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	<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>Un vieil homme sans la mer</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Passage des fant&#244;mes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH433/ill__tete-21-a576c.jpg?1779728127' width='321' height='433' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/un_vieil_homme_sans_la_mer_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 316.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans ce qu'il entreprenait : l'envie, le geste et le reste. Le souffle aussi &#233;tait court, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, avant la nuit, cette nuit qu'il craignait tant, de se servir un dernier verre et de se rouler lentement, tr&#232;s lentement une cigarette. En souriant, comme &#231;a, &#224; une id&#233;e qui, comme &#231;a, venait de lui passer par la t&#234;te.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ses cigares italiens sans forme, tordus, tr&#232;s noirs, tr&#232;s forts et qu'on appelait des clous de cercueil, lui manquaient &#224; cette heure pr&#233;cise o&#249;, juste avant la nuit, lentement, l'&#201;mile sentait monter en lui ce moment d&#233;licieux entre tous o&#249;, dans la plus extr&#234;me solitude, pointait une id&#233;e susceptible de le distraire un peu. L&#224;, un clou de cercueil aurait &#233;t&#233; le bienvenu, se dit-il. H&#233;las, la m&#233;decine l'avait priv&#233; de ce plaisir. Et, quoique rarement, il pouvait &#234;tre ob&#233;issant.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Pour &#234;tre juste, l'&#201;mile n'aimait pas les souvenirs. Depuis qu'il vivait seul dans sa vieille ferme briarde, il les cong&#233;diait d&#232;s qu'ils se convoquaient. &#171; Pas pour moi &#187;, se disait-il. La vie est d&#233;j&#224; p&#233;nible pour l'encombrer davantage. &#192; la mort de sa compagne, Mathilde, qu'il avait aim&#233;e au-del&#224; du raisonnable, il avait d&#233;cid&#233; de vivre dans le pr&#233;sent d'un temps sans pass&#233; ni futur, une parenth&#232;se dont il connaissait le d&#233;but mais pas le terme. D&#232;s qu'une bribe de m&#233;moire venait l'encombrer, il la chassait. &#171; Non, pas pour moi, se r&#233;p&#233;tait-il, la m&#233;lancolie ne me va pas. &#187; Les seules images m&#233;morielles qu'il tol&#233;rait, avaient trait &#224; son enfance. Il se contentait de tenir la nostalgie &#224; distance, en cherchant &#224; comprendre pourquoi, &#224; son &#226;ge respectable, il se sentait encore tributaire de ce temps d'apprentissage o&#249; rien n'avait coll&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce soir, pourtant, &#224; cet instant pr&#233;cis o&#249;, tirant sur sa clope mal roul&#233;e, il regrettait ses clous de cercueil, c'est un retour d'enfance qui s'insinuait dans sa caboche. Insistante, pr&#233;cise, vive. Et plus pr&#233;cis&#233;ment celle de son logis de la rue Piat o&#249;, seul ou avec ses deux potes, Jean-Ren&#233; et David, il s'inventait des aventures invraisemblables dont il n'avait plus l'id&#233;e, sauf qu'elles &#233;taient toujours loufoques. &#192; part comme incise de la pens&#233;e, il se demanda pourquoi, soudain, ce souvenir pr&#233;cis lui revenait. Et il trouva. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La chose avait sans doute &#224; voir avec l'installation dans la maison du bout du chemin d'un nouveau voisinage : un couple de jeunes avec enfant. L'apr&#232;s-midi m&#234;me, les r&#233;cents arrivants &#233;taient venus se pr&#233;senter. Apr&#232;s avoir consult&#233; un quelconque guide de sociabilit&#233; rurale, ils avaient d&#251; se dire que &#231;a se faisait. L'&#201;mile leur avait parl&#233; sans leur ouvrir le vieux portail de bois. Il se disait que ces deux hurluberlus d&#233;chanteraient assez vite de la campagne. Trop polis pour &#234;tre honn&#234;tes, les deux visiteurs s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s sommairement. Ils venaient de la ville, la grande, ce dont il se serait dout&#233;, avec l'intention &#8211; absurde &#224; ses yeux &#8211; de &#171; faire lien et, si possible, commun &#187;. Pour toute r&#233;ponse l'&#201;mile leur avait dit qu'il leur souhaitait bien du plaisir, ce qui les fit rire mais n'eut pas l'heur de les troubler. Pendant qu'ils se r&#233;pandaient en banalit&#233;s sur la grande ville et en lieux communs &#233;cologiques, c'est le gamin qui attira son attention. D'abord silencieux, &#233;tonnamment silencieux, il avait vu son regard se porter sur le fer &#224; cheval qui d&#233;corait son branlant portail &#8211; c'&#233;tait une manie de Mathilde d'en accrocher partout au pr&#233;texte que &#231;a portait bonheur. Puis, levant les yeux vers lui, le gamin lui avait demand&#233; : &#171; Il est o&#249; ton cheval ? &#187;. Sans r&#233;fl&#233;chir, l'&#201;mile, qui n'avait jamais eu de cheval de sa vie, lui avait r&#233;pondu : &#171; C'est un cheval migrant &#8211; je l'appelle &#171; T&#234;te d'or &#187; &#224; cause de sa crini&#232;re. Il est libre, il va o&#249; il veut. Peut-&#234;tre qu'il passera te voir chez toi. &#171; Traite-le bien, gamin, il le m&#233;rite. &#187; Le visage du gar&#231;on &#8211; Lucas &#8211; s'&#233;tait m&#233;tamorphos&#233;. C'&#233;tait celui de l'enfance quand elle fait corps avec sa qu&#234;te. &#171; &#8220;T&#234;te d'or&#8221;, &#231;a me pla&#238;t &#187;, dit-il avant de repartir vers chez lui, tenu de chaque main par ses parents, qui craignaient sans doute qu'il se perde.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le retour d'enfance venait de &#231;a, de cet &#233;change de regards, de cette id&#233;e qui naturellement lui &#233;tait venue de s'inventer un cheval du nom de &#171; T&#234;te d'or &#187; avec la m&#234;me app&#233;tence pour l'imaginaire que, gamin lui-m&#234;me, il convoquait avec cette joie souveraine de poss&#233;der un tr&#233;sor et au grand d&#233;sespoir de ses parents qui y voyaient un lourd handicap qui le faisait constamment d&#233;roger au principe de r&#233;alit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187;, se demanda l'&#201;mile &#224; cette heure sans heure de la nuit o&#249; le vent soufflait si fort sur le hameau de Cormeron qu'il r&#233;veillait toutes ses hantises. Il savait qu'il attendrait longtemps pour trouver, s'il venait, ce sommeil du juste qui toujours lui avait fait d&#233;faut &#8211; et plus encore depuis la mort de Mathilde. Il mit une nouvelle b&#251;che dans la chemin&#233;e, se versa un nouveau verre, se roula une autre cigarette et se reposa, &#224; haute voix cette fois, la question : &#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187; Un silence pr&#233;c&#233;da un invraisemblable effort de m&#233;moire pour, les yeux ferm&#233;s, se rem&#233;morer leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, leurs mani&#232;res d'&#234;tre, de parler et de se taire. &#192; quoi bon tout &#231;a ? &#192; quoi bon ressasser un temps que le temps a heureusement effac&#233;, rang&#233; au rayon de l'oubli bienfaiteur. On n'est pas de sa famille, on est ce qu'on s'est fait, un homme de son temps que le temps a trahi. Et puis, il s'entendit une nouvelle fois se parler &#224; voix haute : &#171; Que me reste-t-il, au fond, de mes vieux ? &#187; &#192; peine quelques souvenirs, toujours tristes. Une m&#232;re malheureuse de vivre &#224; c&#244;t&#233; de sa vie. Un p&#232;re d&#233;truit par l'usine, mais fier d'en &#234;tre un ex&#233;cutant z&#233;l&#233;. Sans conscience de son malheur, conforme &#224; l'id&#233;e que le ma&#238;tre se fait de lui. Une m&#232;re soumise au travail domestique que personne n'aurait eu l'id&#233;e de reconna&#238;tre comme une servitude et qu'elle compl&#233;tait de quelques m&#233;nages chez des rupins du 20e bourgeois puant d'avarice. Un p&#232;re qui, &#224; peine rentr&#233; chez lui, se vengeait des humiliations auxquelles l'usine l'avait soumis en jouant au tyranneau de foyer. Un couple d'&#233;poque, mal assorti tant au physique qu'au moral. Elle venait d'une famille de la toute petite paysannerie briarde. Il &#233;tait de son 20e, le seul coin de Paris qu'il connaissait, mais sur le bout des doigts. Chaudronnier de m&#233;tier, esclave de profession. Non syndiqu&#233;, votant pour &#171; les gens qui savent &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#201;mile sentait ses paupi&#232;res lourdes d&#233;sormais. Il e&#251;t &#233;t&#233; malvenu pour lui de passer son tour. Juste avant de s'endormir, c'est encore &#224; voix haute qu'il s'entendit penser : &#171; Je les ai d&#233;test&#233;s, mes parents, d'&#234;tre ce qu'ils &#233;taient, comme ils &#233;taient, des cas extr&#234;mes de ralli&#233;s passifs &#224; l'ordre d'un monde qui les humiliait. Je ne saurais dire qu'ils ne m'aimaient pas, mais j'ose penser qu'il m'est souvent arriv&#233; &#224; moi de les d&#233;tester. &#187;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Au matin, c'est le froid qui r&#233;veilla l'&#201;mile. Comme chaque fois qu'il bravait la nuit, il se sentit tout transi dans son fauteuil &#224; oreilles. Le feu cr&#233;pitait encore, mais comme une vie qui s'&#233;tiole. Dehors, il faisait encore obscur. Noir complet. Il se tra&#238;na jusqu'&#224; la cuisine, se chauffa du lait qu'il augmenta de deux fortes cuiller&#233;es de miel et, p&#233;niblement, monta &#224; l'&#233;tage pour rejoindre son antre. C'&#233;tait une large pi&#232;ce mansard&#233;e aux murs croulants de livres stock&#233;s dans des cartons ajour&#233;s pour voir leurs tanches et meubl&#233;e d'une vaste table de travail, d'un canap&#233; et d'un fauteuil en cuir de tr&#232;s ancienne facture. &#171; Qu'est-ce que je fous l&#224;, se dit-il, loin de tout, abandonn&#233; &#224; ma solitude. Pourquoi n'ai-je pas tout bazard&#233; &#224; la mort de Mat ? Pourquoi n'ai-je pas chang&#233; d'air, de vie, pour me faire d'autres souvenirs, les miens, des souvenirs en propri&#233;t&#233; propre, l&#233;gers ? &#187; Dans un mouvement de pens&#233;e contradictoire qu'il connaissait, la r&#233;ponse ne tarda pas : &#171; C'est sans doute qu'ici il me reste &#224; faire et qu'ailleurs il faudrait d'abord que je me fasse &#224; l'endroit. &#187; L'antith&#232;se lui sembla peu satisfaisante, mais il la retint, une fois encore, comme proposition finale. Car il pratiquait la dialectique, mais d&#233;testait la synth&#232;se. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il entreprit de relire quelques pages au hasard du Vieil homme et la mer d'Hemingway, en regrettant que la sienne ne f&#251;t qu'int&#233;rieure, puis, enfin distrait de soi et enroul&#233; dans une couverture de grosse laine, il avait fini par s'endormir vraiment au petit matin. &#192; peine deux heures, en fait. En clair, une fois encore, il s'&#233;tait arrang&#233; avec son sommeil pour qu'il ne lui vol&#226;t pas trop de temps. Sachant qu'il ne comptait pas en exc&#232;s, il avait d&#233;cid&#233; de pratiquer un somnambulisme actif.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
L'&#201;mile buvait par ennui mais avec entrain au bistrot de Cormeron. En attendant que, dans le brouhaha matinal du lieu, lui vienne sa phrase du jour. Aujourd'hui elle avait de quoi satisfaire les pochtrons de la petite bande : &#171; Quitte &#224; mourir, je pr&#233;f&#233;rerais que ce f&#251;t sous un nom d'emprunt pour ne pas avoir &#224; revoir ma famille au cimeti&#232;re. &#187; On ria autour de lui, ce qui le ravit. Moi, je la notai. Comme d'habitude. Il faut dire que j'&#233;cris comme &#231;a, sur le vif, &#224; partir de quelques notes jet&#233;es sur un carnet. Je les laisse infuser et &#224; l'occasion j'y puise mon mat&#233;riau. Par la suite, nous nous &#233;tions rencontr&#233;s &#224; l'occasion d'une f&#234;te de village. Foireuse, la f&#234;te, comme souvent. Juste l'occasion de f&#234;ter quelque chose et de boire. L&#224; c'&#233;tait la Saint-Jean, si je me souviens bien. &#192; vrai dire, ce tr&#232;s solitaire &#201;mile m'intriguait depuis qu'un petit h&#233;ritage nous avait permis, &#224; ma compagne et &#224; moi, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, d'acheter une maison briarde au Bourg-du-Haut, &#224; deux pas de Cormeron. C'&#233;tait un pied &#224; terre campagnard, rien de plus. Aucune intention, chez nous, de nous ancrer au terroir. Trop urbains pour cela, sans doute. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En d&#233;couvrant le lieu et plus encore en l'arpentant, j'avais rep&#233;r&#233;, &#224; diverses reprises, l'&#201;mile. Il est vrai qu'il &#233;tait l'un des rares vieux du village &#224; s'adonner &#224; la marche en solitaire. De loin, pourtant, elle semblait peupl&#233;e, sa marche, tant sa gestuelle &#233;tait active. Comme s'il discourait en s'adressant &#224; des acolytes de d&#233;ambulation ou &#224; sa Mathilde. J'y voyais une mani&#232;re de r&#233;sister &#224; sa solitude, et c'&#233;tait probablement cela. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le caf&#233; &#8211; &#171; Chez Gina &#187; &#8211; fit le reste. D'&#233;tape en &#233;tape, il nous rapprocha. &#171; T'&#233;cris toujours, bonhomme ? &#187;, me dit-il un jour o&#249;, effectivement, j'&#233;tais courb&#233; sur mon ouvrage. &#171; Oui, des notes, comme elles me viennent. Comme &#231;a. Pour capter les humeurs de mon temps int&#233;rieur, rien de plus. &#187; Le bonhomme sembla se satisfaire de ma r&#233;ponse sans chercher &#224; en savoir davantage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; De fil en aiguille, l'&#201;mile s'attacha &#224; moi, &#224; nous. Il nous trouvait, nous dit-il un jour de confidence, &#171; un peu au-dessus de la moyenne des habitants du coin &#187;. Et ajouta, songeur : &#171; Comme moi, en somme ; comme ma Mathilde aussi. &#187; Le bistrot fut notre lieu de rencontre pr&#233;f&#233;r&#233;. Bient&#244;t, l'&#201;mile s'y laissa aller, mezza voce, &#224; quelques confidences sur sa jeunesse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#8211; Tu sais, me dit-il un jour o&#249; il avait d&#233;cel&#233; mes inclinaisons libertaires, j'ai connu du beau monde du temps de &#8220;l'anarchie populaire&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est quoi, &#231;a ? ai-je demand&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Un ferment qui s'est perdu. Maintenant, les anars, c'est des bac plus cinq. Ou plus. Moi, je te parle d'un temps o&#249; l'anarchie, vulgaire je te l'accorde, irriguait un petit peuple de durs &#224; cuire instruits de quelques principes, &#226;pres &#224; la t&#226;che et fraternels. Ils avaient les mains calleuses et l'esprit canaille. Tout pour me plaire, en somme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ce jour que j'appris que l'&#201;mile, qui en faisait sacr&#233;ment moins, avait quatre-vingt-cinq ans pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu rigoles, compagnon ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, jeunot, je tiens mes statistiques &#224; jour. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Puis, de fil en aiguille, il m'accorda le privil&#232;ge de visiter son antre, ce qui n'&#233;tait pas dans ses habitudes de solitaire enkyst&#233; dans ses souvenirs. L&#224;, je d&#233;couvris un monde en d&#233;sordre, mais riche de tr&#233;sors. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu prends ce que tu veux, &#231;a &#233;vitera la benne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu n'as pas de descendance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, l'ami, &#231;a &#233;vite les d&#233;sillusions. Je suis le dernier d'une dynastie peu glorieuse.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Six mois plus tard, l'&#201;mile tira sa r&#233;v&#233;rence sans l'avoir pr&#233;vue. La mort vint, dit-on, paisible, devant l'&#226;tre de ses solitudes, une nuit sans lune d'un interminable hiver. J'appris qu'il n'avait ni souffert ni acc&#233;l&#233;r&#233; son tr&#233;pas. Une belle mort, en somme, de celle qui ne contrarie pas. Peut-&#234;tre que, ce soir-l&#224;, il avait pens&#233; &#224; &#171; T&#234;te d'or &#187; et &#224; la qu&#234;te du jeune Lucas pour le retrouver. Les qu&#234;tes les plus belles sont les plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mari&#225;tegui ou le socialisme indig&#232;ne</title>
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		<dc:date>2026-05-25T07:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou. Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2806 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/mariategui_ou_le_socialisme_indigene_ganesh_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 453.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__de_une-2-dd4b6.jpg?1778145787' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, syndicaliste, secr&#233;taire du tout jeune Parti socialiste p&#233;ruvien (PSP), &#233;diteur et principal r&#233;dacteur de la revue &lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, membre du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Ligue anti-imp&#233;rialiste de la Troisi&#232;me Internationale, Mari&#225;tegui se trouve &#224; l'avant-garde des luttes. Premier marxiste d'Am&#233;rique latine pour certains (Antonio M&#233;lis), Gramsci latino-am&#233;ricain pour d'autres, figure centrale de la gauche p&#233;ruvienne quoi qu'il en soit, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui s'impose tant par l'&#233;tendue de son &#339;uvre que par son activisme d&#233;bordant. Il est pourtant, eurocentrisme oblige, tr&#232;s largement m&#233;connu en Europe et dans le cadre des discussions sur le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Retracer le parcours d'un autodidacte qui allait profond&#233;ment bouleverser le paysage politique de son pays et les formulations r&#233;volutionnaires sur le continent entier est l'occasion d'un hommage, mais surtout d'une invitation &#224; sans cesse penser &#224; nouveau frais nos mots et nos slogans en les plongeant dans la pratique des luttes.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le 8 juillet 1919, une foule immense faite d'ouvriers du textile ou du syndicat des boulangers, de dockers et d'autres travailleurs se rassemble spontan&#233;ment &#224; Lima. Exultant, enthousiaste, elle se dirige vers le b&#226;timent du journal &lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt; et fait un triomphe aux tout jeunes journalistes du seul quotidien ayant appuy&#233; les grandes gr&#232;ves de masse du mois de janvier et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 27 mai. Le gouvernement oligarque de Pardo est tomb&#233; le 4 juillet, renvers&#233; par un coup d'&#201;tat, et c'est d&#233;sormais Augusto Legu&#237;a qui est aux affaires. Il a accord&#233; la journ&#233;e de 8 heures et, en ce jour, vient de faire lib&#233;rer les leaders ouvriers emprisonn&#233;s depuis le 26 mai. L'ambiance est &#233;lectrique. Devant les locaux du journal, un journaliste m&#233;tis, aux traits effil&#233;s et boitant de la jambe gauche, regarde la foule. Son nom est Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui : il a vingt-cinq ans et fait son entr&#233;e officielle dans les rangs de la gauche de combat. En tant que membre du Comit&#233; de propagande socialiste, puis du Comit&#233; pour la baisse du prix des subsistances, il a d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; un organe de masse faisant le lien avec 30 000 ouvriers et travailleurs qui vient d'imposer ce qui semble &#234;tre une lourde d&#233;faite &#224; l'oligarchie terrienne traditionnelle.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La joie sera pourtant de courte dur&#233;e, le nouveau pr&#233;sident ne go&#251;tant que fort peu les critiques que Mari&#225;tegui et ses amis ne manquent pas de faire &#224; son gouvernement. Avec les premi&#232;res r&#233;pressions contre les syndicalistes et les organisateurs ouvriers viennent les pressions du gouvernement : Mari&#225;tegui et son ami de toujours, C&#233;sar Falc&#243;n, doivent &#234;tre envoy&#233;s respectivement en Italie et en Espagne comme &#233;missaires de propagande du P&#233;rou, ou &#234;tre incarc&#233;r&#233;s. Le 8 octobre 1919, Mari&#225;tegui prend la mer en direction de l'Europe ; il en reviendra profond&#233;ment chang&#233;. Selon ses propres mots, il y &#233;pouse &#171; une femme et quelques id&#233;es &#187;. L'autodidacte attir&#233; par les provocations mondaines y op&#232;re sa mue, sa transformation de journaliste socialisant en acteur central de la lutte des classes au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'&#226;ge de pierre&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est n&#233; en 1894 &#224; Moquegua, d'un p&#232;re de bonne famille et d'une m&#232;re fille de petits agriculteurs indiens. Abandonn&#233;e par son mari, qui meurt rapidement, Maria Am&#225;lia La Chirra &#233;l&#232;ve ses enfants seule, survivant avec son salaire de modiste. Tr&#232;s t&#244;t, la sant&#233; fragile de son deuxi&#232;me fils se r&#233;v&#232;le : un accident d'&#233;cole, puis une poliomy&#233;lite clouent le petit Jos&#233; Carlos au lit de 1902 &#224; 1904. Cette p&#233;riode difficile est toutefois l'occasion pour lui de profiter de la biblioth&#232;que laiss&#233;e par son p&#232;re &#8211; seule marque de l'existence paternelle dans l'&#233;ducation de Mari&#225;tegui, l'acc&#232;s aux livres lui ouvre le monde de la lecture : il d&#233;vore les ouvrages les uns apr&#232;s les autres et tente m&#234;me d'apprendre, seul, le fran&#231;ais. Cet &#233;pisode est d'autant plus crucial pour le futur dirigeant politique qu'il forge son app&#233;tit insatiable de connaissance. &#192; quatorze ans &#224; peine, une fois finie l'&#233;cole primaire, Mari&#225;tegui commence &#224; travailler : il entre d'abord au quotidien &lt;i&gt;La Prensa&lt;/i&gt; comme ouvrier typographe, s'inscrivant ainsi, sans le savoir, dans la longue lign&#233;e des ouvriers pass&#233;s de la composition des pages &#224; leur &#233;criture. Se distinguant par son esprit, il gravit les &#233;chelons : il int&#232;gre la r&#233;daction en 1912, publie son premier article &#224; dix-huit ans et se voit attribuer la couverture des interventions de police et les faits divers. Puis, sous le pseudonyme de Juan Chroniqueur, une chronique de la vie mondaine o&#249; ses bons mots lui valent de fr&#233;quenter le beau monde et les champs de course. Mari&#225;tegui dira plus tard qu'il &#233;tait alors un &#171; litt&#233;rateur infect&#233; de d&#233;cadentisme et de byzantinisme fin-de-si&#232;cle &#187;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Son int&#233;r&#234;t pour la politique prend un tour nouveau en 1916, lorsqu'il int&#232;gre la r&#233;daction d'&lt;i&gt;El Tiempo&lt;/i&gt; en tant que chroniqueur politique. Journal d'opposition au pr&#233;sident oligarque Pardo, il rassemble alors largement les partisans d'un changement politique. Dans l'aile gauche de l'opposition, Mari&#225;tegui commence &#224; fr&#233;quenter des agitateurs ouvriers, comme Carlos Del Barzo, et leur r&#233;f&#233;rence commune au grand auteur anarchisant Manuel Gonz&#225;lez Prada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; influence la cr&#233;ation de la revue &lt;i&gt;Nuestra &#201;poca&lt;/i&gt;. Sobrement sous-titr&#233;e &#171; revue de combat &#187;, elle sera interdite apr&#232;s quelques num&#233;ros seulement. Les ann&#233;es 1912-1921 marquent un tournant par l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'une force nouvelle sur l'&#233;chiquier politique p&#233;ruvien : les ouvriers, sous influence des publications et des immigr&#233;s hispaniques, s'organisent selon les principes de l'anarcho-syndicalisme et suivant le mod&#232;le de la CNT espagnole, fond&#233;e en 1910. La revendication de la journ&#233;e de 8 heures, la R&#233;volution mexicaine, et bient&#244;t les nouvelles de la R&#233;volution russe, se combinent &#224; une agitation &#233;tudiante des fils de la bourgeoisie urbaine qui traverse le continent. Ce contexte de croissante agitation est le berceau dans lequel Mari&#225;tegui op&#232;re son incubation politique. Les troubles de la fin de 1918 et les gr&#232;ves de l'ann&#233;e suivante le font entrer pleinement dans le combat socialiste &#8211; c'est le signe de la fin de ce qu'il appellera, en 1929, son &#171; &#226;ge de pierre &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'Europe comme apprentissage&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Vieux Monde que visite Mari&#225;tegui en exil sort &#224; peine de la Grande Guerre, qui marque la fin des empires centraux allemand et austro-hongrois, l'imposition d'un nouvel ordre international et l'irruption tant des questions nationales que des luttes r&#233;volutionnaires sur la sc&#232;ne mondiale. Il y a la R&#233;volution russe de 1917, et l'enthousiasme que provoque l'instauration de la R&#233;publique des Soviets dans les organes du mouvement ouvrier europ&#233;en, mais aussi les diff&#233;rentes r&#233;volutions avort&#233;es ou r&#233;prim&#233;es : l'&#233;crasement du mouvement spartakiste et l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le massacre de la R&#233;publique des Soviets, l'&#233;chec de l'Arm&#233;e rouge devant Varsovie, les gr&#232;ves des mineurs anglais et des cheminots fran&#231;ais&#8230; Hors d'Europe, ce sont les r&#233;voltes en Inde, en Syrie, la r&#233;volution en Chine et le congr&#232;s de Bakou des peuples d'Orient en 1920. L'atmosph&#232;re est &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233;, aux bouleversements &#233;mancipateurs. L'Italie fait alors figure, pour Mari&#225;tegui, d'&#171; &#233;picentre de la r&#233;volution mondiale &#187;, et les d&#233;buts, puis l'accession du fascisme au pouvoir lors de la marche sur Rome du 29 octobre 1922, marquent une inflexion majeure : &#171; Ainsi s'est termin&#233;e la p&#233;riode r&#233;volutionnaire et a commenc&#233; la p&#233;riode r&#233;actionnaire &#187;, &#233;crit-il. Les occupations d'usines et les gr&#232;ves secouent rudement le nord de l'Italie autour des importantes concentrations ouvri&#232;res que sont Turin et Milan, notamment dans les usines Fiat en septembre 1920. En compagnie de l'ami C&#233;sar Falc&#243;n, il assiste en janvier 1921 au Congr&#232;s de Livourne, qui voit le Parti socialiste italien se scinder entre l'aile r&#233;formiste et l'aile r&#233;volutionnaire, qui s'en va former le Parti communiste italien, rattach&#233; &#224; la Troisi&#232;me Internationale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'Europe est l'occasion pour le socialiste de faire ses &#171; classes &#187; en marxisme, &#224; la fois comme t&#233;moin et lecteur. Il se saisit de Marx, Engels, L&#233;nine, Boukharine et Nietzsche, se lie au philosophe Benedetto Croce, qui lui fait d&#233;couvrir le th&#233;oricien fran&#231;ais du syndicalisme r&#233;volutionnaire Georges Sorel, par lequel Mari&#225;tegui s'initie &#224; Bergson et &#224; une approche strat&#233;gique et th&#233;orique du marxisme profond&#233;ment originale. L'av&#232;nement du fascisme lui fait quitter l'Italie, non sans avoir fond&#233; avec Falc&#243;n et deux autres compatriotes une &#171; cellule communiste p&#233;ruvienne &#187; &#233;ph&#233;m&#232;re dont l'objectif est la pr&#233;paration de l'action socialiste au P&#233;rou. D&#233;sormais, l'apprentissage organisationnel et th&#233;orique est align&#233; sur un objectif : l'action r&#233;volutionnaire au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Organisateur de la culture et de la classe ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui, Anna Chiappe, son &#233;pouse, et leur fils d&#233;barquent le 18 mars 1923 au P&#233;rou. Il entre rapidement en contact avec le mouvement ouvrier qui s'organise : il s'agit pour Mari&#225;tegui d'op&#233;rer &#171; la traduction pratique en termes nationaux et latino-am&#233;ricains des conclusions programmatiques &#187; auxquelles il est arriv&#233; &#224; la fin de son s&#233;jour en Europe. Son engagement prend d'abord la forme d'un cycle de conf&#233;rences dans l'Universit&#233; populaire Gonz&#225;lez Prada, fond&#233;e en 1921 sous l'impulsion des anarchistes. Son orientation socialiste et internationaliste s'exprime &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; une lecture marxiste des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires europ&#233;ens, dans une optique d'&#233;ducation populaire : la formation politique y est toujours ax&#233;e sur les relations entre le niveau national et la r&#233;alit&#233; internationale. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui commence alors &#224; cerner la dimension syst&#233;mique de l'action politique dans un monde capitaliste : &#171; [&#8230;] la civilisation capitaliste a internationalis&#233; la vie de l'humanit&#233;, elle a cr&#233;&#233; entre tous les peuples des liens mat&#233;riels qui &#233;tablissent entre eux une solidarit&#233; in&#233;vitable. L'internationalisme n'est pas seulement un id&#233;al ; c'est une r&#233;alit&#233; historique. [&#8230;] Le P&#233;rou, comme les autres peuples am&#233;ricains, n'est pas, par cons&#233;quent, hors de la crise : il est &#224; l'int&#233;rieur. [&#8230;] Une p&#233;riode de r&#233;action en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;action en Am&#233;rique. Une p&#233;riode de r&#233;volution en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;volution en Am&#233;rique. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut imaginer ce qu'est le P&#233;rou en 1923 pour prendre la mesure de l'ampleur de la t&#226;che &#224; laquelle s'attelle notre homme : r&#233;pression f&#233;roce du gouvernement Legu&#237;a, pas ou tr&#232;s peu de vie intellectuelle dans une universit&#233; amorphe, pas de biblioth&#232;ques ni de statistiques de qualit&#233; permettant d'&#233;valuer la r&#233;alit&#233; sociale du pays. Il faut &#233;galement souligner la d&#233;sorganisation militante, en d&#233;pit des efforts des libertaires. Un jeune leader issu du mouvement pour la r&#233;forme de l'universit&#233; commence &#224; mobiliser la petite bourgeoisie et les couches les plus urbaines du prol&#233;tariat en pr&#234;chant quelque nationalisme socialisant et anti-imp&#233;rialiste : Victor Ra&#250;l Haya de la Torre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mari&#225;tegui se rapproche de cette &#233;toile montante p&#233;ruvienne ; lorsque celle-ci prend l'exil en 1924, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est charg&#233; de la r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;Claridad&lt;/i&gt;, initi&#233;e pour coordonner les diff&#233;rentes universit&#233;s populaires que tentent de cr&#233;er les militants syndicaux et politiques. Il travaille tant avec les anarcho-syndicalistes, farouchement oppos&#233;s &#224; toute action politique partisane &#8211; mais d&#233;di&#233;s &#224; l'&#233;ducation et l'organisation d'une contre-culture &#224; travers des centres ou des festivit&#233;s r&#233;guli&#232;res qu'organise la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re locale &#8211; qu'avec des couches radicalis&#233;es de la petite bourgeoisie nationale. Il collabore par ailleurs &#224; deux revues dans lesquelles il publie r&#233;guli&#232;rement des articles, r&#233;unis en 1925 en un premier livre : &lt;i&gt;La Escena contemporanea&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;fugi&#233; au Mexique r&#233;volutionnaire, Haya de la Torre fonde en 1924, sur le mod&#232;le du Kuomintang chinois, l'Alliance populaire r&#233;volutionnaire am&#233;ricaine afin d'unifier &#224; l'&#233;chelle du continent la lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Mari&#225;tegui en devient membre &#8211; et c'est pour participer, aux niveaux th&#233;orique et culturel, &#224; l'effort d'&#233;nonciation d'une politique de rupture qu'il lance, un an plus tard, une maison d'&#233;dition puis, en 1926, le p&#233;riodique Amauta. Il &#233;crit dans le premier num&#233;ro : &#171; L'objet de la revue est de poser, &#233;clairer et conna&#238;tre les probl&#232;mes p&#233;ruviens &#224; partir de points de vue doctrinaires et scientifiques. Mais nous consid&#233;rerons toujours le P&#233;rou dans le panorama mondial. Nous &#233;tudierons tous les grands mouvements de r&#233;novation politiques, philosophiques, artistiques, litt&#233;raires, scientifiques. Tout l'humain est n&#244;tre. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comme il l'annonce dans le m&#234;me texte, la revue n'entend pas ouvrir ses colonnes &#224; toutes les opinions : &#171; [Amauta] produira ou pr&#233;cipitera un ph&#233;nom&#232;ne de polarisation et de concentration. &#187; Il est explicitement question de mettre &#224; disposition, de distribuer des informations, des prises de position, des textes tant sur le P&#233;rou que sur d'autres pays. Seront ainsi publi&#233;s, pour la premi&#232;re fois dans ce pays de l'ouest de l'Am&#233;rique du Sud, des textes d'Andr&#233; Breton, Maxime Gorki, Marx, L&#233;nine, Freud, Rosa Luxemburg, Romain Rolland, Ernst Toller ou L&#233;on Trotski. Le r&#244;le de diffusion et de publication de textes tant politiques que litt&#233;raires n'est pas neutre : il s'agit de rattraper le retard culturel p&#233;ruvien tout en cr&#233;ant un espace pour le d&#233;bat et la formation politique. Fondamentalement, l'imp&#233;ratif est de se doter des armes n&#233;cessaires &#224; la critique pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; politique et &#233;conomique. On retrouve ici l'effort de Mari&#225;tegui, entre son retour et sa mort, essentiellement organis&#233; autour de deux axes : penser de mani&#232;re dialectique, dynamique, marxiste, la situation du P&#233;rou (l'ancrage temporel, mat&#233;riel, id&#233;ologique, etc.) en relation avec les mouvements de la politique et de l'&#233;conomie mondiale. C'est ce que le sociologue &#233;cosocialiste Michael L&#246;wy a appel&#233; une &#171; synth&#232;se dialectique entre l'universel et le particulier, l'international et l'Am&#233;rique latine &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une clarification politique s'op&#232;re alors, contre la volont&#233; de Mari&#225;tegui et du fait d'Haya de la Torre, qui transforme l'APRA en parti politique interclassiste sous h&#233;g&#233;monie petite-bourgeoise, le poussant ainsi &#224; rompre avec le mouvement pour former un Parti r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire un parti ouvrier et paysan. C'est ainsi que na&#238;t le Parti socialiste p&#233;ruvien en octobre 1928, dont il est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Aussit&#244;t, le PSP demande son affiliation &#224; la Troisi&#232;me Internationale, en coh&#233;rence avec son internationalisme affich&#233; et la dimension marxiste de son programme. La rupture avec l'APRA s'affiche en parall&#232;le de l'effacement progressif des anarcho-syndicalistes, par trop r&#233;tifs &#224; la lutte politique. Mari&#225;tegui et son groupe vont s'engouffrer dans la br&#232;che afin de proposer leur strat&#233;gie de massification : lancement du quotidien &lt;i&gt;Labor&lt;/i&gt;, extension d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, adress&#233; aux ouvriers et paysans pour rendre compte de leurs luttes ; cr&#233;ation, le 17 mai 1929, de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des travailleurs du P&#233;rou &#8211; un an plus tard, elle comptera pr&#232;s de 58 000 travailleurs industriels et environ 30 000 Indiens dans la f&#233;d&#233;ration indig&#232;ne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Socialisme indo-am&#233;ricain et communisme inca&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les pages d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt; vont &#234;tre le r&#233;ceptacle d'une s&#233;rie d'articles mettant au centre de l'attention la question indienne, en 1926&#8211;1927. Ils forment le c&#339;ur des deux premiers chapitres des &lt;i&gt;Sept Essais d'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;magnum opus&lt;/i&gt; de Mari&#225;tegui, qui para&#238;t en 1928. Car l'originalit&#233; du penseur n'est pas &#224; rechercher dans son &#233;nergie militante ni m&#234;me dans la particularit&#233; de son parcours &#8211; d'autres ont &#233;t&#233; aussi d&#233;vou&#233;s, ou sont partis de plus bas &#8211; ; elle se trouve dans sa position face &#224; la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne et la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire qui doit y &#234;tre organis&#233;e. Parti du P&#233;rou, son approche du marxisme n'est pas seulement d&#233;termin&#233;e par le contexte antipositiviste et anti-&#233;conomiciste h&#233;rit&#233; de son passage en Italie ; elle se d&#233;finit aussi par rapport &#224; une position g&#233;ographique, un positionnement dans le syst&#232;me-monde capitaliste o&#249; l'insertion des p&#233;riph&#233;ries se fait &#224; l'avantage exclusif des puissances centrales (les marges &#233;tant confin&#233;es &#224; un r&#244;le de colonie, de fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res). C'est la situation de d&#233;pendance structurelle du P&#233;rou au sein du capitalisme mondial qui doit &#234;tre le point de d&#233;part de l'analyse, mais cela seulement en assimilant &#233;galement les caract&#233;ristiques nationales h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, puis de la Colonie, et enfin de la R&#233;publique oligarchique. Il s'agit d'embrasser les diverses temporalit&#233;s des institutions r&#233;gissant la soci&#233;t&#233; p&#233;ruvienne au profit d'une classe de propri&#233;taires terriens f&#233;odaux et de bourgeois &#224; la solde des puissances imp&#233;rialistes, mais aussi les diverses temporalit&#233;s des luttes. Ce n'est pas chose ais&#233;e, et cela n'est possible que parce que Mari&#225;tegui prend r&#233;solument le parti de d&#233;marrer des faits, de les lire de mani&#232;re critique sans toutefois verser dans le dogmatisme. &#171; Le socialisme n'est pas [&#8230;] une doctrine indo-am&#233;ricaine. Mais aucune doctrine, aucun syst&#232;me contemporain ne l'est ni ne peut l'&#234;tre. Et le socialisme, bien qu'il soit n&#233; en Europe, comme le capitalisme, n'est pour autant ni sp&#233;cifiquement ni particuli&#232;rement europ&#233;en. C'est un mouvement mondial, auquel ne se soustrait aucun des pays qui se meuvent dans l'orbite de la civilisation occidentale. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le socialisme, et le marxisme en particulier, doivent &#234;tre recr&#233;&#233;s, renouvel&#233;s &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle on pr&#233;tend l'appliquer. C'est pour cette raison que Mari&#225;tegui accorde dans son &#339;uvre une place aussi centrale &#224; la question des Indiens comme &#224; celle de la terre. H&#233;riti&#232;res de cinq cents ans de lutte, les communaut&#233;s incas ont su pr&#233;server leur organisation fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune de la terre et l'organisation collective du travail. Le &#171; communisme inca &#187; dont parle Mari&#225;tegui est donc ancr&#233; dans les racines profondes du P&#233;rou contemporain, survivance de cinq si&#232;cles de r&#233;pression et de massacres. &#171; Le socialisme est pr&#233;sent dans la tradition am&#233;ricaine. L'organisation communiste, primitive, la plus avanc&#233;e que l'Histoire ait connue est l'organisation inca. &#187; La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire de Mari&#225;tegui va alors consister &#224; organiser les masses indiennes et prol&#233;taires en vue d'un objectif unificateur : la constitution d'un P&#233;rou &#171; int&#233;gral &#187;, qui ne se construise pas sur les divisions h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, qui mette &#224; bas les murs &#233;rig&#233;s par des &#233;lites trop obnubil&#233;es par l'&#233;clat europ&#233;en pour voir la richesse de leur propre pays. C'est v&#233;ritablement un projet de nation r&#233;concili&#233;e, construisant &#224; partir de son pass&#233; le plus enracin&#233;, un ordre social juste pour le futur. &#171; Nous ne voulons certainement pas que le socialisme soit, en Am&#233;rique, calque et copie. Il doit &#234;tre cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. Voil&#224; une mission digne de la nouvelle g&#233;n&#233;ration &#187;, &#233;crit-il pour le texte comm&#233;morant les deux ans de la revue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sa position entre en franche contradiction avec la direction stalinienne promue par la Troisi&#232;me Internationale : lorsqu'il meurt, en 1930, sa doctrine est rejet&#233;e au profit de la ligne isolationniste d&#233;cid&#233;e &#224; Moscou pour tous les partis communistes. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui va &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; populiste &#187; et les relents de &#171; mariateguisme &#187; tax&#233;s de &#171; d&#233;viations &#187; jusque dans les ann&#233;es 1950. La d&#233;marche de Mari&#225;tegui et ses &#233;crits n'en vont pas moins refaire surface une d&#233;cennie plus tard. Pas seulement gr&#226;ce au renouveau th&#233;orique que produit la r&#233;volution cubaine, mais aussi du fait de la richesse de son &#339;uvre, o&#249; pratique politique et production th&#233;orique se combinent dans une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire englobante. Son h&#233;ritage est, entre autres, revendiqu&#233; par les penseurs d&#233;coloniaux, qui se r&#233;clament d'un savoir qui ne soit plus eurocentriste et s'affranchisse de toute colonialit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui est pr&#233;curseur autant que passeur, et c'est dans cet intervalle, comme organisateur et intellectuel, qu'il s'avance comme exemple. Ses camarades de la CGTP lui font ainsi, &#224; sa mort, le plus brillant des hommages : &#171; Mari&#225;tegui est un des hommes de nos rangs. Il y a milit&#233; avec la plus grande abn&#233;gation. Il est venu &#224; notre classe, libre de toute compromission, de tout lien avec la classe qu'il a combattue. Ni journaliste de journal bourgeois ni membre de l'Universit&#233;, Mari&#225;tegui est et restera un intellectuel prol&#233;taire. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean GANESH&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site Ballast.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_de_der.jpg?1777755962' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site Ballast.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Digression sur l'inactuel</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1171</link>
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		<dc:date>2026-05-18T07:59:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique111" rel="directory"&gt;Digressions...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L416xH241/ill._tete__digressions-41-4f826.jpg?1779091201' width='416' height='241' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/digression_sur_l_inactuel_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 880.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte &#224; &#234;tre au bord du d&#233;gueulis. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour s'informer, il y a l'expertise, c'est-&#224;-dire des types qui ne savent rien, sauf roter de plaisir &#224; l'id&#233;e de pouvoir jacter sur BFM ou France-Info. C'est bon, pensent-ils, pour leur carri&#232;re d'ignorants dipl&#244;m&#233;s. Pauvres types ! Ils passeront comme passent les modes, et par les temps qui courent, &#231;a passe&lt;br class='autobr' /&gt;
vite. Vu ce qu'est devenu aujourd'hui le paysage audiovisuel, un &#233;gout informationnel, ils y sont &#224; leur place pour tenir le manche et la cogn&#233;e, tout ensemble, et taper comme des sourds sur ce qui branle encore, l'id&#233;e qu'un autre monde est toujours possible, contre eux et leurs jugements merdeux. Ils sont pour Netanyahu quand les Palestiniens agonisent sous ses coups de boutoir, contre M&#233;lenchon et sa bande quand ils s'insoumettent &#224; leurs diktats, pour Trump quand il kidnappe &#224; la sauvage Maduro, bombarde l'Iran, dit tout et son contraire dans l'instant m&#234;me o&#249; il ouvre sa grande gueule. Ce sont des singes hurleurs gagn&#233;s &#224; l'ordre imp&#233;rialiste made in USA, incapables de penser autre chose que ce que, par IA interpos&#233;e, l'ordre dominant leur souffle. Des conneries que, cons eux-m&#234;mes, ils sont incapables de d&#233;coder. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voil&#224;, le pr&#233;sent, c'est &#231;a : un &#233;vident triomphe de la m&#233;diocrit&#233; globale et un glissement progressif de la caste dominante vers une extr&#234;me droite qui se frotte d&#233;j&#224; les mains &#224; l'id&#233;e d'en &#234;tre bient&#244;t l'invit&#233; permanent. Alors, dans un tel climat, s'informer est un cauchemar, sauf &#224; se nourrir l'esprit ailleurs, notamment sur les m&#233;dias de contre-information ind&#233;pendants. Ils progressent, et c'est d&#233;j&#224; bien. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Partant de l&#224;, de ce constat accablant, l'id&#233;e serait d'en sortir en faisant un pas de c&#244;t&#233; pour op&#233;rer une sorte de retour sur soi en r&#233;habitant, le temps d'un instant, un monde imaginaire habitable. L'id&#233;e m'est venue, un matin de d&#233;but de printemps o&#249; la douceur de l'air attisait une sensation de bien-&#234;tre, de hors-temps. Il faut, cela dit, aller plus loin dans l'explication. J'y vais. Il m'arrive de fr&#233;quenter un square tranquille de mon quartier. J'y suis toujours accompagn&#233; d'un livre, un livre que je choisis m&#233;ticuleusement dans ma biblioth&#232;que avec la certitude que c'est assur&#233;ment celui-ci, et pas un autre, qui me conviendra en cette matin&#233;e pr&#233;cise que je d&#233;cris. Qu'on le sache, la t&#226;che n'est pas ais&#233;e. Il faut qu'elle s'accorde &#224; l'&#233;tat d'esprit du jour, au temps qu'il fait, aux r&#234;ves ou cauchemars qui ont peupl&#233; ma nuit pr&#233;c&#233;dente. Ma biblioth&#232;que est vaste. Les humeurs qu'elle rec&#232;le s'y r&#233;v&#232;lent contradictoires, parfois antinomiques. D'o&#249; ma difficult&#233; &#224; m'accorder sur tel livre plut&#244;t que sur tel autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ce moment pr&#233;cis du choix, le besoin d'inactualit&#233; est souvent primordial. Car il faut savoir s'abstraire de son temps, r&#233;emprunter d'anciennes sentes pour d&#233;cloisonner son esprit des pesanteurs accablantes d'un trop-pr&#233;sent d&#233;vorant. On dira que c'est une pr&#233;occupation de vieux. Je m'en fous d'autant que je suis convaincu, et depuis longtemps pour ce qui me concerne, que le pr&#233;sentisme est une cl&#244;ture qui ignore le temps long, complexe et contradictoire de l'histoire, son pass&#233; donc, pour n'en retenir au mieux, que quelques vrais ou faux rem&#232;des apparemment n&#233;cessaires &#224; apaiser provisoirement des consciences par trop livr&#233;es au zapping g&#233;n&#233;ralis&#233; d'un pr&#233;sent sans pr&#233;sence et priv&#233; de tout horizon d'attente. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ce jour, le choix fut difficile avant de devenir &#233;vident. Comme &#231;a, soudainement. J'avais besoin d'un livre d'Henri Calet. Pour cheminer un temps avec ses solitudes de moraliste . Et plus pr&#233;cis&#233;ment, de &lt;i&gt;Contre l'oubli&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; en 1948, chronique d'une fin de guerre r&#233;alis&#233;e pour &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Terre des hommes&lt;/i&gt; entre 1944 et 1948, en ce moment o&#249; le soleil de la victoire crevait &#224; peine le brouillard des chagrins. &#192; le relire aujourd'hui, ce livre, on est saisi par son humanit&#233; profonde. Il est toujours &#224; hauteur d'homme, c'est-&#224;-dire de peine. La marque de Calet, c'est d'abord une mani&#232;re d'accrocher le d&#233;tail qui manque et navre. Pour avoir quelque chance de se sauver du naufrage sans croire &#224; l'homme majuscule. Un mod&#232;le d'&#233;crivain non-chr&#233;tien, mal pensant, en somme, sans opinion sur l'au-del&#224;, anarchiste existentiel convaincu que l'existence est le contraire de l'existentialisme, comme l'humain serait le contraire de l'humanisme. C'est pourquoi il &#233;crit comme il est : &#171; &#224; ras d'homme &#187;, dira-t-il dans &lt;i&gt;Peau d'ours&lt;/i&gt;. Sans chercher jamais &#224; le magnifier, &#224; l'id&#233;aliser. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans un des textes de ce recueil &#8211; &#171; Les lois de l'hospitalit&#233; &#187; &#8211;, que les ignares gagn&#233;s &#224; &#171; l'id&#233;e &#187; d'un suppos&#233; &#171; grand remplacement &#187;, ne liront jamais, Calet revient sur la suspension ou le retrait des listes, en juillet 1940, par les autorit&#233;s de Vichy, de la plupart des demandes de naturalisation. Il est vrai, ajoute-t-il, que &#171; bien des choses ont, alors, &#233;t&#233; suspendues, la libert&#233; notamment &#187;, et se f&#233;licite de la r&#233;ouverture des dossiers, en 1945, par les nouvelles autorit&#233;s de ladite France Libre. &#171; Il y a une grande besogne &#224; accomplir &#8211; pr&#233;cise-t-il &#8211; mais on a quelques raisons de penser qu'elle sera &#233;court&#233;e consid&#233;rablement par la disparition de bon nombre d'imp&#233;trants. Il faudrait aller les chercher dans les fosses communes de l'Europe de l'Est. &#187; Du pur Calet. Comme sa conclusion : &#171; Maintenant, on ne parlera pas de morale, mais seulement d'int&#233;r&#234;t [&#8230;] : nous avons besoin d'une main-d'&#339;uvre du dehors. Cela est d&#233;montr&#233;. Il convient donc que la France ait au plus t&#244;t un statut l&#233;gislatif de l'&#233;tranger. On d&#233;sirerait que ce statut s'inspir&#226;t &lt;i&gt;simplement et g&#233;n&#233;reusement&lt;/i&gt; des lois de l'hospitalit&#233;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'autre point fort &#8211; &#233;blouissant &#8211; de ce recueil, c'est indiscutablement sa s&#233;rie de textes sur les &#171; survivants de Fresnes &#187;. Toute la mani&#232;re et le talent de Calet s'y confirment. Sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233; humainement historique s'y justifie totalement. Ici pas de v&#233;ritables h&#233;ros, juste des hommes et des femmes sans autre qualit&#233; que d'avoir voulu &#233;chapper, le plus souvent en vain, &#224; l'ignominie d'un temps de chasse &#224; l'homme. C'est &#224; traquer cette traque qu'il op&#232;re. Pour l'honneur des vaincus, mais sans emphase. Comme toujours puisque que c'est sa marque. Ind&#233;l&#233;bile. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Assis sur un banc de mon square de quartier, cette &#233;ni&#232;me lecture de Calet me fait soudain penser que son inactualit&#233; n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; sa force, celle qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne s'affirme que dans l'acte de r&#233;sistance &#224; l'oubli. Et ce faisant, je ne peux que constater que le r&#233;gime du pr&#233;sent perp&#233;tuel dans lequel nous vivons d&#233;sormais en &#233;tat d'urgence permanent instaure, de facto, un nouveau rapport au temps captif qu'il nous impose et dont on ne peut s'&#233;vader qu'en op&#233;rant un d&#233;centrement volontaire du regard, une sorte mise &#224; l'&#233;cart de l'&#233;tat d'enfermement dans lequel il nous maintient. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec la perspective illusoire de la &#171; fin de l'histoire &#187;, cette notion de &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, si propre &#224; notre basse &#233;poque, c'est &#224; n'en pas douter un capitalisme en voie de n&#233;o-lib&#233;ralisation mondialis&#233;e qui, dans les ann&#233;es 1990, apr&#232;s la chute de l'URSS et l'ouverture infinie du domaine du March&#233;, l'a impos&#233;e. Au forceps, &#224; marche forc&#233;e et avec les catastrophes sociales r&#233;p&#233;t&#233;es que l'on a v&#233;cues depuis. L'illusion a fait le reste, un gros reste, puisque l'adh&#233;sion &#224; cette vision du monde de l'illimitation a conquis bien des esprits d&#233;faillants, notamment dans une jeunesse qui a fini par troquer les anciens r&#234;ves &#233;mancipateurs de ses a&#238;n&#233;s contre une entr&#233;e dans le monde de la surconsommation sans cesse renouvel&#233;e de f&#233;tiches frelat&#233;s. Parall&#232;lement &#224; cela, le TINA de Thatcher a fait des &#233;mules un peu partout ; des pans entiers du contre-pouvoir ouvrier sont tomb&#233;s sans que cela &#233;meuve outre-mesure une social-d&#233;mocratie vite ralli&#233;e &#224; son programme. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Dans ce monde, le futur est au c&#339;ur du pr&#233;sent, comme int&#233;gr&#233; &#224; son omnipr&#233;sence o&#249;, toujours plus rapidement, le presque m&#234;me succ&#232;de au m&#234;me dans l'oubli assum&#233; du pass&#233; et de la conscience historique qu'il porte en lui. C'est cette perspective pr&#233;sentiste qu'il faut enrayer. Et pour cela, il faut puiser &#224; des traditions vivantes de r&#233;sistance. Dans ce domaine, l'id&#233;e benjaminienne, port&#233;e par les rebelles zapatistes du Chiapas depuis 1994, que l'histoire doit faire passerelle essentielle pour &#171; r&#233;tablir &#187;, comme le dit l'excellent J&#233;r&#244;me Baschet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Baschet, D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans un m&#234;me mouvement, &#171; m&#233;moire du pass&#233; &#187; et &#171; possibilit&#233; du futur &#187;. Quitte &#224; &#171; regarder en arri&#232;re pour avancer vers l'avant &#187; ou, plus paradoxalement encore, &#224; carr&#233;ment &#171; avancer vers l'arri&#232;re &#187; pour r&#233;sister au &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, comme le proclament les zapatistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous voil&#224; loin des foireux sermons d'une postmodernit&#233; exsangue dont le seul apport aura &#233;t&#233; de jeter les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation aux poubelles de l'histoire. Il est grand temps de les rouvrir. Pour rendre plus respirable notre atmosph&#232;re et cultiver nos anciennes m&#233;moires qui sont, comme disent les zapatistes, autant de combustibles pour pouvoir lutter et esp&#233;rer vaincre cet &#171; &#233;ternel pr&#233;sent &#187; mortif&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Baschet, &lt;i&gt;D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et futurs in&#233;dits&lt;/i&gt;, &#171; L'horizon des possibles &#187;, La D&#233;couverte, 320 p, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Citadelle de la honte</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1170</link>
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		<dc:date>2026-05-11T06:40:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO MALV&#201;SI Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p. Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable P&#233;age Sud (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [Recens&#233; ici]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L186xH300/ill_une-10-6f9db.jpg?1778243745' width='186' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;MALV&#201;SI&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/la_citadelle_de_la_honte_word_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 447.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [&lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article815.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Recens&#233; ici&lt;/a&gt;]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger nucl&#233;aire, rapport &#224; une usine narbonnaise et ses catastrophes humaines, sociales et environnementales. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Outre un style affirm&#233; indiscutable et reconnaissable, il y a chez S&#233;bastien Navarro une mani&#232;re particuli&#232;re de s'engager personnellement dans ses textes et ouvrages. En mouillant sa chemise au sens plein du terme. Par la mise en avant des contradictions, impasses, coups de c&#339;ur, col&#232;res, sursauts qui l'habitent. Une totale implication de son &#171; moi &#187;, en somme. Qu'on se rassure, cela dit, pas d'un &#171; moi &#187; auto-complaisant ou satisfait. Navarro est un inquiet par nature, qui sait se faire, quand la n&#233;cessit&#233; s'impose, inqui&#233;tant inqui&#233;teur. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Tout commence par une pr&#233;sentation du d&#233;j&#224; cit&#233; &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#171; Lucioles de la col&#232;re &#187;, un festival de la &#171; gauche radicale &#187; qui a pris ses habitudes sur un causse pel&#233; du Quercy. L'auteur y va parce qu'il faut bien y aller, cause &#233;ditoriale oblige et en militant, mais sans v&#233;ritable envie. Il s'est cogn&#233;, il est vrai, une longue route sous un cagnard de plomb et conna&#238;t assez bien, pour les avoir fr&#233;quent&#233;es, les ambiances pas toujours fraternelles des lieux alternatifs. L'auteur prend sur lui. Avant de d&#233;velopper son intervention sur l'offensive fluo, il patiente en consultant des d&#233;pliants divers et vari&#233;s, parmi lesquels une brochure &#233;l&#233;gante dont un pictogramme symbolise &#171; une famille rassembl&#233;e sous un immense parapluie color&#233;. Tout en bas &#224; droite, le tr&#232;fle radioactif ench&#226;ss&#233; dans un triangle dont les trois angles sont surlign&#233;s des mentions : &#8220;Areva, Malv&#233;si, Danger&#8221; &#187;. Assez pour que, de loin, sa m&#233;moire s'avive sur cette putain d'usine de Malv&#233;si, mais surtout pour que remonte en lui le souvenir vivace de Nadejda, qui, quelques ann&#233;es plus t&#244;t tenta, malgr&#233; ses r&#233;serves vis-&#224;-vis des &#233;cologistes plan-plan, de l'y impliquer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Par les temps de catastrophes r&#233;p&#233;t&#233;es que nous vivons, et qui finissent toutes par devenir presque &#171; naturelles &#187;, aux dires d'une expertise dominante aussi ignare que galonn&#233;e, il est possible, voire probable, que nos souvenirs ou nos savoirs se soient all&#233;g&#233;s du poids de malheur que repr&#233;senta pour Narbonne et le Minervois l'installation, datant de la fin des ann&#233;es 1950, montant en puissance dans les ann&#233;es 1960-1980 et s'&#233;tendant au d&#233;but des ann&#233;es 2000, de l'usine Orano-Malv&#233;si (Areva-Malv&#233;si apr&#232;s 2018), dont la sp&#233;cialit&#233; est de &#171; purifier &#187; l'uranium pour la fili&#232;re nucl&#233;aire fran&#231;aise, civile et militaire, mais aussi pour des centrales europ&#233;ennes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ainsi que, par une sorte de t&#233;lescopage de m&#233;moire, le Gilet jaune assum&#233; Navarro se persuade de l'intime n&#233;cessit&#233; de revenir sur cette putain d'usine et les ravages environnementaux et humains qu'elle occasionne depuis belle lurette. Partant de l&#224;, la nuit m&#234;me de cette pr&#233;sentation de &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, le narrateur prend la route vers l'oppidum de Montlaur&#232;s qui domine cette usine, celle o&#249;, en d'autres temps, Nadejda avait souhait&#233; qu'il l'accompagn&#226;t. Juste pour voir et comprendre, disait-elle, l'ampleur du dispositif mis en place par les nucl&#233;aristes et le pouvoir. Dans la t&#234;te de l'auteur, un livre-enqu&#234;te se dessinait d&#233;j&#224;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est &#224; partir d'un carnet de Nadejda intitul&#233; &#171; MALVESI &#187; et o&#249; figure une liste de &#171; personnes &#224; contacter &#187; que l'enqu&#234;teur improvis&#233; commence &#224; tirer des fils. Pour une entr&#233;e en mati&#232;re, on peut dire qu'il tombe sur le bon t&#233;moin : Andr&#233;, natif de Carcassonne, docteur en biologie v&#233;g&#233;tale et ancien directeur de recherche en sciences de l'environnement &#224; l'INRA. Retrait&#233;, il habite &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Narbonne. Il conna&#238;t l'histoire de Malv&#233;si depuis ses origines sur le bout des doigts. Elle est pour le moins sal&#233;e : 500 000 tonnes d'uranium ont &#233;t&#233; transform&#233;es et purifi&#233;es depuis la cr&#233;ation du site et un million de tonnes d'acide nitrique concentr&#233; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour ce faire. On retrouve de l'uranium tout autour de Malv&#233;si, ponctue Andr&#233;, mais aussi du protoxyde d'azote, toutes les rivi&#232;res sont pollu&#233;es aux alentours et Narbonne d&#233;tient le record des taux de cancer du poumon en Occitanie. Viva la vida !
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
La force d'&#233;nonciation du &lt;i&gt;Malv&#233;si&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Navarro tient pour beaucoup &#224; la forme d'&#233;criture qu'il a trouv&#233;e &#8211; et qui, au fond, quel que soit le th&#232;me trait&#233;, est presque naturellement la sienne. Nous sommes l&#224; dans une enqu&#234;te faisant polar noir &#233;cologico-m&#233;taphysico-politique. Comme le bonhomme, qui est un savant expert dans ce genre de litt&#233;rature, conna&#238;t bien ses r&#232;gles et ses meilleurs auteurs &#8211; Manchette, notamment &#8211;, il en tire la substantifique moelle pour s'exposer, comme sujet actif d'une enqu&#234;te o&#249;, de d&#233;couverte en d&#233;couverte, il mesure l'&#233;normit&#233; d'une authentique catastrophe humaine, mais aussi, et c'est douloureux, le poids de remords li&#233; &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle il l'avait appr&#233;hend&#233;e du temps o&#249; Nadejda cherchait son soutien et son implication. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est sans doute au croisement des r&#233;voltes et des douleurs qu'elles g&#233;n&#232;rent qu'il faut chercher le ressort de cette qu&#234;te &#233;perdue de v&#233;rit&#233; concr&#232;te et de cette imp&#233;rative n&#233;cessit&#233; de retrouver des t&#233;moins. L'ardeur &#224; la t&#226;che que l'enqu&#234;teur Navarro y met en atteste. Apr&#232;s Andr&#233;, ce sera Herv&#233;, ing&#233;nieur et prof militant &#224; &#171; Sortir du nucl&#233;aire &#187; ; Michel, un travailleur d'Orano-Malv&#233;si, m&#233;cano de son m&#233;tier qui ressentit, &#224; trente-deux ans, le premier sympt&#244;me &#8211; la fatigue &#8211; d'une leuc&#233;mie lympho&#239;de reconnue maladie professionnelle dix ans apr&#232;s et dont il souffre toujours ; des membres de &#171; Transparence des canaux de la Narbonnaise &#187; (TCNA) qui lui donnent l'impression d'&#234;tre enferr&#233;s dans une strat&#233;gie de &#171; dramatisation sans issue &#187; ; Jo&#235;l, un menuisier natif de Narbonne et d&#233;cid&#233; &#224; y rester malgr&#233; son taux d'urine glyphosat&#233;, menuisier et ex-faucheur-volontaire, s'inscrivant dans toutes les luttes contre le Monstre depuis qu'il a vu la digue c&#233;der et d&#233;gueuler toutes ses saloperies sur le jardin de ses amis ; ou encore Ghislaine, install&#233;e malgr&#233; elle en zone Seveso depuis 1999, d&#233;couvrant que les charmantes collines au loin ne sont en r&#233;alit&#233; que des tas de d&#233;chets, t&#233;moin de la m&#234;me catastrophe que Jo&#235;l, et d&#233;cid&#233;e tout autant que lui &#224; ne pas d&#233;serter. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Parmi ces t&#233;moins, Maryse, elle, est un cas hors norme &#8211; &#171; une militante de gauche &#233;colo et antinucl&#233;aire qui phosphorait avec l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#187;, &#233;crit le narrateur. Et, pour le coup, tout le prouve : docteur en physique nucl&#233;aire, la dame, adh&#233;rente &#224; diverses assos &#233;colos, a suivi de tr&#232;s pr&#232;s, en professionnelle qu'elle &#233;tait, la catastrophe de l'usine chimique AZF &#224; Toulouse qui, en 2001, a fait 31 morts et 2 500 bless&#233;s ; en 2019, c'est une quantit&#233; incroyable de chlore qui a failli sauter &#224; la gueule des Rouennais (et au-del&#224;), cons&#233;quence de l'incendie de Lubrizol, usine am&#233;ricaine de lubrifiant automobile de La Grande Paroisse, o&#249; pr&#232;s de 10 000 tonnes de produits chimiques sont parties en fum&#233;es toxiques. Le c&#244;t&#233; paradoxal, pour ne pas dire contradictoire, du personnage de Maryse est touchant. Sa mani&#232;re d'&#234;tre dedans, en travaillant indirectement pour l'industrie nucl&#233;aire, et dehors, en manifestant un soutien, m&#234;me critique, aux militants antinucl&#233;aires locaux la rend globalement insaisissable. En fin de compte, d'une certaine mani&#232;re, elle choisira son camp, si l'on peut dire, en acceptant une proposition du pr&#233;fet de l'Aude de copr&#233;sider un &#171; comit&#233; de suivi des rejets &#187;. Se targuant du soutien de militants antinucl&#233;aires locaux partisans du moindre mal, Maryse a accept&#233; la mission. Quant &#224; se demander, comme le fait le narrateur, si Maryse fut au moins effleur&#233;e par l'id&#233;e que cette proposition politique pouvait relever d'un pi&#232;ge tendu par la firme en gonflant son &#171; capital probit&#233; &#187;, on ne le saura pas. Il est probable cependant que, dans sa communication, Orano-Malv&#233;si a d&#251; se targuer souvent de compter dans ses rangs, comme l'&#233;crit l'auteur, &#171; une scientifique chevronn&#233;e et de surcro&#238;t militante notoirement antinucl&#233;aire &#187;. Telle est l'ampleur des contradictions au sein du peuple. Navarro ne les juge pas, mais il les prend dans les gencives et continue de tourner en rond. &#171; La Citadelle se foutait des col&#232;res et des peurs populaires, &#233;crit-il, c'&#233;tait une grasse douairi&#232;re qui savait son cul ind&#233;tr&#244;nable. &#187; Il y a de cela. La Citadelle animait les controverses en les nourrissant. Une copine plut&#244;t rabrouante, Mona, lui remonte les bretelles : il ne faut pas l&#226;cher, et encore moins quand on a &#233;t&#233; Gilet jaune et occupant de ronds-points. Et de pr&#233;ciser : &#171; La guerre contre le nucl&#233;aire, elle n'est ni de position ni technique. Elle est sociale. &#187; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Navarro nous donne &#224; voir le nucl&#233;aire dans la r&#233;alit&#233; du bourbier quotidien qu'il est. Pro ou anti, le nucl&#233;aire est l&#224; pour un bout de temps, sans solution pour traiter ses d&#233;chets aussi nocifs que durables, ni protocole cr&#233;dible des ing&#233;nieux ing&#233;nieurs pour d&#233;manteler les centrales, m&#234;me trop vieilles &#8211; nous rappelant que &#171; quarante ans apr&#232;s son arr&#234;t, la centrale de Brennilis dans les monts d'Arr&#233;e n'&#233;tait toujours pas d&#233;mantel&#233;e &#187;. &lt;br/
&lt;br/&gt;
Loin des luttes qui s'attaquent spectaculairement aux imposantes centrales avec leur panache de fum&#233;e blanche, &#224; ces petits bijoux techniques de production d'une &#233;nergie d&#233;sormais class&#233;e comme &#171; verte &#187;, ou &#224; la giga-promesse d'enfouissement des d&#233;chets &#224; Bure, l'enqu&#234;teur Navarro d&#233;cale la focale, nous invitant &#224; regarder la for&#234;t et pas seulement l'arbre qui la cache. Malv&#233;si n'est qu'un maillon. Pas une centrale, une usine de retraitement de l'uranium. Et le d&#233;sastre est tout autant ici que l&#224;. &#192; chaque fois que les pollutions ne peuvent plus &#234;tre tues, une nouvelle &#171; solution &#187; ajoute son lot de destruction du pays, de l'eau, du pinard &#8211; longtemps, Malv&#233;si fut le nom d'un domaine viticole &#8211;, de nos corps. &lt;br/
&lt;br/&gt;
L'enqu&#234;te offre aussi en creux une r&#233;flexion sur nos militances : marqu&#233; profond&#233;ment par le vent frais des Gilets jaunes, et pas pr&#234;t &#224; renoncer &#224; ce qui s'y est propos&#233;, c'est avec ce regard qu'il interroge les luttes et dresse ce portrait des oppositions &#224; l'usine. De Nadejda avec sa verve &#233;colo &#224; Ghislaine et le collectif COL.E.R.E &#8211; sigle anarchiquement ponctu&#233; pour signifier Collectif pour l'environnement des riverains &#233;lysiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, de Jo&#235;l et les collectifs d'habitants aux c&#233;g&#233;tistes attach&#233;s aux questions de l'emploi, des lanceurs d'alerte solitaire, experts &#232;s-nuk' ou sant&#233;, aux collectifs r&#233;sign&#233;s s'attachant &#224; la gestion des catastrophes, des tenants des n&#233;gociateurs du oui-mais aux plus radicaux. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#192; la fois mordante et fraternelle, ac&#233;r&#233;e et a&#233;rienne, gouailleuse et stylis&#233;e, la plume de l'ami S&#233;bastien Navarro s'applique &#224; nous faire toucher du regard ce que l'horreur nucl&#233;ariste nous dit de notre &#233;poque, mais aussi de nos l&#226;chet&#233;s, de nos craintes, de nos &#233;garements et de nos col&#232;res infinies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient un peuple vivant &#224; l'&#226;ge du fer entre Cap d'Agde et Leucate, pratiquant l'agriculture et la p&#234;che et commer&#231;ant avec les Ph&#233;niciens, les &#201;trusques et d'autres peuples italiques. Vivant dans des oppida, petites cit&#233;s perch&#233;es, leur capitale &#233;tait l'oppidum de Montlaur&#232;s, si cher &#224; l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Hommage &#224; Jean-Marc Raynaud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;Je viens d'apprendre avec beaucoup de retard le d&#233;c&#232;s de Jean-Marc Raynaud. C'&#233;tait une figure de la F&#233;d&#233;ration anarchiste avec qui il &#233;tait joyeux de partager des moules &#224; l'esclade, de picoler plus que de raison, de d&#233;conner en se coiffant d'un vieux k&#233;pi d'adjudant. Jean-Marc, c'&#233;tait un anar &#224; l'ancienne, un fid&#232;le de Maurice Joyeux, un ath&#233;e anticl&#233;rical au parfum de Troisi&#232;me R&#233;publique. On a beaucoup dit qu'il avait mauvais caract&#232;re. En fait, il avait simplement du caract&#232;re. Pas le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-23.jpg?1778235043' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2814 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/hommage_a_jmf_debry-fg_word.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 432.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je viens d'apprendre avec beaucoup de retard le d&#233;c&#232;s de Jean-Marc Raynaud. C'&#233;tait une figure de la F&#233;d&#233;ration anarchiste avec qui il &#233;tait joyeux de partager des moules &#224; l'esclade, de picoler plus que de raison, de d&#233;conner en se coiffant d'un vieux k&#233;pi d'adjudant. Jean-Marc, c'&#233;tait un anar &#224; l'ancienne, un fid&#232;le de Maurice Joyeux, un ath&#233;e anticl&#233;rical au parfum de Troisi&#232;me R&#233;publique. On a beaucoup dit qu'il avait mauvais caract&#232;re. En fait, il avait simplement du caract&#232;re. Pas le genre &#224; minauder, &#224; jouer de la s&#233;duction. Oui, il avait du caract&#232;re, le bougon, souvent une mine renfrogn&#233;e et aucune complaisance. C'&#233;tait, comme on dit, un caract&#232;re entier qui cachait sa tendresse, trop fragile, derri&#232;re des r&#233;actions parfois caricaturales pour se prot&#233;ger. Il a courageusement publi&#233; le t&#233;moignage d'un universitaire alg&#233;rien qui avait fui la terreur islamiste, ce qui lui valut bien des d&#233;boires dans un certain milieu qui refusait de critiquer l'islam parce que c'&#233;tait &#171; la religion de l'opprim&#233; &#187;. Ni dieu ni ma&#238;tre sans condition de race, de lieu et d'histoire. Les &#201;ditions libertaires qu'il a anim&#233;es, pour ne pas dire tenues &#224; bout de bras (lapsus de dyslexique, j'ai &#233;crit &#171; bar &#187;), &#233;taient &#224; son image, intransigeantes avec les religions, fid&#232;le en amiti&#233; comme l'atteste sa relation avec Benoist Rey et d&#233;sint&#233;ress&#233;e comme celle qu'il maintint avec &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; en cr&#233;ant la collection du m&#234;me nom. S'il avait un c&#244;t&#233; brouillon &#8211; ce qu'on lui a souvent reproch&#233; &#8211;, on ne peut pas lui faire grief d'avoir &#233;t&#233; complaisant, d'avoir cherch&#233; le succ&#232;s et la reconnaissance. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La derni&#232;re fois que je l'ai vu, c'&#233;tait &#224; Paris &#224; l'occasion d'un salon du livre libertaire. Il &#233;tait coiff&#233; d'un b&#233;ret basque, marque de solidarit&#233; &#224; sa fa&#231;on avec les victimes de la r&#233;pression qui frappait alors les militants et sympathisants r&#233;sistants au franquisme de l'ETA. Avec sa grimace refusant le sourire niais et avec, dans son regard, ce m&#233;lange de tendresse triste et d'ironie amus&#233;e, moi avec ma casquette, assis &#224; la terrasse d'un resto, nous faisions si couleur locale d'un autre temps qu'une touriste am&#233;ricaine nous photographia sans vergogne, ce qui nous amusa bien quand ce genre de vulgarit&#233; aurait d&#251; nous faire bondir. On s'est content&#233; de vider notre bouteille. En ce temps-l&#224;, j'&#233;tais encore jeune et fringant et je ne me limitais pas encore. Lui, il ne l&#226;cha rien sur la bouteille. Il tint le plus longtemps qu'il put, fier et provocateur. &#192; bas les cur&#233;s de la nouvelle gauche, &#224; bas la calotte, vive l'anarchie, nom de Dieu, soutien aux viticulteurs, tous bourr&#233;s d&#232;s neuf heures. Tu as bien rempli ta vie, Jean-Marc, tu es parti la t&#234;te haute. Chapeau bas et que ceux qui restent retroussent leurs manches, sacr&#233; voyou au grand c&#339;ur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Triste versant du privil&#232;ge de l'&#226;ge que ces tristes nouvelles qui, presque chaque semaine, annoncent la disparition d'un rire ami, d'une col&#232;re non feinte, d'un courageux zigoto comme, &#224; l'&#233;poque de notre jeunesse, le landerneau libertaire en comptait tant, pour le meilleur et parfois pour le pire. Ils n'&#233;taient pas des saints, pour s&#251;r, mais, jusque dans leurs exc&#232;s, ils &#233;taient g&#233;n&#233;reux et col&#233;riques, tendres et maladroits, intransigeants et affectueux, sans concession et compr&#233;hensifs, de sacr&#233;s gaillards en v&#233;rit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Merci &#224; toi Jean-Marc, pour tout ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En contemplant ma biblioth&#232;que, j'aurai toujours l'image de ton regard p&#233;tillant derri&#232;re le masque du mec qui ne l&#226;che rien de ses passions de jeunesse. Je vais relire Les &#201;gorgeurs et Le cur&#233; Meslier, et bien s&#251;r les livres de la collection &#171; &#192; contretemps &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Salut et fraternit&#233; ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Luc DEBRY&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/ill__tulipe-6f242.jpg?1778235212' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Post-scriptum &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est en 2009 que Jean-Marc Raynaud nous proposa de reprendre en format livre et sous le label des &#201;ditions libertaires &#8211; dont il fut le principal artisan &#8211; des num&#233;ros th&#233;matiques de la revue &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;, alors &#233;dit&#233;e au format papier. &#171; Il m&#233;ritent bien &#231;a ! &#187;, nous avait-il simplement &#233;crit. &#192; vrai dire, cette offre g&#233;n&#233;reuse nous laissa d'autant plus pantois que Jean-Marc nous laissait par ailleurs toute libert&#233; de choix et de d&#233;cision dans la conception de la maquette et de la mise en page, t&#226;che dont se chargea David Doillon. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est dans le cadre de cette fraternelle collaboration que parurent, aux &#201;ditions libertaires, &lt;i&gt;D'une Espagne rouge et noire : entretiens avec Diego Abad de Santill&#225;n, F&#233;lix Carrasquer, Juan Garc&#237;a Oliver et Jos&#233; Peirats&lt;/i&gt;, 236 p., 2009, puis &lt;i&gt;L'&#201;criture et la vie. Trois &#233;crivains de l'&#233;veil libertaire : Stig Dagerman, Georges Navel, Armand Robin&lt;/i&gt;, 334 p., 2011. Enfin, en co&#233;dition cette fois entre Les &#201;ditions libertaires et Nada, &lt;i&gt;Rudolf Rocker ou la libert&#233; par en bas&lt;/i&gt;, 2014, 274 p. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bien des choses ont &#233;t&#233; dites, et m&#234;me &#233;crites, &#224; propos de Jean-Marc Raynaud, de son mauvais caract&#232;re, de ses prises de position et m&#234;me de sa passion pour l'ivresse. Nous, le souvenir qu'il nous en reste, c'est surtout celui d'un compagnon des bons et des mauvais jours toujours pr&#234;t &#224; tendre la main. En anarchiste, c'est-&#224;-dire sans accepter qu'on lui crache dedans. D'o&#249; sa r&#233;putation d'hypocondriaque qui ne le g&#234;nait pas outre mesure, car il savait bien que &#171; les braves gens n'aiment pas que&#8230; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De tout c&#339;ur, dans cette &#233;preuve, avec Thyde, sa compagne, et Bertille, sa fille. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour le collectif &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;,&lt;br/&gt;
Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Landauer, philosophe</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187; Gustav Landauer Scepticisme et mystique (1903) &#9632; GUSTAV LANDAUER Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin. Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Gustav Landauer&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903)&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; GUSTAV LANDAUER&lt;br/&gt;
Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI&lt;br/&gt;
Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, &lt;br/&gt;
Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, &lt;br/&gt;
Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. &lt;br/&gt;
Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. &lt;br/&gt;
Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2811 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/landauer_philosophe.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 484.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
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&lt;p&gt;Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav Landauer (1870-1919) commence peu &#224; peu &#224; nous parvenir dans toute sa profondeur et toute sa complexit&#233;. De ce socialiste libertaire allemand, on ne retenait souvent que le r&#244;le qu'il joua dans l'&#233;ph&#233;m&#232;re R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re et sa mort tragique dans la r&#233;pression sauvage de celle-ci, son assassinat par les soldats des Corps francs dans la cour d'une prison, sans aucune autre forme de proc&#232;s. Pourtant, Landauer fut aussi et surtout une des figures les plus &#233;minentes, m&#234;me si controvers&#233;e, de l'anarchisme, &#224; partir des ann&#233;es 1890 jusqu'aux ann&#233;es de la Grande Guerre, et sans doute une des plus originales. En France, il fut timidement red&#233;couvert, air du temps oblige, dans les ann&#233;es qui suivirent le beau printemps de 1968. Cela &#233;tait d&#251; surtout &#224; l'initiative du courant dit conseilliste, et de ceux qui s'en sentaient proches. D&#233;j&#224;, en avril 1968, les &lt;i&gt;Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils&lt;/i&gt; offraient une traduction par Maximilien Rubel du texte &#171; Les douze articles de la Ligue socialiste &#187; (1908) qui r&#233;sument les principes et les buts de la nouvelle organisation fond&#233;e alors par Landauer aux c&#244;t&#233;s, entre autres, d'Erich M&#252;hsam et de Martin Buber. En 1974, les &#201;ditions Champ libre publiaient une traduction de &lt;i&gt;La R&#233;volution&lt;/i&gt; (1907), ouvrage o&#249; Landauer expose une singuli&#232;re conception de l'histoire, teint&#233;e d'ironie, comme une succession de phases topiques et de phases utopiques. Mais il a fallu attendre le d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour voir un v&#233;ritable regain d'int&#233;r&#234;t pour les &#233;crits de cet anarchiste atypique : publication en 2007 du c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Appel en faveur du socialisme&lt;/i&gt; dans la revue &lt;i&gt;(Dis)continuit&#233;&lt;/i&gt; ; publication en 2008 de &lt;i&gt;La Communaut&#233; par le retrait et autres essais&lt;/i&gt;, puis en 2009 d'Un appel aux po&#232;tes et autres essais, par les &#201;ditions du Sandre ; enfin, en 2014, publication d'un num&#233;ro du bulletin de critique bibliographique &lt;i&gt;&#192; Contretemps&lt;/i&gt; enti&#232;rement consacr&#233; &#224; Landauer, r&#233;&#233;dit&#233; conjointement avec les &#201;ditions de l'&#233;clat en 2018 sous le titre &lt;i&gt;Gustav Landauer, un anarchiste de l'envers&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plus r&#233;cemment, c'est le travail du professeur de philosophie Anatole Lucet qui nous a ouvert un horizon plus large sur la pens&#233;e de Landauer, avec la parution de son ouvrage &lt;i&gt;Communaut&#233; et r&#233;volution chez Gustav Landauer&lt;/i&gt; (Klincksieck, 2023). Traducteur &#233;galement, avec Jean-Christophe Angaut, de l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt; (La Lenteur, 2019), Lucet est parvenu ainsi &#224; mettre une lumi&#232;re nouvelle sur ce penseur dont il faut bien d&#233;sormais reconna&#238;tre la qualit&#233; de philosophe &#224; c&#244;t&#233; de celle de politique. Aussi n'est-ce pas une mauvaise surprise de d&#233;couvrir aujourd'hui que ce soit une revue philosophique &#8211;&#8239;et non la moindre, puisqu'il s'agit des tr&#232;s s&#233;rieux &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, publi&#233;s aux &#233;ditions Vrin&#8239;&#8211; qui vienne lui consacrer un num&#233;ro sp&#233;cial, coordonn&#233; par Anatole Lucet et Mich&#232;le Cohen-Halimi. Car, &#224; la lecture de ce num&#233;ro, nous avons bien l'impression que cette reconsid&#233;ration de l'&#339;uvre de Landauer dans sa dimension philosophique enrichit notre compr&#233;hension de son &#339;uvre politique. Y appara&#238;t &#233;galement tout un ensemble de r&#233;flexions qui nous permet d'entrevoir le lien &#233;troit qui se tisse entre philosophie et politique, lien si n&#233;glig&#233; ordinairement dans les milieux militants, plus emport&#233;s par l'activisme que par le travail intellectuel. C'est avant tout la question de l'esprit qui se pose d&#233;sormais de fa&#231;on urgente, dans notre ici et maintenant, comme elle se posait dans l'&#233;poque v&#233;cue par Landauer. Comme l'&#233;crit Nathalie Chouchan, dans l'&#233;ditorial de ce num&#233;ro des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &#171; les situations &#233;conomiques et politiques auxquelles Landauer a &#233;t&#233; confront&#233; au cours de son existence nous ont &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;es par l'histoire, et elles se r&#233;actualisent sous nos yeux : le danger d'un autoritarisme d'&#201;tat et la menace d'une coalition des autoritarismes, le p&#233;ril des guerres imp&#233;rialistes mondialis&#233;es, la tr&#232;s grande in&#233;galit&#233; de r&#233;partition des propri&#233;t&#233;s et des richesses &#224; l'&#233;chelle nationale et mondiale sont autant de configurations qui, hier comme aujourd'hui, poussent &#224; la recherche d'alternatives politiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; 183, Gustav (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, dans l'optique de cette recherche, n'est-il pas en effet inutile de faire retour sur l'exigence landauerienne d'une mise en action de l'esprit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De ce num&#233;ro, riche en mati&#232;res, des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, il est difficile d'extraire un article qui ne serait d'aucun d'int&#233;r&#234;t. Si je veux mettre l'accent principalement sur trois d'entre eux, c'est seulement pour souligner l'importance qu'il me semble que nous devons accorder &#224; la dimension philosophique de la pens&#233;e de Landauer, et non pour occulter ses autres aspects. Ainsi, je me contenterai de signaler que la revue en question aborde &#233;galement, car difficilement s&#233;parables de la r&#233;flexion philosophique proprement dite, les positions politiques de ce penseur. L'article de Franck Lemonde se penche, avec intelligence et sensibilit&#233;, sur le pacifisme et l'antimilitarisme de Landauer, tout en montrant le dilemme auquel il fut confront&#233; quand surgit l'heure de la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sylvaine Bulle livre des r&#233;flexions f&#233;condes, entre sociologie et philosophie, sur l'actualit&#233; politique de la pens&#233;e de Landauer dans les courants &#233;cologistes et anarchistes actuels, m&#234;me si, parfois, l'influence peut para&#238;tre exag&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En r&#233;ponse &#224; un questionnaire &#233;labor&#233; par Anatole Lucet, Louis Janover nous fait part d'une certaine r&#233;sonance entre le Marx &#171; critique du marxisme &#187;, tel que Rubel l'avait envisag&#233;, et Landauer lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aur&#233;lien Berlan, quant &#224; lui, offre une int&#233;ressante recension de l'ouvrage de Landauer, &lt;i&gt;Coop&#233;ratives et &#233;mancipation&lt;/i&gt;, r&#233;cemment paru aux &#233;ditions Nada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, il faut aussi mentionner la pr&#233;sence de deux textes, in&#233;dits en fran&#231;ais, de Landauer, ainsi qu'un autre, non moins in&#233;dit, de D&#246;blin sur Landauer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans tous ces articles, la philosophie a bien entendu toute sa part, mais n'y appara&#238;t pas r&#233;ellement comme un motif central, plut&#244;t comme la question de ce que la philosophie se r&#233;v&#232;le essentielle pour une politique r&#233;volutionnaire digne de ce nom. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'article qui ouvre ce num&#233;ro sp&#233;cial, Anatole Lucet aborde cette question en montrant comment Landauer avait envisag&#233; son rapport &#224; la philosophie, celle qu'il nommait &#171; ma bien-aim&#233;e de toujours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit tout d'abord d'une passion acquise d&#232;s les ann&#233;es de lyc&#233;e, o&#249; il d&#233;couvre Schopenhauer, Spinoza et Fichte. Une passion qui l'am&#232;ne rapidement &#224; la lecture des auteurs classiques qui lui deviennent familiers, mais aussi de contemporains comme Nietzsche dont l'influence sera de toute premi&#232;re importance pour l'&#233;volution de sa pens&#233;e. Mais cette passion ne se traduit pas chez lui en vocation acad&#233;mique ; on le sait, Landauer, d&#232;s 1892, se tourne r&#233;solument vers les activit&#233;s d'une politique subversive, au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;, un an plus tard, comme &#171; l'agitateur le plus important du mouvement r&#233;volutionnaire radical [...] dans l'Allemagne tout enti&#232;re &#187;, selon un rapport de police. Mais si la philosophie passe d&#233;sormais au second plan dans ses pr&#233;occupations, elle ne le quittera jamais r&#233;ellement. Tout le propos de l'article de Lucet tend &#224; le souligner. Mieux, il met en &#233;vidence le lien ind&#233;fectible entre socialisme et philosophie dans la pens&#233;e de Landauer. En t&#233;moigne un article de 1893 intitul&#233; &#171; La philosophie outrag&#233;e &#187; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e d'un n&#233;cessaire travail d'&#233;veil des consciences pour rendre possible le changement social, &#224; l'encontre de la conception des doctrinaires marxistes du moment qui consid&#232;rent ce changement d&#233;pendant avant tout des &#171; conditions objectives &#187;. Pour eux, &#224; quoi cela peut-il servir de philosopher quand on poss&#232;de d&#233;j&#224; la certitude &#171; scientifique &#187; de la n&#233;cessaire victoire du socialisme dans un avenir plus ou moins proche ? S'y ajoute assur&#233;ment un m&#233;pris assez enracin&#233; envers les activit&#233;s de l'esprit, qui d&#233;passe le milieu proprement marxiste. &#171; C'est donc pour lutter contre cette disposition d'esprit &#233;triqu&#233;e et obtuse qui n'est le propre d'aucune classe sociale &#8211; le &#8220;philistinisme&#8221; &#8211; que Landauer affirme en conclusion de son article, contre tous les adversaires de la pens&#233;e : &#8220;Il faut donc continuer &#224; philosopher &#8211; malgr&#233; tout !&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anatole Lucet, &#171; Trotz alledem ! Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br/&gt;
Certes, on trouve aussi chez Landauer une certaine critique de la philosophie, mais qui se rapporte plut&#244;t &#224; la philosophie comme discours de la raison, donc pr&#233;tendant &#224; la scientificit&#233;. Prise en cette signification, la philosophie ne peut rendre compte de toute la richesse des r&#233;alit&#233;s humaines. Son langage n'atteint pas la qualit&#233; &#233;vocatrice et suggestive de la parole po&#233;tique qui, sans user de concepts, permet &#171; d'exprimer quelque chose du monde que seule l'intuition pouvait jusqu'alors saisir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 18.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette critique de la philosophie se donne ainsi pour t&#226;che d'en montrer les limites : les concepts ne peuvent pas embrasser toute la r&#233;alit&#233;. Mais si, &#171; pour la vie, il faut parfois accepter de &#8220;vivre d'une mani&#232;re non-philosophique&#8221; (Landauer, lettre &#224; F. Mauthner du 8 avril 1902) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 19.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Landauer ne tombe pas pour autant dans un anti-intellectualisme pseudo-romantique, et il faut voir dans sa d&#233;fense de la po&#233;sie l'intuition d'une possible compl&#233;mentarit&#233; de celle-ci avec la philosophie. Plus s&#233;v&#232;re est sa critique de la mis&#232;re philosophique colport&#233;e par ceux de ses contemporains qui se pr&#233;tendent philosophes et qui ne sont, &#224; ses yeux, que de vulgaires beaux parleurs. La philosophie &#171; n'est pas qu'une affaire de posture pour Landauer : elle se doit de r&#233;pondre &#224; un besoin intime et profond, &#224; une v&#233;ritable n&#233;cessit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 20.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il l'&#233;crit dans une lettre &#224; son ami Mauthner, le 28 novembre 1918, &#171; ce n'est pas pour l'&#233;cole que nous avons appris Spinoza, mais pour la vie &#187;. Mais, l&#224; aussi, il faut entendre comment la philosophie est consid&#233;r&#233;e comme une affaire autrement s&#233;rieuse que celle d'un passe-temps pour &#233;rudits. Elle est ce qui donne &#224; chaque individu le pouvoir de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me, pr&#233;alable indispensable &#224; toute &#233;mancipation collective authentique. &#171; Condition n&#233;cessaire au surgissement de nouveaux rapports entre les &#234;tres humains, l'activit&#233; philosophique joue donc un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant pour la mise en action de l'esprit, qui est &#224; la fois esprit singulier et esprit commun. Face &#224; la complexit&#233; du monde &#8211; ce constat est-il moins actuel ? &#8211;, il convient de garder l'intelligibilit&#233; comme boussole. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 26.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sous un autre angle, l'article de Jean-Christophe Angaut ne dit finalement pas autre chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son propos se concentre sur le rapport de Landauer &#224; Hegel. &#192; bien des &#233;gards, celui-ci se traduit par un anti-h&#233;g&#233;lianisme, plut&#244;t dans l'air du temps, issu sans doute de l'influence de la pens&#233;e nietzsch&#233;enne. On devine &#233;galement que cet anti-h&#233;g&#233;lianisme est &#171; peut-&#234;tre d'abord un anti-marxisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Angaut se demande si cela ne doit pas &#233;galement &#171; &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve de r&#233;f&#233;rences positives au &lt;i&gt;jeune h&#233;g&#233;lianisme&lt;/i&gt; qu'on trouve chez Landauer : ce courant constitue-t-il le cha&#238;non manquant entre Hegel et Landauer, permettant d'expliquer certaines proximit&#233;s conceptuelles entre les deux auteurs, ou bien ne doit-on pas se poser &#224; propos des auteurs de ce courant les questions qu'on se pose &#224; propos du rapport de Landauer &#224; l'h&#233;g&#233;lianisme ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et, de fait, Angaut remarque fort justement &#8211; et il me semble que cette remarque pointe en direction d'une r&#233;flexion primordiale &#8211; que Landauer et Hegel ont ceci de commun : &#171; la centralit&#233; qu'occupe dans leurs pens&#233;es respectives la notion d'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, comme il le rappelle, &#171; dans l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, l'esprit est [...] d&#233;sign&#233; comme &#8220;saisie du tout dans un universel vivant, [...] mise en lien (Verbindung) de ce qui est s&#233;par&#233;, des choses, des concepts comme des &#234;tres humains&#8221;, ce qui indique en outre que, comme chez Hegel, il n'est pas seulement de l'ordre de la pens&#233;e mais constitue aussi une structure du r&#233;el. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 30.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'esprit est immanent &#224; la vie, il est &#171; aussi n&#233;cessaire &#224; la vraie pens&#233;e qu'&#224; la vraie vie &#187;, il cr&#233;e &#171; la vie partag&#233;e, la communaut&#233;, l'union et la guilde &#187;, il est &#171; dans la vie de tout ce qui vit, &#224; travers tous les r&#232;gnes de la nature, le lien des liens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ceci ne fait &#233;videmment pas de Landauer un h&#233;g&#233;lien, mais laisse bien poindre que sa critique de Hegel ne se situe pas au niveau de la r&#233;alit&#233; de l'esprit. Il s'agit non d'un pur rejet pol&#233;mique, mais bel et bien d' &#171; un rapport &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; &#224; Hegel, c'est-&#224;-dire d'une d&#233;marche visant &#224; s&#233;parer le bon grain de l'ivraie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
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Angaut d&#233;couvre ainsi une certaine parent&#233; de la pens&#233;e landauerienne avec la critique op&#233;r&#233;e par quelques jeunes-h&#233;g&#233;liens comme Cieszkowski, Hess, ou encore Bakounine, qui reprochaient surtout &#224; Hegel son th&#233;oricisme, eux se tournant plut&#244;t vers une philosophie de la pratique. On s'&#233;tonne qu'Angaut ne mentionne pas ici la critique du jeune Marx. Mais l'important est qu'il saisit le mouvement de pens&#233;e de Landauer dans cette lign&#233;e. C'est l'aspect contemplatif de la pens&#233;e h&#233;g&#233;lienne qui y est particuli&#232;rement vis&#233;, aspect qui se rattache pour Landauer &#224; un type qui &#171; consiste &#224; vouloir une chose avec une telle intensit&#233; qu'on ne parvient pas &#224; se r&#233;soudre au fait qu'elle ne se trouve pas dans la r&#233;alit&#233; effective, et d&#232;s lors &#224; voir dans cette derni&#232;re la r&#233;alisation de ce qu'on voudrait voir advenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 35.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi est-ce moins le contenu de l'id&#233;al h&#233;g&#233;lien &#8211; la r&#233;alisation de la libert&#233; dans l'histoire &#8211; qui est critiqu&#233; qu'une forme sp&#233;cifique du penser h&#233;g&#233;lien qui plaque sur la r&#233;alit&#233;, dans un tour de passe-passe dialectique, l'absoluit&#233; abstraite des concepts. Landauer peut appr&#233;cier en Hegel le penseur de la transformation, du devenir, mais il ne le rejoint pas dans sa philosophie de l'histoire. &#171; Quand ce dernier veut voir dans la r&#233;volution un moment d'&#233;dification de la r&#233;alit&#233; effective &#224; partir de la pens&#233;e, le premier sait bien que l'entendement aventureux qui cherche &#224; porter l'utopie &#224; la vie se heurtera &#224; la r&#233;sistance de cette m&#234;me r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 34.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette &#171; h&#233;g&#233;lerie &#187; que Landauer attaque violemment chez les marxistes, cette &#171; tentative de plaquer sur l'histoire un sch&#233;ma dialectique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 39.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Landauer d&#233;c&#232;le ainsi dans leur d&#233;terminisme historique, venue en droite ligne de l'h&#233;g&#233;lianisme qui a inspir&#233; le marxisme, un aveuglement devant la r&#233;alit&#233; effective de l'histoire pr&#233;sente. Il n'adh&#232;re pas &#224; cette foi en la mission r&#233;demptrice du prol&#233;tariat. Pour lui, ce n'est pas en tant que prol&#233;taires, en tant que victimes universelles, que les &#234;tres humains voudront renverser le capitalisme. C'est encore moins dans l'attente des conditions objectives qu'il sera renvers&#233;. Pour Landauer, on le voit, la critique porte sur l'illusion v&#233;hicul&#233;e par l'h&#233;ritage de la philosophie h&#233;g&#233;lienne de l'histoire et sur la passivit&#233; contemplative devant l'&#233;volution historique qui en d&#233;coule. La philosophie de Landauer &#8211; car, dans cette critique, il s'agit bien encore de philosopher &#8211; d&#233;veloppe, au contraire, un horizon pratique qu'il nomme socialisme, c'est-&#224;-dire, selon lui, &#171; un effort pour cr&#233;er une nouvelle r&#233;alit&#233; &#224; l'aide d'un id&#233;al &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, op. cit., p. 29.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et un effort qu'il con&#231;oit toujours comme ancr&#233; dans le pr&#233;sent. Je reviendrai en conclusion sur cet aspect de la question.&lt;br/&gt;
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Dans l'article de Jacques Le Rider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, germaniste renomm&#233;, le rapport entre philosophie et politique r&#233;volutionnaire est appr&#233;hend&#233; &#224; partir d'une lecture de l'essai de Landauer, encore in&#233;dit en fran&#231;ais, &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903). On est ici introduit &#224; la part de la pens&#233;e landauerienne peut-&#234;tre la moins comprise et la plus ignor&#233;e, celle qui surprend le plus : sa composante mystique. Elle constitue pourtant, &#224; mon avis, le c&#339;ur m&#234;me de la philosophie de Landauer, un c&#339;ur battant. Le Rider montre, dans un premier temps, comment la mystique, chez Landauer, est li&#233;e &#224; la critique du langage qu'il d&#233;veloppe avec son ami Fritz Mauthner. Aidant celui-ci dans la r&#233;daction de son ouvrage &lt;i&gt;Contributions &#224; une critique du langage&lt;/i&gt; (1901-1902), Landauer l'encourage &#224; compl&#233;ter les passages entre mystique et scepticisme linguistique et traduit pour lui en allemand moderne des extraits de l'&#339;uvre de Ma&#238;tre Eckhart, duquel il dira, dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; : &#171; On a rarement exprim&#233; l'inexprimable avec autant de beaut&#233; et de v&#233;rit&#233; &#187;. Pour Mauthner, le langage ne signifie pas la r&#233;alit&#233; et obstrue m&#234;me toute voie pour la conna&#238;tre. &#171; Penser n'est que parler, affirme-t-il [...] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 58.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le silence se r&#233;v&#232;le sup&#233;rieur &#224; toute parole, aper&#231;ue comme simple verbiage. Dans ce scepticisme linguistique radical, la mystique est per&#231;ue comme &#171; l'id&#233;al d'une possible connaissance intuitive non conceptuelle du r&#233;el &#187;, comme une &#171; saisie non langagi&#232;re du r&#233;el, [que] Landauer (...) appelle &#8220;mystique sans Dieu&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 59.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la po&#233;sie, v&#233;ritable &#171; art du mot &#187;, trouve gr&#226;ce aux yeux de Mauthner. Mais, bien qu'approuvant dans l'ensemble cette critique du langage, Landauer &#171; ne se contente pas de la conclusion r&#233;sign&#233;e de Mauthner qui se r&#233;fugie dans le silence et ne pr&#234;te plus foi qu'&#224; la parole des po&#232;tes. Il tient &#224; mettre la critique du langage au service de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la parole politique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 60.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt;, il expose sa propre interpr&#233;tation de l'exp&#233;rience mystique &#8211; que Mauthner ne voit que de fa&#231;on somme toute assez banale comme ce qui &#233;loigne de la soci&#233;t&#233; &#8211;, comme l'exp&#233;rience qui, le lib&#233;rant de l'emprise du langage et des institutions sociales dominantes, r&#233;tablit l'unit&#233; v&#233;ritable de l'individu et du monde &#8211; monde entendu comme monde naturel et social tout &#224; la fois &#8211;, qui lui permet de retrouver au fond de lui-m&#234;me le r&#233;el esprit de la communaut&#233;. Cette relation &#233;tablie entre l'exp&#233;rience la plus int&#233;rieure et l'exp&#233;rience m&#234;me du monde m'appara&#238;t comme l'apport le plus original de Landauer &#224; une compr&#233;hension renouvel&#233;e de la politique r&#233;volutionnaire, comme la compr&#233;hension que la transformation du monde est ins&#233;parable de ce travail sur soi ouvert aux r&#233;alit&#233;s de l'esprit. &lt;br/&gt;
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Le Rider saisit parfaitement que cette dimension mystique de la pens&#233;e de Landauer l'oriente vers un romantisme r&#233;volutionnaire, assez proche de celui de son ami Buber, o&#249; la parole po&#233;tique est &#233;rig&#233;e en v&#233;ritable inspiratrice de la r&#233;volution. Il &#233;voque en ce sens le texte embl&#233;matique de l'&lt;i&gt;Appel aux po&#232;tes&lt;/i&gt; d'octobre 1918, parmi tant d'autres exemples. Mais il insiste aussi sur ce qu'il peut y avoir de probl&#233;matique dans cet &#233;lan romantique. Il remarque qu'&#224; partir de 1918 Landauer &#171; semble [...] oublier les pr&#233;ceptes de &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; et se griser de mots comme &#8220;esprit&#8221; et &#8220;r&#233;volution&#8221; sans vraiment en pr&#233;ciser le sens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 68.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il consid&#232;re &#233;galement, non sans raison, qu'il &#171; fait un usage intensif de la notion de &lt;i&gt;Geist&lt;/i&gt;, qu'Anatole Lucet appelle &#224; juste titre &#8220;un concept fuyant&#8221;, sans qu'on puisse la traduire autrement que par &#8220;esprit&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 66.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Emport&#233; dans l'&#233;lan de la r&#233;volution, Landauer se lance dans des harangues au peuple qui entrent en contradiction avec ses premi&#232;res conceptions de &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration anti-rh&#233;torique du langage &#187;, dans des discours &#224; la teneur messianique dans lesquels on reconna&#238;t difficilement son pacifisme originel. D'o&#249; la conclusion am&#232;re de Le Rider qui insiste plut&#244;t sur l'&#233;chec du projet utopique de Landauer : &#171; Landauer s'est toujours d&#233;fi&#233; de ce qu'il appelle les r&#233;volutions d'&#201;tat, estimant qu'il n'est pas possible de parvenir &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la soci&#233;t&#233; par une r&#233;volution politique et fondant ses espoirs sur la constitution d'un r&#233;seau de petites structures autonomes. Au d&#233;but du mouvement r&#233;volutionnaire de Munich, il a con&#231;u les conseils ouvriers sur ce mod&#232;le. Cette vision &#233;tait incompatible avec la doctrine bolchevique d&#233;fendue par Levin&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 69.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
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En effet, toute la philosophie de Landauer para&#238;t incompatible, non seulement avec cette doctrine, mais surtout avec toute esp&#232;ce de doctrine. N'est-ce pas, apr&#232;s tout, le propre de toute pens&#233;e r&#233;pondant aux exigences de l'activit&#233; philosophique ? C'est pourquoi il est vain de chercher &#224; savoir s'il s'agit, en ce cas, d'un &#233;chec ou non. Car en ayant mis l'accent, avec tant d'insistance, sur les choses de l'esprit, Landauer a ouvert un chemin qui ne s'est pas referm&#233; en impasse, contrairement aux apparences que nous d&#233;livrent les faits de notre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; historique. Cette notion d'Esprit qui parcourt l'ensemble de ses r&#233;flexions est celle qui alimente en v&#233;rit&#233; l'exp&#233;rience m&#234;me du monde. Il n'y a pas de monde r&#233;ellement humain sans esprit. Ce serait plut&#244;t son absence qui le conduit &#224; sa d&#233;composition. Et c'est l'entretien de sa pr&#233;sence qui autorise l'&#233;laboration d'un autre monde que celui-ci, si tant est que l'on peut encore le d&#233;finir comme monde. Sur ce point, il convient de saisir encore une fois que le socialisme, tel que l'entendait Landauer, est et n'est pas une utopie. Il l'est comme souffle inspirateur, comme esprit animant nos actes. Il ne l'est pas comme volont&#233; pratique qui peut toujours se r&#233;aliser, quelle que soit l'&#233;poque. On retrouve cette compr&#233;hension romantique-r&#233;volutionnaire chez un penseur comme Ernst Bloch, pour qui l'influence de Landauer fut d&#233;terminante. Pour Bloch &#233;galement, exp&#233;rience int&#233;rieure et exp&#233;rience du monde ne sont qu'une seule et m&#234;me aventure. Pour Bloch de m&#234;me, l'esprit de l'utopie, qu'il affinera en &#171; principe esp&#233;rance &#187;, est l'aliment essentiel de la pratique r&#233;volutionnaire et la philosophie demeure l'activit&#233; n&#233;cessaire &#224; la concr&#233;tisation du projet utopique, prenant en compte la r&#233;alit&#233; effective avec toutes ses latences. Enfin, pour Landauer comme pour Bloch, la philosophie est &#224; la fois &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;, op&#233;ration mystique, et &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;, op&#233;ration politique. Pour l'un comme pour l'autre, la philosophie est essentiellement pratique, v&#233;cue comme pratique et tourn&#233;e vers la pratique. Ce qui les rapproche assez des intuitions du jeune Marx. Comme quoi il n'est peut-&#234;tre pas inutile de continuer &#224; philosopher en romantique. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Pascal DUMONTIER&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Avril 2026&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, Gustav Landauer, 4e trimestre 2025, Vrin, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 43-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome contemporaine au prisme de la pens&#233;e de Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.99-113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 95-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.115-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#187; (1895) ; Gustav Landauer, &#171; Un dernier reste d'H&#233;g&#233;lerie &#187; (1899) ; Alfred D&#246;blin, &#171; Landauer &#187; (1919), &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 71-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de l'anti-h&#233;g&#233;lianisme de Gustav Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.27-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 57-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Viva Amexica !</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD La T&#234;te dans le mur Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan Lux, 2026, 304 p. Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg?1777828812' width='500' height='875' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur &lt;br/&gt;
Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Lux, 2026, 304 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des asserment&#233;s sur&#233;quip&#233;s poissent des gueules d'arabe rue Foch. Le copain hallucine. Bienvenu &#224; Perpigang, ami L&#233;mi ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans quelques minutes, &#201;milien Bernard et moi devons nous livrer au jeu de la pr&#233;sentation crois&#233;e de nos ouvrages respectifs : lui pour sa vir&#233;e le long du mur am&#233;ricano-mexicain, moi pour ma galerie de portraits d'opposants &#224; une usine de purification d'uranium. Les sujets de nos bouquins sont disjoints mais frangine est notre &#233;criture : des r&#233;cits &#171; gonzo &#187; o&#249; le &#171; je &#187; du narrateur ne s'efface pas derri&#232;re un &#233;vanescent surplomb mais se mue en un enjeu litt&#233;raire, psychologique et politique. Plus m&#234;me : o&#249; le &#171; je &#187; est malmen&#233;, moqu&#233;, somm&#233; d'avancer sur un fil au-dessus de sa possible perdition. Plut&#244;t z&#233;ros que h&#233;ros, nos alter ego sont farcis d'&#233;tats d'&#226;me et se trouvent toujours trop petits par rapport aux intr&#233;pides qu'ils croisent. &#201;milien et moi aimons le mot humilit&#233;. Ce n'est pas une posture, juste un rapport sensible aux situations dans lesquelles on se retrouve &#8211; parfois malgr&#233; nous &#8211; embarqu&#233;s : art du doute et de la prudence. &#201;milien vient des rangs du journalisme autonome (celui qui souffle sur les braises), moi de la p&#233;pini&#232;re c&#233;n&#233;tiste ; avec l'&#226;ge et la bouteille (au propre comme au figur&#233; parfois) nous nous retrouvons : distants des scl&#233;roses id&#233;ologiques, assomm&#233;s par le retour des furies autoritaires, attentifs au trac&#233; des l&#233;zardes qui, fort heureusement, travaillent le granit des fatalismes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On se demande ce qui obs&#232;de &#201;milien : les limites ou les fronti&#232;res ? Ou bien un enchev&#234;trement des deux ? Il y a deux ans le journaliste-&#233;crivain publiait &lt;i&gt;Forteresse Europe&lt;/i&gt; (Lux, 2024). Lampedusa, Calais, Serbie, Maroc : le camarade nous plongeait dans cette g&#233;opolitique du pire et du chiffre, dans ces centres n&#233;vralgiques o&#249; les surnum&#233;raires de la plan&#232;te &#233;chouent en qu&#234;te d'un avenir meilleur. &lt;i&gt;Sapiens&lt;/i&gt; a toujours &#233;t&#233; ainsi : quand son biotope lui devient hostile ou insupportable, il va voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Question de survie et de temp&#233;rament. Vue depuis notre apog&#233;e civilisationnelle, la libert&#233; de circulation, soit le simple fait de partager un bout de cro&#251;te terrestre avec nos semblables, est pass&#233;e du statut de v&#233;rit&#233; anthropologique &#224; celui de terreur obsidionale. Une pathologie sociale patiemment construite par le ch&#339;ur martelant des diff&#233;rentes juntes m&#233;diatico-politiques. L'affaire est vieille. Il y a pile un si&#232;cle paraissait &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Das Totenschiff&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Traven, Le Vaisseau des morts, La D&#233;couverte, 2004.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'insaisissable B. Traven. Roman magistral qui s'ouvre par la valse d'un apatride entre nations europ&#233;ennes : &#171; En ces temps de d&#233;mocratie achev&#233;e, l'h&#233;r&#233;tique, c'est le sans-passeport, l'individu qui n'a donc pas le droit de vote. &#192; chaque &#233;poque ses h&#233;r&#233;tiques, &#224; chaque &#233;poque son Inquisition. Aujourd'hui le passeport, le visa, l'anath&#232;me dont est frapp&#233;e l'immigration. &#187; 1926, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;-2026, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; semble in&#233;puisable. Stock sans fond de boucs &#233;missaires dans lesquels les dirigeants n'h&#233;sitent pas &#224; puiser pour exciter les basses pulsions de leur &#233;lectorat &#8211; ce n'est pas au lectorat d'&lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; qu'on va apprendre la musique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Apr&#232;s l'Europe, &#201;milien Bernard s'est mis en t&#234;te de parcourir la fronti&#232;re am&#233;ricano-mexicaine du Pacifique &#224; l'Atlantique. Un peu plus de 3 000 kilom&#232;tres, de San Diego (Californie) &#224; Brownsville (Texas) c&#244;t&#233; bouffeur de hamburgers ; de leur ville miroir mexicaine Tijuana (&#201;tat de Baja California) &#224; Matamoros (&#201;tat du Tamaulipas). &#201;milien ne chemine pas seul, il est accompagn&#233; d'Alicia, vid&#233;aste aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e et &#233;nerv&#233;e que lui. Nous sommes &#224; l'automne 2024. Pour quelques semaines encore Joseph Robinette Biden reste le 46e pr&#233;sident des USA. Mais en face, l'agent orange d&#233;cha&#238;ne ses ambitions et promet son retour. Au titre de ses fixettes parano&#239;aques : finir le mur, prot&#233;ger l'Am&#233;rique de l'invasion. Lors du premier mandat trumpien (2017-2021), le milliardaire emperruqu&#233; avait promis de prolonger la barri&#232;re sur 1 600 kilom&#232;tres et de faire raquer le Mexique. Au final, &#171; seuls &#187; 727 kilom&#232;tres ont &#233;t&#233; construits et le voisin hispanophone n'a rien d&#233;bours&#233;. La saison 2 trumpienne s'hyst&#233;rise selon le m&#234;me tropisme x&#233;nophobe : prot&#233;ger le peuple &#233;lu des hordes latinos venues bouffer le pain mou et blanc am&#233;ricain. Et le boss de la boulange US de recycler son cri de ralliement : &lt;i&gt;Make America great once again !&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Zombies du fentanyl&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#199;a commence &#224; San Diego et &#231;a commence plut&#244;t glauque : la &#171; Mecque du surf &#187; est une &#171; ville malade &#187;. &#201;milien et Alicia d&#233;couvrent des &#171; junkies tra&#238;nant leurs affaires dans des caddies rouill&#233;s, hagards comme des zombies, paum&#233;s parmi les zombies &#187;. Les shoot&#233;s au fentanyl errent et se grattent, certains coins de la ville californienne ressemblent &#224; des enclaves asilaires avec ces cam&#233;s grattant un bout de trottoir jusqu'&#224; se faire sauter les ongles ou d'autres faisant &#171; le derviche tourneur sur un terrain vague jusqu'&#224; en vomir ! &#187; &#201;milien observe, &#201;milien d&#233;crit. On l'imagine sur place, ahuri, notant dans son carnet, s'interdisant la moindre image car la tenue morale a ses exigences et on n'est pas au zoo. De fait, le c&#339;ur pourri du r&#234;ve am&#233;ricain palpite &#224; travers le corps de ses supplici&#233;s. Les migrants, entass&#233;s dans des centres de r&#233;tention ou dont la carcasse noircit dans un bout de d&#233;sert oubli&#233;, sont une autre d&#233;clinaison du m&#234;me paradigme : mort aux pauvres ! Toujours et encore. La loi est vieille comme H&#233;rode, le pr&#233;sent d&#233;j&#224; bourr&#233; de drones et de flics charg&#233;s de faire le tri. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le fait que la compagne de vadrouille d'&#201;milien s'appelle Alicia n'est pas un hasard ; son pr&#233;nom d'emprunt signale la tr&#232;s ancienne passion de l'auteur pour &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; de Lewis Carroll. Dans cette suite d'&lt;i&gt;Alice au pays des Merveilles&lt;/i&gt;, Carroll campe le personnage Gros Coco (&lt;i&gt;Humpty Dumpty&lt;/i&gt;) en une &#171; sorte d'&#339;uf &#224; triste figure, sur lequel on aurait coll&#233; des jambes maigrelettes, des bras et un costume. Quand Alice le rencontre, il est perch&#233; sur le fa&#238;te d'un patibulaire mur de brique et n'entend pas en descendre. De l&#224;-haut, il surplombe, domine, juge, admoneste. [&#8230;] &#8220;Quand moi, j'emploie un mot [&#8230;], il veut dire exactement ce qu'il me pla&#238;t qu'il veuille dire&#8230; ni plus ni moins.&#8221; &#187; Et &#201;milien de conclure : &#171; Oui, si je devais comparer Donald Trump &#224; un personnage de fiction, ce serait sans conteste lui que je choisirais. Son &#8220;&#233;norme figure&#8221;. Son positionnement en haut d'un &#8220;mur tr&#232;s haut&#8221; qu'il ne veut pas quitter. Et surtout sa rh&#233;torique agressive et &#233;chevel&#233;e, o&#249; l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; n'importe plus &#8211; &#8220;la question est de savoir qui sera le ma&#238;tre, un point c'est tout&#8221; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour arriver c&#244;t&#233; mexicain, &#201;milien et Alicia passent la fronti&#232;re &#224; San Ysidro. Ainsi se dessine la trame de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; : ne pas seulement suivre la muraille (ce &#171; monstre de m&#233;tal &#187;) mais la traverser, jouer au saute-fronti&#232;re, &#224; l'image d'une aiguille tentant de coudre une infernale balafre, relier des points comme on retisse une communaut&#233;. C'est que le mur, avant d'&#234;tre une entrave &#224; la libert&#233; de circuler, est une insulte faite aux &#233;changes entre les deux nations, &#224; cette &#171; Amexique &#187; informelle et bien r&#233;elle, forc&#233;ment m&#233;tiss&#233;e, qui se fout des oukases fascisants et des agitations identitaires. Telle Paloma crois&#233;e &#224; San Diego qui, bien que d'origine mexicaine, se consid&#232;re avant tout comme &#171; frontali&#232;re &#187;, bilingue et refusant de subir une quelconque assignation culturelle : &#171; Et c'est justement cette dualit&#233; qu'affecte le mur, qui d&#233;truit tout, note-t-elle, des communaut&#233;s &#224; la nature environnante. &#187; Ils ne sont pas rares les &lt;i&gt;clandestinos&lt;/i&gt; &#224; &#234;tre pass&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; et &#224; ne pas avoir oubli&#233; d'o&#249; ils viennent. &#192; continuer de filer un coup de main &#224; leurs frangines et frangins pris dans les rets des mafias et des polices administratives. &#192; dire l'enfer travers&#233; : le d&#233;sert, les cartels, les flics, la faim, la soif, les piq&#251;res de scorpion ou les morsures de serpent. &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est surtout cela : une suite de portraits, modestes et tenaces, petites mains du quotidien venues se frotter &#224; l'ombre du mur, offrant de la flotte et des barres &#233;nerg&#233;tiques, une pr&#233;sence et un abri pour quelques heures, des conseils (toujours dire aux chiens de la &lt;i&gt;Border Patrol&lt;/i&gt; que si vous avez fui c'est que votre vie est gravement menac&#233;e &#8211; malgr&#233; cela, rares sont celles et ceux qui pourront pr&#233;tendre &#224; un titre de s&#233;jour). Charit&#233; d'inspiration religieuse, solidarit&#233; d'inspiration politique, au fond on se foutrait presque de l'&#233;tiquette tant ce qui survit d'humain dans cet espace d&#233;shumanis&#233; appara&#238;t pr&#233;cieux, r&#233;servoir d'esp&#233;rance face aux coups de menton imp&#233;rialistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mourir dans le d&#233;sert&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; Tijuana, on fait la connaissance de Salina, &#171; sorte de vigie pirate &#187; qui tient avec d'autres amis &#171; le meilleur &#8220;refuge&#8221; pour gauchistes en maraude : l'Enclave Caracol &#187;. &#192; San Diego, on croise Jim, prof d'espagnol qui &#171; consacre tout son temps libre au Friendship Park Collective et &#224; l'entretien des v&#233;g&#233;taux rachitiques qui longent le mur sur quelques centaines de m&#232;tres &#187; ; &#224; Tucson, c'est la journaliste Melissa del Bosque, coanimatrice du site &lt;i&gt;The Border Chronicle&lt;/i&gt;, qui met les points sur les &#171; i &#187; : les progressistes &#224; la sauce Biden ont tout mis&#233; sur un high-tech propre et discret pour fliquer la fronti&#232;re avec comme r&#233;sultat de pousser les migrants &#224; emprunter des voies toujours plus dangereuses. Le r&#233;sultat ne s'est pas fait attendre, on cr&#232;ve de plus en plus pour atteindre l'&lt;i&gt;Eldorado americano&lt;/i&gt; : &#171; Melissa cite un chiffre saisissant : 523 morts ou disparus ont &#233;t&#233; comptabilis&#233;s &#224; la fronti&#232;re en 2024, ce qui en fait l'itin&#233;raire migratoire terrestre le plus meurtrier du monde. &#187; De fait, le d&#233;sert tue. Celui de Sonora &#224; l'ouest, celui de Chihuahua &#224; l'est o&#249; le mur n'a m&#234;me plus besoin d'exister puisque le sable, la caillasse et un cagnard torride suffisent &#224; venir &#224; bout des ardeurs nomades. De fait, c'est quand le mur s'absente, quand sa carcasse longiligne laisse appara&#238;tre d'&#233;tonnantes trou&#233;es qu'il se r&#233;v&#232;le &#234;tre le plus venimeux. &#171; R&#233;currents tout le long du dispositif frontalier, ces &#8220;trous&#8221; d&#233;stabilisent, constate &#201;milien. Mais ils ob&#233;issent &#224; une logique : c'est l&#224; o&#249; ils apparaissent que les conditions de passage sont les plus dangereuses &#8211; en l'occurrence, quatre ou cinq jours de marche dans un d&#233;sert. De sorte qu'on peut voir ces interruptions de forteresse comme un pi&#232;ge, l'&#233;quivalent de ces lumi&#232;res que font pendouiller devant leurs m&#226;choires ultra-dentues certains poissons des abysses oc&#233;aniques &#8211; venez, c'est chaleureux ; puis &lt;i&gt;couic&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En &#233;crivant &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, &#201;milien avait un plan d'attaque pr&#233;cis, une ligne g&#233;ographique plein Est &#224; respecter. Bien &#233;videmment, le r&#233;cit offrira son lot de surprises, de moments barr&#233;s comme la visite d'un mus&#233;e des horreurs d&#233;di&#233; &#224; la police des fronti&#232;res ou la participation &#224; un meeting de Trump &#224; Albuquerque. D&#233;barqu&#233; d'un Boeing pour un speech d'une heure, le milliardaire mart&#232;le ses habituels slogans, tandis que des &#233;crans g&#233;ants dupliquent en XXL sa face matoise : &#171; Il faut voir un discours de Trump en entier pour comprendre &#224; quel point sa rh&#233;torique est pauvre et r&#233;p&#233;titive. Rien d'une machine de guerre oratoire, plut&#244;t un moulin &#224; paroles accoupl&#233; &#224; un disque ray&#233; &#187;, observe l'auteur de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;. Quant &#224; la foule de ses soutiens, elle se partage entre allum&#233;s pour qui les d&#233;mocrates &#171; sont menteurs, fourbes et tuent des b&#233;b&#233;s &#187;, d&#233;class&#233;s du miracle am&#233;ricain, cow-boys assoiff&#233;s d'ordre et figurants de seconde zone piquant un roupillon sur leur chaise. Au-del&#224; de cette sociologie de l'extr&#234;me, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est aussi exercice d'introspection d'un auteur qui n'h&#233;site pas &#224; exprimer le poids de sa m&#233;lancolie et de ses addictions : &#171; Depuis quelques mois, je patauge &#224; gros sabots dans une d&#233;pression peu folichonne. S'y m&#234;le chimie neuronale en berne, gestion hasardeuse de ma pharmacop&#233;e, m&#233;moire &#224; court terme s&#233;v&#232;rement &#233;br&#233;ch&#233;e, sensation lancinante d'impuissance politique et c&#339;ur bris&#233;. &#187; Rassurons son lectorat, lors de notre commune prestation, celui qui se moque de porter haut l'art du &#171; journalisme &#224; flasque &#187;, a prouv&#233; qu'il en avait encore sous ses semelles de vent. Contrairement &#224; ce que laisse entendre le sous-titre du livre, la d&#233;route est salvatrice quand elle s'&#233;loigne de la route o&#249; s'agglutinent le vil, le veule et le bern&#233; et qu'elle garde le cap de notre commune humanit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L167xH163/ill_fin_desert_seule-0fdeb.jpg?1777829033' width='167' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Traven, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Persistance de l'utopie</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;&#9632; Recueilli par Sophie Wahnich, historienne de la R&#233;volution fran&#231;aise, cet entretien avec Miguel Abensour (1939-2017) fut originellement publi&#233; dans la revue Vacarme &#224; l'automne 2010. Outre la pertinence et la qualit&#233; des propos de son auteur sur l'utopie et sa permanence, il nous a sembl&#233; que certains des &#233;claircissements qu'il apporte &#8211; notamment sur le &#171; pessimisme &#187; et sa n&#233;cessaire &#171; organisation &#187; &#8211; justifiaient &#224; eux seuls une remise en circulation de cet entretien qui fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-10.jpg?1777755962' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; Recueilli par Sophie Wahnich, historienne de la R&#233;volution fran&#231;aise, cet entretien avec Miguel Abensour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Miguel Abensour, voir &#171; Les guerres d'Abensour &#187; (Freddy Gomez) et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1939-2017) fut originellement publi&#233; dans la revue Vacarme &#224; l'automne 2010. Outre la pertinence et la qualit&#233; des propos de son auteur sur l'utopie et sa permanence, il nous a sembl&#233; que certains des &#233;claircissements qu'il apporte &#8211; notamment sur le &#171; pessimisme &#187; et sa n&#233;cessaire &#171; organisation &#187; &#8211; justifiaient &#224; eux seuls une remise en circulation de cet entretien qui fait &#233;tonnement &#233;cho avec les temps d&#233;sastreux que nous vivons. Bonne lecture ! &#8211; &lt;i&gt;&#192; contretemps.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-112-00f58.jpg?1777827802' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Avant d'&#234;tre orient&#233;e vers le futur, l'utopie &#233;tait &#233;chapp&#233;e mentale dans un hors-lieu. En faire un r&#234;ve vers l'avant oblige &#224; penser le devenir historique en accordant une place centrale &#224; l'imaginaire politique. L'utopie devient la po&#233;sie de l'avenir, n&#233;cessaire pour faire advenir un monde tout autre. Ces trente derni&#232;res ann&#233;es ont vu une disqualification de l'utopie. Pouvez-vous revenir sur cette conjoncture ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Vous parlez des trente derni&#232;res ann&#233;es, mais si l'on doit faire une chronologie, l'utopie a &#233;t&#233; affect&#233;e n&#233;gativement d&#232;s les ann&#233;es 1950, de par l'association &#224; la notion de totalitarisme. En 1989, on n'a fait que reprendre ce qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;. En v&#233;rit&#233;, il faut remonter loin en amont pour comprendre comment, dans les ann&#233;es 1840, s'est invent&#233;e, face &#224; la floraison utopique et contre elle, une haine de l'utopie. &#192; nous de voir comment l'identification plus qu'abusive de l'utopie au totalitarisme est venue se greffer sur un rejet plus ancien. Des ouvrages comme &lt;i&gt;&#201;tudes sur les r&#233;formateurs ou socialistes modernes&lt;/i&gt; de Louis Reybaud (1843) ou comme &lt;i&gt;Histoire du communisme&lt;/i&gt; d'Alfred Sudre (1849) sont tr&#232;s r&#233;v&#233;lateurs. Ils sont comme une pr&#233;face &#224; la r&#233;pression qui va s'abattre sur l'insurrection ouvri&#232;re de juin 1848. Sudre d&#233;clare, sans vergogne : &#171; Je pose la plume pour prendre le fusil. &#187; Pour lui, il s'agit d&#233;sormais d'an&#233;antir les communistes, cab&#233;tistes ou mat&#233;rialistes. C'est donc dans le climat violent et meurtrier de 1848 que na&#238;t la haine de l'utopie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cette haine resurgit au XXe si&#232;cle &#224; partir d'un magma de confusions et de distorsions id&#233;ologiques. Contrairement &#224; ce que soutient la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, la critique du totalitarisme n'est pas &#224; l'origine d'inspiration lib&#233;rale. Cette critique est apparue dans la gauche allemande &#224; propos de la critique du bolchevisme consid&#233;r&#233; comme une inversion de la politique d'&#233;mancipation, en ce que la dictature du prol&#233;tariat s'av&#233;rait &#234;tre une dictature sur le prol&#233;tariat. Loin que l'utopie soit le berceau du totalitarisme, c'est bien plut&#244;t sur le cadavre de l'utopie que s'est &#233;lev&#233;e la domination totalitaire. Ainsi en URSS, tout ce qui avait un caract&#232;re d'alt&#233;rit&#233; utopique &#8211; dans le champ politique, les conseils ; dans le domaine des m&#339;urs, les jardins d'enfants, la libert&#233; sexuelle &#8211; a &#233;t&#233; syst&#233;matiquement d&#233;truit, au fur et &#224; mesure que s'est impos&#233;e la domination du parti bolchevik. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les ann&#233;es 1980, en r&#233;investissant avec Soljenitsyne et &lt;i&gt;L'Archipel du goulag&lt;/i&gt; la critique du totalitarisme, n'ont rien invent&#233;. On s'est content&#233; de recycler la vieille haine de l'utopie sans tenir compte des enseignements de l'histoire quant &#224; la liquidation de l'utopie par la domination totalitaire. Un pas a &#233;t&#233; franchi avec Fran&#231;ois Furet dans &lt;i&gt;Le Pass&#233; d'une illusion&lt;/i&gt; (1995), o&#249; l'anti-utopisme conduit &#224; nier la condition historique pour mieux affirmer la fin de l'histoire et l'av&#232;nement d'une r&#233;p&#233;tition sans fin. Ce ma&#238;tre de l'id&#233;ologie fran&#231;aise n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire : &#171; Nous voici condamn&#233;s &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'utopie h&#233;site entre une caract&#233;ristique spatiale d'alt&#233;rit&#233; radicale du r&#234;ve et une caract&#233;risation temporelle orient&#233;e vers le futur. Pouvez-vous nous expliquer quand cette h&#233;sitation &#233;merge et quels en sont les enjeux ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le passage des projections spatiales aux projections temporelles est la marque de la modernit&#233; utopique. Soient deux rep&#232;res : 1516, &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More, la description de l'&#238;le d'Utopie gr&#226;ce au r&#233;cit de voyage d'un marin-philosophe ; 1770, &lt;i&gt;L'An 2440&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Mercier avec en exergue, la phrase de Leibniz : &#171; Le pr&#233;sent est gros de l'avenir. &#187; Encore fallait-il pour Karl Mannheim dans &lt;i&gt;Id&#233;ologie et Utopie&lt;/i&gt; (1929) &#233;laborer une diff&#233;renciation des formes d'utopie temporelle en rapport avec l'affrontement des groupes sociaux. Mais si l'on veut vraiment saisir la signification de cette nouvelle articulation de l'utopie au temps et donc &#224; la soci&#233;t&#233; future, c'est au philosophe Ernst Bloch qu'il convient de s'adresser. Ce dernier en effet a su donner une assise philosophique &#224; cette nouvelle articulation de l'utopie au temps, gr&#226;ce &#224; une ontologie, une pens&#233;e de l'&#234;tre en tant qu'&#234;tre inachev&#233;. Selon Bloch, l'utopie proviendrait d'un foyer ontologique. L'&#234;tre est pens&#233; &#224; la fois comme processus, inach&#232;vement et tension vers l'ach&#232;vement. Ce serait dans le &#171; pas encore &#234;tre &#187; que l'utopie trouverait sa source et son moteur, comme si l'utopie se constituait dans la tension vers l'ach&#232;vement de l'&#234;tre. L'utopie &#171; &#233;tat r&#233;el de l'inaccomplissement &#187; serait en quelque sorte port&#233;e, soulev&#233;e par cette tension ontologique entre inach&#232;vement pr&#233;sent et ach&#232;vement &#224; venir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce d&#233;placement de l'espace au temps trouve sa source dans les Lumi&#232;res et dans la nouvelle conscience de l'historicit&#233; qu'elles instaurent : l'histoire appara&#238;t progressivement comme ce qui peut &#234;tre chang&#233;, transform&#233; ; comme ce qui peut donner naissance &#224; d'autres formes de soci&#233;t&#233;s. Cette nouvelle historicit&#233; est consid&#233;rablement amplifi&#233;e par le tremblement de terre de la R&#233;volution fran&#231;aise. Edgar Quinet d&#233;clare justement que la R&#233;volution fran&#231;aise a &#171; ramen&#233; sur terre la foi en l'impossible &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Saint-Simon, Fichte, &#224; l'encontre de Rousseau, annoncent que &#171; l'&#226;ge d'or n'est pas derri&#232;re nous, mais devant nous &#187;. Entendons que d'anciens r&#234;ves de l'humanit&#233; peuvent d&#233;sormais s'incarner, transformer la r&#233;alit&#233; effective. Ainsi, le passage de l'utopie de l'espace au temps conf&#232;re une cr&#233;dibilit&#233; &#224; des &#339;uvres utopiques qui au pr&#233;alable &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des modalit&#233;s de l'&#233;vasion. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; lire les cours d'Emmanuel Levinas sur Ernst Bloch dans &lt;i&gt;La Mort et le Temps&lt;/i&gt;, on comprend que cette m&#233;tamorphose de l'utopie a un double visage : elle assigne certes l'utopie au temps, mais elle assigne tout autant le temps &#224; l'utopie. Nous sommes bien au-del&#224; de la temporalisation de l'utopie, puisqu'il s'agit de rien moins que de proposer une nouvelle identification du temps telle que l'utopie &#8212; le &#171; principe esp&#233;rance &#187; &#8212; devienne temporalisation du temps. &#171; Le temps est pure esp&#233;rance. &#187; Cette assignation du temps &#224; l'utopie est dans le sillage de la r&#233;volution blochienne par rapport &#224; Heidegger. En effet, Ernst Bloch engage &#224; penser la mort &#224; partir du temps et non plus, comme chez Heidegger, le temps &#224; partir de la mort. Penser la mort &#224; partir du temps, &#224; partir de l'avenir utopique, n'abolit pas le scandale de la mort, mais lui enl&#232;ve jusqu'&#224; un certain point son dard, en ce qu'un nouveau regard peut &#234;tre jet&#233; sur elle. Loin d'&#234;tre l'exclusive signification du temps, la voie vers l'authenticit&#233;, la mort est abord&#233;e autrement. &#171; L'extase premi&#232;re est ici l'utopie et non plus la mort &#187; &#233;crit Levinas. La mort est d&#233;tr&#244;n&#233;e de sa position de ma&#238;tre absolu, &#233;tant incluse dans le temps, comprise en fonction du temps de l'utopie, d'un temps &#224; venir o&#249; la relation &#224; l'autre est d&#233;terminante. Si, du c&#244;t&#233; de Heidegger, le temps pens&#233; &#224; partir de la mort incline vers la finitude, il n'en va pas de m&#234;me du temps pens&#233; &#224; partir de l'utopie, de son mouvement qui ouvre sur l'infini de l'utopie, l'infini du temps assign&#233; &#224; l'utopie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Ce d&#233;placement est-il un progr&#232;s ou un danger pour la pens&#233;e de l'utopie ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est &#233;vident que si l'on se tourne vers Ernst Bloch, penseur du &#171; principe esp&#233;rance &#187;, cette transformation du &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; de l'utopie qui, de l'espace est pass&#233; dans le temps, est un bien et constitue un progr&#232;s. Cette assignation de l'utopie au temps la ferait &#233;chapper aux attitudes &#171; escapistes &#187; du pass&#233; et la rapprocherait du m&#234;me coup de l'histoire pour s'y colleter et permettre la naissance d'une nouvelle praxis, d'autant plus riche qu'elle accorderait une place &#224; l'imaginaire, voire &#224; l'onirique &#8212; &#224; ce que Marx appelait &#171; la po&#233;sie de l'avenir &#187;. Aussi Ernst Bloch salue-t-il sans r&#233;serve &#171; le r&#234;ve vers l'avant &#187;. Mais ce salut &#224; l'utopie tourn&#233;e vers l'avenir doit &#234;tre aussit&#244;t temp&#233;r&#233; par la prise en compte des dangers que comporte &#224; son insu cette orientation quand elle est r&#233;duite &#224; elle-m&#234;me. Il convient donc de poser des conditions, car ce qui menace alors l'utopie c'est de passer d'un &#171; &#233;cart absolu &#187; (Fourier) &#224; un &#233;cart relatif, de se d&#233;grader en simple anticipation et d'y perdre le sens de l'alt&#233;rit&#233;. Le XIXe si&#232;cle a connu une effervescence utopique extraordinaire &#171; vers l'avant &#187; ; mais il a connu &#233;galement diff&#233;rentes formes de pr&#233;vision &#8211; la &#171; pr&#233;vision scientifique &#187; (Auguste Comte), la &#171; pr&#233;vision sympathique &#187; (les saint-simoniens), et m&#234;me chez Marx, la &#171; pr&#233;vision morphologique &#187;. On le voit donc, si l'utopie est d'abord recherche d'un monde tout autre, cette relation au temps peut gommer la qu&#234;te de cette diff&#233;rence, la domestiquer au point de la r&#233;duire &#224; une forme de prospective qui se distinguerait &#224; peine de la r&#233;p&#233;tition de ce qui est. C'est en gardant &#224; l'utopie son rapport essentiel, constitutif, &#224; l'alt&#233;rit&#233;, que l'on peut pr&#233;server la chance de s'orienter vers un futur qui ne soit pas r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, un futur neuf, un futur tout autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Dans vos travaux sur l'utopie, il y a deux registres de vocabulaire qui reviennent d'une mani&#232;re r&#233;currente : d'un c&#244;t&#233;, &#171; l'arrachement &#187;, &#171; l'explosion &#187;, &#171; le surgissement &#187;, &#171; l'&#233;croulement &#187; ; de l'autre, &#171; l'arr&#234;t &#187;, &#171; l'interruption &#187;, &#171; la volont&#233; de se tenir en dehors de l'histoire &#187;. S'agit-il de deux registres de l'utopie, de deux mouvements, de deux s&#233;quences d'un m&#234;me mouvement ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au d&#233;part, la formule que je pr&#233;f&#232;re est celle de conversion utopique. Pourquoi ne pas s'interroger sur ce qui se passe chez l'individu ou dans le groupe qui choisit d'adh&#233;rer &#224; une utopie donn&#233;e ? Pourquoi ne pas reconna&#238;tre dans ce choix de l'utopie un mouvement de conversion qui peut s'accompagner &#233;ventuellement de nouvelles pratiques quotidiennes ? Je pense aux saint-simoniens et &#224; leur gilet qui se boutonnait dans le dos et avait ainsi la valeur d'une r&#233;affirmation quotidienne du fait de la solidarit&#233; humaine. L'id&#233;e de conversion a le m&#233;rite de rompre avec une d&#233;finition en ext&#233;riorit&#233; de l'utopie, avec celle que l'on trouve dans les dictionnaires. Si l'on veut rechercher une sp&#233;cificit&#233; de l'utopie et &#233;chapper &#224; la platitude de la d&#233;finition courante, qui prend un malin plaisir &#224; mettre en valeur le caract&#232;re irr&#233;alisable et donc irresponsable, pour mieux liquider le lien entre utopie et alt&#233;rit&#233;, il faut envisager l'utopie comme une exp&#233;rience au sens fort du terme, qui instaure un nouveau rapport au monde, aux autres, &#224; soi. Il s'agit de repenser les attitudes, les affects qui accompagnent ce choix, de percevoir dans l'utopie un processus dynamique, un mouvement qui consiste &#224; se d&#233;tacher de l'ordre &#233;tabli pour se tourner, non vers un nouvel ordre, mais vers un nouvel &#234;tre-au-monde, vers un nouvel &#234;tre-ensemble, vers une nouvelle forme de communaut&#233; humaine. Les deux registres de vocabulaire que vous avez relev&#233;s permettent de rendre compte de ce double mouvement, de ce virage : un &#171; l&#226;chez-tout &#187; suivi aussit&#244;t d'un appel &#224; un nouvel investissement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Soit donc une conversion au sens ph&#233;nom&#233;nologique du terme, c'est-&#224;-dire un geste qui se d&#233;roulerait &#224; l'exemple de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; &#8211; le geste de pens&#233;e qui met en suspens, sinon en arr&#234;t, l'&#233;vidence naturelle du monde. C'est pourquoi il me para&#238;t int&#233;ressant de comparer le geste de l'utopie &#224; celui de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt;. &#192; vrai dire, peut-il y avoir utopie sans &lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; ? En effet, dans la mise entre parenth&#232;ses de l'ordre &#233;tabli, du cours des choses &#224; laquelle proc&#232;de l'utopie, on peut reconna&#238;tre sans peine un geste proche de celui de la ph&#233;nom&#233;nologie suspendant, mettant entre parenth&#232;ses la th&#232;se du monde. Il s'agit pour l'utopie de suspendre l'orthodoxie sur laquelle repose une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et de mettre entre parenth&#232;ses un ordre si dogmatique qu'il para&#238;t s'identifier &#224; l'&#234;tre, aller de soi. C'est en mettant entre parenth&#232;ses cet ordre que celui qui a fait ce choix de l'utopie peut discerner &#171; des horizons inconnus &#187;, de nouvelles possibilit&#233;s occult&#233;es ou ayant fait l'objet d'une forclusion. &#201;galement, naissance possible d'une autre subjectivit&#233;. L'utopie peut mette en &#339;uvre la subjectivit&#233; d'un sujet &#171; qui ne revient pas &#224; la tension sur soi &#187;, au souci d'&#234;tre. Par la mise &#224; distance du mouvement de l'&#234;tre qui pers&#233;v&#232;re dans son &#234;tre naissent le d&#233;sint&#233;ressement &#8211; l'interruption ontologique du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; &#8211; et la &#171; d&#233;dicace &#224; un monde &#224; venir &#187;. Et Levinas d'interroger, confirmant ainsi l'hypoth&#232;se d'une affinit&#233; entre l'utopie et l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; : &#171; La face visible de cette interruption ontologique, de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt;, ne co&#239;ncide-t-elle pas avec le mouvement pour une soci&#233;t&#233; meilleure ? &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quant &#224; l'autre paradigme, je le trouve chez Walter Benjamin dans &lt;i&gt;Paris Capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. L'originalit&#233; de Benjamin tient &#224; ce qu'il consid&#232;re qu'on ne peut penser, interpr&#233;ter l'histoire sans prendre en compte les dimensions oniriques d'une &#233;poque, ses r&#234;ves, ses projections, son imaginaire. De l&#224;, l'importance accord&#233;e &#224; l'utopie, qu'il d&#233;finit comme le pr&#233;cipit&#233; des r&#234;ves du collectif, lui conf&#233;rant ainsi une &#233;paisseur historique particuli&#232;re. De par son caract&#232;re mixte et composite &#8211; la comp&#233;n&#233;tration de l'Ancien et du Nouveau, l'&#194;ge d'or &#224; la fois Arcadie et Enfer &#8211;, l'utopie se d&#233;ploie n&#233;cessairement dans l'&#233;l&#233;ment de l'ambigu&#239;t&#233;. Aussi fait-elle l'objet d'un double mouvement : il convient de la d&#233;barrasser &#171; des broussailles du d&#233;lire et du mythe &#187;, afin d'en assurer le sauvetage pour mieux en lib&#233;rer les virtualit&#233;s &#233;mancipatrices. &#192; l'interpr&#232;te revient la t&#226;che de d&#233;sintriquer dans le r&#234;ve l'image utopique de l'image mythico-archa&#239;que. Pour ce faire, il y a lieu, en ayant recours &#224; une forme in&#233;dite de dialectique &#8211; la dialectique &#224; l'arr&#234;t &#8211; de pratiquer une immobilisation de la pens&#233;e, un arr&#234;t sur image, en vue de construire &#171; une constellation satur&#233;e de tensions &#187; d'o&#249; surgit soudain, en raison du jeu des contradictions, l'image dialectique. Du m&#234;me coup se produit un arrachement &#224; l'histoire, au &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; de la domination, au sommeil qui manifeste et nourrit cette continuit&#233;. &#171; Lorsque la pens&#233;e s'immobilise dans une constellation satur&#233;e de tensions appara&#238;t l'image dialectique. &#187; Fulgurance de l'image dialectique en effet, car elle circonscrit le lieu o&#249; les tensions s'av&#232;rent les plus explosives ; elle polarise le champ du r&#234;ve et arrache le r&#234;veur au sommeil en le projetant vers l'&#233;veil. On comprend alors l'ambition de Benjamin dans sa travers&#233;e du XIXe si&#232;cle : mettre au point une technique du r&#233;veil, faire du dialecticien un technicien du r&#233;veil. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Deux figures de la conversion utopique, donc : l'une sur le mod&#232;le de la mise entre parenth&#232;ses ph&#233;nom&#233;nologique, l'autre sous la forme de l'image dialectique. Jusqu'&#224; un certain point, elles pr&#233;sentent des caract&#232;res communs. Qu'il s'agisse de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; utopique ou de l'image dialectique, l'une et l'autre connaissent le suspens d'un processus, voire une immobilisation de la pens&#233;e. En outre, dans l'un et l'autre cas, il est question d'une lutte entre une forme particuli&#232;re de sommeil et l'&#233;veil ou le r&#233;veil. &#192; l'encontre d'un savoir p&#233;trifi&#233;, Levinas attend de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; qu'elle puisse rendre la vie &#224; des voix r&#233;duites au silence. Il se donne pour vis&#233;e de r&#233;veiller des complexes d'intentions endormies, susceptibles d'ouvrir des horizons disparus. Modalit&#233; sp&#233;cifique de l'&#233;veil chez Levinas, car il porte au premier plan une intrigue singuli&#232;re, celle qui se noue &#224; partir d'autrui, de la proximit&#233;, du fait du prochain. C'est ici que se creuse un &#233;cart entre les deux gestes. De part et d'autre, il est bien question d'un m&#234;me couple antith&#233;tique, sommeil/&#233;veil. Mais du c&#244;t&#233; de Levinas, la rencontre d'autrui, le bouleversement qu'elle provoque situe le r&#233;veil, sinon l'insomnie, dans le registre &#233;thique. Alors qu'il s'agit pour Benjamin de nous arracher &#224; un sommeil hypnotique de fa&#231;on que nous puissions enfin acc&#233;der &#224; l'&#233;veil historique ; c'est reconna&#238;tre que le combat qu'il m&#232;ne pour lib&#233;rer le jeu des contradictions est avant tout politique, se d&#233;ploie dans le champ politique, l'&#233;veil donnant libre cours &#224; l'impulsion du sauvetage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;En quoi l'utopie peut-elle &#234;tre &#233;mancipatrice aujourd'hui, quelle est son actualit&#233; ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je ne suis pas s&#251;r que votre question soit vraiment pertinente. Si l'on admet l'hypoth&#232;se de la persistance de l'utopie, on peut seulement noter des variations d'intensit&#233; dans la &lt;i&gt;vis utopica&lt;/i&gt; et ses virtualit&#233;s &#233;mancipatrices. Je distinguerai aujourd'hui deux sommations utopiques parmi d'autres. Accepte-t-on la th&#232;se commune &#224; Adorno et &#224; Ernst Bloch selon laquelle l'utopie serait n&#233;gation de la mort, port&#233;e par l'exigence de s'opposer &#224; la mort &#8211; alors face &#224; la Shoah &#8211;, prise dans son unicit&#233;, et face aux g&#233;nocides qui ont suivi ? J'y vois une nouvelle sommation utopique &#224; l'encontre des entreprises d'autodestruction de l'humanit&#233;. En qu&#234;te d'une autre communaut&#233; humaine, l'utopie n'est-elle pas &#8211; par sa charge d'alt&#233;rit&#233;, sa radicalit&#233;, son opposition constitutive &#224; &lt;i&gt;thanatos&lt;/i&gt; &#8211; en mesure, mieux que toute autre instance, de donner sens au &#171; plus jamais &#231;a &#187; ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En pr&#233;sence d'une situation o&#249; l'injustice ne cesse de cro&#238;tre et d'accuser de plus en plus le clivage entre dominants et domin&#233;s, il convient de faire retour &#224; la sommation utopique pour une soci&#233;t&#233; de justice. &#192; ce propos, je rappellerai ces phrases de Fran&#231;oise Proust, qui indiquait, &#224; l'assignation de l'utopie au temps, une autre orientation : &#171; Conc&#233;der sur l'utopie, c'est c&#233;der sur le v&#339;u fou et inconditionn&#233; d'en finir une fois pour toutes avec l'injustice pr&#233;sente, c'est c&#233;der sur l'inextinguible soif de justice et sur son exigence &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mais n'est-ce pas faire fi un peu rapidement du pessimisme qui nous habite ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De quel pessimisme parlez-vous ? D'un pessimisme d&#233;faitiste qui porte &#224; la r&#233;signation, &#224; l'acceptation ? Ou bien de celui auquel invitait Pierre Naville quand il appelait &#224; &#171; organiser le pessimisme &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; pratiquer une critique des illusions telle que le choix de l'utopie et de l'&#233;mancipation mesure avec lucidit&#233; les obstacles &#224; surmonter et le chemin &#224; parcourir ? N'est-ce pas &#224; cette m&#234;me organisation du pessimisme qu'a r&#233;pondu Marx quand, au d&#233;but des ann&#233;es 1850, il a d&#233;cid&#233; de &#171; s'enfermer &#187; dans la salle de travail du British Museum pour mieux comprendre et mieux conna&#238;tre les forces qu'il importait de combattre et de vaincre ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur Miguel Abensour, voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les guerres d'Abensour &#187; (Freddy Gomez)&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article884.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;mocratie, insurgence et utopie &#187; (entretien avec Abensour)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Clastres contre Birnbaum : une pol&#233;mique</title>
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&lt;p&gt;&#9632; Apr&#232;s la mise en ligne, en d&#233;cembre 2025, du texte de Pierre Clastres &#8211; &#171; Pouvoir et soci&#233;t&#233;s primitives &#187; &#8211; originellement paru dans le n&#176; 7 (juin 1976) de la revue anarchiste Interrogations, il nous a sembl&#233; int&#233;ressant de revenir sur la pol&#233;mique qui opposa Clastres au sociologue et politologue Pierre Birnbaum &#224; la suite de la parution de La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat. La premi&#232;re raison, c'est que son adresse d'octobre 1976 &#224; Birnbaum r&#233;v&#232;le un vrai talent de pamphl&#233;taire ; la seconde, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;Odradek&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L426xH425/ill_une-9-dfa74.jpg?1777798378' width='426' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2802 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/le_retour_des_lumieres_clastres-brinbaum_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 537.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Apr&#232;s la mise en ligne, en d&#233;cembre 2025, du texte de Pierre Clastres &#8211; &#171; Pouvoir et soci&#233;t&#233;s primitives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ligne sur .&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; originellement paru dans le n&#176; 7 (juin 1976) de la revue anarchiste &lt;i&gt;Interrogations&lt;/i&gt;, il nous a sembl&#233; int&#233;ressant de revenir sur la pol&#233;mique qui opposa Clastres au sociologue et politologue Pierre Birnbaum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Sur les origines de la domination politique : &#224; propos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la suite de la parution de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;. La premi&#232;re raison, c'est que son adresse d'octobre 1976 &#224; Birnbaum r&#233;v&#232;le un vrai talent de pamphl&#233;taire ; la seconde, c'est qu'elle vise plut&#244;t juste, surtout au vu des &#233;volutions r&#233;gressives du temps pr&#233;sent. Car Birnbaum, adversaire r&#233;solu de toute &#171; conception libertaire hostile &#224; toute forme de pouvoir entendue comme n&#233;cessairement violente, source de domination sur l'Un sur les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a visiblement lu &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; comme un livre d&#233;rangeant ses convictions de d&#233;mocrate &#233;tatiste assum&#233;, au sens w&#233;b&#233;rien du terme. Avancer qu'il a peu compris le livre de Clastres et sa port&#233;e historique est peu dire. Pass&#233;e au tamis de ses convictions durkheimiennes consensuellement d&#233;mocratiques, son approche de Clastres est fauss&#233;e par les intentions qu'il lui pr&#234;tait. C'est ce que cette pol&#233;mique r&#233;v&#232;le, mais aussi, pour qui l'a connu ou simplement fr&#233;quent&#233;, la perte qu'a signifi&#233;e sa disparition dans un stupide accident de voiture en 1977, soit tr&#232;s peu de temps apr&#232;s cette joute. Pierre Birnbaum, lui, est toujours vivant, et encore r&#233;solument d&#233;mocrate, malgr&#233; toutes les infamies que trimballent l'&#233;tatisme et la d&#233;mocratie dite repr&#233;sentative. Pour lui, ce serait confondre &#171; autorit&#233; et violence [quand] on pourrait soutenir que la fin de l'&#201;tat et son remplacement par un parti totalitaire ou un leader charismatique [incarneraient] la forme ultime de la violence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au nom de quoi, ce &#171; remplacement &#187; serait fatal ? Pourquoi la disparition &#8211; ou le d&#233;p&#233;rissement &#8211; de la forme-&#201;tat devrait-elle fatalement conduire au pire quand toutes les exp&#233;riences de r&#233;volutions antiautoritaires, libertaires ou citoyennes ont prouv&#233; &#8211; sur de courtes p&#233;riodes historiques, il est vrai &#8211; tant les &#233;tatistes de tout bord ont tout fait pour les contrarier ou r&#233;primer, que leurs projets &#233;taient viables de vouloir en finir avec l'&#201;tat en r&#233;organisant la soci&#233;t&#233; politique sur la base de f&#233;d&#233;rations de communes libres, coordonn&#233;es entre elles, se pr&#234;tant mutuellement assistance et s'autogouvernant sur la base de la rotation des mandats. Du Chiapas au Rojava, et bien au-del&#224;, c'est ind&#233;niablement cet esprit qui anime les combats les plus f&#233;conds de notre temps. Sauf &#224; croire que l'&#201;tat w&#233;b&#233;rien, qui reste la r&#233;f&#233;rence f&#233;tichis&#233;e de Birnbaum, pourrait &#234;tre encore capable de r&#233;sister &#224; sa d&#233;rive postfasciste. Ici comme ailleurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bonne lecture ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#192; contretemps.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-111-877ea.jpg?1777798379' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Le retour des Lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je m'expliquerai : mais ce sera prendre le soin &lt;br class='autobr' /&gt;
le plus inutile ou le plus superflu ; &lt;br class='autobr' /&gt;
car tout ce que je vous dirai ne saurait &#234;tre entendu&lt;br class='autobr' /&gt;
que par ceux &#224; qui l'on n'a pas besoin de le dire. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Jacques Rousseau&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est bien de l'honneur qu'il me fait, Pierre Birnbaum, et je serai le dernier &#224; me plaindre du voisinage o&#249; il me situe. Mais l&#224; n'est pas le m&#233;rite principal de son essai. Cet &#233;crit me para&#238;t en effet tr&#232;s digne d'int&#233;r&#234;t en ce qu'il est, en quelque sorte, anonyme (comme un document ethnographique) : je veux dire qu'un tel travail est absolument illustratif d'une mani&#232;re, tr&#232;s r&#233;pandue, dans ce que l'on appelle les sciences sociales, d'aborder (de ne pas aborder) la question du politique, c'est-&#224;-dire la question de la soci&#233;t&#233;. Plut&#244;t donc qu'&#224; en d&#233;gager les aspects comiques, et sans trop m'attarder devant la conjonction, apparemment in&#233;vitable chez certains, entre l'assurance dans le ton et le flou dans les id&#233;es, je tenterai de cerner peu &#224; peu le lieu &#171; th&#233;orique &#187; &#224; partir duquel Pierre Birnbaum a produit son texte. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Non sans corriger au pr&#233;alable certaines erreurs et combler quelques lacunes. Il para&#238;t, d'apr&#232;s l'auteur, que j'invite mes contemporains &#171; &#224; envier le sort des sauvages &#187;. Candeur ou roublardise ? Pas plus que l'astronome n'engage autrui &#224; envier le sort des astres, je ne milite en faveur du monde des sauvages. Birnbaum me confond avec les promoteurs d'une entreprise dont je ne suis pas actionnaire (Robert Jaulin et ses acolytes). Birnbaum ne sait donc pas rep&#233;rer les diff&#233;rences ? Analyste d'un certain type de soci&#233;t&#233;, je tente de d&#233;voiler des modes de fonctionnement et non d'&#233;laborer des programmes : je me contente de d&#233;crire les sauvages, mais peut-&#234;tre est-ce lui qui les trouve bons ? Passons donc sur ces futiles et tr&#232;s peu innocents bavardages sur le retour du bon sauvage. D'autre part, les r&#233;f&#233;rences constantes de Birnbaum &#224; mon livre sur les Guayaki me laissent un peu perplexe : imaginerait-il par hasard que cette tribu constitue mon seul point d'appui ethnographique ? Auquel cas il laisse appara&#238;tre dans son information une inqui&#233;tante lacune. Ma pr&#233;sentation des faits ethnographiques concernant la chefferie indienne n'est pas du tout nouvelle : elle tra&#238;ne, jusqu'&#224; la monotonie, dans les &#233;crits de tous les voyageurs, missionnaires, chroniqueurs, ethnographes qui, depuis le d&#233;but du XVIe si&#232;cle, se succ&#232;dent au Nouveau Monde. Ce n'est pas moi qui, de ce point de vue, ai d&#233;couvert l'Am&#233;rique. J'ajouterai &#233;galement que mon travail est bien plus ambitieux encore que ne le croit Birnbaum : ce n'est pas seulement sur les soci&#233;t&#233;s primitives am&#233;ricaines que je tente de r&#233;fl&#233;chir, mais sur la soci&#233;t&#233; primitive en g&#233;n&#233;ral, en tant qu'elle rassemble sous son concept toutes les soci&#233;t&#233;s primitives particuli&#232;res. Apport&#233;s ces divers &#233;claircissements, venons-en maintenant aux choses s&#233;rieuses. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une rare clairvoyance, Birnbaum inaugure son texte d'une erreur qui augure mal de la suite : &#171; On s'est depuis toujours, &#233;crit-il, interrog&#233; sur les origines de la domination politique... &#187; C'est exactement le contraire : on ne s'est jamais interrog&#233; sur la question de l'origine, car, d&#232;s son antiquit&#233; grecque, la pens&#233;e occidentale a toujours saisi la division sociale en dominants et domin&#233;s comme immanente &#224; la soci&#233;t&#233; en tant que telle. Appr&#233;hend&#233;e comme une structure ontologique de la soci&#233;t&#233;, comme l'&#233;tat naturel de l'&#234;tre social, la division en ma&#238;tres et sujets a constamment &#233;t&#233; pens&#233;e comme appartenant &#224; l'essence de toute soci&#233;t&#233; r&#233;elle ou possible. Il ne saurait donc y avoir, dans cette vis&#233;e du social, aucune origine &#224; la domination politique puisqu'elle est consubstantielle &#224; la soci&#233;t&#233; humaine, puisqu'elle est une donn&#233;e imm&#233;diate de la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; la grande stup&#233;faction des premiers observateurs des soci&#233;t&#233;s primitives : soci&#233;t&#233;s sans division, chefs sans pouvoir, gens &#171; sans foi, sans loi, sans roi &#187;. Quel discours les Europ&#233;ens pouvaient-ils d&#232;s lors tenir sur les sauvages ? Ou bien mettre en question leur conviction que la soci&#233;t&#233; ne peut pas se penser sans la division, et admettre du m&#234;me coup que les peuples primitifs constituaient des soci&#233;t&#233;s au sens plein du terme ; ou bien d&#233;cider qu'un groupement non divis&#233;, o&#249; les chefs ne commandent pas et o&#249; personne n'ob&#233;it, ne peut pas &#234;tre une soci&#233;t&#233; : donc les sauvages sont vraiment sauvages, et il convient de les civiliser, de les &#171; policer &#187;. Voie th&#233;orique et pratique en laquelle, unanimement, ne manqu&#232;rent pas de s'engager les Occidentaux du XVIe si&#232;cle. &#192; une exception pr&#232;s, cependant : celle de Montaigne et de La Bo&#233;tie, le premier peut-&#234;tre sous l'influence du second. Eux, et eux seuls, pens&#232;rent &#224; contre-courant, ce qui, bien s&#251;r, a &#233;chapp&#233; &#224; Birnbaum. Il n'est certes ni le premier, ni le dernier &#224; p&#233;daler dans le contresens ; mais La Bo&#233;tie n'ayant pas besoin de moi pour se d&#233;fendre, je voudrais revenir &#224; l'intention qui anime Birnbaum. &lt;br/&gt;
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O&#249; veut-il en venir ? Son but (sinon son cheminement) est parfaitement clair. Il s'agit pour lui d'&#233;tablir que &#171; la soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat se pr&#233;sente... comme une soci&#233;t&#233; de contrainte totale &#187;. En d'autres termes, si la soci&#233;t&#233; primitive ignore la division sociale, c'est au prix d'une ali&#233;nation bien plus effroyable, celle qui soumet la communaut&#233; au syst&#232;me &#233;crasant des normes auxquelles il n'est permis &#224; personne de rien changer. Le &#171; contr&#244;le social &#187; s'y exerce de mani&#232;re absolue : ce n'est plus la soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, c'est la soci&#233;t&#233; contre l'individu. Ing&#233;nument Birnbaum nous explique pourquoi il en sait si long sur la soci&#233;t&#233; primitive : il a lu Durkheim. Lecteur confiant, aucun doute ne l'effleure : l'opinion de Durkheim sur la soci&#233;t&#233; primitive, c'est vraiment la v&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; primitive. Passons. Il en r&#233;sulte donc que la soci&#233;t&#233; des sauvages se distingue, non par la libert&#233; individuelle des hommes, mais par &#171; la pr&#233;&#233;minence de la pens&#233;e mystique et religieuse qui symbolise l'adoration du tout &#187;. Birnbaum a manqu&#233; l&#224; l'occasion d'une formule-choc : je la lui fournis. Il pense, mais sans parvenir &#224; l'exprimer, que le mythe, c'est l'opium du sauvage. Humaniste et progressiste, Birnbaum souhaite naturellement la lib&#233;ration des sauvages : il faut les d&#233;sintoxiquer (il faut les civiliser). Tout cela est plut&#244;t risible. Birnbaum, en effet, ne se rend pas du tout compte que son ath&#233;isme de banlieue, solidement enracin&#233; dans un scientisme d&#233;j&#224; d&#233;mod&#233; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, rejoint tout droit, pour les justifier, le discours le plus &#233;pais des entreprises missionnaires et la pratique la plus brutale du colonialisme. Il n'y a pas de quoi &#234;tre fier. &lt;br/&gt;
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Envisageant, par ailleurs, la question du rapport entre soci&#233;t&#233; et chefferie, Birnbaum appelle &#224; la rescousse un autre &#233;minent sp&#233;cialiste des soci&#233;t&#233;s primitives, J.-W. Lapierre, dont il fait sienne l'opinion : &#171; Le chef... a le monopole de l'usage de la parole l&#233;gitime et... nul ne peut prendre la parole pour s'opposer &#224; celle du chef sans commettre un sacril&#232;ge condamn&#233; par l'opinion publique, unanime. &#187; Voil&#224; au moins qui est parler clair. Mais il est bien p&#233;remptoire, le professeur Lapierre. Et d'o&#249; est-il si savant ? Dans quel livre a-t-il lu cela ? Prend-il bien la mesure du concept sociologique de l&#233;gitimit&#233; ? Ainsi, les chefs dont il parle d&#233;tiennent le monopole de la parole l&#233;gitime ? Et que dit-elle cette parole l&#233;gitime ? On serait bien curieux de le savoir. Ainsi, nul ne pourrait, &#171; sans commettre un sacril&#232;ge &#187;, s'opposer &#224; cette parole ? Mais ce sont alors des monarques absolus, des Attilas ou des Pharaons ! On perd d&#232;s lors son temps &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la l&#233;gitimit&#233; de leur parole : car s'ils sont seuls &#224; parler, c'est qu'ils commandent ; s'ils commandent, c'est qu'ils d&#233;tiennent le pouvoir politique ; s'ils d&#233;tiennent le pouvoir politique, c'est que la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en ma&#238;tres et sujets. Hors du sujet : je m'int&#233;resse, pour l'instant, aux soci&#233;t&#233;s primitives et non aux despotismes archa&#239;ques. J.-W. Lapierre et Pierre Birnbaum devraient, pour faire l'&#233;conomie d'une l&#233;g&#232;re contradiction, choisir : ou bien la soci&#233;t&#233; primitive subit &#171; la contrainte totale &#187; de ses normes, ou bien elle est domin&#233;e par la &#171; parole l&#233;gitime du chef &#187;. Laissons donc m&#233;diter le professeur et revenons &#224; l'&#233;l&#232;ve qui, c'est visible, a besoin d'explications suppl&#233;mentaires, si br&#232;ves soient-elles. &lt;br/&gt;
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Qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; primitive ? C'est une soci&#233;t&#233; non divis&#233;e, homog&#232;ne, telle que si elle ignore la diff&#233;rence entre riches et pauvres, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; l'opposition entre exploiteurs et exploit&#233;s en est absente. Mais l&#224; n'est pas l'essentiel. En elle est absente surtout la division politique entre dominants et domin&#233;s : les &#171; chefs &#187; ne sont pas l&#224; pour commander, personne n'est destin&#233; &#224; ob&#233;ir, le pouvoir n'est pas s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233; qui, comme totalit&#233; une, en est le d&#233;tenteur exclusif. J'ai, &#224; maintes reprises &#8211; et, semble-t-il, ce n'est pas encore assez &#8211; &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., par exemple, &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le pouvoir n'existe que dans son exercice : un pouvoir qui ne s'exerce pas n'est en effet rien. Que fait donc la soci&#233;t&#233; primitive du pouvoir qu'elle d&#233;tient ? Elle l'exerce, bien entendu, et d'abord sur le chef, pour l'emp&#234;cher pr&#233;cis&#233;ment de r&#233;aliser un &#233;ventuel d&#233;sir de pouvoir, pour l'emp&#234;cher de faire le chef. Plus g&#233;n&#233;ralement, la soci&#233;t&#233; exerce son pouvoir en vue de le conserver, en vue d'emp&#234;cher la s&#233;paration de ce pouvoir, en vue de conjurer l'irruption de la division dans le corps social, la division entre ma&#238;tres et sujets. En d'autres termes, l'exercice du pouvoir par la soci&#233;t&#233; en vue d'assurer la conservation de son &#234;tre indivis&#233; met en rapport l'&#234;tre social avec lui-m&#234;me. Quel troisi&#232;me terme &#233;tablit cette mise en rapport ? C'est justement ce qui cause tant de souci &#224; Birnbaum-Durkheim, c'est le monde du mythe et des rites, c'est la dimension du religieux. L'&#234;tre social primitif est en rapport avec lui-m&#234;me par la m&#233;diation de la religion. Birnbaum ignore-t-il qu'il n'est de soci&#233;t&#233; que sous le signe de la Loi ? C'est probable. La religion assure ainsi le rapport de la soci&#233;t&#233; &#224; sa Loi, c'est-&#224;-dire &#224; l'ensemble des normes qui r&#232;glent les rapports sociaux. D'o&#249; vient la Loi ? Quelle est la terre natale de la Loi comme fondement l&#233;gitime de la soci&#233;t&#233; ? C'est le temps d'avant la soci&#233;t&#233;, le temps mythique, c'est, &#224; la fois imm&#233;diat et infiniment lointain, l'espace des Anc&#234;tres, des h&#233;ros culturels, des dieux. C'est l&#224; que s'institua la soci&#233;t&#233; comme corps indivis&#233;, ce sont eux qui &#233;dict&#232;rent la Loi comme syst&#232;me de ses normes, cette Loi que la religion a pour mission de transmettre et de faire &#233;ternellement respecter. Qu'est-ce &#224; dire ? C'est que la soci&#233;t&#233; trouve son fondement &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me, c'est qu'elle n'est pas autofondatrice d'elle-m&#234;me : la fondation de la soci&#233;t&#233; primitive ne rel&#232;ve pas de la d&#233;cision humaine, mais de l'action des divins. Devant cette id&#233;e, d&#233;velopp&#233;e de fa&#231;on absolument originale par Marcel Gauchet, Birnbaum se d&#233;clare surpris : comme c'est surprenant, en effet, que la religion ne soit pas de l'opium, que le fait religieux, loin d'agir comme &#171; superstructure &#187; sur la soci&#233;t&#233; soit au contraire immanent &#224; l'&#234;tre social primitif, comme c'est surprenant que cette soci&#233;t&#233; doive se lire comme un fait social total ! &lt;br/&gt;
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Est-ce que Birnbaum-Lapierre, ap&#244;tre un peu retardataire des Lumi&#232;res, voit mieux maintenant ce qu'a de l&#233;gitime la parole du chef sauvage ? Ayant toute raison d'en douter, je le lui pr&#233;cise. Le discours du chef est l&#233;gitime &#224; dire la tradition (et, &#224; ce titre, il n'en a pas, bien s&#251;r, le monopole) &#8211; respectons les normes enseign&#233;es par les Anc&#234;tres ! Ne changeons rien &#224; l'ordre de la Loi ! &#8211;, il est l&#233;gitime &#224; dire la Loi qui fonde &#224; jamais la soci&#233;t&#233; comme un corps indivis&#233;, la Loi qui exorcise le spectre de la division, la Loi commise &#224; garantir la libert&#233; des hommes contre la domination. Titulaire du poste de porte-parole de la Loi ancestrale, le chef ne peut en dire plus ; il ne peut pas, sans courir les risques les plus graves, se poser en l&#233;gislateur de sa propre soci&#233;t&#233;, substituer la loi de son d&#233;sir &#224; la Loi de la communaut&#233;. &#192; quoi pourraient conduire, dans une soci&#233;t&#233; indivis&#233;e, le changement et l'innovation ? &#192; rien d'autre qu'&#224; la division sociale, &#224; la domination de quelques-uns sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Birnbaum peut bien, apr&#232;s cela, p&#233;rorer sur la nature oppressive de la soci&#233;t&#233; primitive ; ou encore sur ma conception organiciste de la soci&#233;t&#233;. Serait-ce qu'il ne comprend pas ce qu'il lit ? La m&#233;taphore de la ruche (m&#233;taphore et pas mod&#232;le) n'est pas de moi, mais des indiens Guayaki : ces irrationalistes se permettent en effet, contre toute logique, de se comparer &#224; une ruche lorsqu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du miel ! Ce n'est pas &#224; Birnbaum que &#231;a arriverait ; lui n'est pas po&#232;te, mais un savant qui a pour lui la froide Raison. Qu'il la garde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Birnbaum s'int&#233;resse aux conceptions organicistes de la soci&#233;t&#233;, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; la p. 11 de son essai, Birnbaum me d&#233;clare &#171; dans l'impossibilit&#233; de donner une explication sociologique de la naissance de l'&#201;tat &#187;. Mais voil&#224; qu'&#224; la p. 19, il semble que cette naissance &#171; puisse maintenant s'expliquer par un rigoureux d&#233;terminisme d&#233;mographique... &#187;. C'est, en somme, au choix du lecteur. Quelques pr&#233;cisions pourront guider ce choix. Effectivement je n'ai, jusqu'&#224; pr&#233;sent, jamais rien dit sur l'origine de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire sur l'origine de la division sociale, sur l'origine de la domination. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit l&#224; d'une question (fondamentale) de sociologie, et non de th&#233;ologie ou de philosophie de l'histoire. En d'autres termes, poser la question de l'origine rel&#232;ve de l'analytique du social : &#224; quelles conditions la division sociale peut-elle surgir dans la soci&#233;t&#233; indivis&#233;e ? Quelle est la nature des forces sociales qui conduisirent les sauvages &#224; accepter la division en ma&#238;tres et sujets ? Quelles sont les conditions de mort de la soci&#233;t&#233; primitive comme soci&#233;t&#233; indivis&#233;e ? G&#233;n&#233;alogie du &#8220;malencontre&#8221;, recherche du clinamen social qui ne peuvent, bien s&#251;r, se d&#233;velopper que dans l'interrogation de l'&#234;tre social primitif : le probl&#232;me de l'origine est strictement sociologique et ni Condorcet ni Hegel, ni Comte ni Engels, ni Durkheim ni Birnbaum, ne sont l&#224;-dessus d'aucun secours. Pour comprendre la division sociale, il faut partir de la soci&#233;t&#233; qui existait pour l'emp&#234;cher. Quant &#224; savoir si je puis ou non articuler une r&#233;ponse &#224; la question de l'origine de l'&#201;tat, je n'en sais encore trop rien, et Birnbaum encore moins. Attendons, travaillons, rien ne presse ! &lt;br/&gt;
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Deux mots maintenant &#224; propos de ma th&#233;orie de l'origine de l'&#201;tat : &#171; Un rigoureux d&#233;terminisme d&#233;mographique &#187; explique son apparition, me fait dire Birnbaum. Ce serait un vrai soulagement si l'on pouvait, d'une seule gambade, passer de la croissance d&#233;mographique &#224; l'institution de l'&#201;tat, on aurait le temps de s'occuper d'autre chose. Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. Substituer un mat&#233;rialisme d&#233;mographique au mat&#233;rialisme &#233;conomique ? La pyramide n'en resterait pas moins pos&#233;e sur sa pointe. Ce qui, en revanche, est certain, c'est qu'ethnologues, historiens et d&#233;mographes ont pendant tr&#232;s longtemps partag&#233; une certitude fausse : &#224; savoir que la population des soci&#233;t&#233;s primitives &#233;tait forc&#233;ment faible, stable, inerte. Des recherches r&#233;centes d&#233;montrent le contraire : la d&#233;mographie primitive &#233;volue et, le plus souvent, dans le sens de la croissance. J'ai, pour ma part, tent&#233; de montrer que, dans certaines conditions, le d&#233;mographique ne peut pas rester sans effets sur le sociologique, et que ce param&#232;tre-l&#224; doit, &#224; l'&#233;gal des autres (pas plus, mais pas moins), &#234;tre pris en compte si l'on veut d&#233;terminer les conditions de possibilit&#233; du changement dans la soci&#233;t&#233; primitive. De l&#224; &#224; une d&#233;duction de l'&#201;tat... &lt;br/&gt;
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Comme tout le monde, Birnbaum accueillait placidement ce qu'enseignait l'ethnologie : les soci&#233;t&#233;s primitives sont les soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat &#8211; sans organe s&#233;par&#233; de pouvoir politique. Fort bien. Prenant au s&#233;rieux, d'une part, les soci&#233;t&#233;s primitives et, d'autre part, le discours ethnologique sur ces soci&#233;t&#233;s, je me demande pourquoi elles sont sans &#201;tat, pourquoi le pouvoir n'y est pas s&#233;par&#233; du corps social. Et il m'appara&#238;t peu &#224; peu que cette non-s&#233;paration du pouvoir, que cette non-division de l'&#234;tre social tiennent non point &#224; un &#233;tat f&#339;tal ou embryonnaire des soci&#233;t&#233;s primitives, non point &#224; un inach&#232;vement ou &#224; une incompl&#233;tude, mais se rapportent &#224; un acte sociologique, &#224; une institution de la socialit&#233; comme refus de la division, comme refus de la domination : si les soci&#233;t&#233;s primitives sont sans &#201;tat, c'est parce qu'elles sont contre l'&#201;tat. Birnbaum, du coup, et bien d'autres avec lui, ne l'entendent plus de cette oreille. &#199;a les d&#233;range. Ils veulent bien du sans-&#201;tat, mais du contre-l'Etat, halte-l&#224; ! C'est un toll&#233;. Et Marx alors ? Et Durkheim ? Et nous ? On ne peut donc plus dig&#233;rer tranquillement ? Nous ne pourrions plus continuer &#224; raconter nos petites histoires ? Ah non ! &#199;a ne se passera pas comme &#231;a ! Bref. Il y a l&#224; un cas int&#233;ressant de ce que la psychanalyse nomme r&#233;sistance. On voit tr&#232;s bien &#224; quoi r&#233;sistent tous ces docteurs, et que la th&#233;rapeutique sera de longue haleine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est &#224; craindre que les lecteurs de Birnbaum ne se fatiguent d'avoir sans cesse &#224; choisir. En effet, l'auteur parle &#8211; p. 11 &#8211; de mon &#171; volontarisme qui &#233;carte toute explication structurelle de l'&#201;tat &#187;, pour constater &#8211; p. 20 &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt; que j'abandonne &#171; la dimension volontariste qui anime le &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; de La Bo&#233;tie... &#187;. Peu habitu&#233;, semble-t-il, &#224; penser logiquement, Birnbaum confond deux plans distincts de r&#233;flexion : un plan th&#233;orique et un plan pratique. Le premier s'articule autour d'une question historique et sociologique : quelle est l'origine de la domination ? Le second renvoie &#224; une question politique : que devons-nous faire pour abolir la domination ? Ce n'est pas ici le lieu d'aborder ce dernier point. Revenons donc au premier. Il me semble que Birnbaum n'a tout simplement pas lu mon bref essai sur La Bo&#233;tie : rien, bien s&#251;r, ne l'y oblige, mais pourquoi diable prendre alors la plume pour &#233;crire &#224; propos de choses dont il n'a pas la moindre id&#233;e ? Je me citerai donc, quant au caract&#232;re volontaire de la servitude et &#224; l'enjeu proprement anthropologique du &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; de La Bo&#233;tie : &#171; Et de n'&#234;tre pas d&#233;lib&#233;r&#233;e, cette volont&#233; recouvre d&#232;s lors sa v&#233;ritable identit&#233; : elle est le d&#233;sir &#187; (p. 237). Un &#233;l&#232;ve de terminale sait d&#233;j&#224; tout cela : que le d&#233;sir renvoie &#224; l'inconscient, que le d&#233;sir social renvoie &#224; l'inconscient social et que la vie socio-politique ne se d&#233;ploie pas seulement dans la comptabilit&#233; des volont&#233;s consciemment exprim&#233;es. Pour Birnbaum, dont les conceptions psychologiques doivent dater du milieu du XIXe si&#232;cle, la cat&#233;gorie de d&#233;sir, c'est sans doute le &#171; porno &#187;, tandis que la volont&#233;, ce serait la Raison. Je tente, pour ma part, de cerner le champ du d&#233;sir comme espace du politique, d'&#233;tablir que le d&#233;sir de pouvoir ne peut pas se r&#233;aliser sans le d&#233;sir inverse et sym&#233;trique de soumission ; j'essaie de montrer que la soci&#233;t&#233; primitive est le lieu de r&#233;pression de ce double mauvais d&#233;sir, et je me demande : &#224; quelles conditions ce d&#233;sir est-il plus puissant que sa r&#233;pression ? Pourquoi la communaut&#233; des &#233;gaux se partage-t-elle en ma&#238;tres et sujets ? Comment le respect de la Loi put-il c&#233;der &#224; l'amour de l'Un ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
N'approchons-nous pas de la v&#233;rit&#233; ? Il le semble. L'analyseur ultime de tout cela, ne serait-ce point la question de ce que l'on appelle le marxisme ? Il est exact que j'ai utilis&#233;, pour d&#233;crire l'anthropologie qui s'en r&#233;clame, l'expression (qui para&#238;t peiner Birnbaum) de &#171; mar&#233;cage marxiste &#187;. C'&#233;tait dans un moment d'excessive bienveillance. L'&#233;tude et l'analyse de la pens&#233;e de Karl Marx, c'est une chose, l'examen de tout ce qui s'affirme &#171; marxiste &#187; en est une autre. En ce qui concerne le &#171; marxisme &#187; anthropologique &#8211; l'anthropologie marxiste &#8211;, une &#233;vidence commence (lentement) &#224; se faire jour : ladite &#171; anthropologie &#187; se constitue au travers d'une double imposture. Imposture, d'une part, dans son affirmation effront&#233;e d'un quelconque rapport &#224; la lettre et &#224; l'esprit de la pens&#233;e marxienne ; imposture, d'autre part, dans son fanatique projet de dire &#171; scientifiquement &#187; l'&#234;tre social de la soci&#233;t&#233; primitive. Ils s'en moquent bien, les &#171; anthropologues marxistes &#187;, des soci&#233;t&#233;s primitives ! Elles n'existent m&#234;me pas pour ces th&#233;ologiens obscurantistes qui ne savent parler que de soci&#233;t&#233;s &#171; pr&#233;capitalistes &#187;. Rien fors le saint Dogme ! La Doctrine avant tout ! Avant, surtout, la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre social. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les sciences sociales (et notamment l'ethnologie) sont actuellement, on le sait, le th&#233;&#226;tre d'une puissante tentative d'investissement id&#233;ologique. Marxisation ! glapit une droite qui, finaude comme de coutume, a depuis longtemps perdu l'habitude de comprendre. Mais Marx, &#224; ce qu'il me semble, n'a pas grand-chose &#224; voir avec cette cuisine-l&#224;. Il voyait, quant &#224; lui, un peu plus loin que le nez d'Engels, il les voyait venir de loin les &#171; marxistes &#187; en b&#233;ton arm&#233;. Leur id&#233;ologie de combat, sombre, &#233;l&#233;mentaire, dominatrice &#8211; &#231;a ne lui parle pas &#224; Birnbaum, la domination ? &#8211;, on la reconna&#238;t sous ses masques interchangeables qui ont nom l&#233;ninisme, stalinisme, mao&#239;sme (ils ont l'air fin, depuis quelque temps, ses partisans !) : c'est cette id&#233;ologie de conqu&#234;te du pouvoir total &#8211; &#231;a ne lui dit rien &#224; Birnbaum, le pouvoir ? &#8211;, c'est cette id&#233;ologie de granit, dure &#224; d&#233;truire, que Claude Lefort a commenc&#233; &#224; perforer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Claude Lefort, Un homme en trop. R&#233;flexions sur L'Archipel du Goulag, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne serait-ce pas l&#224;, au bout du compte, le lieu &#224; partir duquel Birnbaum tente de parler &#8211; le mar&#233;cage o&#249; il a l'air d'avoir envie de barboter ? &#199;a ne serait pas &#224; cette entreprise-l&#224; qu'il veut apporter sa modeste contribution ? Et il ne craint pas, apr&#232;s cela, de me parler de libert&#233;, de pens&#233;e, de pens&#233;e de la libert&#233;. Il n'a pas froid aux yeux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quant &#224; ses espi&#232;gleries &#224; propos de mon pessimisme, des textes comme le sien ne sont s&#251;rement pas de nature &#224; me rendre optimiste. Mais je peux assurer Birnbaum d'une chose : je ne suis pas d&#233;faitiste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pierre CLASTRES&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;octobre 1976&lt;/i&gt;.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-111-877ea.jpg?1777798379' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#201;PONSE DE PIERRE BIRNBAUM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#192; poser des questions, on s'expose aux sarcasmes. Qu'il soit pourtant permis &#224; un &#171; ath&#233;e de banlieue &#187;, &#224; un &#171; ap&#244;tre un peu retardataire des Lumi&#232;res &#187; de garder raison devant le d&#233;ferlement actuel d'irrationalisme que provoquent de nouveaux gourous en mal de religiosit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comment Clastres peut-il affirmer que mon texte n&#233;glige &#171; la question du politique &#187; alors qu'explicitement il constitue tout entier, &#224; travers la critique d'une soci&#233;t&#233; de contrainte absolue, telle que celle des indiens Guayaki, un plaidoyer en faveur d'une autod&#233;termination qui ne peut s'effectuer qu'avec le concours de la raison ? Clastres voit tour &#224; tour dans mon article un &#171; &#233;crit anonyme &#187;, une r&#233;flexion anachronique qui se contente de prolonger celle de Durkheim, voire m&#234;me un texte qui &#171; parlerait &#187; au nom d'un marxisme m&#226;tin&#233; de terreur stalinienne. Disons en passant qu'il est surprenant de se faire traiter de stalinien parce qu'on a eu le malheur de s'inqui&#233;ter de l'aspect totalitaire que semblait rev&#234;tir une soci&#233;t&#233;. Pourquoi cette s&#233;rie de travestis et d'o&#249; lui viennent ces amalgames d'une autre &#233;poque ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Clastres refuse de voir le &#171; lieu &#187; d'o&#249; je tente de parler. Il se satisfait quant &#224; lui de cette contrainte absolue qui r&#232;gne chez les Guayaki et dont il cite lui-m&#234;me un grand nombre de redoutables exemples. Il faudrait, parce que ces Indiens ignorent l'&#201;tat et qu'ils font tout pour en emp&#234;cher la naissance, consid&#233;rer comme l&#233;gitime la coercition qui p&#232;se sur eux. Clastres reconna&#238;t explicitement qu'aucune libert&#233; ne leur est accord&#233;e par rapport aux normes collectives, que jamais ils n'ont la possibilit&#233; de prendre des distances, de critiquer, de raisonner, et que la soci&#233;t&#233; exerce donc &#171; un pouvoir absolu &#187; qui interdit toute &#171; autonomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Clastres, La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, op. cit., p. 180. Il serait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Clastres accepte sans peine que les Guayakis soient totalement priv&#233;s de ce que Gauchet appelle une &#171; autogestion th&#233;orique &#187;, notion que les r&#233;volt&#233;s du Goulag semblent, d'apr&#232;s Soljenitsyne cit&#233; par Lefort, retrouver spontan&#233;ment lorsqu'ils tentent de mettre un terme &#224; leur servitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lefort, op. cit., p. 236.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais le &#171; retour des Lumi&#232;res &#187; doit au contraire nous faire refuser qu'il n'y ait, comme le dit Pierre Clastres, &#171; de soci&#233;t&#233; que sous le signe d'une Loi &#8220;&#233;labor&#233;e&#8221; &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me &#187;. Si, comme Clastres le r&#233;p&#232;te avec insistance, la soci&#233;t&#233; &#171; n'est pas autofondatrice d'elle-m&#234;me &#187;, si c'est la religion qui fait &#171; &#233;ternellement respecter &#187; cette Loi que les hommes se voient imposer, que devient la libert&#233;, comment peut se manifester la r&#233;sistance &#224; la servitude ? D'autant plus que, dans la perspective de Clastres, cette derni&#232;re se fonde sur les &#171; d&#233;sirs &#187; respectifs des ma&#238;tres et des esclaves, &#171; d&#233;sir &#187; auquel il ne donne aucune origine sociale, alors que La Bo&#233;tie, lui, mettait bien en lumi&#232;re les processus par lesquels la soci&#233;t&#233; en venait &#224; organiser la servitude dont il estimait, malgr&#233; tout, que les hommes pourraient parvenir &#224; se lib&#233;rer. Refuser le caract&#232;re inn&#233; du d&#233;sir de servitude n'a pas grand-chose &#224; voir avec la &#171; pornographie &#187;. Voil&#224; d'ailleurs une soci&#233;t&#233; o&#249; Clastres avoue lui-m&#234;me n'avoir jamais entendu &#171; le moindre soupir d'abandon &#187;. Ce &#171; po&#232;te &#187;, qui sait se pr&#233;munir contre les &#171; froideurs &#187; de la raison, s'accommode fort bien de cette situation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En acceptant que la soci&#233;t&#233; ne trouve pas en elle-m&#234;me son propre fondement, Clastres ne peut cacher son adh&#233;sion au courant de pens&#233;e qui se r&#233;clame du traditionalisme. Et pourquoi accepte-t-il si ais&#233;ment le &#171; bon sens &#187; des sauvages qui se comparent eux-m&#234;mes spontan&#233;ment aux abeilles d'une ruche ? Pourquoi ne voit-il pas l&#224; l'illustration d'une pens&#233;e organiciste qui sert de &#171; formule politique &#187; &#224; une soci&#233;t&#233; de contrainte ? D'ailleurs, Clastres n'ose pas dire que ces sauvages n'ont aucune possibilit&#233; de s'&#233;panouir pour devenir de v&#233;ritables &#171; hommes riches &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Enfin, puisqu'il faut en revenir l&#224;, Clastres ne r&#233;pond &#224; aucune des questions qu'on a soulev&#233;es. Il ne s'explique nulle part sur son utilisation uniforme des concepts de pouvoir, d'autorit&#233; et de force (voir, par exemple, La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, pp. 174-176) ; il ne semble pas voir qu'un pouvoir demeure d'autant plus redoutable qu'il n'a m&#234;me pas besoin de s'exercer. Il ne veut pas imaginer que le pouvoir propre &#224; l'&#201;tat puisse ne pas se ramener seulement &#224; celui dont peut b&#233;n&#233;ficier une classe sociale. Clastres ne pr&#233;cise pas non plus comment il entend &#171; remettre Durkheim sur ses pieds &#187; alors qu'il accorde, par ailleurs, une importance d&#233;cisive, dans la transformation des soci&#233;t&#233;s primitives, &#224; la croissance d&#233;mographique qui les m&#232;nerait vers l'&#201;tat. Enfin, il ne justifie pas davantage le silence qu'il observe sur la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; des Guayakis, comme il refuse de s'interroger sur la profonde et tr&#232;s contraignante division des r&#244;les qui rend seule possible son fonctionnement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En pr&#233;f&#233;rant manier l'ironie et la d&#233;rision plut&#244;t que d'accepter de tenir compte de ces quelques interrogations, Pierre Clastres rompt le dialogue et se cantonne malheureusement dans les proc&#232;s d'intention.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pierre BIRNBAUM&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L255xH432/ill_der-fe8df.jpg?1777798379' width='255' height='432' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ligne sur &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acontretemps.org/spip.php?article1133&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Sur les origines de la domination politique : &#224; propos d'&#201;tienne de La Bo&#233;tie et de Pierre Clastres &#187;, &#171; Le retour des Lumi&#232;res &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de science politique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1977, XXVII, pp. 22 et 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Revue d'histoire des facult&#233;s de droit&lt;/i&gt;, n&#176; 14, janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Revue d'histoire des facult&#233;s de droit&lt;/i&gt;, n&#176; 14, janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf&lt;/i&gt;., par exemple, &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187; &lt;i&gt;in : Interrogations, revue internationale de recherche anarchiste&lt;/i&gt;, juin 1976, pp. 3-9. &lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; aussi ma pr&#233;face au livre de Sahlins, &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge abondance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Birnbaum s'int&#233;resse aux conceptions organicistes de la soci&#233;t&#233;, il devrait lire Leroi-Gourhan &#8211; &lt;i&gt;Le Geste et la Parole&lt;/i&gt; &#8211; ; il sera combl&#233;. Une devinette, d'autre part : en Am&#233;rique du Sud, les Blancs se nomment eux-m&#234;mes racionales [rationnels]. Par rapport &#224; qui ? !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Claude Lefort, &lt;i&gt;Un homme en trop. R&#233;flexions sur L'Archipel du Goulag&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Clastres, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 180. Il serait int&#233;ressant de comparer de mani&#232;re syst&#233;matique &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;. L&#233;vi-Strauss montre lui aussi que chez les Nambikwaras, le chef ne peut utiliser la contrainte, mais son pouvoir n'en est pas moins r&#233;el alors qu'il demeure inexistant, dans les p&#233;riodes normales, chez les Guayakis. De plus, il trouve son fondement dans le consentement des Indiens, concept que Clastres n'utilise jamais et sur lequel L&#233;vi-Strauss insiste &#224; plusieurs reprises en montrant que les philosophes du XVIIIe si&#232;cle, et en particulier Rousseau, utilisaient eux aussi pour fonder la l&#233;gitimit&#233; une soci&#233;t&#233; rationnelle. Voir &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;, Paris, Union g&#233;n&#233;rale &#233;dition, 10/18, 1955, pp. 276-282.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Lefort, op. cit., p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Politique de l'ADN</title>
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&lt;p&gt;Victoire ! J'ai r&#233;ussi &#224; obliger &#171; la direction &#187; &#224; me changer de logo, et, donc, d'identit&#233;. Parce que, franchement, Louis XIV en jupette minaudant &#224; l'adresse de tout ce qui bouge ! Il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie la royaut&#233; et l'&#201;tat avec, notamment son actionnariat identitaire. C'est choses-l&#224; &#233;tant dites, j'ai pr&#233;vu de vous partager ici quelques vues sur le &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher. Mais voil&#224; que j'ai &#224; peine fini ma ligne que la direction me hurle &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-bc3bb.jpg?1777798379' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2798 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/politique_de_l_adn_bab_-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 353.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Victoire ! J'ai r&#233;ussi &#224; obliger &#171; la direction &#187; &#224; me changer de logo, et, donc, d'identit&#233;. Parce que, franchement, Louis XIV en jupette minaudant &#224; l'adresse de tout ce qui bouge ! Il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie la royaut&#233; et l'&#201;tat avec, notamment son actionnariat identitaire.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est choses-l&#224; &#233;tant dites, j'ai pr&#233;vu de vous partager ici quelques vues sur le &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher. Mais voil&#224; que j'ai &#224; peine fini ma ligne que la direction me hurle &#224; l'oreille que &#171; vous partager &#187; serait un anglicisme. Je ne suis pas sourde ! Pas comme ces vieux &lt;i&gt;has been&lt;/i&gt; qui n'ont jamais mis le d&#233;but de leur nez dans une messagerie et pr&#233;tendent pourtant d&#233;tenir la v&#233;rit&#233;. Car, &#171; vous partager &#187; n'a rien d'un anglicisme, il faut vraiment tout leur expliquer. T'es sur Facebook par exemple, tu mets une photo sur ton mur virtuel et tu veux la partager. Mais non, cr&#233;tin ! &#199;a ne veut pas dire que je veux la d&#233;chirer en plusieurs morceaux ! &#171; Je vous partage une photo de Louis XIV &#187; est bien la formulation correcte, puisque ce n'est pas moi qui vais la faire partager : c'est Facebook. C'est lui qui fait le boulot &#8211; l'action est sous-tendue par le verbe &#171; faire &#187; &#8211;, et en plus c'est gratuit. J'accorde &#224; la direction qu'ici on n'est pas sur Facebook, mais bon, il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie les vieux principes &#233;cul&#233;s et les directions. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bon alors, est-ce que je vais enfin pouvoir parler du &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher ? Ben nan, c'est foutu, en gros c'est la guerre, parce que la direction vient tout juste de m'insulter en ces termes : &#171; Ranges tes parties, &#231;a va grave chauffer l&#224; ! &#187; Sont peut-&#234;tre pas si vieux l&#224;-haut, finalement ? N'emp&#234;che qu'au bout du compte, ils ne me laissent pas le choix puisqu'il ne reste plus rien, sauf &#224; parler du logiciel. Et, l&#224;, c'est vraiment chiant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je fais une pause, car cette chronique devient dangereusement scatologique et je commence &#224; me poser des questions : d'o&#249; vient que la direction est capable de r&#233;agir, &#224; peine une ligne &#233;crite ? Dieu logerait-il dans mon ordinateur ? Cette id&#233;e est flippante en fait. Donc je pars faire un tour et voil&#224; ce qui m'est arriv&#233; (temporalit&#233; de &lt;i&gt;feedback&lt;/i&gt;). J'ai bien un Pass Navigo, des fois que je sois trop charg&#233;e ou qu'il y ait des contr&#244;leurs en vue, mais je ne m'en sers pratiquement jamais. J'&#233;tais donc entr&#233;e tranquille &#224; la station Gambetta, en poussant fort sur les portillons vitr&#233;s, mais au changement, &#224; R&#233;publique, les contr&#244;leurs &#233;taient dispos&#233;s en brochette en travers du couloir, pas moyen de les &#233;viter. Je prends la mine press&#233;e de quelqu'un qui doit aller conclure sa chronique et je lui tends mon Pass. Il plonge sur l'&#233;cran de sa d&#233;codeuse &#224; bip, et l&#224;, miracle, il me laisse passer, alors que &#231;a fait au moins deux mois que je n'ai pas point&#233;. Donc, suivez bien : le schmilblick loge entre l'&#233;cran de la d&#233;codeuse &#224; bip et le regard trop rapide de celui qui d&#233;code. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Cr&#233;tins d'humains ! Un robot contr&#244;leur, lui, ne s'y serait pas laiss&#233; prendre ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; peine rentr&#233;e chez moi, voil&#224; ce que j'ai pu lire, ici m&#234;me, sur cette ligne : &#171; T'as les neurones coll&#233;s ou quoi ? Me traiter de cr&#233;tin &#224; propos d'une photo de Louis XIV, puis faire de cette insulte une v&#233;rit&#233; universelle bas&#233;e sur les contr&#244;leurs du m&#233;tro ! Tu te prends pour qui, l&#224; ? Je te rappelle que ce site a de s&#233;rieuses affinit&#233;s anarchistes, on ne va pas se laisser confondre avec des salopards. Et puis, une photo de Louis XIV, on se demande vraiment o&#249; tu vas chercher tes exemples ! De toute fa&#231;on, saches-le bien, ton billet est en passe d'&#234;tre p&#233;rim&#233;, parce qu'on croyait que &#231;a pourrait &#234;tre amusant d'avoir une queer qui nous livre ses vues sur le monde, mais si c'est pour nous parler du &#171; logiciel de ton parti &#187; ou de l'ADN des &#171; syst&#232;mes de management &#187; tout en prenant la mine sup&#233;rieure de qui a tout compris, on n'en a d&#233;j&#224; grave marre en fait. Je te pr&#233;viens, la partie n'est pas loin d'&#234;tre jou&#233;e. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Merde, si je me fais virer, c'est comment que je fais pour bouffer ? C'est s&#251;r que &#231;a rapporte pas gros leur site, mais, par les temps qui galopent, c'est toujours &#231;a de pris. J'ai commenc&#233; &#224; flipper ma race, donc j'ai laiss&#233; passer une bonne semaine, il me fallait au moins &#231;a pour me recoller les morceaux. J'ai gamberg&#233; comme jamais je crois, et voil&#224; ce que j'ai envoy&#233; &#224; la direction : &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Le patron est commun&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Et puis vire-moi si tu veux, mais j'en ai marre d'&#234;tre trait&#233;e de totalitaire au pr&#233;texte que j'aurais invent&#233; la notion d'identit&#233; ! Attends, le prends pas mal, laisse-moi parler, merde ! C'est pas toi que j'&#233;pingle en titre, car je ne sache pas que tu sois couturi&#232;re, or c'est pr&#233;cis&#233;ment de &#231;a dont il est question. Le &#171; patron &#187;, c'est comme un mod&#232;le, &#231;a se plaque sur les tissus et t'en tires des fringues en s&#233;rie, si tu veux. Donc, &#231;a commence avec le patron capitaliste, &#233;videment, c'est lui le costume ma&#238;tre, et son mod&#232;le, celui qui s'applique au reste, c'est le cycle infini des gains de productivit&#233; et des profits. C'est comme un man&#232;ge qui ne devrait jamais s'arr&#234;ter, &#231;a tourne dans le temps ad libidum, comme toute la surproduction de produits d&#233;j&#224; bons &#224; jeter ou l'am&#233;lioration continue ou la formation tout au long de la vie, tous ces trucs avec lesquels on ne cesse de nous casser les burnes au boulot. L'id&#233;al de ce patron, c'est l'universalisme de la comp&#233;tition. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ne me dis pas que t'&#233;tais d&#233;j&#224; au courant, tout le monde le sait, et c'est une tr&#232;s vieille histoire. Comme la biologisation devenue efficace, ces d&#233;lires conqu&#233;rants et meurtriers objectiv&#233;s par la puret&#233; de la race &#8211; ceux, en particulier, de la Shoah. Il s'agissait d'un point ultime d'aboutissement de ce qu'avaient &#233;t&#233; les modalit&#233;s de justification du racisme, du g&#233;nocide des Am&#233;rindiens, des exactions esclavagistes et coloniales, etc. La biologisation &#233;tait alors un moyen &#171; objectif &#187; de hi&#233;rarchiser les &#171; races &#187;, en se pla&#231;ant au sommet. Mais, depuis, la Seconde Guerre mondiale est pass&#233;e par l&#224;, et le &#171; plus jamais &#231;a &#187; a pos&#233; un tabou sur cette diff&#233;renciation hi&#233;rarchisante. Un peu plus tard, on a appris que l'ADN est universel. L'id&#233;al de ce patron-l&#224;, c'est l'universalisme biologique : tous &#233;gaux, humains et non-humains, v&#233;g&#233;taux, etc. Soit tout un humanisme recycl&#233; en th&#233;ories contemporaines du Vivant qui font de gros budgets et d&#233;partements universitaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'ADN universel est certes une tr&#232;s bonne nouvelle dans l'absolu, mais pourquoi cela devrait-il en &#234;tre une, dans quel contexte politique ? La question semble idiote, parce que, vraiment, on ferait de la politique avec la biologie ? Laissons cela de c&#244;t&#233; et poursuivons du c&#244;t&#233; des patrons. &#199;a te dit quelque chose les r&#233;seaux de neurones formels ? Non ? Reste l&#224;, ne t'en vas pas relire un extrait de po&#233;tique reclusienne au pr&#233;texte que tout le fatras informatique t'emmerde. Allez, reste pour une fois, et je te file une minute de divertissement gratos. Lis un peu comment &#231;a causait dans les temps recul&#233;s, donc avant que ChatGPT ne fasse p&#233;ter la baraque. Il s'agit d'une exp&#233;rience faite dans le domaine de l'IA, en 2012, entre chercheurs rivaux dans le domaine de la vision par ordinateur. Les tenants des r&#233;seaux de neurones, qui vont gagner la partie, nous la racontent comme &#231;a : &#171; Et le mec, il arrive avec une grosse bo&#238;te noire de deep&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Apprentissage profond &#187; en fran&#231;ais.&#8211; NDLR.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il a 100 millions de param&#232;tres dedans, il a entra&#238;n&#233; &#231;a et il explose tout le domaine. Les autres lui demandent : &#171; &#171; Est-ce que vos mod&#232;les sont invariants si l'image bouge ? &#187; Le gars, il a m&#234;me pas compris la question ! Donc c'est Yann qui r&#233;pond : &#171; Alors, ces mod&#232;les sont invariants parce que... &#187; et il est trop content parce que, l&#224;, Fei Fei lui demande : &#171; Mais Yann, est-ce que ces mod&#232;les sont fondamentalement diff&#233;rents des mod&#232;les que tu as invent&#233;s dans les ann&#233;es 1980 ? &#187; Et, l&#224;, Yann il peut dire : &#171; Nan, c'est exactement les m&#234;mes, et on a gagn&#233; toutes les comp&#233;titions avec !&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de V., chercheur en vision par ordinateur, cit&#233; par Dominique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ben la comp&#233;tition, y'a que &#231;a de vrai ! Et, je n'entre pas dans les d&#233;tails, mais patrons et mod&#232;les ne sont pas loin de s'&#233;quivaloir. Du coup, l'universalisme de l'ADN et l'universalisme bio-informationnel virtualis&#233; dans les r&#233;seaux de neurones formels font de tr&#232;s bonnes politiques. Sur le versant biologique, c'est la porte ouverte aux trop bien connus radicalismes de la puret&#233;, qu'elle soit raciale, sexuelle ou de genre, voire &#233;cologique ; sur le versant informationnel, c'est la porte ouverte aux radicalismes acc&#233;l&#233;rationistes et transhumanistes. Dans les deux cas, la logique pure s'applique, celle de la hi&#233;rarchisation par crit&#232;res et de l'&#233;viction. Au fait, &#231;a te dit quelque chose l'identit&#233; biologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La biologie, qui &#233;tudie le monde vivant, utilise le concept d'identit&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou num&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wikipedia, au moins, me comprend : &#171; L'identit&#233; num&#233;rique (&#171; IDN &#187;) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; On n'en est pas l&#224; encore, mais vu que les versions miniaturis&#233;es des moyens de production sont dans nos poches et sur l'ordi &#224; partir duquel je t'&#233;cris, et que &#231;a commence &#224; faire un moment qu'on est un paquet &#224; avoir grandi avec&#8230; S&#251;r qu'avec le portable d&#232;s la naissance on va bient&#244;t pouvoir r&#226;ler que tous les jeunes sont des cr&#233;tins qui ont laiss&#233; perdre leurs moyens d'&#233;mancipation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Mais, reprenons&#8230; Dans le contexte de sa virtualisation informationnelle, l'universalisme bio fait fi de la complexit&#233; humaine effective, laquelle n'est pas strictement biologique, car &#224; la diff&#233;rence des machines et des animaux, bien des humains font, par exemple, de la politique&#8230; Nombreux sont ceux qui, s'ils sont encore vivants sous les bombes, en savent quelque chose. Donc, pour conclure, l'universalisme de la concurrence et de la consommation n'est plus seul &#224; mettre le paquet pour nous cr&#233;tiniser. Ainsi, nul besoin de m'excuser, puisque l'insulte que je t'ai adress&#233;e me concerne moi aussi, logiquement, tout autant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tu n'es pas convaincu ? En fait, je n'arriverai pas &#224; te convaincre, parce que &#231;a demanderait tout un livre pour montrer comment les machines fonctionnent de fa&#231;on bio-informationnelle, et encore comment les m&#234;mes patrons sont utilis&#233;s pour nous faire bosser, et encore, comment ce sont les m&#234;mes que ceux de la gouvernance et les m&#234;mes que ceux de l'&#233;conomie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La gouvernance en question nous casse les parties &#8211; m&#234;me politiques (recycl&#233;s en &#171; logiciel du parti &#187;) &#8211; depuis bient&#244;t un demi-si&#232;cle. Donc me faire la guerre de l'identit&#233; quand ce sont les &#201;tats qui les instrumentalisent pour mieux les hi&#233;rarchiser, les contr&#244;ler et r&#233;primer des boucs &#233;missaires, c'est comme de dire que le pr&#233;tendu &#171; wokisme &#187; serait responsable de tous les maux de la Terre, et que ce serait donc avantageux qu'on continue &#224; se foutre sur la gueule toi et moi, tandis que, sur T&#233;h&#233;ran, c'est jusqu'&#224; la pluie qui a &#233;t&#233; transform&#233;e en p&#233;trole. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je t'embrasse, et n'oublie pas mon ch&#232;que, je suis grave dans la d&#232;che l&#224;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L312xH416/ill__babaly_inversee-2-5280a.jpg?1777798379' width='312' height='416' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Apprentissage profond &#187; en fran&#231;ais.&#8211; NDLR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview de V., chercheur en vision par ordinateur, cit&#233; par Dominique Cardon et all., &lt;i&gt;La Revanche des neurones. L'Invention des machines inductives et la controverse de l'intelligence artificielle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;R&#233;seau&lt;/i&gt;, n&#176; 211 (2018), &#201;ditions la D&#233;couverte, consultable sur CAIRN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La biologie, qui &#233;tudie le monde vivant, utilise le concept d'identit&#233; &#224; de multiples &#233;chelles. Cette notion intervient au niveau des organismes, des cellules, des organes qui les composent, mais aussi au niveau des colonies d'organismes, des esp&#232;ces ou des &#233;cosyst&#232;mes. &#187; Virginie Courtier et Alexandre Peluffo, &lt;i&gt;L'Identit&#233; en biologie : une notion qui s'applique &#224; diverses &#233;chelles&lt;/i&gt; (voir &lt;a href=&#034;http://www.normalesup.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.normalesup.org&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wikipedia, au moins, me comprend : &#171; L'identit&#233; num&#233;rique (&#171; IDN &#187;) est d&#233;finie comme un lien technologique entre une entit&#233; r&#233;elle (personne, organisme ou entreprise) et des entit&#233;s virtuelles (sa ou ses repr&#233;sentations num&#233;riques). Elle permet l'identification de l'individu en ligne ainsi que la mise en relation de celui-ci avec l'ensemble des communaut&#233;s virtuelles pr&#233;sentes sur le Web. L'identit&#233; num&#233;rique est non seulement construite par l'entit&#233; r&#233;elle ou le &#171; Sujet &#187;. Mais elle est aussi grandement influenc&#233;e par le rapport qu'entretient ce dernier &#224; autrui de m&#234;me qu'&#224; la soci&#233;t&#233;. &#187; Voir [[&lt;i&gt;Identit&#233; num&#233;rique&lt;/i&gt;-&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_num%C3%A9rique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_num%C3%A9rique&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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