234;me quelques minutes apr&#232;s quand, ravi d'&#234;tre parvenu &#224; faire sienne une fois encore cette sentence d'&#201;lys&#233;e Reclus qu'il doit affectionner &#8211; &#171; L'anarchie est la plus haute expression de l'ordre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours &#224; la s&#233;ance solennelle de rentr&#233;e du 22 octobre 1895 de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211;, il pense d&#233;j&#224; aux d&#233;bats de l'apr&#232;s-midi, aux festivit&#233;s du soir et aux concerts endiabl&#233;s de la courte nuit qui l'attend. Bien s&#251;r, il n'est pas seul Suno, il a constitu&#233; une petite &#233;quipe de fid&#232;les, mais les Rencontre du Maquis c'est sa chose. Il l'a pens&#233;e, rendue possible, cajol&#233;e, affin&#233;e dans l'id&#233;e, magique, qu'une autre vie collective &#233;tait possible et qu'il fallait le d&#233;montrer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Minerve, c'est donc &#231;a, une immersion en terre de libert&#233; et de fraternit&#233;. Qu'on ne se trompe pas, cela dit. Quand on y est invit&#233; pour pr&#233;senter un ouvrage, ce qui &#233;tait mon cas pour mes &lt;i&gt;Folies d'Espagne&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233;es par L'&#201;chapp&#233;e, l'exercice est toujours difficile. Il peut m&#234;me &#234;tre frustrant, quand, pour d'&#233;tranges et inopportunes raisons, le d&#233;bat qui devait le suivre &#8211; et porter, pour le cas sur les vives contradictions et tensions que l'anarchisme espagnol dut affronter pendant la r&#233;volution sociale de 1936 &#8211; se voit litt&#233;ralement confisqu&#233; par de foireuses consid&#233;rations sur la prochaine &#233;lection fran&#231;aise d'o&#249; &#233;mergent des positionnements sans consistance. Car, apr&#232;s tout, il y avait mati&#232;re &#224; tisser des fils historiques et m&#233;moriels entre le fait que les anarchistes espagnols, peu port&#233;s &#224; l'&#233;lectoralisme, vot&#232;rent relativement massivement en f&#233;vrier 1936 contre le fascisme en accordant, sans passion ni enthousiasme, leurs suffrages &#224; la tr&#232;s r&#233;formiste coalition de la gauche institutionnelle, alli&#233;e dans un Front populaire. Pour cela, il est vrai, il aurait fallu recentrer le d&#233;bat sur le r&#233;el, celui auquel on finit toujours par se cogner, en sortant des poncifs sur l' &#171; autoritaire &#187; M&#233;lenchon et La France insoumise. Comme si le vrai danger &#233;tait l&#224; ! On a souvent vant&#233;, chez les bourgeois cultiv&#233;s, le charme de l'anarchisme pour sa pr&#233;disposition &#224; glisser des cailloux dans la raison commune. Pour ma part, j'en ai souvent dout&#233; quand de politique il s'agissait, mais rarement &#224; ce point. Et pens&#233; &#224; cette phrase de Victor Serge : &#171; Ne voulant point &#8220;faire de politique &#8221;, les anarchistes en font souvent, avec le plus beau courage, de fort mauvaise.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, &#171; Adieu &#224; un ami &#187;, La Wallonie, 14-15 ao&#251;t 1937.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce devait &#234;tre dit, voil&#224; qui est fait ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Minerve, en somme, tient d'une authentique exp&#233;rience libertaire o&#249;, entre improvisation et volontarisme, on &#233;prouve, le temps d'une semaine hyperactive, une &#233;vidente sensation de vie augment&#233;e. On s'y sent bien, comme prot&#233;g&#233; des horreurs du monde et dans la claire conscience qu'il faut le transformer du tout au tout. Avec le soutien actif des cigales et leurs chants incessants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La bise &#224; Natalie, Marion, S&#233;bastien, Pierre-Jean, Jean-Luc, Lola, Nedjib, Ritchy et bien d'autres compagnes et compagnons de table, de discussions, de d&#233;connades et de rires. Et &#224; Suno, bien s&#251;r, le v&#233;ritable ma&#238;tre des lieux et des horloges. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Perros, &lt;i&gt;&#338;uvres, Papiers coll&#233;s&lt;/i&gt;, Quarto, Gallimard, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours &#224; la s&#233;ance solennelle de rentr&#233;e du 22 octobre 1895 de l'Universit&#233; nouvelle de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, &#171; Adieu &#224; un ami &#187;, &lt;i&gt;La Wallonie&lt;/i&gt;, 14-15 ao&#251;t 1937.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Retour sur une dissidence</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1195</link>
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		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Arnaud FOSSIER Les Cathares, ennemis de l'int&#233;rieur La Fabrique, 2025, 200 p. Les cathares sont l'objet de multiples appropriations et approximations, qui vont de la revendication identitaire sur des bases r&#233;gionalistes antijacobines et confessionnelles &#224; la d&#233;viance sectaire et folklorique au regard de la Grande Histoire. Ils sont aussi parfois consid&#233;r&#233;s comme les anc&#234;tres des protestants massacr&#233;s pendant les guerres de religion et surtout de la r&#233;pression des camisards (1685-1700), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/couv__livre-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/couv__livre-3.jpg?1790265883' width='500' height='764' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Arnaud FOSSIER &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Les Cathares, ennemis de l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
La Fabrique, 2025, 200 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2874 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/retrour_sur_une_dissidence_debry_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 610.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les cathares sont l'objet de multiples appropriations et approximations, qui vont de la revendication identitaire sur des bases r&#233;gionalistes antijacobines et confessionnelles &#224; la d&#233;viance sectaire et folklorique au regard de la Grande Histoire. Ils sont aussi parfois consid&#233;r&#233;s comme les anc&#234;tres des protestants massacr&#233;s pendant les guerres de religion et surtout de la r&#233;pression des camisards (1685-1700), ce qui leur conf&#232;re un statut un peu plus consistant. Ou encore, et c'est peut-&#234;tre le pire &#8211; nous dit Arnaud Fossier &#8211;, &#171; la naissance de la soci&#233;t&#233; de pers&#233;cution &#187; instaur&#233;e en pays d'Oc dont les cathares furent les premi&#232;res victimes, est, aujourd'hui encore, consid&#233;r&#233;e avec condescendance comme s'il s'agissait l&#224; d'un fait, regrettable mais secondaire, dont la port&#233;e resterait n&#233;gligeable. &#192; circonscrire, en somme, comme anecdotique.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cela dit, et c'est heureux, plut&#244;t que d'&#234;tre r&#233;duite &#224; des appr&#233;ciations &#224; l'emporte-pi&#232;ce &#224; l'usage des touristes, cette histoire ne cesse d'&#234;tre &#233;tudi&#233;e le plus s&#233;rieusement du monde, comme nous le rappelle l'auteur de cet ouvrage et renvoie &#224; des enjeux actuels dont la complexit&#233; semble irr&#233;ductible &#224; tel ou tel point de vue. Une abondante litt&#233;rature en t&#233;moigne. On y croise des historiens, et pas des moindres, comme Emmanuel Le Roy Ladurie (1929-2023), Carlo Ginzburg (1939-2026), ou encore Jean-Louis Biget (1937-2024) et l'historien britannique Robert I. Moore (1941-2025), tous incontournables. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est dire si revenir sur cette &#171; sanglante r&#233;pression culturelle &#187; du XIIe si&#232;cle en Occitanie, comme le fait Arnaud Fossier, d&#233;passe le cadre d'une obsession r&#233;gionaliste d&#233;su&#232;te. Elle est &#224; resituer, et &#224; juste titre, dans ces d&#233;bats qui m&#233;ritent que l'on prenne la peine de se pencher studieusement sur les &#233;v&#233;nements dont on parle. En cela, la lecture de son livre est indispensable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut admettre que l'actualit&#233; r&#233;cente du commerce touristique en pays d'Oc, &#233;conomie r&#233;gionale de grande importance, a raviv&#233; les passions. En mai 2024, en effet, le d&#233;partement de l'Aude a renonc&#233; au label &#171; Pays cathare &#187;, qui figurait accol&#233; au nom du d&#233;partement depuis 1992, et en 2025, coup de tonnerre, l'association charg&#233;e de promouvoir la candidature des &#171; ch&#226;teaux cathares &#187; au Patrimoine de l'humanit&#233; de l'Unesco, a d&#233;cid&#233; de les pr&#233;senter sous le nom de &#171; forteresses royales &#187;, choix qui se voudrait &#8211; nous dit l'auteur &#8211; &#171; plus conforme &#224; la r&#233;alit&#233; historique &#187;, en nous rappelant que l'enjeu symbolique et &#233;conomique est d'autant plus important pour la r&#233;gion que, chaque ann&#233;e, attir&#233;s par la beaut&#233; grandiose de ces lieux mythiques, quelques 400 000 visiteurs et visiteuses se pressent pour profiter de &#171; la vue &#233;poustouflante &#187; qu'ils offrent. &#171; On y trouve, &#233;crit-il, tout ce qui fait le charme viril et guerrier du ch&#226;teau m&#233;di&#233;val : pont-levis, tours et m&#226;chicoulis, forge, latrines et oubliettes. Avec un peu de chance, un ma&#238;tre fauconnier vous autorisera &#224; enfiler son gant de cuir et laissera l'un de ses rapaces se promener sur votre bras. De cathares, en revanche, il n'est que peu question et pour cause : dans la plupart de ces citadelles aucun n'a jamais v&#233;cu, si ce n'est ici ou l&#224; quelques poign&#233;es de &lt;i&gt;faidits&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les faydits ou faidits &#233;taient des chevaliers ou des seigneurs languedociens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8211; h&#233;r&#233;tiques traqu&#233;s ayant trouv&#233; refuge sur les hauteurs d'habitats villageois. L'&#233;crasante majorit&#233; de ces &lt;i&gt;castra&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Forteresses seigneuriales ou bourgs fortifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'ont &#233;t&#233; b&#226;tis que plus tard, &#224; l'initiative du roi de France dans les ann&#233;es 1230-1250, pour &#233;craser la dissidence cathare ou surveiller la fronti&#232;re avec le royaume rival d'Aragon. L'appellation &lt;i&gt;ch&#226;teau cathare&lt;/i&gt; est donc fantaisiste, tout le monde le sait, mais qu'importe puisqu'elle vend du r&#234;ve. Ou mieux, un mythe. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pourtant, il y a bel et bien eu, dans diff&#233;rentes r&#233;gions de la Chr&#233;tient&#233;, des groupes de dissidents qui, pour des raisons &#233;conomiques, sociales et culturelles, supportaient de plus en plus mal le joug de l'&#201;glise. Il fut donc jug&#233; n&#233;cessaire de les mater. Ce fut la justification que les barons du Nord utilis&#232;rent au XIIIe si&#232;cle pour annexer au royaume de France le comt&#233; de Toulouse &#8211; une partie de l'ancien royaume wisigoth qui avait gard&#233; une grande proximit&#233; avec le royaume d'Aragon. Ce fut une guerre de conqu&#234;te qui, au nom de la religion, d&#233;vasta le territoire du Comt&#233; de Toulouse. Le pays d'Oc r&#233;sista &#224; l'agression. C'est au prix de nombreux massacres &#8211; les victimes furent qualifi&#233;es de &#171; pestilentiels Proven&#231;aux &#187; &#8211; que cette croisade contre les Albigeois (1209-1229) triompha d&#233;finitivement. Puis l'Inquisition prit la suite, en pers&#233;cutant, &#224; partir de 1230, toutes les sociabilit&#233;s des dissidents languedociens. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En ce si&#232;cle de dissidence religieuse, l'&#201;glise catholique qualifie d' &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187; ceux qui lui r&#233;sistent et, par r&#233;action, sont en qu&#234;te d'une sorte de puret&#233; &#233;vang&#233;lique qu'ils pr&#234;tent aux premiers chr&#233;tiens. Le clerg&#233;, qui a perdu l'estime et le respect du peuple devient alors l'objet de vives remises en causes. L'on pointe ses contradictions flagrantes entre son comportement v&#233;nal et libidineux et son discours christique &#8211; simonie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La simonie consiste en l'achat ou la vente de biens spirituels, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et concubinage sont largement r&#233;pandus au point que la perte de cr&#233;dibilit&#233; de la parole du clerg&#233; est ressentie comme une insupportable hypocrisie par une population rurale et urbaine qui reste attach&#233;e &#224; une forme de mysticisme populaire enracin&#233; dans une tr&#232;s ancienne relation &#224; la terre des anc&#234;tres. En ce d&#233;but de si&#232;cle, la d&#233;testation du clerg&#233; est largement r&#233;pandue dans toutes les couches de cette soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale en pleine mutation. On peut parler &#171; d'h&#233;r&#233;sie protestataire &#187; de nature anticl&#233;ricale &#8211; vaudois, lollards, hussites, patarins, cathares italiens, etc. Il y a incontestablement, au XIIe si&#232;cle, un regain et une d&#233;multiplication de ces prises de distances avec la parole officielle que le pouvoir de Rome et les ordres religieux qui le servent qualifient d' &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; pour mieux la r&#233;duire au silence. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; L'&lt;i&gt;h&#233;r&#233;sie&lt;/i&gt; n'est pas, nous dit Arnaud Fossier, une identit&#233; religieuse, mais une accusation dirig&#233;e contre une &lt;i&gt;dissidence&lt;/i&gt; &#187;, car elle menace le dogme sur lequel s'appuie l'organisation politique de l'&#201;glise romaine en un temps o&#249; les clercs perdent le pouvoir qu'ils ont sur les la&#239;cs. Sa domination s'effrite et, en de nombreux endroits, des groupes sociaux &#233;chappent &#224; son contr&#244;le en lui opposant une puret&#233; originelle tendant au r&#233;tablissement de la constitution simple de l'&#233;glise primitive et surtout &#224; &#171; la suppression de l'ordre exclusif du clerg&#233; &#187;. Le ph&#233;nom&#232;ne semble particuli&#232;rement r&#233;pandu dans la noblesse rurale paup&#233;ris&#233;e et d&#233;class&#233;e et la bourgeoisie urbaine en plein essor. De plus, il ne faut pas sous-estimer &#171; la lutte pour l'autonomie communale &#187;, comme Engels le nota dans &lt;i&gt;La Guerre des paysans en Allemagne&lt;/i&gt; &#8211; ouvrage consacr&#233; &#224; l'insurrection politique, sociale et religieuse qui &#233;branla le Saint-Empire romain et germanique de 1524 &#224; 1526&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ma recension de Thomas M&#252;nzer ou la guerre des paysans (Maurice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme en d'autres lieux et en d'autres temps, plus ou moins explicitement formul&#233;e par la dissidence religieuse, la contestation sociale est, bien entendu, aussi pr&#233;sente en Occitanie qu'ailleurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Elle est, en tout cas, l'une des raisons, voire l'une des plus importantes, qui explique la r&#233;action du Nord vis-&#224;-vis du Sud, qui exprime une forme de jacobinisme avant l'heure accompagnant la construction de l'&#201;tat moderne, processus qui s'&#233;talera sur plusieurs si&#232;cles. Le royaume met au pas ses vassaux, conquiert les territoires qui lui &#233;chappent et pourraient s'allier avec des comp&#233;titeurs repr&#233;sentant une menace potentielle. Comme justifiant par avance tous ses exc&#232;s, la r&#233;action de Rome au rejet de sa pratique du pouvoir temporel et spirituel attise le d&#233;sir pr&#233;dateur des crois&#233;s venus du Nord. Il explique en tout cas la violence et le caract&#232;re impitoyable de la conqu&#234;te. La destruction de l'autonomie de la culture occitane devenait la condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; pour assouvir le besoin de domination des principaux acteurs de cette histoire. Au demeurant, un crime b&#233;ni par l'&#201;glise ne constitue plus un crime, mais un s&#233;same pour le Paradis. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'insatisfaction religieuse et spirituelle des la&#239;cs face aux structures institutionnelles et &#224; l'ordre hi&#233;rarchique voulus par la papaut&#233; dans le cadre de la r&#233;forme gr&#233;gorienne au XIIe si&#232;cle va de pair avec un malaise social et culturel de plus en plus pr&#233;gnant. Cette convergence repr&#233;sente un danger qui risque d'emporter ce qui est en train de se mettre en place en Europe sous la double autorit&#233; centralis&#233;e du Pape et du Roi. Ce malaise culturel est combattu par l'&#201;glise qui invente le qualificatif de &#171; cathares &#187; et qui donne &#224; sa r&#233;pression la justification d'une &#171; cause sacr&#233;e &#187; contre cette insupportable h&#233;t&#233;rodoxie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Arnaud Fossier nous rappelle l'importance de replacer le catharisme albigeois dans le contexte europ&#233;en de l'&#233;poque. Il d&#233;fend la th&#232;se selon laquelle les &#171; bons hommes &#187;, comme ils se d&#233;signaient entre eux, repr&#233;sentaient &#171; un syst&#232;me local relativement autonome &#8211; sans dogmes unanimement partag&#233;s &#8211;, un mod&#232;le d'organisation communautaire avec son clerg&#233; de &#8220;parfaits&#8221; que la papaut&#233; devait briser si elle voulait assurer l'h&#233;g&#233;monie de l'&#201;glise romaine &#187;. Le roi de France fournit, pour ce faire, la force arm&#233;e, et ce dans la perspective d'agrandir son royaume. Ce qu'il fit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'existence de &#171; cathares &#187; &#8211; au sens d'adeptes d'une religion dualiste &#8211; fut une cr&#233;ation juridique dont l'Inquisition put faire un usage abusif pour martyriser un peuple et s'en prendre &#224; sa culture. &#171; C'est le discours des clercs qui fit surgir &#8220;l'h&#233;r&#233;sie&#8221; &#187;, dit Arnaud Fossier. &#171; Une invention qui permit &#224; l'&#201;glise de se d&#233;finir elle-m&#234;me &#187; en renfor&#231;ant &#171; le pouvoir des pr&#234;tres sur l'autre &#187;. Inventer l'h&#233;r&#233;sie, ajoute-t-il, lui permit de renforcer sa hi&#233;rarchie &#8211; habilit&#233;e &#224; d&#233;finir les normes du comportement chr&#233;tien &#8211; et d'allonger la liste des sacrements (bapt&#234;me, eucharistie, confirmation, ordination, p&#233;nitence, mariage, extr&#234;me onction). L'&#201;glise sortait ainsi de l'ind&#233;termination et &#171; elle en vint &#224; consid&#233;rer de simples diff&#233;rences comme des n&#233;gations ou des menaces potentielles pour le dogme &#187;. La chr&#233;tient&#233; allait pouvoir &#171; se d&#233;finir comme une totalit&#233; unifi&#233;e avec son double mouvement d'inclusion et d'exclusion &#187;. Les Juifs, peuple r&#233;tif, en subiront toutes les cons&#233;quences, et, en 1096, les crois&#233;s en marche vers J&#233;rusalem se livreront sur leur trajet &#224; des massacres qui seront la cons&#233;quence des pr&#233;dications de Bernard l'Ermite. Les cathares, que l'on suspectait au d&#233;but du XIIe si&#232;cle d'avoir une origine orientale, constitu&#232;rent l'ennemi int&#233;rieur r&#234;v&#233;. Juifs, Sarrasins, cathares &#233;taient autant d'avatars de l'Ant&#233;christ. On est pour ainsi dire dans le meurtre rituel. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est donc au nom du combat contre la peste &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; que s'engage cette croisade. La lutte contre les cathares, incarnation de l'h&#233;r&#233;sie en pays d'Oc, est une lutte &#224; mort contre &#171; un ennemi int&#233;rieur &#187;, mortel, pour le Pape et le Roi de France. Il faut le nommer ainsi pour justifier les moyens employ&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Par ailleurs, comme la centralisation progressive des pouvoirs temporels &#224; partir du XIe si&#232;cle s'accompagne de la pers&#233;cution syst&#233;matique de groupes marginaux &#8211; juifs, musulmans, l&#233;preux, h&#233;r&#233;tiques &#8230; &#8211;, cette justification sera utilis&#233;e comme un instrument de contr&#244;le social et politique, en particulier par le royaume franc, qui n'avait jamais totalement soumis ce pays poss&#233;dant sa langue, son mode de vie, d'alimentation, d'agriculture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vin plut&#244;t que la bi&#232;re, l'huile d'olive plut&#244;t que le beurre et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fort des h&#233;ritages de son pass&#233; gallo-romain et wisigoth, ce pays &#233;tait pour les &#171; gens du Nord &#187; une terre &#233;trang&#232;re. Il &#233;tait donc du ressort de Dieu de &#171; reconnaitre les siens &#187; afin que les bras arm&#233;s ne tremblent pas lorsque leur &#233;p&#233;e s'abattrait sur les populations, femmes et enfants compris, qui vivaient dans un espace irr&#233;ductible &#224; leur d&#233;sir de domination. Les b&#251;chers de l'Inquisition seront allum&#233;s dans le cadre de la lutte contre cette &#171; h&#233;r&#233;sie &#187;. Elle fut invent&#233;e pour ne pas avoir &#224; s'encombrer de scrupules moraux, nous sugg&#232;re la lecture d'Arnaud Fossier. Une fa&#231;on de d&#233;shumaniser son ennemi &#8211; pratique commode d'un usage commun et fort r&#233;pandue de tout temps et en tous lieux. C'&#233;tait le meilleur moyen de faire disparaitre ce qui ne pouvait &#234;tre soumis par les pr&#234;ches et la menace. Les &lt;i&gt;conversions&lt;/i&gt; furent des actes de soumission. Au nom d'une uniformatisation des pratiques religieuses et du besoin culturel et politique du royaume de France en cours de structuration, l'alliance de l'&#233;p&#233;e et de la mitre permit que l'histoire de cette r&#233;gion, histoire &#233;crite par les vainqueurs, soit une &#233;tape dans un long processus dont la Troisi&#232;me R&#233;publique fera un mythe en inventant la notion de &#171; fronti&#232;re naturelle &#187; &#8211; aussi naturelle que la vassalit&#233; du Comte de Toulouse vis-&#224;-vis du Roi des Francs. &#192; l'ordre divin succ&#233;dera l'ordre r&#233;publicain dans lequel les habitants du pays d'Oc seront toujours tenus pour suspects, peu fiables, veules et h&#226;bleurs, toujours prompts &#224; se distinguer d'infantiles mani&#232;res et enclins &#224; c&#233;der &#224; leur esprit rebelle comme on c&#232;de &#224; la panique &#8211; tare atavique &#8211; malgr&#233; le soin que l'on met &#224; les &#233;duquer. En un mot comme en cent, un peuple h&#233;ritier d' &#171; h&#233;r&#233;tiques &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Luc DEBRY&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/iii__fin.jpg?1790266014' width='500' height='365' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les faydits ou faidits &#233;taient des chevaliers ou des seigneurs languedociens qui s'&#233;taient vus d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs fiefs et terres lors de la croisade contre les Albigeois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Forteresses seigneuriales ou bourgs fortifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La &lt;i&gt;simonie&lt;/i&gt; consiste en l'achat ou la vente de biens spirituels, de sacrements, de postes hi&#233;rarchiques, de charges eccl&#233;siastiques ou de services intellectuels &#187;, selon la d&#233;finition de l'historien Jo&#235;l Chandellier, in : &lt;i&gt;L'Occident m&#233;di&#233;val : d'Alaric &#224; L&#233;onard (400-1450)&lt;/i&gt;, Belin, coll. &#171; Mondes anciens &#187;, 2021, 700 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ma recension de &lt;i&gt;Thomas M&#252;nzer ou la guerre des paysans&lt;/i&gt; (Maurice Pianzola, 2015) en ligne sur &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article577&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acontretemps.org/spip.php?article577&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le vin plut&#244;t que la bi&#232;re, l'huile d'olive plut&#244;t que le beurre et la cr&#232;me. &#192; cela, il faut ajouter ses contes, sa po&#233;sie, son imaginaire, ses traditions pastorales, son artisanat...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mai 68, un mouvement r&#233;sistant</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1194</link>
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		<dc:date>2026-09-21T06:42:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;&#9632; Une fois la f&#234;te termin&#233;e, la litt&#233;rature sur Mai 68 devint un genre litt&#233;raire &#224; part enti&#232;re et ce sur un temps long, chaque comm&#233;moration de l'&#233;v&#233;nement sonnant l'occasion de remettre le couvert, parfois pour le pire. L'un des int&#233;r&#234;ts de ce texte de Pierre Souiry &#8211; &#171; La crise de Mai &#187; &#8211; publi&#233; dans la revue Les Annales en 1970, c'est de dater de juste apr&#232;s la grande vague, &#224; l'heure donc de sa m&#233;moire vive. Ce texte atteste en tout cas que Souiry, excellent chroniqueur, fut inspir&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-28.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-28.jpg?1789735126' width='500' height='342' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2871 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/mai_68_souyri_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 527.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Une fois la f&#234;te termin&#233;e, la litt&#233;rature sur Mai 68 devint un genre litt&#233;raire &#224; part enti&#232;re et ce sur un temps long, chaque comm&#233;moration de l'&#233;v&#233;nement sonnant l'occasion de remettre le couvert, parfois pour le pire. L'un des int&#233;r&#234;ts de ce texte de Pierre Souiry &#8211; &#171; La crise de Mai &#187; &#8211; publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Les Annales&lt;/i&gt; en 1970, c'est de dater de juste apr&#232;s la grande vague, &#224; l'heure donc de sa m&#233;moire vive. Ce texte atteste en tout cas que Souiry, excellent chroniqueur, fut inspir&#233; par cette premi&#232;re brass&#233;e de productions livresques sur Mai 68, d'autant qu'on ne doute pas que, comme quelques autres de ses camarades de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, groupe-revue qui se saborda en mai 1967, il fut de ceux qui, un an plus tard, particip&#232;rent &#224; l'&#233;v&#233;nement dans le sillage du libertaire Mouvement du 22-Mars. L'autre le&#231;on de ce texte, &#233;vidente au vu des positionnements que r&#233;v&#232;le cette premi&#232;re s&#233;rie de livres, c'est que, si ce Mai 68 incandescent fut un mouvement r&#233;sistant au gaullisme, il le fut aussi aux interpr&#233;tations. Bonne lecture !&lt;br/&gt;
&#8211; &#192; contretemps &#8211;&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-120-2759c.jpg?1793566941' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Malgr&#233; l'abondance des ouvrages parus sur la crise de mai 1968, on reste fort mal renseign&#233; sur ce qui s'est effectivement pass&#233; dans l'ensemble du pays. On est satur&#233; de reportages sur les &#233;v&#233;nements qui se sont produits &#224; Paris, dans les rues et les universit&#233;s et certains d'entre eux &#8211; comme celui de Philippe Labro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Labro, Ce n'est qu'un d&#233;but, Paris, 1968, 273 p.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui utilise les techniques analogues &#224; celles des cin&#233;astes de l'actualit&#233; &#8211; t&#233;moignent de l'habilet&#233; professionnelle de leurs auteurs. Mais nous ne sommes &#224; peu pr&#232;s jamais inform&#233;s de ce qu'ont fait les travailleurs dans les usines, y compris dans la r&#233;gion parisienne, et des luttes qui se sont d&#233;roul&#233;es dans les villes de province : les renseignements fournis par Les Cahiers de Mai&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Cahiers de Mai, n&#176; 1, 15 juin 1968, et n&#176; 2, 15 juillet 1968.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur Nantes et quelques entreprises de la banlieue de Paris sont pr&#233;cieux mais insuffisants. Sur les origines du mouvement et sa signification, on lit avec int&#233;r&#234;t le t&#233;moignage tr&#232;s engag&#233; de certains des jeunes gens qui y jou&#232;rent un r&#244;le parfois central. Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, Une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale, Paris, 1968, 229 p.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;sentent le point de vue d'une des fractions du trotskisme : tout en tenant compte de certains &#233;l&#233;ments nouveaux &#8211; le r&#244;le des &#233;tudiants, le comportement de certains cadres et techniciens, etc. &#8211;, ils ne parviennent pas &#224; sortir des vieux sch&#233;mas sp&#233;cifiques de leur syst&#232;me de pens&#233;e et &#224; concevoir Mai 68 autrement que comme une r&#233;volution prol&#233;tarienne manqu&#233;e faute d'avoir eu une bonne direction politique. Pour Jacques Jurquet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Jurquet, Le Printemps r&#233;volutionnaire de 1968. Essai d'analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui parodie avec application et succ&#232;s le style des &#233;crits en provenance de P&#233;kin, &#171; les courants non-prol&#233;tariens &#187; ont d&#233;clench&#233; &#171; la temp&#234;te r&#233;volutionnaire &#187;, mais leur nature petite-bourgeoise leur interdisait de s'armer de la &#171; science marxiste-l&#233;niniste &#187; qui aurait &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour triompher de la bourgeoisie et de &#171; la trahison r&#233;visionniste &#187;. Les fr&#232;res Cohn-Bendit ont compil&#233;, en un temps record, les documents leur permettant de pr&#233;senter une sorte de &#171; digest &#187; d'un &#171; communisme de gauche &#187;, d'ailleurs fortement m&#226;tin&#233; d'anarchisme. Mais leur livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Le Gauchisme, rem&#232;de &#224; la maladie s&#233;nile du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#231;&#224; et l&#224; &#233;maill&#233; d'impertinences dr&#244;les, constitue une des meilleures descriptions des m&#233;thodes nouvelles d'agitation d&#233;couvertes &#224; Nanterre par une poign&#233;e d'&#233;tudiants et qui furent employ&#233;es avec un succ&#232;s qui d&#233;routa toutes les organisations et groupuscules existants. Car bien loin d'avoir &#233;t&#233; complot&#233; &#224; l'avance, ainsi que le soutient, entre autres, Fran&#231;ois Duprat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Duprat, Les Journ&#233;es de Mai 68. Les dessous d'une r&#233;volution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont le livre contient une foule de r&#233;v&#233;lations manifestement imaginaires, le mouvement eut une soudainet&#233; et une ampleur qui laiss&#232;rent d'abord surpris tous les r&#233;volutionnaires.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mai a produit une masse consid&#233;rable de documents, tracts, prises de positions, articles, manifestes, etc. Une partie d'entre eux a &#233;t&#233; recueillie et publi&#233;e. Marc Kravetz, Raymond Bellour et Annette Karsenty&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Kravetz, Raymond Bellour et Annette Karsenty, L'insurrection &#233;tudiante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont reconstitu&#233; les &#233;v&#233;nements entre le 2 et le 13 mai, journ&#233;e par journ&#233;e, en reproduisant un certain nombre de d&#233;clarations faites, &#224; l'instant m&#234;me, par les autorit&#233;s, les repr&#233;sentants des partis, diverses personnalit&#233;s parlementaires ou universitaires, et aussi par les &#233;tudiants ou leurs organisations. Ainsi a &#233;t&#233; organis&#233; un montage o&#249; se trouvent constamment et cruellement confront&#233;s les &#233;v&#233;nements et ce qui en fut dit et compris par chacun. Le lecteur peut juger sur pi&#232;ce.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Les lyc&#233;ens gardent la parole&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comit&#233;s d'action lyc&#233;ens, Les lyc&#233;ens gardent la parole, Paris, Seuil, 1968, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui utilise, par exception, des documents en provenance des villes de province, constitue une sorte de recueil des cahiers de dol&#233;ances des lyc&#233;ens qui montre quelles furent alors les aspirations des &#233;l&#232;ves au sujet de la r&#233;organisation de la vie scolaire et des &#233;tudes. Au cours des commissions &#233;l&#232;ves-professeurs qui si&#233;g&#232;rent dans les lyc&#233;es occup&#233;s, beaucoup de choses furent remises en question : l'organisation autoritaire des &#233;tablissements qu'on a souhait&#233; remplacer par des commissions &#233;lues au sein desquelles les administrateurs n'auraient plus &#233;t&#233; que des &#171; sp&#233;cialistes &#187; contr&#244;l&#233;s, les programmes jug&#233;s trop &#233;loign&#233;s des pr&#233;occupations des &#233;l&#232;ves et d&#233;sadapt&#233;s aux r&#233;alit&#233;s contemporaines, les m&#233;thodes p&#233;dagogiques auxquelles il est reproch&#233; de trop faire appel &#224; la m&#233;moire et de cantonner les &#233;l&#232;ves dans un r&#244;le passif ne leur permettant pas d'exercer leur esprit critique, les emplois du temps trop lourds qu'on souhaiterait remanier de mani&#232;re &#224; pouvoir consacrer les apr&#232;s-midi &#224; des activit&#233;s collectives et cr&#233;atrices et, bien entendu, le syst&#232;me de notation, les examens et la discipline. On note en passant que certains &#233;l&#232;ves regrettent que l'enseignement ne comporte pas d'initiation &#224; l'&#233;conomie, que l'histoire des arts soit n&#233;glig&#233;e, que l'&#233;tude des litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res ne soit pas abord&#233;e, etc. Mais il est rare que les revendications lyc&#233;ennes se cantonnent dans des d&#233;tails techniques. Presque partout apparaissent des vues sociales et politiques qui, d'ailleurs, furent plut&#244;t mises en avant par une minorit&#233; engag&#233;e que par la masse des &#233;l&#232;ves et les d&#233;fauts de l'enseignement sont attribu&#233;s &#224; son caract&#232;re de classe : avec sa pseudo-neutralit&#233; politique, son organisation r&#233;pressive, ses pratiques incitant &#224; la comp&#233;tition entre &#233;l&#232;ves, le &#171; lyc&#233;e caserne &#187; est un instrument de dressage de l'enfant et de l'adolescent qui n'a pas d'autre finalit&#233; que de le pr&#233;parer &#224; l'acceptation des valeurs et des structures de la soci&#233;t&#233; actuelle. Comme le disent avec candeur et aplomb les &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e Octave-Gr&#233;ard &#224; Paris, il faut faire un 1789 dans l'enseignement du second degr&#233; sans que soit exclu &#171; le respect mutuel entre &#233;l&#232;ves et professeurs &#187;. &lt;i&gt;La Sorbonne par elle-m&#234;me&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mich&#232;le Perrot, Madeleine Reb&#233;rioux, Jean Maitron, La Sorbonne par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le &lt;i&gt;Journal de la Commune &#233;tudiante&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Schnapp et Pierre Vidal-Naquet, Journal de la Commune &#233;tudiante, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;sentent un int&#233;r&#234;t exceptionnel, et &lt;i&gt;d'abord&lt;/i&gt; par la quantit&#233; impressionnante de documents qui se trouvent ici r&#233;unis et class&#233;s : ils n'occupent pas moins de quelque 800 pages dans le deuxi&#232;me de ces ouvrages, qui se compl&#232;tent sans d'ailleurs se ressembler. Les auteurs du premier, inspir&#233;s par le souci de faire leur m&#233;tier d'historien, ont surtout voulu rassembler un recueil d'archives et se sont eux-m&#234;mes presque enti&#232;rement effac&#233;s derri&#232;re les textes qu'ils publient, n'intervenant que pour expliquer le sens de leur entreprise et pour en pr&#233;ciser les limites. Ils ont ainsi reconstitu&#233; avec exactitude une histoire du d&#233;veloppement et du reflux de la r&#233;volte &#233;tudiante, fait appara&#238;tre divers aspects de la vie mat&#233;rielle et politique dans la Sorbonne occup&#233;e, retrac&#233; l'essentiel des luttes, souvent confuses, qui s'y d&#233;roul&#232;rent et montr&#233; enfin ce que les &#233;tudiants contestataires auraient voulu faire de l'universit&#233;. Leur livre restera un tr&#232;s bon instrument de travail.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pr&#233;c&#233;d&#233; d'une longue introduction et compl&#233;t&#233; de notes substantielles, l'ouvrage d'Alain Schnapp et de Pierre Vidal-Naquet est, en m&#234;me temps qu'une ample reconstitution documentaire du mouvement de Mai, une des meilleures tentatives d'explication qui en aient &#233;t&#233; entreprises. P. Vidal- Naquet avait, sur la plupart des auteurs qui nous ont livr&#233; leurs r&#233;flexions sur la crise de Mai, l'avantage de bien conna&#238;tre les courants id&#233;ologiques qui exer&#231;aient une influence diffuse sur une frange limit&#233;e d'&#233;tudiants et cherchaient &#224; r&#233;actualiser la critique de la soci&#233;t&#233;. Il est vrai que la situation des organisations &#233;tudiantes pouvait para&#238;tre mis&#233;rable, qu'il s'agisse de l'UNEF ou des groupuscules qui se querellaient f&#233;rocement en son sein ou &#224; sa p&#233;riph&#233;rie. Le tirage des publications &#171; gauchistes &#187; &#233;tait rest&#233; d&#233;risoire et le nombre d'&#233;tudiants qui avaient lu Marcuse ou Reich &#233;tait infime. Pourtant, dans cet univers d&#233;sol&#233; et ignor&#233;, une sorte de vulgate du radicalisme contemporain commen&#231;ait &#224; se diffuser plus largement : confuse, contradictoire, bariol&#233;e, charriant p&#234;le-m&#234;le des vues audacieuses et nouvelles et de vieilles mystifications, l'id&#233;ologie de Mai prenait vaguement forme. C'est que, dans un monde livr&#233; &#224; la toute-puissance des appareils d'organisation et de manipulation o&#249; il paraissait admis que seuls les chefs d'&#201;tat, les technocrates, les administrateurs, etc., pouvaient encore &#234;tre des agents historiques actifs, le refus d'accepter cette fin de l'Histoire subsistait, &#231;&#224; et l&#224;, latent, l&#233;thargique. Or les &#233;v&#233;nements allaient briser cette l&#233;thargie. &#192; la r&#233;sistance des combattants vietnamiens, aux mythes que font na&#238;tre la vie et la mort de Che Guevara, aux r&#233;voltes &#233;tudiantes d'Am&#233;rique, d'Europe occidentale et de Pologne, il faudrait ajouter &#8211; plut&#244;t que les souvenirs d&#233;j&#224; la plupart du temps oubli&#233;s de la lutte contre la guerre d'Alg&#233;rie &#8211; la &#171; r&#233;volution culturelle &#187;, le plus souvent comprise &#224; contresens comme une explosion de la spontan&#233;it&#233; r&#233;volutionnaire de la jeunesse chinoise. Ces &#233;v&#233;nements furent interpr&#233;t&#233;s comme autant de signes que de nouvelles forces historiques entraient en jeu et que l'avenir pouvait &#234;tre autre que celui qui &#233;tait pens&#233; et pr&#233;par&#233; par les diff&#233;rents pouvoirs en place. Pourquoi l'universit&#233; sera-t-elle au centre de la contestation ? Parce qu'elle appara&#238;t comme un organisme qui n'a pas d'autre fonction que de pr&#233;parer &#8211; sans du reste &#234;tre r&#233;ellement adapt&#233;e &#224; cette t&#226;che, ainsi qu'en t&#233;moigne le nombre particuli&#232;rement &#233;lev&#233; d'&#233;checs aux examens &#8211; l'int&#233;gration et la soumission d'une partie de la jeunesse &#224; cette soci&#233;t&#233; qui est remise en question et d&#233;j&#224; refus&#233;e par les bandes de beatniks, de hippies, etc., qui ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi de vivre en dehors de ses normes et de ses valeurs. Il est vrai que la mis&#232;re mat&#233;rielle de certains &#233;tudiants est r&#233;elle et que l'insuffisance des &#233;quipements a multipli&#233; les difficult&#233;s des &#233;tudes dans des facult&#233;s surpeupl&#233;es. Mais les revendications des &#233;tudiants ne seront pas essentiellement &#233;conomiques. Assimilant la structure et le fonctionnement de l'Universit&#233; &#224; &#171; l'organisation bureaucratique &#187; qui dans le monde moderne a envahi usines et bureaux et tend &#224; modeler la mani&#232;re d'&#234;tre de toute la soci&#233;t&#233;, les contestataires d&#233;nonceront avant tout l'ali&#233;nation et la r&#233;ification dont ils s'estiment victimes. Les r&#233;voltes de Berkeley, de Varsovie et de Paris ont, malgr&#233; la dissimilitude des situations concr&#232;tes dans lesquelles elles se produisent, des significations apparent&#233;es : elles expriment les premi&#232;res protestations des nouvelles g&#233;n&#233;rations aux &#233;nergies intactes contre l'univers bureaucratique. C'est &#224; partir de l&#224; que s'expliquent de nombreux traits sp&#233;cifiques du mouvement de Mai et en particulier son c&#244;t&#233; libertaire. Lorsque l'extension foudroyante des gr&#232;ves transfigure &#224; ses propres yeux le mouvement &#233;tudiant qui se prend d&#232;s lors pour une r&#233;volution, cette r&#233;volution, comme toutes celles du pass&#233;, r&#233;p&#232;te celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e : les uns miment la Commune, d'autres le Soviet de Petrograd, d'autres encore la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; telle du moins qu'ils l'imaginent, certains enfin, tirant de l'oubli l'anarchisme, arborent le drapeau noir. Or, Mai ne peut pas &#234;tre une r&#233;volution. Seule, une minorit&#233; de jeunes ouvriers partage l'exasp&#233;ration des &#233;tudiants contre l'organisation bureaucratique du travail et de la vie sociale. La grande masse des travailleurs ne veut, profond&#233;ment, ni d&#233;truire la soci&#233;t&#233; de consommation ni changer la vie et, bien plus que les r&#233;volutions pass&#233;es, ce sont les souvenirs mythifi&#233;s des &#171; victoires ouvri&#232;res de 1936 &#187; qui servent aux travailleurs de mod&#232;le. Entre le radicalisme &#233;tudiant et le r&#233;formisme de la majorit&#233; des ouvriers, le d&#233;calage est trop grand pour que la jonction des deux mouvements puisse se faire, et d&#232;s lors la r&#233;volte &#233;tudiante, vou&#233;e &#224; l'impuissance, tend &#224; se r&#233;duire &#224; un psychodrame. Elle devient, comme le disent avec m&#233;pris ses adversaires, un carnaval et une saturnale. Pourtant, par-del&#224; les oripeaux historiques dont il s'affuble, le mouvement n'en fait pas moins appara&#238;tre sa v&#233;rit&#233; essentielle dans la m&#233;fiance, parfois exasp&#233;r&#233;e jusqu'&#224; l'obsession, qu'il affiche pour toute forme d'organisation qui pourrait limiter, capter et d&#233;tourner la spontan&#233;it&#233; et la cr&#233;ativit&#233; de la base. Il est refus constant de tout ce qui pourrait, jusqu'en son sein, r&#233;introduire des formes bureaucratiques et les assembl&#233;es &#233;tudiantes s'efforceront, avec application, de fonctionner suivant les principes de la d&#233;mocratie directe. L'entreprise, &#224; coup s&#251;r, n'ira pas sans difficult&#233;. La cr&#233;ativit&#233; d'assembl&#233;es souvent informes ne fait pas surgir que projets lucides et vues r&#233;alistes. Propositions saugrenues et parfois int&#233;ress&#233;es, tentatives de manipulation, discours verbeux et confus &#233;tirent d&#233;mesur&#233;ment la dur&#233;e des r&#233;unions qui parfois deviennent harassantes et finissent par se disperser sans avoir rien d&#233;cid&#233;. Il reste qu'en d&#233;pit de ces tares, c'est un mouvement &#171; sauvage &#187; qui aura d&#233;clench&#233; la premi&#232;re des crises graves capable d'&#233;branler un &#201;tat moderne.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour les auteurs de &lt;i&gt;La Br&#232;che&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edgar Morin, Claude Lefort et Jean-Marc Coudray, Mai 1968 : La Br&#232;che. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il s'agit essentiellement de montrer que &#171; mai 1968 &#187; se situe dans un univers social nouveau et ne peut pas &#234;tre compris &#224; l'aide de concepts et de sch&#233;mas du &#171; vieux marxisme &#187;, devenus inop&#233;rants lorsqu'il s'agit de rendre compte de la nature des forces qui s'affrontent dans les soci&#233;t&#233;s modernes. Le mouvement est la premi&#232;re manifestation des formes nouvelles que prendra la r&#233;volution contre ce qui est devenu le &#171; capitalisme bureaucratique &#187;, et comme tel son importance historique est comparable &#224; celle de la Commune de Paris, de la r&#233;volution russe ou de la r&#233;volution hongroise de 1956. Nouveau, le mouvement l'est d'abord par ses origines : il ne na&#238;t pas d'une crise de l'&#233;conomie ni d'un &#233;tat de mis&#232;re mat&#233;rielle devenue insupportable pour une partie importante de la population, mais de la contradiction fondamentale d'un syst&#232;me qui, par tous ses projets, tend &#224; transformer les hommes en choses mais, se heurtant &#224; leur r&#233;sistance et &#224; leur refus, n'aboutit pas &#224; l'ordre mais &#224; un &#171; d&#233;sordre &#233;tabli &#187; permanent. Se voulant efficace et rationalisateur mais ne produisant qu'incoh&#233;rences, le syst&#232;me d&#233;voile constamment ses vices constitutifs et tend &#224; poser aux yeux de tous le probl&#232;me de l'organisation de la vie sociale. De l&#224;, le succ&#232;s de l'agitation des &#233;tudiants de Nanterre qui, inventant un nouveau style d'action visant non pas &#224; soutenir des revendications et un programme mais &#224; arracher leur solennit&#233; aux institutions et &#224; d&#233;masquer leur vide et leur arbitraire, bouleverse la repr&#233;sentation que la plupart des gens en avaient et lib&#232;re un &#233;norme potentiel cr&#233;ateur refoul&#233; par le syst&#232;me. Pendant quelques jours l'action des &#233;tudiants appara&#238;t &#224; une grande partie de la population comme l'explicitation de ses aspirations latentes. Pourtant, bient&#244;t le mouvement pi&#233;tine et il s'effondrera finalement presque de lui-m&#234;me. C'est que la classe ouvri&#232;re n'est pas cette immense poudri&#232;re pr&#234;te &#224; exploser qu'imaginent les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires illusionn&#233;s par la mythologie ouvri&#233;riste qu'entretiennent pieusement divers groupes radicaux. En mai 1968, le prol&#233;tariat industriel fut, dans son ensemble, incapable de surmonter les nouvelles formes d'ali&#233;nation qu'il subissait dans le capitalisme moderne et de d&#233;passer les revendications &#233;conomiques pour rejoindre les &#233;tudiants sur le terrain de l'action directe et de la contestation radicale o&#249; ils s'&#233;taient plac&#233;s. Le prol&#233;tariat n'&#233;tait plus l'avant-garde de la r&#233;volution, m&#234;me si, comme le notent au passage Claude Lefort et Edgar Morin, l'occupation des usines constituait en elle-m&#234;me une initiative d&#233;passant les objectifs purement revendicatifs : les tentatives d'autogestion qui s'esquiss&#232;rent, &#231;&#224; et l&#224;, furent mal assur&#233;es et faiblement soutenues. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mai 1968 n'est donc pas une r&#233;volution prol&#233;tarienne manqu&#233;e qu'on pourrait penser en termes traditionnels, en constatant simplement que la classe ouvri&#232;re n'est pas parvenue &#224; jouer le r&#244;le que lui assigne la th&#233;orie marxiste. Car cette carence du prol&#233;tariat n'est ni conjoncturelle ni d&#233;termin&#233;e par les particularit&#233;s de la situation fran&#231;aise. Elle est le r&#233;sultat effectif des luttes et des d&#233;faites du prol&#233;tariat. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si, lors de chaque crise r&#233;volutionnaire, celui-ci est parvenu &#224; poser les principes et &#224; faire appara&#238;tre les formes d'une autre civilisation, celle-ci n'est jamais parvenue &#224; prendre corps et &#224; se maintenir, de sorte que le mouvement ouvrier, enferm&#233; dans l'univers capitaliste, a &#233;t&#233; contraint d'accepter, pour la vie courante, les valeurs et les fins de celui-ci et de reproduire en lui-m&#234;me ses formes d'organisation. Ainsi s'explique qu'en mai 1968, au moment o&#249; les &#233;tudiants et certains &#233;l&#233;ments de couches sociales mat&#233;riellement privil&#233;gi&#233;es se dressent contre la soci&#233;t&#233; de consommation, les ouvriers se laissent enfermer par leur organisation dans des revendications &#233;conomiques qui ne remettent pas en question la mani&#232;re d'&#234;tre de la soci&#233;t&#233; et ne peuvent m&#234;me pas la perturber gravement. L'autorit&#233; que conservent les &#171; bureaucrates ouvriers &#187; sur les travailleurs serait incompr&#233;hensible si le prol&#233;tariat n'avait pas &#233;t&#233;, lui-m&#234;me, envahi par l'id&#233;ologie de la soci&#233;t&#233; dominante. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En r&#233;alit&#233;, le mouvement de Mai inaugure une nouvelle p&#233;riode de luttes sociales au cours desquelles on verra, de plus en plus, entrer en sc&#232;ne un nouvel acteur qui ne r&#233;p&#233;tera pas les classiques de la r&#233;volution. Il s'agit de ces nouvelles cat&#233;gories sociales qui, en 1968, furent, avec les &#233;tudiants, &#224; la pointe de la contestation et qui sont d&#233;sormais mieux &#224; m&#234;me que le prol&#233;tariat industriel, d'ailleurs appel&#233; &#224; conna&#238;tre un d&#233;clin num&#233;rique relatif, d'acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension des ali&#233;nations qu'implique le &#171; capitalisme bureaucratique &#187;. Alain Touraine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Touraine, Le Mouvement de mai ou le communisme utopique, Paris, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;veloppe des vues apparent&#233;es, mais de mani&#232;re plus nuanc&#233;e et plus concr&#232;te. Si le mouvement de Mai a bris&#233; le mythe d'une soci&#233;t&#233; capable de mettre un point final &#224; la lutte des classes en organisant l'expansion, il a aussi rapidement trouv&#233; ses limites, car il s'est produit dans une situation ambigu&#235;, caract&#233;ris&#233;e par le fait que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise est engag&#233;e dans une m&#233;tamorphose inachev&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, en effet, le mouvement a d&#233;couvert les luttes sociales de l'avenir. Essentiellement soutenue par des cat&#233;gories sociales et professionnelles capables d'opposer leur savoir scientifique ou technique &#224; la bureaucratie qui est en train de se substituer aux anciennes classes dirigeantes, la r&#233;volte de Mai est la premi&#232;re remise en question d'un ordre au sein duquel la conscience de l'ali&#233;nation et de la r&#233;pression devient plus explosive que celle de l'exploitation. Dressant contre l'utopie du pouvoir, qui pr&#233;tend tout r&#233;gler par lui-m&#234;me, une contre-utopie libertaire qui oppose d'une fa&#231;on presque bergsonienne la vie cr&#233;atrice et la spontan&#233;it&#233; &#224; la r&#233;ification que fait na&#238;tre le syst&#232;me bureaucratique, Mai d&#233;chire les voiles id&#233;ologiques derri&#232;re lesquels la bureaucratie qui se pr&#233;tend porteuse du progr&#232;s et de la rationalit&#233; abrite sa domination. Si, au printemps 1968, la r&#233;volte peut annoncer un autre avenir possible, elle ne peut pas prendre la forme d'un v&#233;ritable combat politique et social tendant &#224; le faire surgir effectivement. C'est que les forces sociales qui la soutiennent sont encore incertaines de leurs objectifs et, ne d&#233;couvrant souvent la signification de leurs actions qu'au fur et &#224; mesure des &#233;v&#233;nements, elles ne peuvent entrer en lutte qu'en ordre dispers&#233; contre un adversaire nouveau et qui n'est pas toujours, d&#233;j&#224;, clairement identifi&#233;. Car en dehors du milieu enseignant et &#233;tudiant, les &#233;l&#233;ments engag&#233;s dans la production qui sont capables de d&#233;passer les revendications traditionnelles sont encore rares. Sauf &#224; Nantes o&#249; l'anarcho-syndicalisme donne un aspect particulier aux gr&#232;ves, ils n'apparaissent que dans quelques industries modernes et l'automobile, c'est-&#224;-dire dans les entreprises o&#249; existent de forts noyaux d'ouvriers tr&#232;s qualifi&#233;s ou de travailleurs de laboratoires et de bureaux d'&#233;tude ayant atteint un standing sup&#233;rieur &#224; celui de l'ensemble des producteurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Partout ailleurs, le vieux prol&#233;tariat reste embourb&#233; dans des luttes sociales de type ancien qui n'impliquent que des revendications quantitatives ne pouvant plus, dans une &#233;conomie en expansion, d&#233;boucher sur une contestation radicale et globale de la soci&#233;t&#233;. Le prol&#233;tariat traditionnel se trouve d&#233;sormais dans la m&#234;me situation que la paysannerie du XIXe si&#232;cle : il n'a plus que des int&#233;r&#234;ts particuliers &#224; d&#233;fendre et son action institutionnalis&#233;e ne s'inscrit plus dans une dynamique r&#233;volutionnaire. C'est en vain, que le mouvement de Mai s'est affirm&#233; comme le prolongement des luttes r&#233;volutionnaires du pass&#233; et a repris leurs th&#232;mes. Ses ambitions n'ont pas &#233;t&#233; reprises par les ouvriers : le rejet des accords de Grenelle n'&#233;tait pas inspir&#233; par le sentiment que les syndicats trahissaient le projet r&#233;volutionnaire des travailleurs ; ceux-ci estim&#232;rent seulement que les avantages acquis n'&#233;taient pas suffisants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Encore incapable de se donner une expression id&#233;ologique coh&#233;rente et une organisation qui soit &#224; m&#234;me de poser le probl&#232;me de la prise du pouvoir, le mouvement de mai 1968 n'est pas une r&#233;volution. Bien plus qu'&#224; la Commune, il est comparable &#224; 1848, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; l'on vit appara&#238;tre les refus passionn&#233;s mais encore inop&#233;rants que faisait na&#238;tre l'industrialisation. Car &#171; le pouvoir conquis par l'imagination n'&#233;tait qu'imaginaire &#187;, les &#233;tudiants ne furent jamais ma&#238;tres que des murs de la Sorbonne et de l'Od&#233;on et, en ces lieux, l'action fut noy&#233;e sous le discours, la r&#233;volte s'occupa de jouir d'elle-m&#234;me, se grisa de l'illusion d'&#234;tre d&#233;j&#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;, se constitua en anti-spectacle mais aussi s'interrompit en tant que lutte effective. Cependant il y a l&#224;, tout autant que les signes de l'immaturit&#233; du mouvement et de l'impossibilit&#233; objective o&#249; il se trouvait d'aller plus avant, l'expression de sa nature authentique : n&#233;gation passionn&#233;e d'un ordre r&#233;pressif qui condamnait &#224; ne pas exister tout un ensemble d'aspirations et de comportements, Mai 68 ne pouvait &#234;tre qu'abolition des contraintes et possibilit&#233; pour chacun de s'exprimer dans une totale libert&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La fa&#231;on dont Raymond Aron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Aron, La R&#233;volution introuvable. R&#233;flexions sur la r&#233;volution de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a compris la crise de Mai et son d&#233;nouement est &#233;videmment toute diff&#233;rente. Le subit engouement que manifesta, tout d'abord, un secteur, probablement pr&#233;dominant, de l'opinion pour les exploits des &#233;meutiers &#233;tudiants est, &#224; ses yeux, parfaitement d&#233;raisonnable. Imbu d'aspirations anachroniques et utopiques, le mouvement &#233;tait constitutivement vou&#233; &#224; l'impuissance. Serait-il parvenu &#224; parachever la paralysie et la d&#233;sagr&#233;gation des institutions qu'il n'aurait pas pour autant triomph&#233;. Il aurait, tout au plus, ouvert la route au communisme totalitaire ou &#224; un r&#233;gime de r&#233;action et de dictature aveugle. C'est bien du reste ce que comprit la majorit&#233; du pays. Lorsque l'&#201;tat parut sur le point de s'&#233;crouler, ceux-l&#224; m&#234;mes qui avaient sympathis&#233; avec la &#171; r&#233;volution &#187; et l'avaient v&#233;cue comme une sorte de f&#234;te recul&#232;rent devant le vide mena&#231;ant qui apparut tout &#224; coup et reflu&#232;rent vers le maintien de l'ordre. Apr&#232;s s'&#234;tre donn&#233; le plaisir de contempler une parodie de r&#233;volution, les Fran&#231;ais retrouv&#232;rent leur raison au moment o&#249; le psychodrame risquait de d&#233;boucher sur un conflit meurtrier. Il n'est pas douteux que l'arr&#234;t du mouvement soit, en partie, n&#233; d'un r&#233;flexe de recul devant l'inconnu et la violence. Mais sans doute conviendrait-il aussi de distinguer entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories sociales : les raisons des &#233;l&#233;ments conservateurs qui avaient frond&#233; le r&#233;gime sans s'apercevoir &#224; quel point l'ordre pouvait &#234;tre menac&#233; ne furent certainement pas les m&#234;mes que celles des travailleurs. Sans doute une grande partie de ceux-ci craignit-elle qu'une aggravation dramatique de la crise n'about&#238;t &#224; une ruine de la prosp&#233;rit&#233; dont ils esp&#233;r&#232;rent tirer progressivement b&#233;n&#233;fice. Cette attitude &#8211; on y reviendra &#8211; ne fut pas g&#233;n&#233;rale et il appara&#238;t que certains ouvriers se refus&#232;rent &#224; une action plus d&#233;cisive non pas parce qu'ils adh&#233;raient &#224; l'ordre mais parce qu'ils estim&#232;rent que sa transformation violente &#233;tait pour le moment hors de port&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de l'ouvrage de R. Aron se trouve, cependant, dans l'interpr&#233;tation des origines de la crise et dans la signification qui lui est attribu&#233;e. La raideur et l'autoritarisme du r&#233;gime gaulliste ont aggrav&#233; les caract&#232;res exag&#233;r&#233;ment hi&#233;rarchis&#233;s de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et contribu&#233; ainsi &#224; bloquer les issues l&#233;gales qui auraient permis aux aspirations, que l'organisation de la civilisation industrielle suscite et r&#233;prime in&#233;vitablement, de s'exprimer autrement. Car les hommes qui vivent dans le cadre des soci&#233;t&#233;s modernes sont vou&#233;s, par le mode d'organisation et de fonctionnement de ces soci&#233;t&#233;s, &#224; &#234;tre isol&#233;s et enferm&#233;s dans leurs vies professionnelles et familiales, et subissent ainsi des frustrations qui peuvent faire na&#238;tre la r&#233;volte. Mais ces r&#233;voltes toutes charg&#233;es d'affectivit&#233;, qui traduisent les nostalgies et les r&#234;ves d'une communaut&#233; sociale id&#233;ale, ne peuvent enfanter que des chim&#232;res et sont incapables de proposer et de faire exister effectivement un autre mod&#232;le d'organisation sociale. Raymond Aron postule, en effet, que si le syst&#232;me d'organisation des soci&#233;t&#233;s industrielles peut &#234;tre assoupli, corrig&#233; et humanis&#233; dans certains de ses aspects, il n'est pas, dans ses traits essentiels, d&#233;passable. La soci&#233;t&#233; moderne n'a pas d'autre alternative que d'accepter l'ordre techno-bureaucratique porteur de progr&#232;s ou de s'abandonner &#224; des mouvements de d&#233;raison qui, s'ils s'amplifiaient, ne pourraient qu'ouvrir les perspectives mena&#231;antes d'une chaotisation de la vie sociale. La preuve en est fournie par le destin du communisme russe qui a &#233;t&#233; contraint d'abandonner ses r&#234;ves initiaux de d&#233;mocratie directe pour se donner une organisation super-bureaucratique n&#233;cessaire &#224; l'industrialisation. Preuve, &#224; vrai dire bien fragile, car on pourrait y objecter que le d&#233;p&#233;rissement de la d&#233;mocratie des soviets, qui eut d'ailleurs de nombreuses d&#233;terminations conjoncturelles, &#233;tait un fait accompli bien avant que l'URSS se donn&#226;t une civilisation industrielle, et l'on ne peut pr&#233;juger p&#233;remptoirement de ce qu'il adviendrait ailleurs qu'en Russie et &#224; une autre &#233;poque. On conviendra cependant qu'&#224; condition d'accepter ses pr&#233;suppositions, la signification que R. Aron assigne au mouvement de Mai ne manque pas de logique : les crises du type de celles de Mai qui pourront &#233;ventuellement se reproduire sont priv&#233;es de toute dimension historique. Elles ne pourront jamais s'inscrire dans un mouvement en quelque sorte cyclique allant d'une acceptation raisonnable de l'ordre aux d&#233;raisons, r&#233;voltes st&#233;riles et vice versa. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Comment les ouvriers ont-ils compris les &#233;v&#233;nements de Mai ? On peut s'en faire une id&#233;e par l'interview que Juliette Minces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juliette Minces, Un ouvrier parle : enqu&#234;te, Seuil, 1969, 85 p.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a recueillie aupr&#232;s d'un ouvrier d'une entreprise des Bouches-du-Rh&#244;ne. Cet homme qui a quitt&#233; le Parti communiste, o&#249; il avait milit&#233; pendant quinze ans, est sans doute un peu exceptionnel par le niveau de sa culture politique, mais son t&#233;moignage n'est certainement pas atypique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tient pour compl&#232;tement inexact que le prol&#233;tariat ait perdu sa conscience de classe et se soit &#171; embourgeois&#233; &#187;. Le travail industriel est rest&#233; un &#171; esclavage &#187; et l'ouvrier, de plus en plus contr&#244;l&#233; par une foule d'agents de ma&#238;trise et de cadres, vit, dans l'usine, une oppression constante et une guerre permanente dans laquelle il est toujours le vaincu. Sans que les revendications de salaires soient pour autant d&#233;pass&#233;es, ce sont, pense-t-il, les probl&#232;mes de l'organisation du travail et de la transformation des rapports humains dans l'usine et la soci&#233;t&#233; qui vont, de plus en plus, se situer au centre des aspirations des ouvriers. Sa vision de la soci&#233;t&#233; moderne et de son avenir est parfois extr&#234;mement sombre : la technocratie &#8211; il pense qu'elle domine &#233;galement les &#201;tats socialistes &#8211; tendra de plus en plus &#224; d&#233;figurer l'homme et &#224; en faire un robot incapable de r&#233;actions, et il redoute qu'on aboutisse ainsi &#224; une nouvelle forme d'esclavage. Il entend, par-l&#224;, une soci&#233;t&#233; o&#249; les ouvriers effectivement productifs ne seraient plus qu'une minorit&#233; astreinte &#224; cr&#233;er de la plus-value au profit de la majorit&#233; du corps social et par suite incapables de se lib&#233;rer. C'est que, pour lui, seuls les professionnels et les ouvriers sp&#233;cialis&#233;s constituent potentiellement une v&#233;ritable force r&#233;volutionnaire. Les salari&#233;s non directement productifs et les cadres m&#234;me subalternes, ces &#171; sous-off de n&#233;griers &#187; qui, en Mai, ont fait gr&#232;ve et ont essay&#233; de se rapprocher des ouvriers, lui apparaissent, les uns comme des parasites, les autres comme des agents du syst&#232;me d'oppression, dont les aspirations sont &#233;galement &#233;quivoques et suspectes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est, par contre, beaucoup moins soup&#231;onneux envers le mouvement &#233;tudiant. La r&#233;volte &#233;tudiante, explique-t-il, a rendu explicite ce que les ouvriers avaient &#224; l'avance senti confus&#233;ment et les travailleurs se sont mis en gr&#232;ve par solidarit&#233;, parce qu'ils ont estim&#233; que les luttes des &#233;tudiants cadraient avec leurs aspirations latentes. Les revendications &#233;conomiques ne sont pas &#224; l'origine des gr&#232;ves et des occupations bien que, par la suite, les ouvriers aient pens&#233; que le d&#233;sarroi du pouvoir cr&#233;ait une situation favorable dont il fallait profiter. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pourtant, si les travailleurs ont reconnu comme leurs les objectifs de la r&#233;volte &#233;tudiante, ils n'ont pas agi activement pour la soutenir car, face &#224; un pouvoir d&#233;sempar&#233; mais non pas r&#233;ellement &#233;branl&#233;, ils ont craint de se laisser entra&#238;ner dans une aventure dont ils redoutaient de faire tous les frais. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Il faudrait ajouter que, m&#234;me l&#224; o&#249; se dessin&#232;rent des tentations d'autogestion, les ouvriers ne se sentirent pas pr&#234;ts &#224; l'organiser effectivement. L'exemple de l'usine Pechiney de Nogu&#232;res qu'examine Ren&#233; Lourau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Lourau, L'instituant contre l'institu&#233; (chap. I : &#171; L'autogestion chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le montre. Si, au cours de la gr&#232;ve, les ouvriers ont acquis la conviction qu'ils peuvent &#224; peu pr&#232;s continuer &#224; fabriquer des barres d'aluminium, ils d&#233;couvrent aussi les limites de leur savoir : leur situation ne leur permet pas de comprendre comment s'op&#232;re, au sein du complexe Pechiney, l'approvisionnement en mati&#232;res premi&#232;res et en sources d'&#233;nergie et ils se sentent incapables de commercialiser les produits. La division des t&#226;ches telle qu'elle existe leur masque les connaissances qui seraient n&#233;cessaires &#224; l'exercice imm&#233;diat de l'autogestion. Mais, au cours de l'exp&#233;rience faite, les travailleurs ont aussi &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; distinguer, dans la division du travail, ce qui tient aux n&#233;cessit&#233;s techniques et ce qui r&#233;sulte du syst&#232;me social qui leur est apparu, non pas comme l'expression n&#233;cessaire d'un ordre naturel et immuable des choses, mais comme une r&#233;alit&#233; fonci&#232;rement instable et &#224; long terme modifiable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une enqu&#234;te effectu&#233;e aupr&#232;s de vingt-cinq personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Duclent, Monique Fichelet, R. Fichelet, M. Jourdan-Laforte, Nicole May et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appartenant &#224; la population jeune, montre, cependant, de quelles mani&#232;res tr&#232;s diff&#233;rentes les &#233;v&#233;nements de Mai ont pu &#234;tre v&#233;cus par des gens qui se r&#233;f&#232;rent &#224; des syst&#232;mes de valeur et &#224; des repr&#233;sentations sociales distinctes ou oppos&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les r&#233;ponses faites ont permis de classer les enqu&#234;tes en trois cat&#233;gories : les conformistes, les personnalistes et les r&#233;volutionnaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour les premiers, l'ordre existant est &#224; la fois n&#233;cessaire et ind&#233;passable : les groupes sociaux ne sont que des agr&#233;gats de personnes qui poss&#232;dent ou ne poss&#232;dent pas et ceux qui attaquent cet ordre n'aspirant en r&#233;alit&#233; qu'&#224; acc&#233;der eux-m&#234;mes &#224; la richesse, cet ordre se reconstituerait de toute mani&#232;re. &#192; leurs yeux, le mouvement de Mai n'&#233;tait pas d&#233;pourvu de quelques raisons et ils admettent qu'il &#233;tait l&#233;gitime de revendiquer une r&#233;forme de l'Universit&#233; et quelques avantages salariaux. Mais les aspirations raisonnables des &#233;tudiants et des travailleurs ont &#233;t&#233; d&#233;voy&#233;es par l'action d'agitateurs &#233;trangers ou inspir&#233;s par des doctrines &#233;trang&#232;res qui ont &#171; embobin&#233; &#187; les manifestants et les gr&#233;vistes, car la France, pays libre et heureux, n'aurait pu conna&#238;tre une crise si violente si des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs n'&#233;taient pas intervenus pour l'organiser. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ces vues, qui impliquent une forte dose de nationalisme x&#233;nophobe, s'accompagnent de la conviction que les masses sont en elles-m&#234;mes amorphes et n'entrent en mouvement que dans la mesure o&#249; elles sont manipul&#233;es. Mais, en m&#234;me temps qu'ils sont tenus pour les v&#233;ritables acteurs de la crise et pour les responsables de son extr&#233;misme, les &#171; meneurs &#187; sont aussi des chefs qui apparaissent comme une protection contre les emportements possibles de la foule : le mouvement de Mai &#233;tait effrayant parce qu'il n'&#233;tait pas assez organis&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Per&#231;us de cette mani&#232;re, les &#233;v&#233;nements ont &#233;t&#233; subis avec une angoisse dont on se venge r&#233;trospectivement en minimisant leur importance &#8211; Mai n'&#233;tait qu'un d&#233;rapage accidentel &#8211; et en soulignant leurs cons&#233;quences funestes pour ceux-l&#224; m&#234;me qui se sont laiss&#233;s entra&#238;ner : les hausses exag&#233;r&#233;es de salaires ruineront l'&#233;conomie et les travailleurs seront les premiers &#224; en p&#226;tir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les personnalistes, dont les conceptions sont soutenues par des sentiments chr&#233;tiens, tiennent les hi&#233;rarchies sociales pour inessentielles mais, s'ils refusent la violence, ils pensent qu'il est n&#233;cessaire de remanier la soci&#233;t&#233; : la compr&#233;hension et le dialogue entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories sociales devraient permettre d'y parvenir. Mai leur est apparu comme une explosion de sentiments nobles et g&#233;n&#233;reux. C'est la solidarit&#233; entre &#233;tudiants, puis entre &#233;tudiants et jeunes ouvriers contre les violences de la police, qui a d&#233;clench&#233; un mouvement &#224; la t&#234;te duquel se placeront les jeunes &#233;lites du pays. Mais, par la suite, les gr&#232;ves et l'intervention des partis ont d&#233;grad&#233; les aspirations d&#233;sint&#233;ress&#233;es et r&#233;novatrices en revendications d'argent et en marchandages. Apr&#232;s avoir d'abord v&#233;cu Mai comme une f&#234;te, les personnalistes s'en sont d&#233;tourn&#233;s et ont attendu avec anxi&#233;t&#233; le retour &#224; une situation normale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les r&#233;volutionnaires sont, au cours de l'enqu&#234;te, apparus divis&#233;s en deux groupes nettement distincts : les r&#233;volutionnaires classiques et les libertaires. Les premiers, qui pensent dans le cadre des divers syst&#232;mes issus du marxisme et sont socialement &#233;trangers au prol&#233;tariat, ont surtout attach&#233; de l'importance aux gr&#232;ves dont la r&#233;volte &#233;tudiante aurait &#233;t&#233; &#171; le d&#233;tonateur &#187;. &#192; leurs yeux, les &#233;tudiants, qui ne sont pas une classe et n'occupent pas dans la lutte r&#233;volutionnaire des positions essentielles, ne peuvent jouer qu'un r&#244;le mineur et le mouvement &#233;tudiant en lui-m&#234;me les int&#233;resse peu. Persuad&#233;s que l'action r&#233;volutionnaire ne peut triompher que si elle est une violence organis&#233;e en fonction d'une strat&#233;gie correcte, ils ont tendance &#224; se consid&#233;rer comme une &#233;lite clairvoyante &#224; laquelle le caract&#232;re spontan&#233;iste et d&#233;sordonn&#233; de Mai n'a pas permis de jouer sa fonction dirigeante. Mai a p&#233;ri de son irr&#233;alisme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; la diff&#233;rence des pr&#233;c&#233;dents, les libertaires sont surtout des travailleurs qui ont une exp&#233;rience personnelle de l'oppression. Ils sont les seuls &#224; avoir adh&#233;r&#233; &#224; Mai sans r&#233;serve, comme &#224; un mouvement exprimant et commen&#231;ant &#224; r&#233;aliser leurs aspirations les plus profondes. &#192; leurs yeux, la transformation des gr&#232;ves en mouvement purement revendicatif est le r&#233;sultat d'une man&#339;uvre des syndicats : ceux-ci sont domin&#233;s par une couche de dirigeants dont la fonction est de repr&#233;senter les ouvriers aupr&#232;s du patronat et de l'&#201;tat, et qui a redout&#233; de perdre le pouvoir sur les travailleurs si ceux-ci se mettaient &#224; d&#233;cider et &#224; organiser eux-m&#234;mes leur action. Les libertaires ne sont pas contre les revendications mat&#233;rielles &#8211; car ils estiment que le niveau de vie des travailleurs est insuffisant &#8211;, mais ils redoutent que la seule poursuite de l'augmentation des salaires aggrave l'ali&#233;nation des ouvriers et les d&#233;tourne de l'essentiel : la remise en question de l'organisation sociale dans tous ses aspects oppressifs. Dans ce but, ils sont pr&#234;ts &#224; utiliser la violence, m&#234;me si celle-ci les angoisse, et notamment dans le cas o&#249; elle devrait prendre la forme d'une guerre civile. Leur d&#233;mocratisme extr&#234;me n'exclut pas, cependant, quelques touches aristocratiques : leurs d&#233;clarations laissent transpara&#238;tre un certain m&#233;pris pour les masses ali&#233;n&#233;es qui, pensent-ils, se sont encore une fois laiss&#233; duper. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pierre SOUYRI&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&#171; La crise de Mai &#187;, &lt;br/&gt;
[Source : &lt;i&gt;Les Annales&lt;/i&gt;,n&#176; I, 1970, pp.176-184.]&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Labro, &lt;i&gt;Ce n'est qu'un d&#233;but&lt;/i&gt;, Paris, 1968, 273 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Cahiers de Mai&lt;/i&gt;, n&#176; 1, 15 juin 1968, et n&#176; 2, 15 juillet 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d et Henri Weber, &lt;i&gt;Une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, 1968, 229 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Jurquet, &lt;i&gt;Le Printemps r&#233;volutionnaire de 1968.&lt;/i&gt; Essai d'analyse marxiste-l&#233;niniste, Paris, 1968, 178 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, &lt;i&gt;Le Gauchisme, rem&#232;de &#224; la maladie s&#233;nile du communisme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Seuil, 1969, 279 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Duprat, &lt;i&gt;Les Journ&#233;es de Mai 68. Les dessous d'une r&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, Nouvelles &#233;ditions latines, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Kravetz, Raymond Bellour et Annette Karsenty, &lt;i&gt;L'insurrection &#233;tudiante : 2-13 mai 1968&lt;/i&gt;, Paris, Union g&#233;n&#233;rale d'&#233;ditions, 1968, 509 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comit&#233;s d'action lyc&#233;ens, &lt;i&gt;Les lyc&#233;ens gardent la parole&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1968, 190 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mich&#232;le Perrot, Madeleine Reb&#233;rioux, Jean Maitron, &lt;i&gt;La Sorbonne par elle-m&#234;me, mai-juin 68, Le Mouvement social&lt;/i&gt;, n&#176; 64, juillet-septembre 1968, Paris, 414 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Schnapp et Pierre Vidal-Naquet, &lt;i&gt;Journal de la Commune &#233;tudiante, novembre 67-juin 68&lt;/i&gt;, Paris, 1969, 876 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edgar Morin, Claude Lefort et Jean-Marc Coudray, &lt;i&gt;Mai 1968 : La Br&#232;che. Premi&#232;res r&#233;flexions sur les &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;, Paris, 1968, Fayard, 142 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Touraine, &lt;i&gt;Le Mouvement de mai ou le communisme utopique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1968, 302 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Aron, &lt;i&gt;La R&#233;volution introuvable. R&#233;flexions sur la r&#233;volution de Mai&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1968, 187 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Juliette Minces, &lt;i&gt;Un ouvrier parle : enqu&#234;te&lt;/i&gt;, Seuil, 1969, 85 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Lourau, &lt;i&gt;L'instituant contre l'institu&#233;&lt;/i&gt; (chap. I : &#171; L'autogestion chez Pechiney &#187;), Paris, Anthropos, 1969, 196 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Duclent, Monique Fichelet, R. Fichelet, M. Jourdan-Laforte, Nicole May et Fran&#231;oise Picq, &lt;i&gt;Les repr&#233;sentations sociales et les sentiments associ&#233;s au mouvement de Mai chez les jeunes de la r&#233;gion parisienne&lt;/i&gt;, 55 pages ron&#233;otyp&#233;es, Paris, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le peuple contre les avant-gardes</title>
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		<dc:date>2026-09-14T07:28:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;&#9632; Ce t&#233;moignage de Maurice Jaquier [Voir sa biographie sur &#171; le Maitron &#187;.]] (1906-1976) sur son passage aux Jeunesses communistes dans les ann&#233;es 1920 nous a sembl&#233; digne d'int&#233;r&#234;t &#224; plusieurs titres. D'abord parce qu'il &#233;claire sur la nature de cet engagement, mais aussi sur ce qu'il supposa aux lendemains de la r&#233;volution russe. Ensuite, parce qu'il d&#233;voile son fonctionnement sans repentirs. C'est que son auteur ne se situe pas dans le reniement, mais dans le d&#233;passement, ce que prouvera (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Ce t&#233;moignage de Maurice Jaquier [&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article88990&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir sa biographie sur &#171; le Maitron &#187;&lt;/a&gt;.]] (1906-1976) sur son passage aux Jeunesses communistes dans les ann&#233;es 1920 nous a sembl&#233; digne d'int&#233;r&#234;t &#224; plusieurs titres. D'abord parce qu'il &#233;claire sur la nature de cet engagement, mais aussi sur ce qu'il supposa aux lendemains de la r&#233;volution russe. Ensuite, parce qu'il d&#233;voile son fonctionnement sans repentirs. C'est que son auteur ne se situe pas dans le reniement, mais dans le d&#233;passement, ce que prouvera sa vie enti&#232;re de &#171; simple militant &#187;. Il n'attendra pas, en effet, la r&#233;v&#233;lation des crimes du stalinisme pour changer de voie sans jeter aux poubelles de l'Histoire l'id&#233;e, centrale dans son parcours, de la n&#233;cessaire r&#233;volution sociale.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D&#232;s les ann&#233;es 1930, il situera son combat dans une perspective socialiste r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante, au sein de la SFIO d'abord, mais sur sa marge gauche : au Comit&#233; socialiste d'action r&#233;volutionnaire (CASR) en 1934, &#224; la Gauche r&#233;volutionnaire (GR) en 1936, puis, en 1938, au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), dont il sera secr&#233;taire administratif &#8211; et o&#249; la principale figure &#233;tait Marceau Pivert [&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article166971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir sa biographie sur &#171; le Maitron &#187;&lt;/a&gt;]. Dans ce cheminement, l'Espagne r&#233;volutionnaire joua son r&#244;le. En octobre 1934, Jaquier participe &#224; la Commune asturienne et y voit la &#171; r&#233;volution en actes &#187;, ce que la m&#234;me Espagne lui confirmera, en juillet 1936, en Catalogne et en Aragon, terres d'anarchie. Dans ce conflit, o&#249; Jaquier s'engagea corps et &#226;me en contribuant &#224; livrer des armes au Comit&#233; central des milices antifascistes de Catalogne (CCMA) sous contr&#244;le des anarchistes, il se sent proche des marxistes r&#233;volutionnaires antistaliniens du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM), que les staliniens ne vont pas tarder &#224; traquer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Emprisonn&#233; pour son action clandestine pendant la guerre, il adh&#233;rera au PCF &#224; la Lib&#233;ration. Avant de le quitter sept mois apr&#232;s. Parti travailler au Mans, il prendra des responsabilit&#233;s syndicales, rejoignit l'Union de la gauche socialiste (UGS), puis le Parti socialiste unifi&#233; (PSU.) Retrait&#233;, il publie, en 1974, &lt;i&gt;Simple militant&lt;/i&gt; (Deno&#235;l) et participe &#224; l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Rosa Luxemburg et sa doctrine&lt;/i&gt; (Spartacus, 1977). &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cet entretien a &#233;t&#233; originellement publi&#233; dans le premier num&#233;ro de la revue Les R&#233;voltes logiques (hiver 1975). Bonne lecture ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2867 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-119-3395e.jpg?1793566941' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2868 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L234xH408/iil__couv-2-171e5.jpg?1793566941' width='234' height='408' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2869 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/le_peuple_contre_les_avant-gardes_jaquier_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 472.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1793901452' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre &lt;i&gt;Simple militant&lt;/i&gt;, tu &#233;voques ton passage aux Jeunesses communistes (JC). Pourrais-tu nous dire un peu ce qu'&#233;taient, socialement et id&#233;ologiquement, les jeunes que tu y as connus ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Aux JC, en 1921, tous les jeunes qui &#233;taient autour de moi &#233;taient des ouvriers : ils &#233;taient en rupture avec la soci&#233;t&#233; ou avec leur famille, &#224; la fa&#231;on dont les jeunes pouvaient l'&#234;tre &#224; cette &#233;poque-l&#224; et sous forte influence de l'&#233;pop&#233;e de 1917.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce n'&#233;tait pas une organisation num&#233;riquement importante, mais c'&#233;tait une organisation militante tr&#232;s organis&#233;e. On se donnait des t&#226;ches pour toucher les jeunes conscrits ou bien les jeunes ouvriers dans les usines, et on v&#233;rifiait leur r&#233;alisation. Les JC formaient une organisation terriblement d&#233;mocratique. Il y avait un secr&#233;taire de notre groupe, mais le type n'exer&#231;ait aucune sorte de pression. &#199;a se passait d'une fa&#231;on tr&#232;s fraternelle ; c'&#233;tait un milieu tr&#232;s fraternel.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ensuite on a &#233;videmment d&#233;couvert que la plupart de ces jeunes n'avaient aucune formation politique pr&#233;alable, qu'ils &#233;taient venus beaucoup plus sentimentalement vers la r&#233;volution qu'avec des th&#233;ories r&#233;volutionnaires. Alors on a organis&#233; toute une s&#233;rie de commissions : commission d'organisation, commission antimilitariste, etc. Les gars allaient y faire des stages, le soir. Ils discutaient, faisaient des rapports et devenaient responsables &#8211; moi par exemple j'&#233;tais responsable de la commission antimilitariste dans mon groupe. Ce groupe trouvait refuge &#224; la Maison du Peuple o&#249; on avait un local. Car le premier probl&#232;me pour les jeunes, c'&#233;tait de trouver un lieu. Si c'&#233;tait au bistrot, &#224; l'&#233;poque, la tendance &#233;tait &#224; la cuite. Dans une Maison du Peuple, c'&#233;tait pas &#231;a. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'&#233;tait Jacques Doriot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce m&#234;me Doriot qui, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re &#224; tous les &#233;chelons du PCF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui &#233;tait le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des JC. C'&#233;tait le genre de type avec qui les contacts humains &#233;taient extraordinairement faciles, un type tr&#232;s ouvert, toujours les mains tendues et qui aidait les jeunes en leur &#233;vitant de faire des conneries, de faire des op&#233;rations qui les mettraient en butte avec les flics. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les mobiles de ces jeunes n'&#233;taient gu&#232;re diff&#233;rents de ceux qui ont d&#233;termin&#233; les jeunes de 1968 &#224; se r&#233;volter contre l'imb&#233;cilit&#233; de la soci&#233;t&#233;, mais en plus ils subissaient l'exploitation capitaliste au plus haut point dans leur bo&#238;te et la plupart d'entre eux avaient rompu avec leur famille. Il s'agissait de m&#244;mes de quinze &#224; dix-huit ans, pas au-del&#224;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Ils &#233;taient entr&#233;s &#224; l'usine tr&#232;s t&#244;t ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les gosses sortaient de l'&#233;cole &#224; treize ans, avec ou sans le certificat d'&#233;tudes, et ils avaient le droit de travailler. Ils commen&#231;aient &#224; prendre conscience vers quinze, seize, dix-sept ans, et il y avait des groupes de contact qui se formaient. Ces groupes &#233;taient tr&#232;s m&#233;lang&#233;s. S'y retrouvaient des anarchistes et des communistes, mais aussi des jeunes socialistes qui avaient quelques pens&#233;es r&#233;volutionnaires. On faisait front dans toutes les circonstances. Si une &#233;quipe s'&#233;tait fait casser la gueule en vendant des journaux au Quartier latin, on descendait &#224; une vingtaine, et l&#224; on vendait aussi bien &lt;i&gt;L'Avant-Garde&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;Le Populaire&lt;/i&gt;. C'&#233;tait tr&#232;s fraternel. Quand il fallait aller &#224; la ch&#226;taigne, parce qu'on en avait marre de recevoir des coups, on y allait tous ensemble. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Ce n'&#233;tait pas des jeunes issus d'une tradition politique ou syndicale familiale ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
II y en avait quelques-uns qui &#233;taient venus aux JC parce que papa &#233;tait au Parti, mais la plupart des m&#244;mes venaient parce qu'ils connaissaient des conditions de vie effrayantes. Ils n'arrivaient pas &#224; s'en sortir, &#224; bouffer ; ils n'avaient pas encore eu l'id&#233;e d'aller chaparder et dans l'ensemble on n'a jamais eu de copains qui faisaient des conneries. Si &#231;a arrivait, on essayait de lui pr&#234;ter la main ; on arrivait &#224; l'h&#233;berger ou &#224; le faire bouffer. Quand tu es jeune, tu as un sandwich, tu le partages ; c'&#233;tait toujours possible. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#201;taient-ils militants dans leur usine ou est-ce que le militantisme &#233;tait pour eux une sorte de compensation ext&#233;rieure &#224; l'oppression dans l'usine ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans les usines, les jeunes &#233;taient int&#233;gr&#233;s &#224; la cellule du Parti ; on ne pouvait pas faire de cellules de jeunes. Dans le 14e arrondissement, &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait une trentaine. Or il y avait &#224; peu pr&#232;s 200 &#224; 300 bo&#238;tes qui occupaient en moyenne 40 &#224; 80 ouvriers. Dans le groupe des jeunes, il y en avait un qui &#233;tait photograveur, un autre travaillait dans une usine de galvanoplastie. Il y avait surtout toute une bande de jeunes qui passaient d'une bo&#238;te &#224; une autre, qui prenaient un boulot, n'accrochaient pas, en changeaient... C'&#233;tait des man&#339;uvres, des ouvriers sp&#233;cialis&#233;s, des m&#244;mes &#224; la disposition de n'importe qui &#8211; autant des ouvriers, d'ailleurs, que du patron &#8211; et qui tournaient de bo&#238;te en bo&#238;te, un jour &#233;b&#233;niste, le lendemain charpentier, etc. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans la mesure o&#249; ils &#233;taient jeunes, ils n'&#233;taient pas &#233;cout&#233;s quand ils essayaient de lutter dans l'usine. Un apprenti, le compagnon le consid&#233;rait comme sa bonne &#224; tout faire ; mais de temps en temps le jeune se rebiffait, mordait. Il disait : &#171; Tu te pr&#233;tends communiste et quand tu me fais &#231;a, t'es un d&#233;gueulasse &#187; ; il prenait alors quelquefois une baffe sur la gueule. Mais ce qu'ils avaient ressenti c'&#233;tait la n&#233;cessit&#233; de se retrouver entre jeunes pour parler de leurs probl&#232;mes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il y avait tr&#232;s peu de filles, et &#231;a c'&#233;tait le plus dur pour les jeunes ; on inventait des trucs, des bals de conscrits ; les types arrivaient &#224; rep&#234;cher une poule et la plupart du temps le gars tu le voyais plus, parce que c'&#233;tait &#231;a qu'il &#233;tait venu chercher. Mais il restait un pilier de types qui constituait la base militante de l'Entente des Jeunesses de la Seine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les jeunes ne participaient pas aux d&#233;lib&#233;rations des adultes. Par contre, ils allaient coller leurs affiches, ils faisaient le service d'ordre et tous les boulots que les adultes leur confiaient d'autant plus facilement que &#231;a leur &#233;vitait de les faire. Il n'y avait pas de liaison directe Parti/Jeunesses, sauf par le biais de l'Entente. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;D'apr&#232;s le t&#233;moignage d'un ancien dirigeant des Jeunesses, il y avait dans leur &#233;quipe un grand m&#233;pris pour les vieux du Parti. C'&#233;tait la m&#234;me chose &#224; la &#171; base &#187; ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce n'est pas l'impression que j'ai gard&#233;e. Dans les milieux que je fr&#233;quentais &#8211; anars et jeunes communistes &#8211;, on &#233;tait en admiration lorsqu'on rencontrait un vieux communard. La g&#233;n&#233;ration de 14-18, c'&#233;tait diff&#233;rent, en particulier les anciens combattants fran&#231;ais qui ne parlaient que de combats. L&#224; o&#249; il nous semblait qu'il y avait quelque chose de nouveau, c'&#233;tait le ph&#233;nom&#232;ne de la R&#233;volution russe. Si &#231;a avait &#233;t&#233; possible l&#224;-bas, pourquoi est-ce que &#231;a ne serait pas possible internationalement ? Parce qu'on &#233;tait internationalistes... &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Il y avait beaucoup de discussions &#224; propos de la Russie ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; propos du syst&#232;me, non : on ne savait rien. On savait simplement que c'&#233;tait le point du globe sur lequel la R&#233;volution avait &#233;clat&#233;. On avait encore une esp&#232;ce de confiance aveugle dans les bolcheviks. Les quelques-uns d'entre nous qui ont fait un voyage en Russie sovi&#233;tique revenaient emball&#233;s et te racontaient toutes les histoires qu'on a pu te raconter apr&#232;s. Ils ne voyaient que ce qu'on leur montrait et ils &#233;taient incapables de p&#233;n&#233;trer le milieu ouvrier et de poser les questions qui consistent &#224; savoir combien tu gagnes, quelles sont tes heures de loisir, etc. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'&#233;tait difficile en 1921 de faire une critique de la Russie sovi&#233;tique parce que, pour la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, c'&#233;tait la premi&#232;re grande lib&#233;ration de l'histoire et que, surtout pour les jeunes, c'&#233;tait vachement difficile d'intervenir dans un d&#233;bat de cette nature. On &#233;coutait beaucoup, on nous faisait voir des films. La solidarit&#233; pour la d&#233;fense de l'URSS telle qu'elle &#233;tait, elle passait du courant jeune-communiste au courant anar. On s'engueulait, &#231;a arrivait, mais il restait une unit&#233; d'action possible entre des jeunes qui n'&#233;taient pas tellement form&#233;s, mais qui avaient envie de comprendre et de savoir. C'&#233;tait surtout vrai pour les jeunes anars. Les vieux commen&#231;aient &#224; faire plus de critiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Votre travail politique essentiel, c'&#233;tait quoi ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L&#224; o&#249; &#233;tait centr&#233;e l'intervention des JC, c'&#233;tait sur l'action antimilitariste. On allait distribuer &lt;i&gt;L'Avant-Garde&lt;/i&gt; dans les bastions qui &#233;taient &#224; chacune des portes de Paris, &#224; la sortie des anciennes fortifications. Ces bastions militaires &#233;taient occup&#233;s par 50 ou 60 gars. On passait par-dessus les barricades la nuit et on allait mettre dans toutes les paillasses des num&#233;ros de &lt;i&gt;L'Avant-Garde&lt;/i&gt;. C'&#233;tait vraiment l'ABC du travail militant. Au moment des conseils de r&#233;vision, on allait distribuer des tracts &#224; la mairie, en invitant les conscrits soit &#224; adh&#233;rer au &#171; Sou du Soldat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisme de solidarit&#233; qui assurait un sou par jour aux appel&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soit &#224; un bal, &#224; un meeting, &#224; une beuverie, dans lesquels on leur expliquait qu'&#224; l'arm&#233;e on les utiliserait contre les travailleurs, qu'il fallait qu'ils apprennent le maniement des armes parce que &#231;a leur serait utile pour la r&#233;volution. Bref, les grandes id&#233;es de l'&#233;poque. &#199;a n'allait pas bien loin. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;On a dit qu'il y avait eu, &#224; l'origine, une h&#233;sitation entre une action du style d&#233;sertion et la ligne de l'Internationale communiste pr&#233;conisant l'action dans l'arm&#233;e&#8230;&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Chez nous, l'id&#233;e de la d&#233;sertion n'a jamais exist&#233;. On avait des affrontements avec les jeunes libertaires qui essayaient de nous convaincre. On disait : aussi longtemps que nous sommes pas capables de cr&#233;er une organisation qui prenne en charge les gars qui accepteront de d&#233;serter, on ne peut pas lancer un mot d'ordre aussi con, parce que le type, toute sa vie, il va &#234;tre coinc&#233; avec &#231;a. Il faudra qu'il s'exile, qu'il attende une amnistie. Au contraire, on disait aux gars d'essayer d'&#234;tre officiers de r&#233;serve. Moi j'ai fait l'&#233;cole des sous-offs. On rencontrait &#224; l'arm&#233;e des copains communistes qui faisaient l'&#233;cole d'officiers et qui avaient comme mission d'apprendre le m&#233;tier militaire. &#192; cette &#233;poque, on pensait encore que la r&#233;volution, c'&#233;tait aussi un putsch. Je me souviens qu'on a fait, &#224; l'Entente des Jeunesses communistes de la Seine, l'analyse de tous les putschs que les communistes ont tent&#233;s dans toute l'Europe apr&#232;s la R&#233;volution de 1917. L'analyse &#233;tait faite par des gars qui avaient &#233;t&#233; militaires, des militaires r&#233;volutionnaires. On d&#233;montrait qu'une petite incons&#233;quence pouvait avoir des r&#233;percussions &#233;pouvantables, et qu'on ne pouvait plus envisager le putsch comme une solution. Il y avait au sein des Jeunesses des groupes qui avaient une tendance putschiste, mais ils &#233;taient peu nombreux, et &#231;a se nettoyait au fur et &#224; mesure du travail d'&#233;ducation qui &#233;tait fait au niveau de l'Entente par des analyses vachement s&#233;rieuses. Je me souviens de l'analyse d'un de ces putschs &#8211; je crois que c'&#233;tait celui de Hambourg&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit, selon toute &#233;vidence, de l' &#171; action de Mars &#187; (en allemand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est Jacques Doriot qui avait analys&#233; tout &#231;a &#8211; et &#231;a avait dur&#233; huit jours. On avait d&#233;montr&#233; qu'il avait suffi d'un petit d&#233;calage entre l'horaire de l'action et la prise de d&#233;cision pour que tout foire. Les ouvriers impliqu&#233;s dans l'action &#8211; 400 ou 500 &#8211; &#233;taient pourtant d&#233;termin&#233;s et disposaient de tout ce qu'il fallait pour vaincre. Sur ce sujet, il y avait un travail d'&#233;ducation tr&#232;s s&#233;rieux et des brochures en pagaille... &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Mais y eut-il d&#233;bat sur la question du putsch ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Non. C'est Jacques Doriot qui &#233;tait le chef (militaire) du groupe antimilitariste et il d&#233;molissait par avance toutes les questions que les copains allaient pouvoir poser. Il prenait &#224; chaque fois l'exemple de Blanqui et de ses tentatives manqu&#233;es pour dire : ce n'est pas une solution de masse. La solution de masse, c'est la r&#233;volution. Le mod&#232;le pour nous, c'&#233;tait la r&#233;volution bolchevique, l'auto-proclamation d'une avant-garde, etc. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Vous voyiez la R&#233;volution comme proche ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Moi je voyais la R&#233;volution dans les ann&#233;es &#224; venir. Lorsque j'ai fait mon service en Allemagne, j'ai eu le sentiment d'avoir &#224; faire, dans la zone occup&#233;e, &#224; un parti communiste ill&#233;gal vachement puissant. Il arrivait &#224; nous aider dans des circonstances o&#249;, en France, on n'aurait pas pu avoir le m&#234;me secours. Par ailleurs, il y avait liaison entre les Jeunesses communistes allemandes et fran&#231;aises dans les territoires occup&#233;s. J'ai &#233;t&#233; absolument stup&#233;fait, en arrivant &#224; Coblence, de me faire contacter par un gars qui m'a mis en relation avec des ouvriers communistes du coin. J'en voyais s&#233;par&#233;ment une fois 2, une fois 3, et puis un beau jour, quand ils ont d&#233;cid&#233; de faire une action, nous nous sommes retrouv&#233;s dans une salle o&#249; il y avait 100 communistes allemands et 100 jeunes communistes fran&#231;ais qui &#233;taient dans l'arm&#233;e. &#199;a prouvait qu'il y avait quelque chose de s&#233;rieux. Je n'ai pas vu de mouchards ou de flics qui aient p&#233;n&#233;tr&#233; l&#224;-dedans. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Vous aviez l'impression d'appartenir &#224; une organisation invincible ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est vrai... On se rendait bien compte des faiblesses du Parti communiste par rapport &#224; la masse de la population. Il suffisait de voir les r&#233;sultats aux &#233;lections ou la mani&#232;re dont les types &#233;taient charg&#233;s quand ils faisaient une manifestation. C'&#233;tait la cavalerie qui les chargeait, et ils en prenaient plein la gueule. Mais on avait l'impression qu'il y avait une avant-garde prol&#233;tarienne qui allait se multiplier, parce que ce n'&#233;tait pas possible que les gens continuent &#224; vivre comme ils &#233;taient. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Est-ce que vous aviez une id&#233;e, m&#234;me vague, de la fa&#231;on dont la R&#233;volution devait se produire ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Absolument pas. Moi j'ai pris conscience de ce qu'&#233;tait la R&#233;volution lorsque je l'ai vue en 1934 dans les Asturies. J'ai vu, aux Asturies, se cr&#233;er des comit&#233;s d'ouvriers et de soldats, l'Arm&#233;e rouge ; j'ai vu les gars tenir en main l'&#233;quipement, la production et le ravitaillement de toute une r&#233;gion. Je l'ai retrouv&#233;e en juillet 1936, &#224; une &#233;chelle beaucoup plus impressionnante, de la Catalogne &#224; l'Aragon. Je suis arriv&#233; le 19 juillet au soir &#224; Puigcerd&#225;. D&#233;j&#224; les fascistes et les patrons avaient foutu le camp, quelques-uns avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, quelques autres &#233;taient en prison. Partout le vide que la bourgeoisie avait creus&#233; &#233;tait rempli comme si on avait coul&#233; une masse de plomb fondu. Partout il y avait les ouvriers qui faisaient le boulot que les autres faisaient autrefois. J'ai vu la R&#233;volution se passer &#224; la fa&#231;on dont j'avais r&#234;v&#233; un peu qu'elle se passerait. Pour moi, malgr&#233; tout ce qu'on avait pu me raconter sur les avant-gardes, dans le fond de ma t&#234;te, la R&#233;volution c'&#233;tait &#231;a : le pouvoir du peuple. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Entretien avec Maurice JAQUIER, avril-mai 1975&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
[Source : &lt;i&gt;Les R&#233;voltes logiques&lt;/i&gt;, n&#176; 1, quatri&#232;me trimestre 1975]. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce m&#234;me Doriot qui, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re &#224; tous les &#233;chelons du PCF pendant huit ans, se rallia au fascisme en 1936, fonda le Parti populaire fran&#231;ais (PPF), termina combattant de la L&#233;gion des volontaires fran&#231;ais sur le front russe et re&#231;ut des nazis la Croix de fer. Pour une biographie plus d&#233;taill&#233;e de Doriot, voir &lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article22865.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa notice sur le &#171; Maitron &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Organisme de solidarit&#233; qui assurait un sou par jour aux appel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit, selon toute &#233;vidence, de l' &#171; action de Mars &#187; (en allemand &lt;i&gt;M&#228;rzaktion&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;M&#228;rzk&#228;mpfe in Mitteldeutschland&lt;/i&gt;, soit &lt;i&gt;Batailles de mars en Allemagne centrale&lt;/i&gt;). Ce soul&#232;vement fut men&#233; en mars 1921 par le Parti communiste d'Allemagne (KPD) et le Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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