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	<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>Landauer, philosophe</title>
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&lt;p&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187; Gustav Landauer Scepticisme et mystique (1903) &#9632; GUSTAV LANDAUER Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin. Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Gustav Landauer&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903)&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; GUSTAV LANDAUER&lt;br/&gt;
Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI&lt;br/&gt;
Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, &lt;br/&gt;
Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, &lt;br/&gt;
Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. &lt;br/&gt;
Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. &lt;br/&gt;
Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2811 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/landauer_philosophe.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 484.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav Landauer (1870-1919) commence peu &#224; peu &#224; nous parvenir dans toute sa profondeur et toute sa complexit&#233;. De ce socialiste libertaire allemand, on ne retenait souvent que le r&#244;le qu'il joua dans l'&#233;ph&#233;m&#232;re R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re et sa mort tragique dans la r&#233;pression sauvage de celle-ci, son assassinat par les soldats des Corps francs dans la cour d'une prison, sans aucune autre forme de proc&#232;s. Pourtant, Landauer fut aussi et surtout une des figures les plus &#233;minentes, m&#234;me si controvers&#233;e, de l'anarchisme, &#224; partir des ann&#233;es 1890 jusqu'aux ann&#233;es de la Grande Guerre, et sans doute une des plus originales. En France, il fut timidement red&#233;couvert, air du temps oblige, dans les ann&#233;es qui suivirent le beau printemps de 1968. Cela &#233;tait d&#251; surtout &#224; l'initiative du courant dit conseilliste, et de ceux qui s'en sentaient proches. D&#233;j&#224;, en avril 1968, les &lt;i&gt;Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils&lt;/i&gt; offraient une traduction par Maximilien Rubel du texte &#171; Les douze articles de la Ligue socialiste &#187; (1908) qui r&#233;sument les principes et les buts de la nouvelle organisation fond&#233;e alors par Landauer aux c&#244;t&#233;s, entre autres, d'Erich M&#252;hsam et de Martin Buber. En 1974, les &#201;ditions Champ libre publiaient une traduction de &lt;i&gt;La R&#233;volution&lt;/i&gt; (1907), ouvrage o&#249; Landauer expose une singuli&#232;re conception de l'histoire, teint&#233;e d'ironie, comme une succession de phases topiques et de phases utopiques. Mais il a fallu attendre le d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour voir un v&#233;ritable regain d'int&#233;r&#234;t pour les &#233;crits de cet anarchiste atypique : publication en 2007 du c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Appel en faveur du socialisme&lt;/i&gt; dans la revue &lt;i&gt;(Dis)continuit&#233;&lt;/i&gt; ; publication en 2008 de &lt;i&gt;La Communaut&#233; par le retrait et autres essais&lt;/i&gt;, puis en 2009 d'Un appel aux po&#232;tes et autres essais, par les &#201;ditions du Sandre ; enfin, en 2014, publication d'un num&#233;ro du bulletin de critique bibliographique &lt;i&gt;&#192; Contretemps&lt;/i&gt; enti&#232;rement consacr&#233; &#224; Landauer, r&#233;&#233;dit&#233; conjointement avec les &#201;ditions de l'&#233;clat en 2018 sous le titre &lt;i&gt;Gustav Landauer, un anarchiste de l'envers&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plus r&#233;cemment, c'est le travail du professeur de philosophie Anatole Lucet qui nous a ouvert un horizon plus large sur la pens&#233;e de Landauer, avec la parution de son ouvrage &lt;i&gt;Communaut&#233; et r&#233;volution chez Gustav Landauer&lt;/i&gt; (Klincksieck, 2023). Traducteur &#233;galement, avec Jean-Christophe Angaut, de l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt; (La Lenteur, 2019), Lucet est parvenu ainsi &#224; mettre une lumi&#232;re nouvelle sur ce penseur dont il faut bien d&#233;sormais reconna&#238;tre la qualit&#233; de philosophe &#224; c&#244;t&#233; de celle de politique. Aussi n'est-ce pas une mauvaise surprise de d&#233;couvrir aujourd'hui que ce soit une revue philosophique &#8211;&#8239;et non la moindre, puisqu'il s'agit des tr&#232;s s&#233;rieux &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, publi&#233;s aux &#233;ditions Vrin&#8239;&#8211; qui vienne lui consacrer un num&#233;ro sp&#233;cial, coordonn&#233; par Anatole Lucet et Mich&#232;le Cohen-Halimi. Car, &#224; la lecture de ce num&#233;ro, nous avons bien l'impression que cette reconsid&#233;ration de l'&#339;uvre de Landauer dans sa dimension philosophique enrichit notre compr&#233;hension de son &#339;uvre politique. Y appara&#238;t &#233;galement tout un ensemble de r&#233;flexions qui nous permet d'entrevoir le lien &#233;troit qui se tisse entre philosophie et politique, lien si n&#233;glig&#233; ordinairement dans les milieux militants, plus emport&#233;s par l'activisme que par le travail intellectuel. C'est avant tout la question de l'esprit qui se pose d&#233;sormais de fa&#231;on urgente, dans notre ici et maintenant, comme elle se posait dans l'&#233;poque v&#233;cue par Landauer. Comme l'&#233;crit Nathalie Chouchan, dans l'&#233;ditorial de ce num&#233;ro des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &#171; les situations &#233;conomiques et politiques auxquelles Landauer a &#233;t&#233; confront&#233; au cours de son existence nous ont &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;es par l'histoire, et elles se r&#233;actualisent sous nos yeux : le danger d'un autoritarisme d'&#201;tat et la menace d'une coalition des autoritarismes, le p&#233;ril des guerres imp&#233;rialistes mondialis&#233;es, la tr&#232;s grande in&#233;galit&#233; de r&#233;partition des propri&#233;t&#233;s et des richesses &#224; l'&#233;chelle nationale et mondiale sont autant de configurations qui, hier comme aujourd'hui, poussent &#224; la recherche d'alternatives politiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; 183, Gustav (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, dans l'optique de cette recherche, n'est-il pas en effet inutile de faire retour sur l'exigence landauerienne d'une mise en action de l'esprit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De ce num&#233;ro, riche en mati&#232;res, des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, il est difficile d'extraire un article qui ne serait d'aucun d'int&#233;r&#234;t. Si je veux mettre l'accent principalement sur trois d'entre eux, c'est seulement pour souligner l'importance qu'il me semble que nous devons accorder &#224; la dimension philosophique de la pens&#233;e de Landauer, et non pour occulter ses autres aspects. Ainsi, je me contenterai de signaler que la revue en question aborde &#233;galement, car difficilement s&#233;parables de la r&#233;flexion philosophique proprement dite, les positions politiques de ce penseur. L'article de Franck Lemonde se penche, avec intelligence et sensibilit&#233;, sur le pacifisme et l'antimilitarisme de Landauer, tout en montrant le dilemme auquel il fut confront&#233; quand surgit l'heure de la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sylvaine Bulle livre des r&#233;flexions f&#233;condes, entre sociologie et philosophie, sur l'actualit&#233; politique de la pens&#233;e de Landauer dans les courants &#233;cologistes et anarchistes actuels, m&#234;me si, parfois, l'influence peut para&#238;tre exag&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En r&#233;ponse &#224; un questionnaire &#233;labor&#233; par Anatole Lucet, Louis Janover nous fait part d'une certaine r&#233;sonance entre le Marx &#171; critique du marxisme &#187;, tel que Rubel l'avait envisag&#233;, et Landauer lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aur&#233;lien Berlan, quant &#224; lui, offre une int&#233;ressante recension de l'ouvrage de Landauer, &lt;i&gt;Coop&#233;ratives et &#233;mancipation&lt;/i&gt;, r&#233;cemment paru aux &#233;ditions Nada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, il faut aussi mentionner la pr&#233;sence de deux textes, in&#233;dits en fran&#231;ais, de Landauer, ainsi qu'un autre, non moins in&#233;dit, de D&#246;blin sur Landauer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans tous ces articles, la philosophie a bien entendu toute sa part, mais n'y appara&#238;t pas r&#233;ellement comme un motif central, plut&#244;t comme la question de ce que la philosophie se r&#233;v&#232;le essentielle pour une politique r&#233;volutionnaire digne de ce nom. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'article qui ouvre ce num&#233;ro sp&#233;cial, Anatole Lucet aborde cette question en montrant comment Landauer avait envisag&#233; son rapport &#224; la philosophie, celle qu'il nommait &#171; ma bien-aim&#233;e de toujours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit tout d'abord d'une passion acquise d&#232;s les ann&#233;es de lyc&#233;e, o&#249; il d&#233;couvre Schopenhauer, Spinoza et Fichte. Une passion qui l'am&#232;ne rapidement &#224; la lecture des auteurs classiques qui lui deviennent familiers, mais aussi de contemporains comme Nietzsche dont l'influence sera de toute premi&#232;re importance pour l'&#233;volution de sa pens&#233;e. Mais cette passion ne se traduit pas chez lui en vocation acad&#233;mique ; on le sait, Landauer, d&#232;s 1892, se tourne r&#233;solument vers les activit&#233;s d'une politique subversive, au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;, un an plus tard, comme &#171; l'agitateur le plus important du mouvement r&#233;volutionnaire radical [...] dans l'Allemagne tout enti&#232;re &#187;, selon un rapport de police. Mais si la philosophie passe d&#233;sormais au second plan dans ses pr&#233;occupations, elle ne le quittera jamais r&#233;ellement. Tout le propos de l'article de Lucet tend &#224; le souligner. Mieux, il met en &#233;vidence le lien ind&#233;fectible entre socialisme et philosophie dans la pens&#233;e de Landauer. En t&#233;moigne un article de 1893 intitul&#233; &#171; La philosophie outrag&#233;e &#187; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e d'un n&#233;cessaire travail d'&#233;veil des consciences pour rendre possible le changement social, &#224; l'encontre de la conception des doctrinaires marxistes du moment qui consid&#232;rent ce changement d&#233;pendant avant tout des &#171; conditions objectives &#187;. Pour eux, &#224; quoi cela peut-il servir de philosopher quand on poss&#232;de d&#233;j&#224; la certitude &#171; scientifique &#187; de la n&#233;cessaire victoire du socialisme dans un avenir plus ou moins proche ? S'y ajoute assur&#233;ment un m&#233;pris assez enracin&#233; envers les activit&#233;s de l'esprit, qui d&#233;passe le milieu proprement marxiste. &#171; C'est donc pour lutter contre cette disposition d'esprit &#233;triqu&#233;e et obtuse qui n'est le propre d'aucune classe sociale &#8211; le &#8220;philistinisme&#8221; &#8211; que Landauer affirme en conclusion de son article, contre tous les adversaires de la pens&#233;e : &#8220;Il faut donc continuer &#224; philosopher &#8211; malgr&#233; tout !&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anatole Lucet, &#171; Trotz alledem ! Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br/&gt;
Certes, on trouve aussi chez Landauer une certaine critique de la philosophie, mais qui se rapporte plut&#244;t &#224; la philosophie comme discours de la raison, donc pr&#233;tendant &#224; la scientificit&#233;. Prise en cette signification, la philosophie ne peut rendre compte de toute la richesse des r&#233;alit&#233;s humaines. Son langage n'atteint pas la qualit&#233; &#233;vocatrice et suggestive de la parole po&#233;tique qui, sans user de concepts, permet &#171; d'exprimer quelque chose du monde que seule l'intuition pouvait jusqu'alors saisir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 18.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette critique de la philosophie se donne ainsi pour t&#226;che d'en montrer les limites : les concepts ne peuvent pas embrasser toute la r&#233;alit&#233;. Mais si, &#171; pour la vie, il faut parfois accepter de &#8220;vivre d'une mani&#232;re non-philosophique&#8221; (Landauer, lettre &#224; F. Mauthner du 8 avril 1902) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 19.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Landauer ne tombe pas pour autant dans un anti-intellectualisme pseudo-romantique, et il faut voir dans sa d&#233;fense de la po&#233;sie l'intuition d'une possible compl&#233;mentarit&#233; de celle-ci avec la philosophie. Plus s&#233;v&#232;re est sa critique de la mis&#232;re philosophique colport&#233;e par ceux de ses contemporains qui se pr&#233;tendent philosophes et qui ne sont, &#224; ses yeux, que de vulgaires beaux parleurs. La philosophie &#171; n'est pas qu'une affaire de posture pour Landauer : elle se doit de r&#233;pondre &#224; un besoin intime et profond, &#224; une v&#233;ritable n&#233;cessit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 20.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il l'&#233;crit dans une lettre &#224; son ami Mauthner, le 28 novembre 1918, &#171; ce n'est pas pour l'&#233;cole que nous avons appris Spinoza, mais pour la vie &#187;. Mais, l&#224; aussi, il faut entendre comment la philosophie est consid&#233;r&#233;e comme une affaire autrement s&#233;rieuse que celle d'un passe-temps pour &#233;rudits. Elle est ce qui donne &#224; chaque individu le pouvoir de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me, pr&#233;alable indispensable &#224; toute &#233;mancipation collective authentique. &#171; Condition n&#233;cessaire au surgissement de nouveaux rapports entre les &#234;tres humains, l'activit&#233; philosophique joue donc un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant pour la mise en action de l'esprit, qui est &#224; la fois esprit singulier et esprit commun. Face &#224; la complexit&#233; du monde &#8211; ce constat est-il moins actuel ? &#8211;, il convient de garder l'intelligibilit&#233; comme boussole. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 26.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sous un autre angle, l'article de Jean-Christophe Angaut ne dit finalement pas autre chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son propos se concentre sur le rapport de Landauer &#224; Hegel. &#192; bien des &#233;gards, celui-ci se traduit par un anti-h&#233;g&#233;lianisme, plut&#244;t dans l'air du temps, issu sans doute de l'influence de la pens&#233;e nietzsch&#233;enne. On devine &#233;galement que cet anti-h&#233;g&#233;lianisme est &#171; peut-&#234;tre d'abord un anti-marxisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Angaut se demande si cela ne doit pas &#233;galement &#171; &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve de r&#233;f&#233;rences positives au &lt;i&gt;jeune h&#233;g&#233;lianisme&lt;/i&gt; qu'on trouve chez Landauer : ce courant constitue-t-il le cha&#238;non manquant entre Hegel et Landauer, permettant d'expliquer certaines proximit&#233;s conceptuelles entre les deux auteurs, ou bien ne doit-on pas se poser &#224; propos des auteurs de ce courant les questions qu'on se pose &#224; propos du rapport de Landauer &#224; l'h&#233;g&#233;lianisme ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et, de fait, Angaut remarque fort justement &#8211; et il me semble que cette remarque pointe en direction d'une r&#233;flexion primordiale &#8211; que Landauer et Hegel ont ceci de commun : &#171; la centralit&#233; qu'occupe dans leurs pens&#233;es respectives la notion d'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, comme il le rappelle, &#171; dans l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, l'esprit est [...] d&#233;sign&#233; comme &#8220;saisie du tout dans un universel vivant, [...] mise en lien (Verbindung) de ce qui est s&#233;par&#233;, des choses, des concepts comme des &#234;tres humains&#8221;, ce qui indique en outre que, comme chez Hegel, il n'est pas seulement de l'ordre de la pens&#233;e mais constitue aussi une structure du r&#233;el. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 30.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'esprit est immanent &#224; la vie, il est &#171; aussi n&#233;cessaire &#224; la vraie pens&#233;e qu'&#224; la vraie vie &#187;, il cr&#233;e &#171; la vie partag&#233;e, la communaut&#233;, l'union et la guilde &#187;, il est &#171; dans la vie de tout ce qui vit, &#224; travers tous les r&#232;gnes de la nature, le lien des liens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ceci ne fait &#233;videmment pas de Landauer un h&#233;g&#233;lien, mais laisse bien poindre que sa critique de Hegel ne se situe pas au niveau de la r&#233;alit&#233; de l'esprit. Il s'agit non d'un pur rejet pol&#233;mique, mais bel et bien d' &#171; un rapport &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; &#224; Hegel, c'est-&#224;-dire d'une d&#233;marche visant &#224; s&#233;parer le bon grain de l'ivraie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
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Angaut d&#233;couvre ainsi une certaine parent&#233; de la pens&#233;e landauerienne avec la critique op&#233;r&#233;e par quelques jeunes-h&#233;g&#233;liens comme Cieszkowski, Hess, ou encore Bakounine, qui reprochaient surtout &#224; Hegel son th&#233;oricisme, eux se tournant plut&#244;t vers une philosophie de la pratique. On s'&#233;tonne qu'Angaut ne mentionne pas ici la critique du jeune Marx. Mais l'important est qu'il saisit le mouvement de pens&#233;e de Landauer dans cette lign&#233;e. C'est l'aspect contemplatif de la pens&#233;e h&#233;g&#233;lienne qui y est particuli&#232;rement vis&#233;, aspect qui se rattache pour Landauer &#224; un type qui &#171; consiste &#224; vouloir une chose avec une telle intensit&#233; qu'on ne parvient pas &#224; se r&#233;soudre au fait qu'elle ne se trouve pas dans la r&#233;alit&#233; effective, et d&#232;s lors &#224; voir dans cette derni&#232;re la r&#233;alisation de ce qu'on voudrait voir advenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 35.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi est-ce moins le contenu de l'id&#233;al h&#233;g&#233;lien &#8211; la r&#233;alisation de la libert&#233; dans l'histoire &#8211; qui est critiqu&#233; qu'une forme sp&#233;cifique du penser h&#233;g&#233;lien qui plaque sur la r&#233;alit&#233;, dans un tour de passe-passe dialectique, l'absoluit&#233; abstraite des concepts. Landauer peut appr&#233;cier en Hegel le penseur de la transformation, du devenir, mais il ne le rejoint pas dans sa philosophie de l'histoire. &#171; Quand ce dernier veut voir dans la r&#233;volution un moment d'&#233;dification de la r&#233;alit&#233; effective &#224; partir de la pens&#233;e, le premier sait bien que l'entendement aventureux qui cherche &#224; porter l'utopie &#224; la vie se heurtera &#224; la r&#233;sistance de cette m&#234;me r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 34.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette &#171; h&#233;g&#233;lerie &#187; que Landauer attaque violemment chez les marxistes, cette &#171; tentative de plaquer sur l'histoire un sch&#233;ma dialectique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 39.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Landauer d&#233;c&#232;le ainsi dans leur d&#233;terminisme historique, venue en droite ligne de l'h&#233;g&#233;lianisme qui a inspir&#233; le marxisme, un aveuglement devant la r&#233;alit&#233; effective de l'histoire pr&#233;sente. Il n'adh&#232;re pas &#224; cette foi en la mission r&#233;demptrice du prol&#233;tariat. Pour lui, ce n'est pas en tant que prol&#233;taires, en tant que victimes universelles, que les &#234;tres humains voudront renverser le capitalisme. C'est encore moins dans l'attente des conditions objectives qu'il sera renvers&#233;. Pour Landauer, on le voit, la critique porte sur l'illusion v&#233;hicul&#233;e par l'h&#233;ritage de la philosophie h&#233;g&#233;lienne de l'histoire et sur la passivit&#233; contemplative devant l'&#233;volution historique qui en d&#233;coule. La philosophie de Landauer &#8211; car, dans cette critique, il s'agit bien encore de philosopher &#8211; d&#233;veloppe, au contraire, un horizon pratique qu'il nomme socialisme, c'est-&#224;-dire, selon lui, &#171; un effort pour cr&#233;er une nouvelle r&#233;alit&#233; &#224; l'aide d'un id&#233;al &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, op. cit., p. 29.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et un effort qu'il con&#231;oit toujours comme ancr&#233; dans le pr&#233;sent. Je reviendrai en conclusion sur cet aspect de la question.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'article de Jacques Le Rider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, germaniste renomm&#233;, le rapport entre philosophie et politique r&#233;volutionnaire est appr&#233;hend&#233; &#224; partir d'une lecture de l'essai de Landauer, encore in&#233;dit en fran&#231;ais, &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903). On est ici introduit &#224; la part de la pens&#233;e landauerienne peut-&#234;tre la moins comprise et la plus ignor&#233;e, celle qui surprend le plus : sa composante mystique. Elle constitue pourtant, &#224; mon avis, le c&#339;ur m&#234;me de la philosophie de Landauer, un c&#339;ur battant. Le Rider montre, dans un premier temps, comment la mystique, chez Landauer, est li&#233;e &#224; la critique du langage qu'il d&#233;veloppe avec son ami Fritz Mauthner. Aidant celui-ci dans la r&#233;daction de son ouvrage &lt;i&gt;Contributions &#224; une critique du langage&lt;/i&gt; (1901-1902), Landauer l'encourage &#224; compl&#233;ter les passages entre mystique et scepticisme linguistique et traduit pour lui en allemand moderne des extraits de l'&#339;uvre de Ma&#238;tre Eckhart, duquel il dira, dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; : &#171; On a rarement exprim&#233; l'inexprimable avec autant de beaut&#233; et de v&#233;rit&#233; &#187;. Pour Mauthner, le langage ne signifie pas la r&#233;alit&#233; et obstrue m&#234;me toute voie pour la conna&#238;tre. &#171; Penser n'est que parler, affirme-t-il [...] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 58.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le silence se r&#233;v&#232;le sup&#233;rieur &#224; toute parole, aper&#231;ue comme simple verbiage. Dans ce scepticisme linguistique radical, la mystique est per&#231;ue comme &#171; l'id&#233;al d'une possible connaissance intuitive non conceptuelle du r&#233;el &#187;, comme une &#171; saisie non langagi&#232;re du r&#233;el, [que] Landauer (...) appelle &#8220;mystique sans Dieu&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 59.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la po&#233;sie, v&#233;ritable &#171; art du mot &#187;, trouve gr&#226;ce aux yeux de Mauthner. Mais, bien qu'approuvant dans l'ensemble cette critique du langage, Landauer &#171; ne se contente pas de la conclusion r&#233;sign&#233;e de Mauthner qui se r&#233;fugie dans le silence et ne pr&#234;te plus foi qu'&#224; la parole des po&#232;tes. Il tient &#224; mettre la critique du langage au service de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la parole politique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 60.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt;, il expose sa propre interpr&#233;tation de l'exp&#233;rience mystique &#8211; que Mauthner ne voit que de fa&#231;on somme toute assez banale comme ce qui &#233;loigne de la soci&#233;t&#233; &#8211;, comme l'exp&#233;rience qui, le lib&#233;rant de l'emprise du langage et des institutions sociales dominantes, r&#233;tablit l'unit&#233; v&#233;ritable de l'individu et du monde &#8211; monde entendu comme monde naturel et social tout &#224; la fois &#8211;, qui lui permet de retrouver au fond de lui-m&#234;me le r&#233;el esprit de la communaut&#233;. Cette relation &#233;tablie entre l'exp&#233;rience la plus int&#233;rieure et l'exp&#233;rience m&#234;me du monde m'appara&#238;t comme l'apport le plus original de Landauer &#224; une compr&#233;hension renouvel&#233;e de la politique r&#233;volutionnaire, comme la compr&#233;hension que la transformation du monde est ins&#233;parable de ce travail sur soi ouvert aux r&#233;alit&#233;s de l'esprit. &lt;br/&gt;
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Le Rider saisit parfaitement que cette dimension mystique de la pens&#233;e de Landauer l'oriente vers un romantisme r&#233;volutionnaire, assez proche de celui de son ami Buber, o&#249; la parole po&#233;tique est &#233;rig&#233;e en v&#233;ritable inspiratrice de la r&#233;volution. Il &#233;voque en ce sens le texte embl&#233;matique de l'&lt;i&gt;Appel aux po&#232;tes&lt;/i&gt; d'octobre 1918, parmi tant d'autres exemples. Mais il insiste aussi sur ce qu'il peut y avoir de probl&#233;matique dans cet &#233;lan romantique. Il remarque qu'&#224; partir de 1918 Landauer &#171; semble [...] oublier les pr&#233;ceptes de &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; et se griser de mots comme &#8220;esprit&#8221; et &#8220;r&#233;volution&#8221; sans vraiment en pr&#233;ciser le sens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 68.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il consid&#232;re &#233;galement, non sans raison, qu'il &#171; fait un usage intensif de la notion de &lt;i&gt;Geist&lt;/i&gt;, qu'Anatole Lucet appelle &#224; juste titre &#8220;un concept fuyant&#8221;, sans qu'on puisse la traduire autrement que par &#8220;esprit&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 66.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Emport&#233; dans l'&#233;lan de la r&#233;volution, Landauer se lance dans des harangues au peuple qui entrent en contradiction avec ses premi&#232;res conceptions de &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration anti-rh&#233;torique du langage &#187;, dans des discours &#224; la teneur messianique dans lesquels on reconna&#238;t difficilement son pacifisme originel. D'o&#249; la conclusion am&#232;re de Le Rider qui insiste plut&#244;t sur l'&#233;chec du projet utopique de Landauer : &#171; Landauer s'est toujours d&#233;fi&#233; de ce qu'il appelle les r&#233;volutions d'&#201;tat, estimant qu'il n'est pas possible de parvenir &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la soci&#233;t&#233; par une r&#233;volution politique et fondant ses espoirs sur la constitution d'un r&#233;seau de petites structures autonomes. Au d&#233;but du mouvement r&#233;volutionnaire de Munich, il a con&#231;u les conseils ouvriers sur ce mod&#232;le. Cette vision &#233;tait incompatible avec la doctrine bolchevique d&#233;fendue par Levin&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 69.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
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En effet, toute la philosophie de Landauer para&#238;t incompatible, non seulement avec cette doctrine, mais surtout avec toute esp&#232;ce de doctrine. N'est-ce pas, apr&#232;s tout, le propre de toute pens&#233;e r&#233;pondant aux exigences de l'activit&#233; philosophique ? C'est pourquoi il est vain de chercher &#224; savoir s'il s'agit, en ce cas, d'un &#233;chec ou non. Car en ayant mis l'accent, avec tant d'insistance, sur les choses de l'esprit, Landauer a ouvert un chemin qui ne s'est pas referm&#233; en impasse, contrairement aux apparences que nous d&#233;livrent les faits de notre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; historique. Cette notion d'Esprit qui parcourt l'ensemble de ses r&#233;flexions est celle qui alimente en v&#233;rit&#233; l'exp&#233;rience m&#234;me du monde. Il n'y a pas de monde r&#233;ellement humain sans esprit. Ce serait plut&#244;t son absence qui le conduit &#224; sa d&#233;composition. Et c'est l'entretien de sa pr&#233;sence qui autorise l'&#233;laboration d'un autre monde que celui-ci, si tant est que l'on peut encore le d&#233;finir comme monde. Sur ce point, il convient de saisir encore une fois que le socialisme, tel que l'entendait Landauer, est et n'est pas une utopie. Il l'est comme souffle inspirateur, comme esprit animant nos actes. Il ne l'est pas comme volont&#233; pratique qui peut toujours se r&#233;aliser, quelle que soit l'&#233;poque. On retrouve cette compr&#233;hension romantique-r&#233;volutionnaire chez un penseur comme Ernst Bloch, pour qui l'influence de Landauer fut d&#233;terminante. Pour Bloch &#233;galement, exp&#233;rience int&#233;rieure et exp&#233;rience du monde ne sont qu'une seule et m&#234;me aventure. Pour Bloch de m&#234;me, l'esprit de l'utopie, qu'il affinera en &#171; principe esp&#233;rance &#187;, est l'aliment essentiel de la pratique r&#233;volutionnaire et la philosophie demeure l'activit&#233; n&#233;cessaire &#224; la concr&#233;tisation du projet utopique, prenant en compte la r&#233;alit&#233; effective avec toutes ses latences. Enfin, pour Landauer comme pour Bloch, la philosophie est &#224; la fois &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;, op&#233;ration mystique, et &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;, op&#233;ration politique. Pour l'un comme pour l'autre, la philosophie est essentiellement pratique, v&#233;cue comme pratique et tourn&#233;e vers la pratique. Ce qui les rapproche assez des intuitions du jeune Marx. Comme quoi il n'est peut-&#234;tre pas inutile de continuer &#224; philosopher en romantique. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Pascal DUMONTIER&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Avril 2026&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, Gustav Landauer, 4e trimestre 2025, Vrin, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 43-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome contemporaine au prisme de la pens&#233;e de Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.99-113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 95-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.115-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#187; (1895) ; Gustav Landauer, &#171; Un dernier reste d'H&#233;g&#233;lerie &#187; (1899) ; Alfred D&#246;blin, &#171; Landauer &#187; (1919), &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 71-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de l'anti-h&#233;g&#233;lianisme de Gustav Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.27-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 57-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Viva Amexica !</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1167</link>
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		<dc:date>2026-05-03T17:28:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD La T&#234;te dans le mur Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan Lux, 2026, 304 p. Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg?1777828812' width='500' height='875' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur &lt;br/&gt;
Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Lux, 2026, 304 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des asserment&#233;s sur&#233;quip&#233;s poissent des gueules d'arabe rue Foch. Le copain hallucine. Bienvenu &#224; Perpigang, ami L&#233;mi ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans quelques minutes, &#201;milien Bernard et moi devons nous livrer au jeu de la pr&#233;sentation crois&#233;e de nos ouvrages respectifs : lui pour sa vir&#233;e le long du mur am&#233;ricano-mexicain, moi pour ma galerie de portraits d'opposants &#224; une usine de purification d'uranium. Les sujets de nos bouquins sont disjoints mais frangine est notre &#233;criture : des r&#233;cits &#171; gonzo &#187; o&#249; le &#171; je &#187; du narrateur ne s'efface pas derri&#232;re un &#233;vanescent surplomb mais se mue en un enjeu litt&#233;raire, psychologique et politique. Plus m&#234;me : o&#249; le &#171; je &#187; est malmen&#233;, moqu&#233;, somm&#233; d'avancer sur un fil au-dessus de sa possible perdition. Plut&#244;t z&#233;ros que h&#233;ros, nos alter ego sont farcis d'&#233;tats d'&#226;me et se trouvent toujours trop petits par rapport aux intr&#233;pides qu'ils croisent. &#201;milien et moi aimons le mot humilit&#233;. Ce n'est pas une posture, juste un rapport sensible aux situations dans lesquelles on se retrouve &#8211; parfois malgr&#233; nous &#8211; embarqu&#233;s : art du doute et de la prudence. &#201;milien vient des rangs du journalisme autonome (celui qui souffle sur les braises), moi de la p&#233;pini&#232;re c&#233;n&#233;tiste ; avec l'&#226;ge et la bouteille (au propre comme au figur&#233; parfois) nous nous retrouvons : distants des scl&#233;roses id&#233;ologiques, assomm&#233;s par le retour des furies autoritaires, attentifs au trac&#233; des l&#233;zardes qui, fort heureusement, travaillent le granit des fatalismes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On se demande ce qui obs&#232;de &#201;milien : les limites ou les fronti&#232;res ? Ou bien un enchev&#234;trement des deux ? Il y a deux ans le journaliste-&#233;crivain publiait &lt;i&gt;Forteresse Europe&lt;/i&gt; (Lux, 2024). Lampedusa, Calais, Serbie, Maroc : le camarade nous plongeait dans cette g&#233;opolitique du pire et du chiffre, dans ces centres n&#233;vralgiques o&#249; les surnum&#233;raires de la plan&#232;te &#233;chouent en qu&#234;te d'un avenir meilleur. &lt;i&gt;Sapiens&lt;/i&gt; a toujours &#233;t&#233; ainsi : quand son biotope lui devient hostile ou insupportable, il va voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Question de survie et de temp&#233;rament. Vue depuis notre apog&#233;e civilisationnelle, la libert&#233; de circulation, soit le simple fait de partager un bout de cro&#251;te terrestre avec nos semblables, est pass&#233;e du statut de v&#233;rit&#233; anthropologique &#224; celui de terreur obsidionale. Une pathologie sociale patiemment construite par le ch&#339;ur martelant des diff&#233;rentes juntes m&#233;diatico-politiques. L'affaire est vieille. Il y a pile un si&#232;cle paraissait &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Das Totenschiff&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Traven, Le Vaisseau des morts, La D&#233;couverte, 2004.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'insaisissable B. Traven. Roman magistral qui s'ouvre par la valse d'un apatride entre nations europ&#233;ennes : &#171; En ces temps de d&#233;mocratie achev&#233;e, l'h&#233;r&#233;tique, c'est le sans-passeport, l'individu qui n'a donc pas le droit de vote. &#192; chaque &#233;poque ses h&#233;r&#233;tiques, &#224; chaque &#233;poque son Inquisition. Aujourd'hui le passeport, le visa, l'anath&#232;me dont est frapp&#233;e l'immigration. &#187; 1926, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;-2026, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; semble in&#233;puisable. Stock sans fond de boucs &#233;missaires dans lesquels les dirigeants n'h&#233;sitent pas &#224; puiser pour exciter les basses pulsions de leur &#233;lectorat &#8211; ce n'est pas au lectorat d'&lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; qu'on va apprendre la musique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Apr&#232;s l'Europe, &#201;milien Bernard s'est mis en t&#234;te de parcourir la fronti&#232;re am&#233;ricano-mexicaine du Pacifique &#224; l'Atlantique. Un peu plus de 3 000 kilom&#232;tres, de San Diego (Californie) &#224; Brownsville (Texas) c&#244;t&#233; bouffeur de hamburgers ; de leur ville miroir mexicaine Tijuana (&#201;tat de Baja California) &#224; Matamoros (&#201;tat du Tamaulipas). &#201;milien ne chemine pas seul, il est accompagn&#233; d'Alicia, vid&#233;aste aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e et &#233;nerv&#233;e que lui. Nous sommes &#224; l'automne 2024. Pour quelques semaines encore Joseph Robinette Biden reste le 46e pr&#233;sident des USA. Mais en face, l'agent orange d&#233;cha&#238;ne ses ambitions et promet son retour. Au titre de ses fixettes parano&#239;aques : finir le mur, prot&#233;ger l'Am&#233;rique de l'invasion. Lors du premier mandat trumpien (2017-2021), le milliardaire emperruqu&#233; avait promis de prolonger la barri&#232;re sur 1 600 kilom&#232;tres et de faire raquer le Mexique. Au final, &#171; seuls &#187; 727 kilom&#232;tres ont &#233;t&#233; construits et le voisin hispanophone n'a rien d&#233;bours&#233;. La saison 2 trumpienne s'hyst&#233;rise selon le m&#234;me tropisme x&#233;nophobe : prot&#233;ger le peuple &#233;lu des hordes latinos venues bouffer le pain mou et blanc am&#233;ricain. Et le boss de la boulange US de recycler son cri de ralliement : &lt;i&gt;Make America great once again !&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Zombies du fentanyl&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#199;a commence &#224; San Diego et &#231;a commence plut&#244;t glauque : la &#171; Mecque du surf &#187; est une &#171; ville malade &#187;. &#201;milien et Alicia d&#233;couvrent des &#171; junkies tra&#238;nant leurs affaires dans des caddies rouill&#233;s, hagards comme des zombies, paum&#233;s parmi les zombies &#187;. Les shoot&#233;s au fentanyl errent et se grattent, certains coins de la ville californienne ressemblent &#224; des enclaves asilaires avec ces cam&#233;s grattant un bout de trottoir jusqu'&#224; se faire sauter les ongles ou d'autres faisant &#171; le derviche tourneur sur un terrain vague jusqu'&#224; en vomir ! &#187; &#201;milien observe, &#201;milien d&#233;crit. On l'imagine sur place, ahuri, notant dans son carnet, s'interdisant la moindre image car la tenue morale a ses exigences et on n'est pas au zoo. De fait, le c&#339;ur pourri du r&#234;ve am&#233;ricain palpite &#224; travers le corps de ses supplici&#233;s. Les migrants, entass&#233;s dans des centres de r&#233;tention ou dont la carcasse noircit dans un bout de d&#233;sert oubli&#233;, sont une autre d&#233;clinaison du m&#234;me paradigme : mort aux pauvres ! Toujours et encore. La loi est vieille comme H&#233;rode, le pr&#233;sent d&#233;j&#224; bourr&#233; de drones et de flics charg&#233;s de faire le tri. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le fait que la compagne de vadrouille d'&#201;milien s'appelle Alicia n'est pas un hasard ; son pr&#233;nom d'emprunt signale la tr&#232;s ancienne passion de l'auteur pour &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; de Lewis Carroll. Dans cette suite d'&lt;i&gt;Alice au pays des Merveilles&lt;/i&gt;, Carroll campe le personnage Gros Coco (&lt;i&gt;Humpty Dumpty&lt;/i&gt;) en une &#171; sorte d'&#339;uf &#224; triste figure, sur lequel on aurait coll&#233; des jambes maigrelettes, des bras et un costume. Quand Alice le rencontre, il est perch&#233; sur le fa&#238;te d'un patibulaire mur de brique et n'entend pas en descendre. De l&#224;-haut, il surplombe, domine, juge, admoneste. [&#8230;] &#8220;Quand moi, j'emploie un mot [&#8230;], il veut dire exactement ce qu'il me pla&#238;t qu'il veuille dire&#8230; ni plus ni moins.&#8221; &#187; Et &#201;milien de conclure : &#171; Oui, si je devais comparer Donald Trump &#224; un personnage de fiction, ce serait sans conteste lui que je choisirais. Son &#8220;&#233;norme figure&#8221;. Son positionnement en haut d'un &#8220;mur tr&#232;s haut&#8221; qu'il ne veut pas quitter. Et surtout sa rh&#233;torique agressive et &#233;chevel&#233;e, o&#249; l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; n'importe plus &#8211; &#8220;la question est de savoir qui sera le ma&#238;tre, un point c'est tout&#8221; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour arriver c&#244;t&#233; mexicain, &#201;milien et Alicia passent la fronti&#232;re &#224; San Ysidro. Ainsi se dessine la trame de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; : ne pas seulement suivre la muraille (ce &#171; monstre de m&#233;tal &#187;) mais la traverser, jouer au saute-fronti&#232;re, &#224; l'image d'une aiguille tentant de coudre une infernale balafre, relier des points comme on retisse une communaut&#233;. C'est que le mur, avant d'&#234;tre une entrave &#224; la libert&#233; de circuler, est une insulte faite aux &#233;changes entre les deux nations, &#224; cette &#171; Amexique &#187; informelle et bien r&#233;elle, forc&#233;ment m&#233;tiss&#233;e, qui se fout des oukases fascisants et des agitations identitaires. Telle Paloma crois&#233;e &#224; San Diego qui, bien que d'origine mexicaine, se consid&#232;re avant tout comme &#171; frontali&#232;re &#187;, bilingue et refusant de subir une quelconque assignation culturelle : &#171; Et c'est justement cette dualit&#233; qu'affecte le mur, qui d&#233;truit tout, note-t-elle, des communaut&#233;s &#224; la nature environnante. &#187; Ils ne sont pas rares les &lt;i&gt;clandestinos&lt;/i&gt; &#224; &#234;tre pass&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; et &#224; ne pas avoir oubli&#233; d'o&#249; ils viennent. &#192; continuer de filer un coup de main &#224; leurs frangines et frangins pris dans les rets des mafias et des polices administratives. &#192; dire l'enfer travers&#233; : le d&#233;sert, les cartels, les flics, la faim, la soif, les piq&#251;res de scorpion ou les morsures de serpent. &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est surtout cela : une suite de portraits, modestes et tenaces, petites mains du quotidien venues se frotter &#224; l'ombre du mur, offrant de la flotte et des barres &#233;nerg&#233;tiques, une pr&#233;sence et un abri pour quelques heures, des conseils (toujours dire aux chiens de la &lt;i&gt;Border Patrol&lt;/i&gt; que si vous avez fui c'est que votre vie est gravement menac&#233;e &#8211; malgr&#233; cela, rares sont celles et ceux qui pourront pr&#233;tendre &#224; un titre de s&#233;jour). Charit&#233; d'inspiration religieuse, solidarit&#233; d'inspiration politique, au fond on se foutrait presque de l'&#233;tiquette tant ce qui survit d'humain dans cet espace d&#233;shumanis&#233; appara&#238;t pr&#233;cieux, r&#233;servoir d'esp&#233;rance face aux coups de menton imp&#233;rialistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mourir dans le d&#233;sert&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; Tijuana, on fait la connaissance de Salina, &#171; sorte de vigie pirate &#187; qui tient avec d'autres amis &#171; le meilleur &#8220;refuge&#8221; pour gauchistes en maraude : l'Enclave Caracol &#187;. &#192; San Diego, on croise Jim, prof d'espagnol qui &#171; consacre tout son temps libre au Friendship Park Collective et &#224; l'entretien des v&#233;g&#233;taux rachitiques qui longent le mur sur quelques centaines de m&#232;tres &#187; ; &#224; Tucson, c'est la journaliste Melissa del Bosque, coanimatrice du site &lt;i&gt;The Border Chronicle&lt;/i&gt;, qui met les points sur les &#171; i &#187; : les progressistes &#224; la sauce Biden ont tout mis&#233; sur un high-tech propre et discret pour fliquer la fronti&#232;re avec comme r&#233;sultat de pousser les migrants &#224; emprunter des voies toujours plus dangereuses. Le r&#233;sultat ne s'est pas fait attendre, on cr&#232;ve de plus en plus pour atteindre l'&lt;i&gt;Eldorado americano&lt;/i&gt; : &#171; Melissa cite un chiffre saisissant : 523 morts ou disparus ont &#233;t&#233; comptabilis&#233;s &#224; la fronti&#232;re en 2024, ce qui en fait l'itin&#233;raire migratoire terrestre le plus meurtrier du monde. &#187; De fait, le d&#233;sert tue. Celui de Sonora &#224; l'ouest, celui de Chihuahua &#224; l'est o&#249; le mur n'a m&#234;me plus besoin d'exister puisque le sable, la caillasse et un cagnard torride suffisent &#224; venir &#224; bout des ardeurs nomades. De fait, c'est quand le mur s'absente, quand sa carcasse longiligne laisse appara&#238;tre d'&#233;tonnantes trou&#233;es qu'il se r&#233;v&#232;le &#234;tre le plus venimeux. &#171; R&#233;currents tout le long du dispositif frontalier, ces &#8220;trous&#8221; d&#233;stabilisent, constate &#201;milien. Mais ils ob&#233;issent &#224; une logique : c'est l&#224; o&#249; ils apparaissent que les conditions de passage sont les plus dangereuses &#8211; en l'occurrence, quatre ou cinq jours de marche dans un d&#233;sert. De sorte qu'on peut voir ces interruptions de forteresse comme un pi&#232;ge, l'&#233;quivalent de ces lumi&#232;res que font pendouiller devant leurs m&#226;choires ultra-dentues certains poissons des abysses oc&#233;aniques &#8211; venez, c'est chaleureux ; puis &lt;i&gt;couic&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En &#233;crivant &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, &#201;milien avait un plan d'attaque pr&#233;cis, une ligne g&#233;ographique plein Est &#224; respecter. Bien &#233;videmment, le r&#233;cit offrira son lot de surprises, de moments barr&#233;s comme la visite d'un mus&#233;e des horreurs d&#233;di&#233; &#224; la police des fronti&#232;res ou la participation &#224; un meeting de Trump &#224; Albuquerque. D&#233;barqu&#233; d'un Boeing pour un speech d'une heure, le milliardaire mart&#232;le ses habituels slogans, tandis que des &#233;crans g&#233;ants dupliquent en XXL sa face matoise : &#171; Il faut voir un discours de Trump en entier pour comprendre &#224; quel point sa rh&#233;torique est pauvre et r&#233;p&#233;titive. Rien d'une machine de guerre oratoire, plut&#244;t un moulin &#224; paroles accoupl&#233; &#224; un disque ray&#233; &#187;, observe l'auteur de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;. Quant &#224; la foule de ses soutiens, elle se partage entre allum&#233;s pour qui les d&#233;mocrates &#171; sont menteurs, fourbes et tuent des b&#233;b&#233;s &#187;, d&#233;class&#233;s du miracle am&#233;ricain, cow-boys assoiff&#233;s d'ordre et figurants de seconde zone piquant un roupillon sur leur chaise. Au-del&#224; de cette sociologie de l'extr&#234;me, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est aussi exercice d'introspection d'un auteur qui n'h&#233;site pas &#224; exprimer le poids de sa m&#233;lancolie et de ses addictions : &#171; Depuis quelques mois, je patauge &#224; gros sabots dans une d&#233;pression peu folichonne. S'y m&#234;le chimie neuronale en berne, gestion hasardeuse de ma pharmacop&#233;e, m&#233;moire &#224; court terme s&#233;v&#232;rement &#233;br&#233;ch&#233;e, sensation lancinante d'impuissance politique et c&#339;ur bris&#233;. &#187; Rassurons son lectorat, lors de notre commune prestation, celui qui se moque de porter haut l'art du &#171; journalisme &#224; flasque &#187;, a prouv&#233; qu'il en avait encore sous ses semelles de vent. Contrairement &#224; ce que laisse entendre le sous-titre du livre, la d&#233;route est salvatrice quand elle s'&#233;loigne de la route o&#249; s'agglutinent le vil, le veule et le bern&#233; et qu'elle garde le cap de notre commune humanit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L167xH163/ill_fin_desert_seule-0fdeb.jpg?1777829033' width='167' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Traven, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Persistance de l'utopie</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1163</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Recueilli par Sophie Wahnich, historienne de la R&#233;volution fran&#231;aise, cet entretien avec Miguel Abensour (1939-2017) fut originellement publi&#233; dans la revue Vacarme &#224; l'automne 2010. Outre la pertinence et la qualit&#233; des propos de son auteur sur l'utopie et sa permanence, il nous a sembl&#233; que certains des &#233;claircissements qu'il apporte &#8211; notamment sur le &#171; pessimisme &#187; et sa n&#233;cessaire &#171; organisation &#187; &#8211; justifiaient &#224; eux seuls une remise en circulation de cet entretien qui fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_tete-10.jpg?1777755962' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; Recueilli par Sophie Wahnich, historienne de la R&#233;volution fran&#231;aise, cet entretien avec Miguel Abensour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur Miguel Abensour, voir &#171; Les guerres d'Abensour &#187; (Freddy Gomez) et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1939-2017) fut originellement publi&#233; dans la revue Vacarme &#224; l'automne 2010. Outre la pertinence et la qualit&#233; des propos de son auteur sur l'utopie et sa permanence, il nous a sembl&#233; que certains des &#233;claircissements qu'il apporte &#8211; notamment sur le &#171; pessimisme &#187; et sa n&#233;cessaire &#171; organisation &#187; &#8211; justifiaient &#224; eux seuls une remise en circulation de cet entretien qui fait &#233;tonnement &#233;cho avec les temps d&#233;sastreux que nous vivons. Bonne lecture ! &#8211; &lt;i&gt;&#192; contretemps.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-112-00f58.jpg?1777827802' width='57' height='57' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Avant d'&#234;tre orient&#233;e vers le futur, l'utopie &#233;tait &#233;chapp&#233;e mentale dans un hors-lieu. En faire un r&#234;ve vers l'avant oblige &#224; penser le devenir historique en accordant une place centrale &#224; l'imaginaire politique. L'utopie devient la po&#233;sie de l'avenir, n&#233;cessaire pour faire advenir un monde tout autre. Ces trente derni&#232;res ann&#233;es ont vu une disqualification de l'utopie. Pouvez-vous revenir sur cette conjoncture ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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Vous parlez des trente derni&#232;res ann&#233;es, mais si l'on doit faire une chronologie, l'utopie a &#233;t&#233; affect&#233;e n&#233;gativement d&#232;s les ann&#233;es 1950, de par l'association &#224; la notion de totalitarisme. En 1989, on n'a fait que reprendre ce qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;. En v&#233;rit&#233;, il faut remonter loin en amont pour comprendre comment, dans les ann&#233;es 1840, s'est invent&#233;e, face &#224; la floraison utopique et contre elle, une haine de l'utopie. &#192; nous de voir comment l'identification plus qu'abusive de l'utopie au totalitarisme est venue se greffer sur un rejet plus ancien. Des ouvrages comme &lt;i&gt;&#201;tudes sur les r&#233;formateurs ou socialistes modernes&lt;/i&gt; de Louis Reybaud (1843) ou comme &lt;i&gt;Histoire du communisme&lt;/i&gt; d'Alfred Sudre (1849) sont tr&#232;s r&#233;v&#233;lateurs. Ils sont comme une pr&#233;face &#224; la r&#233;pression qui va s'abattre sur l'insurrection ouvri&#232;re de juin 1848. Sudre d&#233;clare, sans vergogne : &#171; Je pose la plume pour prendre le fusil. &#187; Pour lui, il s'agit d&#233;sormais d'an&#233;antir les communistes, cab&#233;tistes ou mat&#233;rialistes. C'est donc dans le climat violent et meurtrier de 1848 que na&#238;t la haine de l'utopie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cette haine resurgit au XXe si&#232;cle &#224; partir d'un magma de confusions et de distorsions id&#233;ologiques. Contrairement &#224; ce que soutient la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, la critique du totalitarisme n'est pas &#224; l'origine d'inspiration lib&#233;rale. Cette critique est apparue dans la gauche allemande &#224; propos de la critique du bolchevisme consid&#233;r&#233; comme une inversion de la politique d'&#233;mancipation, en ce que la dictature du prol&#233;tariat s'av&#233;rait &#234;tre une dictature sur le prol&#233;tariat. Loin que l'utopie soit le berceau du totalitarisme, c'est bien plut&#244;t sur le cadavre de l'utopie que s'est &#233;lev&#233;e la domination totalitaire. Ainsi en URSS, tout ce qui avait un caract&#232;re d'alt&#233;rit&#233; utopique &#8211; dans le champ politique, les conseils ; dans le domaine des m&#339;urs, les jardins d'enfants, la libert&#233; sexuelle &#8211; a &#233;t&#233; syst&#233;matiquement d&#233;truit, au fur et &#224; mesure que s'est impos&#233;e la domination du parti bolchevik. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les ann&#233;es 1980, en r&#233;investissant avec Soljenitsyne et &lt;i&gt;L'Archipel du goulag&lt;/i&gt; la critique du totalitarisme, n'ont rien invent&#233;. On s'est content&#233; de recycler la vieille haine de l'utopie sans tenir compte des enseignements de l'histoire quant &#224; la liquidation de l'utopie par la domination totalitaire. Un pas a &#233;t&#233; franchi avec Fran&#231;ois Furet dans &lt;i&gt;Le Pass&#233; d'une illusion&lt;/i&gt; (1995), o&#249; l'anti-utopisme conduit &#224; nier la condition historique pour mieux affirmer la fin de l'histoire et l'av&#232;nement d'une r&#233;p&#233;tition sans fin. Ce ma&#238;tre de l'id&#233;ologie fran&#231;aise n'h&#233;site pas &#224; &#233;crire : &#171; Nous voici condamn&#233;s &#224; vivre dans le monde o&#249; nous vivons. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'utopie h&#233;site entre une caract&#233;ristique spatiale d'alt&#233;rit&#233; radicale du r&#234;ve et une caract&#233;risation temporelle orient&#233;e vers le futur. Pouvez-vous nous expliquer quand cette h&#233;sitation &#233;merge et quels en sont les enjeux ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le passage des projections spatiales aux projections temporelles est la marque de la modernit&#233; utopique. Soient deux rep&#232;res : 1516, &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More, la description de l'&#238;le d'Utopie gr&#226;ce au r&#233;cit de voyage d'un marin-philosophe ; 1770, &lt;i&gt;L'An 2440&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Mercier avec en exergue, la phrase de Leibniz : &#171; Le pr&#233;sent est gros de l'avenir. &#187; Encore fallait-il pour Karl Mannheim dans &lt;i&gt;Id&#233;ologie et Utopie&lt;/i&gt; (1929) &#233;laborer une diff&#233;renciation des formes d'utopie temporelle en rapport avec l'affrontement des groupes sociaux. Mais si l'on veut vraiment saisir la signification de cette nouvelle articulation de l'utopie au temps et donc &#224; la soci&#233;t&#233; future, c'est au philosophe Ernst Bloch qu'il convient de s'adresser. Ce dernier en effet a su donner une assise philosophique &#224; cette nouvelle articulation de l'utopie au temps, gr&#226;ce &#224; une ontologie, une pens&#233;e de l'&#234;tre en tant qu'&#234;tre inachev&#233;. Selon Bloch, l'utopie proviendrait d'un foyer ontologique. L'&#234;tre est pens&#233; &#224; la fois comme processus, inach&#232;vement et tension vers l'ach&#232;vement. Ce serait dans le &#171; pas encore &#234;tre &#187; que l'utopie trouverait sa source et son moteur, comme si l'utopie se constituait dans la tension vers l'ach&#232;vement de l'&#234;tre. L'utopie &#171; &#233;tat r&#233;el de l'inaccomplissement &#187; serait en quelque sorte port&#233;e, soulev&#233;e par cette tension ontologique entre inach&#232;vement pr&#233;sent et ach&#232;vement &#224; venir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce d&#233;placement de l'espace au temps trouve sa source dans les Lumi&#232;res et dans la nouvelle conscience de l'historicit&#233; qu'elles instaurent : l'histoire appara&#238;t progressivement comme ce qui peut &#234;tre chang&#233;, transform&#233; ; comme ce qui peut donner naissance &#224; d'autres formes de soci&#233;t&#233;s. Cette nouvelle historicit&#233; est consid&#233;rablement amplifi&#233;e par le tremblement de terre de la R&#233;volution fran&#231;aise. Edgar Quinet d&#233;clare justement que la R&#233;volution fran&#231;aise a &#171; ramen&#233; sur terre la foi en l'impossible &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Saint-Simon, Fichte, &#224; l'encontre de Rousseau, annoncent que &#171; l'&#226;ge d'or n'est pas derri&#232;re nous, mais devant nous &#187;. Entendons que d'anciens r&#234;ves de l'humanit&#233; peuvent d&#233;sormais s'incarner, transformer la r&#233;alit&#233; effective. Ainsi, le passage de l'utopie de l'espace au temps conf&#232;re une cr&#233;dibilit&#233; &#224; des &#339;uvres utopiques qui au pr&#233;alable &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des modalit&#233;s de l'&#233;vasion. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; lire les cours d'Emmanuel Levinas sur Ernst Bloch dans &lt;i&gt;La Mort et le Temps&lt;/i&gt;, on comprend que cette m&#233;tamorphose de l'utopie a un double visage : elle assigne certes l'utopie au temps, mais elle assigne tout autant le temps &#224; l'utopie. Nous sommes bien au-del&#224; de la temporalisation de l'utopie, puisqu'il s'agit de rien moins que de proposer une nouvelle identification du temps telle que l'utopie &#8212; le &#171; principe esp&#233;rance &#187; &#8212; devienne temporalisation du temps. &#171; Le temps est pure esp&#233;rance. &#187; Cette assignation du temps &#224; l'utopie est dans le sillage de la r&#233;volution blochienne par rapport &#224; Heidegger. En effet, Ernst Bloch engage &#224; penser la mort &#224; partir du temps et non plus, comme chez Heidegger, le temps &#224; partir de la mort. Penser la mort &#224; partir du temps, &#224; partir de l'avenir utopique, n'abolit pas le scandale de la mort, mais lui enl&#232;ve jusqu'&#224; un certain point son dard, en ce qu'un nouveau regard peut &#234;tre jet&#233; sur elle. Loin d'&#234;tre l'exclusive signification du temps, la voie vers l'authenticit&#233;, la mort est abord&#233;e autrement. &#171; L'extase premi&#232;re est ici l'utopie et non plus la mort &#187; &#233;crit Levinas. La mort est d&#233;tr&#244;n&#233;e de sa position de ma&#238;tre absolu, &#233;tant incluse dans le temps, comprise en fonction du temps de l'utopie, d'un temps &#224; venir o&#249; la relation &#224; l'autre est d&#233;terminante. Si, du c&#244;t&#233; de Heidegger, le temps pens&#233; &#224; partir de la mort incline vers la finitude, il n'en va pas de m&#234;me du temps pens&#233; &#224; partir de l'utopie, de son mouvement qui ouvre sur l'infini de l'utopie, l'infini du temps assign&#233; &#224; l'utopie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Ce d&#233;placement est-il un progr&#232;s ou un danger pour la pens&#233;e de l'utopie ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est &#233;vident que si l'on se tourne vers Ernst Bloch, penseur du &#171; principe esp&#233;rance &#187;, cette transformation du &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; de l'utopie qui, de l'espace est pass&#233; dans le temps, est un bien et constitue un progr&#232;s. Cette assignation de l'utopie au temps la ferait &#233;chapper aux attitudes &#171; escapistes &#187; du pass&#233; et la rapprocherait du m&#234;me coup de l'histoire pour s'y colleter et permettre la naissance d'une nouvelle praxis, d'autant plus riche qu'elle accorderait une place &#224; l'imaginaire, voire &#224; l'onirique &#8212; &#224; ce que Marx appelait &#171; la po&#233;sie de l'avenir &#187;. Aussi Ernst Bloch salue-t-il sans r&#233;serve &#171; le r&#234;ve vers l'avant &#187;. Mais ce salut &#224; l'utopie tourn&#233;e vers l'avenir doit &#234;tre aussit&#244;t temp&#233;r&#233; par la prise en compte des dangers que comporte &#224; son insu cette orientation quand elle est r&#233;duite &#224; elle-m&#234;me. Il convient donc de poser des conditions, car ce qui menace alors l'utopie c'est de passer d'un &#171; &#233;cart absolu &#187; (Fourier) &#224; un &#233;cart relatif, de se d&#233;grader en simple anticipation et d'y perdre le sens de l'alt&#233;rit&#233;. Le XIXe si&#232;cle a connu une effervescence utopique extraordinaire &#171; vers l'avant &#187; ; mais il a connu &#233;galement diff&#233;rentes formes de pr&#233;vision &#8211; la &#171; pr&#233;vision scientifique &#187; (Auguste Comte), la &#171; pr&#233;vision sympathique &#187; (les saint-simoniens), et m&#234;me chez Marx, la &#171; pr&#233;vision morphologique &#187;. On le voit donc, si l'utopie est d'abord recherche d'un monde tout autre, cette relation au temps peut gommer la qu&#234;te de cette diff&#233;rence, la domestiquer au point de la r&#233;duire &#224; une forme de prospective qui se distinguerait &#224; peine de la r&#233;p&#233;tition de ce qui est. C'est en gardant &#224; l'utopie son rapport essentiel, constitutif, &#224; l'alt&#233;rit&#233;, que l'on peut pr&#233;server la chance de s'orienter vers un futur qui ne soit pas r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, un futur neuf, un futur tout autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Dans vos travaux sur l'utopie, il y a deux registres de vocabulaire qui reviennent d'une mani&#232;re r&#233;currente : d'un c&#244;t&#233;, &#171; l'arrachement &#187;, &#171; l'explosion &#187;, &#171; le surgissement &#187;, &#171; l'&#233;croulement &#187; ; de l'autre, &#171; l'arr&#234;t &#187;, &#171; l'interruption &#187;, &#171; la volont&#233; de se tenir en dehors de l'histoire &#187;. S'agit-il de deux registres de l'utopie, de deux mouvements, de deux s&#233;quences d'un m&#234;me mouvement ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au d&#233;part, la formule que je pr&#233;f&#232;re est celle de conversion utopique. Pourquoi ne pas s'interroger sur ce qui se passe chez l'individu ou dans le groupe qui choisit d'adh&#233;rer &#224; une utopie donn&#233;e ? Pourquoi ne pas reconna&#238;tre dans ce choix de l'utopie un mouvement de conversion qui peut s'accompagner &#233;ventuellement de nouvelles pratiques quotidiennes ? Je pense aux saint-simoniens et &#224; leur gilet qui se boutonnait dans le dos et avait ainsi la valeur d'une r&#233;affirmation quotidienne du fait de la solidarit&#233; humaine. L'id&#233;e de conversion a le m&#233;rite de rompre avec une d&#233;finition en ext&#233;riorit&#233; de l'utopie, avec celle que l'on trouve dans les dictionnaires. Si l'on veut rechercher une sp&#233;cificit&#233; de l'utopie et &#233;chapper &#224; la platitude de la d&#233;finition courante, qui prend un malin plaisir &#224; mettre en valeur le caract&#232;re irr&#233;alisable et donc irresponsable, pour mieux liquider le lien entre utopie et alt&#233;rit&#233;, il faut envisager l'utopie comme une exp&#233;rience au sens fort du terme, qui instaure un nouveau rapport au monde, aux autres, &#224; soi. Il s'agit de repenser les attitudes, les affects qui accompagnent ce choix, de percevoir dans l'utopie un processus dynamique, un mouvement qui consiste &#224; se d&#233;tacher de l'ordre &#233;tabli pour se tourner, non vers un nouvel ordre, mais vers un nouvel &#234;tre-au-monde, vers un nouvel &#234;tre-ensemble, vers une nouvelle forme de communaut&#233; humaine. Les deux registres de vocabulaire que vous avez relev&#233;s permettent de rendre compte de ce double mouvement, de ce virage : un &#171; l&#226;chez-tout &#187; suivi aussit&#244;t d'un appel &#224; un nouvel investissement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Soit donc une conversion au sens ph&#233;nom&#233;nologique du terme, c'est-&#224;-dire un geste qui se d&#233;roulerait &#224; l'exemple de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; &#8211; le geste de pens&#233;e qui met en suspens, sinon en arr&#234;t, l'&#233;vidence naturelle du monde. C'est pourquoi il me para&#238;t int&#233;ressant de comparer le geste de l'utopie &#224; celui de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt;. &#192; vrai dire, peut-il y avoir utopie sans &lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; ? En effet, dans la mise entre parenth&#232;ses de l'ordre &#233;tabli, du cours des choses &#224; laquelle proc&#232;de l'utopie, on peut reconna&#238;tre sans peine un geste proche de celui de la ph&#233;nom&#233;nologie suspendant, mettant entre parenth&#232;ses la th&#232;se du monde. Il s'agit pour l'utopie de suspendre l'orthodoxie sur laquelle repose une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et de mettre entre parenth&#232;ses un ordre si dogmatique qu'il para&#238;t s'identifier &#224; l'&#234;tre, aller de soi. C'est en mettant entre parenth&#232;ses cet ordre que celui qui a fait ce choix de l'utopie peut discerner &#171; des horizons inconnus &#187;, de nouvelles possibilit&#233;s occult&#233;es ou ayant fait l'objet d'une forclusion. &#201;galement, naissance possible d'une autre subjectivit&#233;. L'utopie peut mette en &#339;uvre la subjectivit&#233; d'un sujet &#171; qui ne revient pas &#224; la tension sur soi &#187;, au souci d'&#234;tre. Par la mise &#224; distance du mouvement de l'&#234;tre qui pers&#233;v&#232;re dans son &#234;tre naissent le d&#233;sint&#233;ressement &#8211; l'interruption ontologique du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; &#8211; et la &#171; d&#233;dicace &#224; un monde &#224; venir &#187;. Et Levinas d'interroger, confirmant ainsi l'hypoth&#232;se d'une affinit&#233; entre l'utopie et l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; : &#171; La face visible de cette interruption ontologique, de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt;, ne co&#239;ncide-t-elle pas avec le mouvement pour une soci&#233;t&#233; meilleure ? &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quant &#224; l'autre paradigme, je le trouve chez Walter Benjamin dans &lt;i&gt;Paris Capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. L'originalit&#233; de Benjamin tient &#224; ce qu'il consid&#232;re qu'on ne peut penser, interpr&#233;ter l'histoire sans prendre en compte les dimensions oniriques d'une &#233;poque, ses r&#234;ves, ses projections, son imaginaire. De l&#224;, l'importance accord&#233;e &#224; l'utopie, qu'il d&#233;finit comme le pr&#233;cipit&#233; des r&#234;ves du collectif, lui conf&#233;rant ainsi une &#233;paisseur historique particuli&#232;re. De par son caract&#232;re mixte et composite &#8211; la comp&#233;n&#233;tration de l'Ancien et du Nouveau, l'&#194;ge d'or &#224; la fois Arcadie et Enfer &#8211;, l'utopie se d&#233;ploie n&#233;cessairement dans l'&#233;l&#233;ment de l'ambigu&#239;t&#233;. Aussi fait-elle l'objet d'un double mouvement : il convient de la d&#233;barrasser &#171; des broussailles du d&#233;lire et du mythe &#187;, afin d'en assurer le sauvetage pour mieux en lib&#233;rer les virtualit&#233;s &#233;mancipatrices. &#192; l'interpr&#232;te revient la t&#226;che de d&#233;sintriquer dans le r&#234;ve l'image utopique de l'image mythico-archa&#239;que. Pour ce faire, il y a lieu, en ayant recours &#224; une forme in&#233;dite de dialectique &#8211; la dialectique &#224; l'arr&#234;t &#8211; de pratiquer une immobilisation de la pens&#233;e, un arr&#234;t sur image, en vue de construire &#171; une constellation satur&#233;e de tensions &#187; d'o&#249; surgit soudain, en raison du jeu des contradictions, l'image dialectique. Du m&#234;me coup se produit un arrachement &#224; l'histoire, au &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; de la domination, au sommeil qui manifeste et nourrit cette continuit&#233;. &#171; Lorsque la pens&#233;e s'immobilise dans une constellation satur&#233;e de tensions appara&#238;t l'image dialectique. &#187; Fulgurance de l'image dialectique en effet, car elle circonscrit le lieu o&#249; les tensions s'av&#232;rent les plus explosives ; elle polarise le champ du r&#234;ve et arrache le r&#234;veur au sommeil en le projetant vers l'&#233;veil. On comprend alors l'ambition de Benjamin dans sa travers&#233;e du XIXe si&#232;cle : mettre au point une technique du r&#233;veil, faire du dialecticien un technicien du r&#233;veil. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Deux figures de la conversion utopique, donc : l'une sur le mod&#232;le de la mise entre parenth&#232;ses ph&#233;nom&#233;nologique, l'autre sous la forme de l'image dialectique. Jusqu'&#224; un certain point, elles pr&#233;sentent des caract&#232;res communs. Qu'il s'agisse de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; utopique ou de l'image dialectique, l'une et l'autre connaissent le suspens d'un processus, voire une immobilisation de la pens&#233;e. En outre, dans l'un et l'autre cas, il est question d'une lutte entre une forme particuli&#232;re de sommeil et l'&#233;veil ou le r&#233;veil. &#192; l'encontre d'un savoir p&#233;trifi&#233;, Levinas attend de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#232;&lt;/i&gt; qu'elle puisse rendre la vie &#224; des voix r&#233;duites au silence. Il se donne pour vis&#233;e de r&#233;veiller des complexes d'intentions endormies, susceptibles d'ouvrir des horizons disparus. Modalit&#233; sp&#233;cifique de l'&#233;veil chez Levinas, car il porte au premier plan une intrigue singuli&#232;re, celle qui se noue &#224; partir d'autrui, de la proximit&#233;, du fait du prochain. C'est ici que se creuse un &#233;cart entre les deux gestes. De part et d'autre, il est bien question d'un m&#234;me couple antith&#233;tique, sommeil/&#233;veil. Mais du c&#244;t&#233; de Levinas, la rencontre d'autrui, le bouleversement qu'elle provoque situe le r&#233;veil, sinon l'insomnie, dans le registre &#233;thique. Alors qu'il s'agit pour Benjamin de nous arracher &#224; un sommeil hypnotique de fa&#231;on que nous puissions enfin acc&#233;der &#224; l'&#233;veil historique ; c'est reconna&#238;tre que le combat qu'il m&#232;ne pour lib&#233;rer le jeu des contradictions est avant tout politique, se d&#233;ploie dans le champ politique, l'&#233;veil donnant libre cours &#224; l'impulsion du sauvetage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;En quoi l'utopie peut-elle &#234;tre &#233;mancipatrice aujourd'hui, quelle est son actualit&#233; ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je ne suis pas s&#251;r que votre question soit vraiment pertinente. Si l'on admet l'hypoth&#232;se de la persistance de l'utopie, on peut seulement noter des variations d'intensit&#233; dans la &lt;i&gt;vis utopica&lt;/i&gt; et ses virtualit&#233;s &#233;mancipatrices. Je distinguerai aujourd'hui deux sommations utopiques parmi d'autres. Accepte-t-on la th&#232;se commune &#224; Adorno et &#224; Ernst Bloch selon laquelle l'utopie serait n&#233;gation de la mort, port&#233;e par l'exigence de s'opposer &#224; la mort &#8211; alors face &#224; la Shoah &#8211;, prise dans son unicit&#233;, et face aux g&#233;nocides qui ont suivi ? J'y vois une nouvelle sommation utopique &#224; l'encontre des entreprises d'autodestruction de l'humanit&#233;. En qu&#234;te d'une autre communaut&#233; humaine, l'utopie n'est-elle pas &#8211; par sa charge d'alt&#233;rit&#233;, sa radicalit&#233;, son opposition constitutive &#224; &lt;i&gt;thanatos&lt;/i&gt; &#8211; en mesure, mieux que toute autre instance, de donner sens au &#171; plus jamais &#231;a &#187; ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En pr&#233;sence d'une situation o&#249; l'injustice ne cesse de cro&#238;tre et d'accuser de plus en plus le clivage entre dominants et domin&#233;s, il convient de faire retour &#224; la sommation utopique pour une soci&#233;t&#233; de justice. &#192; ce propos, je rappellerai ces phrases de Fran&#231;oise Proust, qui indiquait, &#224; l'assignation de l'utopie au temps, une autre orientation : &#171; Conc&#233;der sur l'utopie, c'est c&#233;der sur le v&#339;u fou et inconditionn&#233; d'en finir une fois pour toutes avec l'injustice pr&#233;sente, c'est c&#233;der sur l'inextinguible soif de justice et sur son exigence &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mais n'est-ce pas faire fi un peu rapidement du pessimisme qui nous habite ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De quel pessimisme parlez-vous ? D'un pessimisme d&#233;faitiste qui porte &#224; la r&#233;signation, &#224; l'acceptation ? Ou bien de celui auquel invitait Pierre Naville quand il appelait &#224; &#171; organiser le pessimisme &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; pratiquer une critique des illusions telle que le choix de l'utopie et de l'&#233;mancipation mesure avec lucidit&#233; les obstacles &#224; surmonter et le chemin &#224; parcourir ? N'est-ce pas &#224; cette m&#234;me organisation du pessimisme qu'a r&#233;pondu Marx quand, au d&#233;but des ann&#233;es 1850, il a d&#233;cid&#233; de &#171; s'enfermer &#187; dans la salle de travail du British Museum pour mieux comprendre et mieux conna&#238;tre les forces qu'il importait de combattre et de vaincre ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur Miguel Abensour, voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les guerres d'Abensour &#187; (Freddy Gomez)&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article884.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;mocratie, insurgence et utopie &#187; (entretien avec Abensour)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Clastres contre Birnbaum : une pol&#233;mique</title>
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&lt;p&gt;&#9632; Apr&#232;s la mise en ligne, en d&#233;cembre 2025, du texte de Pierre Clastres &#8211; &#171; Pouvoir et soci&#233;t&#233;s primitives &#187; &#8211; originellement paru dans le n&#176; 7 (juin 1976) de la revue anarchiste Interrogations, il nous a sembl&#233; int&#233;ressant de revenir sur la pol&#233;mique qui opposa Clastres au sociologue et politologue Pierre Birnbaum &#224; la suite de la parution de La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat. La premi&#232;re raison, c'est que son adresse d'octobre 1976 &#224; Birnbaum r&#233;v&#232;le un vrai talent de pamphl&#233;taire ; la seconde, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;Odradek&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L426xH425/ill_une-9-dfa74.jpg?1777798378' width='426' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2802 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/le_retour_des_lumieres_clastres-brinbaum_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 537.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Apr&#232;s la mise en ligne, en d&#233;cembre 2025, du texte de Pierre Clastres &#8211; &#171; Pouvoir et soci&#233;t&#233;s primitives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ligne sur .&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; originellement paru dans le n&#176; 7 (juin 1976) de la revue anarchiste &lt;i&gt;Interrogations&lt;/i&gt;, il nous a sembl&#233; int&#233;ressant de revenir sur la pol&#233;mique qui opposa Clastres au sociologue et politologue Pierre Birnbaum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Sur les origines de la domination politique : &#224; propos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la suite de la parution de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;. La premi&#232;re raison, c'est que son adresse d'octobre 1976 &#224; Birnbaum r&#233;v&#232;le un vrai talent de pamphl&#233;taire ; la seconde, c'est qu'elle vise plut&#244;t juste, surtout au vu des &#233;volutions r&#233;gressives du temps pr&#233;sent. Car Birnbaum, adversaire r&#233;solu de toute &#171; conception libertaire hostile &#224; toute forme de pouvoir entendue comme n&#233;cessairement violente, source de domination sur l'Un sur les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a visiblement lu &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; comme un livre d&#233;rangeant ses convictions de d&#233;mocrate &#233;tatiste assum&#233;, au sens w&#233;b&#233;rien du terme. Avancer qu'il a peu compris le livre de Clastres et sa port&#233;e historique est peu dire. Pass&#233;e au tamis de ses convictions durkheimiennes consensuellement d&#233;mocratiques, son approche de Clastres est fauss&#233;e par les intentions qu'il lui pr&#234;tait. C'est ce que cette pol&#233;mique r&#233;v&#232;le, mais aussi, pour qui l'a connu ou simplement fr&#233;quent&#233;, la perte qu'a signifi&#233;e sa disparition dans un stupide accident de voiture en 1977, soit tr&#232;s peu de temps apr&#232;s cette joute. Pierre Birnbaum, lui, est toujours vivant, et encore r&#233;solument d&#233;mocrate, malgr&#233; toutes les infamies que trimballent l'&#233;tatisme et la d&#233;mocratie dite repr&#233;sentative. Pour lui, ce serait confondre &#171; autorit&#233; et violence [quand] on pourrait soutenir que la fin de l'&#201;tat et son remplacement par un parti totalitaire ou un leader charismatique [incarneraient] la forme ultime de la violence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au nom de quoi, ce &#171; remplacement &#187; serait fatal ? Pourquoi la disparition &#8211; ou le d&#233;p&#233;rissement &#8211; de la forme-&#201;tat devrait-elle fatalement conduire au pire quand toutes les exp&#233;riences de r&#233;volutions antiautoritaires, libertaires ou citoyennes ont prouv&#233; &#8211; sur de courtes p&#233;riodes historiques, il est vrai &#8211; tant les &#233;tatistes de tout bord ont tout fait pour les contrarier ou r&#233;primer, que leurs projets &#233;taient viables de vouloir en finir avec l'&#201;tat en r&#233;organisant la soci&#233;t&#233; politique sur la base de f&#233;d&#233;rations de communes libres, coordonn&#233;es entre elles, se pr&#234;tant mutuellement assistance et s'autogouvernant sur la base de la rotation des mandats. Du Chiapas au Rojava, et bien au-del&#224;, c'est ind&#233;niablement cet esprit qui anime les combats les plus f&#233;conds de notre temps. Sauf &#224; croire que l'&#201;tat w&#233;b&#233;rien, qui reste la r&#233;f&#233;rence f&#233;tichis&#233;e de Birnbaum, pourrait &#234;tre encore capable de r&#233;sister &#224; sa d&#233;rive postfasciste. Ici comme ailleurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bonne lecture ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#192; contretemps.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-111-877ea.jpg?1777798379' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Le retour des Lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Je m'expliquerai : mais ce sera prendre le soin &lt;br class='autobr' /&gt;
le plus inutile ou le plus superflu ; &lt;br class='autobr' /&gt;
car tout ce que je vous dirai ne saurait &#234;tre entendu&lt;br class='autobr' /&gt;
que par ceux &#224; qui l'on n'a pas besoin de le dire. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Jacques Rousseau&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est bien de l'honneur qu'il me fait, Pierre Birnbaum, et je serai le dernier &#224; me plaindre du voisinage o&#249; il me situe. Mais l&#224; n'est pas le m&#233;rite principal de son essai. Cet &#233;crit me para&#238;t en effet tr&#232;s digne d'int&#233;r&#234;t en ce qu'il est, en quelque sorte, anonyme (comme un document ethnographique) : je veux dire qu'un tel travail est absolument illustratif d'une mani&#232;re, tr&#232;s r&#233;pandue, dans ce que l'on appelle les sciences sociales, d'aborder (de ne pas aborder) la question du politique, c'est-&#224;-dire la question de la soci&#233;t&#233;. Plut&#244;t donc qu'&#224; en d&#233;gager les aspects comiques, et sans trop m'attarder devant la conjonction, apparemment in&#233;vitable chez certains, entre l'assurance dans le ton et le flou dans les id&#233;es, je tenterai de cerner peu &#224; peu le lieu &#171; th&#233;orique &#187; &#224; partir duquel Pierre Birnbaum a produit son texte. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Non sans corriger au pr&#233;alable certaines erreurs et combler quelques lacunes. Il para&#238;t, d'apr&#232;s l'auteur, que j'invite mes contemporains &#171; &#224; envier le sort des sauvages &#187;. Candeur ou roublardise ? Pas plus que l'astronome n'engage autrui &#224; envier le sort des astres, je ne milite en faveur du monde des sauvages. Birnbaum me confond avec les promoteurs d'une entreprise dont je ne suis pas actionnaire (Robert Jaulin et ses acolytes). Birnbaum ne sait donc pas rep&#233;rer les diff&#233;rences ? Analyste d'un certain type de soci&#233;t&#233;, je tente de d&#233;voiler des modes de fonctionnement et non d'&#233;laborer des programmes : je me contente de d&#233;crire les sauvages, mais peut-&#234;tre est-ce lui qui les trouve bons ? Passons donc sur ces futiles et tr&#232;s peu innocents bavardages sur le retour du bon sauvage. D'autre part, les r&#233;f&#233;rences constantes de Birnbaum &#224; mon livre sur les Guayaki me laissent un peu perplexe : imaginerait-il par hasard que cette tribu constitue mon seul point d'appui ethnographique ? Auquel cas il laisse appara&#238;tre dans son information une inqui&#233;tante lacune. Ma pr&#233;sentation des faits ethnographiques concernant la chefferie indienne n'est pas du tout nouvelle : elle tra&#238;ne, jusqu'&#224; la monotonie, dans les &#233;crits de tous les voyageurs, missionnaires, chroniqueurs, ethnographes qui, depuis le d&#233;but du XVIe si&#232;cle, se succ&#232;dent au Nouveau Monde. Ce n'est pas moi qui, de ce point de vue, ai d&#233;couvert l'Am&#233;rique. J'ajouterai &#233;galement que mon travail est bien plus ambitieux encore que ne le croit Birnbaum : ce n'est pas seulement sur les soci&#233;t&#233;s primitives am&#233;ricaines que je tente de r&#233;fl&#233;chir, mais sur la soci&#233;t&#233; primitive en g&#233;n&#233;ral, en tant qu'elle rassemble sous son concept toutes les soci&#233;t&#233;s primitives particuli&#232;res. Apport&#233;s ces divers &#233;claircissements, venons-en maintenant aux choses s&#233;rieuses. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une rare clairvoyance, Birnbaum inaugure son texte d'une erreur qui augure mal de la suite : &#171; On s'est depuis toujours, &#233;crit-il, interrog&#233; sur les origines de la domination politique... &#187; C'est exactement le contraire : on ne s'est jamais interrog&#233; sur la question de l'origine, car, d&#232;s son antiquit&#233; grecque, la pens&#233;e occidentale a toujours saisi la division sociale en dominants et domin&#233;s comme immanente &#224; la soci&#233;t&#233; en tant que telle. Appr&#233;hend&#233;e comme une structure ontologique de la soci&#233;t&#233;, comme l'&#233;tat naturel de l'&#234;tre social, la division en ma&#238;tres et sujets a constamment &#233;t&#233; pens&#233;e comme appartenant &#224; l'essence de toute soci&#233;t&#233; r&#233;elle ou possible. Il ne saurait donc y avoir, dans cette vis&#233;e du social, aucune origine &#224; la domination politique puisqu'elle est consubstantielle &#224; la soci&#233;t&#233; humaine, puisqu'elle est une donn&#233;e imm&#233;diate de la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; la grande stup&#233;faction des premiers observateurs des soci&#233;t&#233;s primitives : soci&#233;t&#233;s sans division, chefs sans pouvoir, gens &#171; sans foi, sans loi, sans roi &#187;. Quel discours les Europ&#233;ens pouvaient-ils d&#232;s lors tenir sur les sauvages ? Ou bien mettre en question leur conviction que la soci&#233;t&#233; ne peut pas se penser sans la division, et admettre du m&#234;me coup que les peuples primitifs constituaient des soci&#233;t&#233;s au sens plein du terme ; ou bien d&#233;cider qu'un groupement non divis&#233;, o&#249; les chefs ne commandent pas et o&#249; personne n'ob&#233;it, ne peut pas &#234;tre une soci&#233;t&#233; : donc les sauvages sont vraiment sauvages, et il convient de les civiliser, de les &#171; policer &#187;. Voie th&#233;orique et pratique en laquelle, unanimement, ne manqu&#232;rent pas de s'engager les Occidentaux du XVIe si&#232;cle. &#192; une exception pr&#232;s, cependant : celle de Montaigne et de La Bo&#233;tie, le premier peut-&#234;tre sous l'influence du second. Eux, et eux seuls, pens&#232;rent &#224; contre-courant, ce qui, bien s&#251;r, a &#233;chapp&#233; &#224; Birnbaum. Il n'est certes ni le premier, ni le dernier &#224; p&#233;daler dans le contresens ; mais La Bo&#233;tie n'ayant pas besoin de moi pour se d&#233;fendre, je voudrais revenir &#224; l'intention qui anime Birnbaum. &lt;br/&gt;
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O&#249; veut-il en venir ? Son but (sinon son cheminement) est parfaitement clair. Il s'agit pour lui d'&#233;tablir que &#171; la soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat se pr&#233;sente... comme une soci&#233;t&#233; de contrainte totale &#187;. En d'autres termes, si la soci&#233;t&#233; primitive ignore la division sociale, c'est au prix d'une ali&#233;nation bien plus effroyable, celle qui soumet la communaut&#233; au syst&#232;me &#233;crasant des normes auxquelles il n'est permis &#224; personne de rien changer. Le &#171; contr&#244;le social &#187; s'y exerce de mani&#232;re absolue : ce n'est plus la soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, c'est la soci&#233;t&#233; contre l'individu. Ing&#233;nument Birnbaum nous explique pourquoi il en sait si long sur la soci&#233;t&#233; primitive : il a lu Durkheim. Lecteur confiant, aucun doute ne l'effleure : l'opinion de Durkheim sur la soci&#233;t&#233; primitive, c'est vraiment la v&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; primitive. Passons. Il en r&#233;sulte donc que la soci&#233;t&#233; des sauvages se distingue, non par la libert&#233; individuelle des hommes, mais par &#171; la pr&#233;&#233;minence de la pens&#233;e mystique et religieuse qui symbolise l'adoration du tout &#187;. Birnbaum a manqu&#233; l&#224; l'occasion d'une formule-choc : je la lui fournis. Il pense, mais sans parvenir &#224; l'exprimer, que le mythe, c'est l'opium du sauvage. Humaniste et progressiste, Birnbaum souhaite naturellement la lib&#233;ration des sauvages : il faut les d&#233;sintoxiquer (il faut les civiliser). Tout cela est plut&#244;t risible. Birnbaum, en effet, ne se rend pas du tout compte que son ath&#233;isme de banlieue, solidement enracin&#233; dans un scientisme d&#233;j&#224; d&#233;mod&#233; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, rejoint tout droit, pour les justifier, le discours le plus &#233;pais des entreprises missionnaires et la pratique la plus brutale du colonialisme. Il n'y a pas de quoi &#234;tre fier. &lt;br/&gt;
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Envisageant, par ailleurs, la question du rapport entre soci&#233;t&#233; et chefferie, Birnbaum appelle &#224; la rescousse un autre &#233;minent sp&#233;cialiste des soci&#233;t&#233;s primitives, J.-W. Lapierre, dont il fait sienne l'opinion : &#171; Le chef... a le monopole de l'usage de la parole l&#233;gitime et... nul ne peut prendre la parole pour s'opposer &#224; celle du chef sans commettre un sacril&#232;ge condamn&#233; par l'opinion publique, unanime. &#187; Voil&#224; au moins qui est parler clair. Mais il est bien p&#233;remptoire, le professeur Lapierre. Et d'o&#249; est-il si savant ? Dans quel livre a-t-il lu cela ? Prend-il bien la mesure du concept sociologique de l&#233;gitimit&#233; ? Ainsi, les chefs dont il parle d&#233;tiennent le monopole de la parole l&#233;gitime ? Et que dit-elle cette parole l&#233;gitime ? On serait bien curieux de le savoir. Ainsi, nul ne pourrait, &#171; sans commettre un sacril&#232;ge &#187;, s'opposer &#224; cette parole ? Mais ce sont alors des monarques absolus, des Attilas ou des Pharaons ! On perd d&#232;s lors son temps &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la l&#233;gitimit&#233; de leur parole : car s'ils sont seuls &#224; parler, c'est qu'ils commandent ; s'ils commandent, c'est qu'ils d&#233;tiennent le pouvoir politique ; s'ils d&#233;tiennent le pouvoir politique, c'est que la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en ma&#238;tres et sujets. Hors du sujet : je m'int&#233;resse, pour l'instant, aux soci&#233;t&#233;s primitives et non aux despotismes archa&#239;ques. J.-W. Lapierre et Pierre Birnbaum devraient, pour faire l'&#233;conomie d'une l&#233;g&#232;re contradiction, choisir : ou bien la soci&#233;t&#233; primitive subit &#171; la contrainte totale &#187; de ses normes, ou bien elle est domin&#233;e par la &#171; parole l&#233;gitime du chef &#187;. Laissons donc m&#233;diter le professeur et revenons &#224; l'&#233;l&#232;ve qui, c'est visible, a besoin d'explications suppl&#233;mentaires, si br&#232;ves soient-elles. &lt;br/&gt;
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Qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; primitive ? C'est une soci&#233;t&#233; non divis&#233;e, homog&#232;ne, telle que si elle ignore la diff&#233;rence entre riches et pauvres, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; l'opposition entre exploiteurs et exploit&#233;s en est absente. Mais l&#224; n'est pas l'essentiel. En elle est absente surtout la division politique entre dominants et domin&#233;s : les &#171; chefs &#187; ne sont pas l&#224; pour commander, personne n'est destin&#233; &#224; ob&#233;ir, le pouvoir n'est pas s&#233;par&#233; de la soci&#233;t&#233; qui, comme totalit&#233; une, en est le d&#233;tenteur exclusif. J'ai, &#224; maintes reprises &#8211; et, semble-t-il, ce n'est pas encore assez &#8211; &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., par exemple, &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que le pouvoir n'existe que dans son exercice : un pouvoir qui ne s'exerce pas n'est en effet rien. Que fait donc la soci&#233;t&#233; primitive du pouvoir qu'elle d&#233;tient ? Elle l'exerce, bien entendu, et d'abord sur le chef, pour l'emp&#234;cher pr&#233;cis&#233;ment de r&#233;aliser un &#233;ventuel d&#233;sir de pouvoir, pour l'emp&#234;cher de faire le chef. Plus g&#233;n&#233;ralement, la soci&#233;t&#233; exerce son pouvoir en vue de le conserver, en vue d'emp&#234;cher la s&#233;paration de ce pouvoir, en vue de conjurer l'irruption de la division dans le corps social, la division entre ma&#238;tres et sujets. En d'autres termes, l'exercice du pouvoir par la soci&#233;t&#233; en vue d'assurer la conservation de son &#234;tre indivis&#233; met en rapport l'&#234;tre social avec lui-m&#234;me. Quel troisi&#232;me terme &#233;tablit cette mise en rapport ? C'est justement ce qui cause tant de souci &#224; Birnbaum-Durkheim, c'est le monde du mythe et des rites, c'est la dimension du religieux. L'&#234;tre social primitif est en rapport avec lui-m&#234;me par la m&#233;diation de la religion. Birnbaum ignore-t-il qu'il n'est de soci&#233;t&#233; que sous le signe de la Loi ? C'est probable. La religion assure ainsi le rapport de la soci&#233;t&#233; &#224; sa Loi, c'est-&#224;-dire &#224; l'ensemble des normes qui r&#232;glent les rapports sociaux. D'o&#249; vient la Loi ? Quelle est la terre natale de la Loi comme fondement l&#233;gitime de la soci&#233;t&#233; ? C'est le temps d'avant la soci&#233;t&#233;, le temps mythique, c'est, &#224; la fois imm&#233;diat et infiniment lointain, l'espace des Anc&#234;tres, des h&#233;ros culturels, des dieux. C'est l&#224; que s'institua la soci&#233;t&#233; comme corps indivis&#233;, ce sont eux qui &#233;dict&#232;rent la Loi comme syst&#232;me de ses normes, cette Loi que la religion a pour mission de transmettre et de faire &#233;ternellement respecter. Qu'est-ce &#224; dire ? C'est que la soci&#233;t&#233; trouve son fondement &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me, c'est qu'elle n'est pas autofondatrice d'elle-m&#234;me : la fondation de la soci&#233;t&#233; primitive ne rel&#232;ve pas de la d&#233;cision humaine, mais de l'action des divins. Devant cette id&#233;e, d&#233;velopp&#233;e de fa&#231;on absolument originale par Marcel Gauchet, Birnbaum se d&#233;clare surpris : comme c'est surprenant, en effet, que la religion ne soit pas de l'opium, que le fait religieux, loin d'agir comme &#171; superstructure &#187; sur la soci&#233;t&#233; soit au contraire immanent &#224; l'&#234;tre social primitif, comme c'est surprenant que cette soci&#233;t&#233; doive se lire comme un fait social total ! &lt;br/&gt;
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Est-ce que Birnbaum-Lapierre, ap&#244;tre un peu retardataire des Lumi&#232;res, voit mieux maintenant ce qu'a de l&#233;gitime la parole du chef sauvage ? Ayant toute raison d'en douter, je le lui pr&#233;cise. Le discours du chef est l&#233;gitime &#224; dire la tradition (et, &#224; ce titre, il n'en a pas, bien s&#251;r, le monopole) &#8211; respectons les normes enseign&#233;es par les Anc&#234;tres ! Ne changeons rien &#224; l'ordre de la Loi ! &#8211;, il est l&#233;gitime &#224; dire la Loi qui fonde &#224; jamais la soci&#233;t&#233; comme un corps indivis&#233;, la Loi qui exorcise le spectre de la division, la Loi commise &#224; garantir la libert&#233; des hommes contre la domination. Titulaire du poste de porte-parole de la Loi ancestrale, le chef ne peut en dire plus ; il ne peut pas, sans courir les risques les plus graves, se poser en l&#233;gislateur de sa propre soci&#233;t&#233;, substituer la loi de son d&#233;sir &#224; la Loi de la communaut&#233;. &#192; quoi pourraient conduire, dans une soci&#233;t&#233; indivis&#233;e, le changement et l'innovation ? &#192; rien d'autre qu'&#224; la division sociale, &#224; la domination de quelques-uns sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Birnbaum peut bien, apr&#232;s cela, p&#233;rorer sur la nature oppressive de la soci&#233;t&#233; primitive ; ou encore sur ma conception organiciste de la soci&#233;t&#233;. Serait-ce qu'il ne comprend pas ce qu'il lit ? La m&#233;taphore de la ruche (m&#233;taphore et pas mod&#232;le) n'est pas de moi, mais des indiens Guayaki : ces irrationalistes se permettent en effet, contre toute logique, de se comparer &#224; une ruche lorsqu'ils c&#233;l&#232;brent la f&#234;te du miel ! Ce n'est pas &#224; Birnbaum que &#231;a arriverait ; lui n'est pas po&#232;te, mais un savant qui a pour lui la froide Raison. Qu'il la garde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Birnbaum s'int&#233;resse aux conceptions organicistes de la soci&#233;t&#233;, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; la p. 11 de son essai, Birnbaum me d&#233;clare &#171; dans l'impossibilit&#233; de donner une explication sociologique de la naissance de l'&#201;tat &#187;. Mais voil&#224; qu'&#224; la p. 19, il semble que cette naissance &#171; puisse maintenant s'expliquer par un rigoureux d&#233;terminisme d&#233;mographique... &#187;. C'est, en somme, au choix du lecteur. Quelques pr&#233;cisions pourront guider ce choix. Effectivement je n'ai, jusqu'&#224; pr&#233;sent, jamais rien dit sur l'origine de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire sur l'origine de la division sociale, sur l'origine de la domination. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit l&#224; d'une question (fondamentale) de sociologie, et non de th&#233;ologie ou de philosophie de l'histoire. En d'autres termes, poser la question de l'origine rel&#232;ve de l'analytique du social : &#224; quelles conditions la division sociale peut-elle surgir dans la soci&#233;t&#233; indivis&#233;e ? Quelle est la nature des forces sociales qui conduisirent les sauvages &#224; accepter la division en ma&#238;tres et sujets ? Quelles sont les conditions de mort de la soci&#233;t&#233; primitive comme soci&#233;t&#233; indivis&#233;e ? G&#233;n&#233;alogie du &#8220;malencontre&#8221;, recherche du clinamen social qui ne peuvent, bien s&#251;r, se d&#233;velopper que dans l'interrogation de l'&#234;tre social primitif : le probl&#232;me de l'origine est strictement sociologique et ni Condorcet ni Hegel, ni Comte ni Engels, ni Durkheim ni Birnbaum, ne sont l&#224;-dessus d'aucun secours. Pour comprendre la division sociale, il faut partir de la soci&#233;t&#233; qui existait pour l'emp&#234;cher. Quant &#224; savoir si je puis ou non articuler une r&#233;ponse &#224; la question de l'origine de l'&#201;tat, je n'en sais encore trop rien, et Birnbaum encore moins. Attendons, travaillons, rien ne presse ! &lt;br/&gt;
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Deux mots maintenant &#224; propos de ma th&#233;orie de l'origine de l'&#201;tat : &#171; Un rigoureux d&#233;terminisme d&#233;mographique &#187; explique son apparition, me fait dire Birnbaum. Ce serait un vrai soulagement si l'on pouvait, d'une seule gambade, passer de la croissance d&#233;mographique &#224; l'institution de l'&#201;tat, on aurait le temps de s'occuper d'autre chose. Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. Substituer un mat&#233;rialisme d&#233;mographique au mat&#233;rialisme &#233;conomique ? La pyramide n'en resterait pas moins pos&#233;e sur sa pointe. Ce qui, en revanche, est certain, c'est qu'ethnologues, historiens et d&#233;mographes ont pendant tr&#232;s longtemps partag&#233; une certitude fausse : &#224; savoir que la population des soci&#233;t&#233;s primitives &#233;tait forc&#233;ment faible, stable, inerte. Des recherches r&#233;centes d&#233;montrent le contraire : la d&#233;mographie primitive &#233;volue et, le plus souvent, dans le sens de la croissance. J'ai, pour ma part, tent&#233; de montrer que, dans certaines conditions, le d&#233;mographique ne peut pas rester sans effets sur le sociologique, et que ce param&#232;tre-l&#224; doit, &#224; l'&#233;gal des autres (pas plus, mais pas moins), &#234;tre pris en compte si l'on veut d&#233;terminer les conditions de possibilit&#233; du changement dans la soci&#233;t&#233; primitive. De l&#224; &#224; une d&#233;duction de l'&#201;tat... &lt;br/&gt;
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Comme tout le monde, Birnbaum accueillait placidement ce qu'enseignait l'ethnologie : les soci&#233;t&#233;s primitives sont les soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat &#8211; sans organe s&#233;par&#233; de pouvoir politique. Fort bien. Prenant au s&#233;rieux, d'une part, les soci&#233;t&#233;s primitives et, d'autre part, le discours ethnologique sur ces soci&#233;t&#233;s, je me demande pourquoi elles sont sans &#201;tat, pourquoi le pouvoir n'y est pas s&#233;par&#233; du corps social. Et il m'appara&#238;t peu &#224; peu que cette non-s&#233;paration du pouvoir, que cette non-division de l'&#234;tre social tiennent non point &#224; un &#233;tat f&#339;tal ou embryonnaire des soci&#233;t&#233;s primitives, non point &#224; un inach&#232;vement ou &#224; une incompl&#233;tude, mais se rapportent &#224; un acte sociologique, &#224; une institution de la socialit&#233; comme refus de la division, comme refus de la domination : si les soci&#233;t&#233;s primitives sont sans &#201;tat, c'est parce qu'elles sont contre l'&#201;tat. Birnbaum, du coup, et bien d'autres avec lui, ne l'entendent plus de cette oreille. &#199;a les d&#233;range. Ils veulent bien du sans-&#201;tat, mais du contre-l'Etat, halte-l&#224; ! C'est un toll&#233;. Et Marx alors ? Et Durkheim ? Et nous ? On ne peut donc plus dig&#233;rer tranquillement ? Nous ne pourrions plus continuer &#224; raconter nos petites histoires ? Ah non ! &#199;a ne se passera pas comme &#231;a ! Bref. Il y a l&#224; un cas int&#233;ressant de ce que la psychanalyse nomme r&#233;sistance. On voit tr&#232;s bien &#224; quoi r&#233;sistent tous ces docteurs, et que la th&#233;rapeutique sera de longue haleine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il est &#224; craindre que les lecteurs de Birnbaum ne se fatiguent d'avoir sans cesse &#224; choisir. En effet, l'auteur parle &#8211; p. 11 &#8211; de mon &#171; volontarisme qui &#233;carte toute explication structurelle de l'&#201;tat &#187;, pour constater &#8211; p. 20 &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt; que j'abandonne &#171; la dimension volontariste qui anime le &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; de La Bo&#233;tie... &#187;. Peu habitu&#233;, semble-t-il, &#224; penser logiquement, Birnbaum confond deux plans distincts de r&#233;flexion : un plan th&#233;orique et un plan pratique. Le premier s'articule autour d'une question historique et sociologique : quelle est l'origine de la domination ? Le second renvoie &#224; une question politique : que devons-nous faire pour abolir la domination ? Ce n'est pas ici le lieu d'aborder ce dernier point. Revenons donc au premier. Il me semble que Birnbaum n'a tout simplement pas lu mon bref essai sur La Bo&#233;tie : rien, bien s&#251;r, ne l'y oblige, mais pourquoi diable prendre alors la plume pour &#233;crire &#224; propos de choses dont il n'a pas la moindre id&#233;e ? Je me citerai donc, quant au caract&#232;re volontaire de la servitude et &#224; l'enjeu proprement anthropologique du &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; de La Bo&#233;tie : &#171; Et de n'&#234;tre pas d&#233;lib&#233;r&#233;e, cette volont&#233; recouvre d&#232;s lors sa v&#233;ritable identit&#233; : elle est le d&#233;sir &#187; (p. 237). Un &#233;l&#232;ve de terminale sait d&#233;j&#224; tout cela : que le d&#233;sir renvoie &#224; l'inconscient, que le d&#233;sir social renvoie &#224; l'inconscient social et que la vie socio-politique ne se d&#233;ploie pas seulement dans la comptabilit&#233; des volont&#233;s consciemment exprim&#233;es. Pour Birnbaum, dont les conceptions psychologiques doivent dater du milieu du XIXe si&#232;cle, la cat&#233;gorie de d&#233;sir, c'est sans doute le &#171; porno &#187;, tandis que la volont&#233;, ce serait la Raison. Je tente, pour ma part, de cerner le champ du d&#233;sir comme espace du politique, d'&#233;tablir que le d&#233;sir de pouvoir ne peut pas se r&#233;aliser sans le d&#233;sir inverse et sym&#233;trique de soumission ; j'essaie de montrer que la soci&#233;t&#233; primitive est le lieu de r&#233;pression de ce double mauvais d&#233;sir, et je me demande : &#224; quelles conditions ce d&#233;sir est-il plus puissant que sa r&#233;pression ? Pourquoi la communaut&#233; des &#233;gaux se partage-t-elle en ma&#238;tres et sujets ? Comment le respect de la Loi put-il c&#233;der &#224; l'amour de l'Un ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
N'approchons-nous pas de la v&#233;rit&#233; ? Il le semble. L'analyseur ultime de tout cela, ne serait-ce point la question de ce que l'on appelle le marxisme ? Il est exact que j'ai utilis&#233;, pour d&#233;crire l'anthropologie qui s'en r&#233;clame, l'expression (qui para&#238;t peiner Birnbaum) de &#171; mar&#233;cage marxiste &#187;. C'&#233;tait dans un moment d'excessive bienveillance. L'&#233;tude et l'analyse de la pens&#233;e de Karl Marx, c'est une chose, l'examen de tout ce qui s'affirme &#171; marxiste &#187; en est une autre. En ce qui concerne le &#171; marxisme &#187; anthropologique &#8211; l'anthropologie marxiste &#8211;, une &#233;vidence commence (lentement) &#224; se faire jour : ladite &#171; anthropologie &#187; se constitue au travers d'une double imposture. Imposture, d'une part, dans son affirmation effront&#233;e d'un quelconque rapport &#224; la lettre et &#224; l'esprit de la pens&#233;e marxienne ; imposture, d'autre part, dans son fanatique projet de dire &#171; scientifiquement &#187; l'&#234;tre social de la soci&#233;t&#233; primitive. Ils s'en moquent bien, les &#171; anthropologues marxistes &#187;, des soci&#233;t&#233;s primitives ! Elles n'existent m&#234;me pas pour ces th&#233;ologiens obscurantistes qui ne savent parler que de soci&#233;t&#233;s &#171; pr&#233;capitalistes &#187;. Rien fors le saint Dogme ! La Doctrine avant tout ! Avant, surtout, la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre social. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les sciences sociales (et notamment l'ethnologie) sont actuellement, on le sait, le th&#233;&#226;tre d'une puissante tentative d'investissement id&#233;ologique. Marxisation ! glapit une droite qui, finaude comme de coutume, a depuis longtemps perdu l'habitude de comprendre. Mais Marx, &#224; ce qu'il me semble, n'a pas grand-chose &#224; voir avec cette cuisine-l&#224;. Il voyait, quant &#224; lui, un peu plus loin que le nez d'Engels, il les voyait venir de loin les &#171; marxistes &#187; en b&#233;ton arm&#233;. Leur id&#233;ologie de combat, sombre, &#233;l&#233;mentaire, dominatrice &#8211; &#231;a ne lui parle pas &#224; Birnbaum, la domination ? &#8211;, on la reconna&#238;t sous ses masques interchangeables qui ont nom l&#233;ninisme, stalinisme, mao&#239;sme (ils ont l'air fin, depuis quelque temps, ses partisans !) : c'est cette id&#233;ologie de conqu&#234;te du pouvoir total &#8211; &#231;a ne lui dit rien &#224; Birnbaum, le pouvoir ? &#8211;, c'est cette id&#233;ologie de granit, dure &#224; d&#233;truire, que Claude Lefort a commenc&#233; &#224; perforer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Claude Lefort, Un homme en trop. R&#233;flexions sur L'Archipel du Goulag, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne serait-ce pas l&#224;, au bout du compte, le lieu &#224; partir duquel Birnbaum tente de parler &#8211; le mar&#233;cage o&#249; il a l'air d'avoir envie de barboter ? &#199;a ne serait pas &#224; cette entreprise-l&#224; qu'il veut apporter sa modeste contribution ? Et il ne craint pas, apr&#232;s cela, de me parler de libert&#233;, de pens&#233;e, de pens&#233;e de la libert&#233;. Il n'a pas froid aux yeux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quant &#224; ses espi&#232;gleries &#224; propos de mon pessimisme, des textes comme le sien ne sont s&#251;rement pas de nature &#224; me rendre optimiste. Mais je peux assurer Birnbaum d'une chose : je ne suis pas d&#233;faitiste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pierre CLASTRES&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;octobre 1976&lt;/i&gt;.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-111-877ea.jpg?1777798379' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#201;PONSE DE PIERRE BIRNBAUM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#192; poser des questions, on s'expose aux sarcasmes. Qu'il soit pourtant permis &#224; un &#171; ath&#233;e de banlieue &#187;, &#224; un &#171; ap&#244;tre un peu retardataire des Lumi&#232;res &#187; de garder raison devant le d&#233;ferlement actuel d'irrationalisme que provoquent de nouveaux gourous en mal de religiosit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comment Clastres peut-il affirmer que mon texte n&#233;glige &#171; la question du politique &#187; alors qu'explicitement il constitue tout entier, &#224; travers la critique d'une soci&#233;t&#233; de contrainte absolue, telle que celle des indiens Guayaki, un plaidoyer en faveur d'une autod&#233;termination qui ne peut s'effectuer qu'avec le concours de la raison ? Clastres voit tour &#224; tour dans mon article un &#171; &#233;crit anonyme &#187;, une r&#233;flexion anachronique qui se contente de prolonger celle de Durkheim, voire m&#234;me un texte qui &#171; parlerait &#187; au nom d'un marxisme m&#226;tin&#233; de terreur stalinienne. Disons en passant qu'il est surprenant de se faire traiter de stalinien parce qu'on a eu le malheur de s'inqui&#233;ter de l'aspect totalitaire que semblait rev&#234;tir une soci&#233;t&#233;. Pourquoi cette s&#233;rie de travestis et d'o&#249; lui viennent ces amalgames d'une autre &#233;poque ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Clastres refuse de voir le &#171; lieu &#187; d'o&#249; je tente de parler. Il se satisfait quant &#224; lui de cette contrainte absolue qui r&#232;gne chez les Guayaki et dont il cite lui-m&#234;me un grand nombre de redoutables exemples. Il faudrait, parce que ces Indiens ignorent l'&#201;tat et qu'ils font tout pour en emp&#234;cher la naissance, consid&#233;rer comme l&#233;gitime la coercition qui p&#232;se sur eux. Clastres reconna&#238;t explicitement qu'aucune libert&#233; ne leur est accord&#233;e par rapport aux normes collectives, que jamais ils n'ont la possibilit&#233; de prendre des distances, de critiquer, de raisonner, et que la soci&#233;t&#233; exerce donc &#171; un pouvoir absolu &#187; qui interdit toute &#171; autonomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Clastres, La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, op. cit., p. 180. Il serait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Clastres accepte sans peine que les Guayakis soient totalement priv&#233;s de ce que Gauchet appelle une &#171; autogestion th&#233;orique &#187;, notion que les r&#233;volt&#233;s du Goulag semblent, d'apr&#232;s Soljenitsyne cit&#233; par Lefort, retrouver spontan&#233;ment lorsqu'ils tentent de mettre un terme &#224; leur servitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lefort, op. cit., p. 236.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais le &#171; retour des Lumi&#232;res &#187; doit au contraire nous faire refuser qu'il n'y ait, comme le dit Pierre Clastres, &#171; de soci&#233;t&#233; que sous le signe d'une Loi &#8220;&#233;labor&#233;e&#8221; &#224; l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me &#187;. Si, comme Clastres le r&#233;p&#232;te avec insistance, la soci&#233;t&#233; &#171; n'est pas autofondatrice d'elle-m&#234;me &#187;, si c'est la religion qui fait &#171; &#233;ternellement respecter &#187; cette Loi que les hommes se voient imposer, que devient la libert&#233;, comment peut se manifester la r&#233;sistance &#224; la servitude ? D'autant plus que, dans la perspective de Clastres, cette derni&#232;re se fonde sur les &#171; d&#233;sirs &#187; respectifs des ma&#238;tres et des esclaves, &#171; d&#233;sir &#187; auquel il ne donne aucune origine sociale, alors que La Bo&#233;tie, lui, mettait bien en lumi&#232;re les processus par lesquels la soci&#233;t&#233; en venait &#224; organiser la servitude dont il estimait, malgr&#233; tout, que les hommes pourraient parvenir &#224; se lib&#233;rer. Refuser le caract&#232;re inn&#233; du d&#233;sir de servitude n'a pas grand-chose &#224; voir avec la &#171; pornographie &#187;. Voil&#224; d'ailleurs une soci&#233;t&#233; o&#249; Clastres avoue lui-m&#234;me n'avoir jamais entendu &#171; le moindre soupir d'abandon &#187;. Ce &#171; po&#232;te &#187;, qui sait se pr&#233;munir contre les &#171; froideurs &#187; de la raison, s'accommode fort bien de cette situation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En acceptant que la soci&#233;t&#233; ne trouve pas en elle-m&#234;me son propre fondement, Clastres ne peut cacher son adh&#233;sion au courant de pens&#233;e qui se r&#233;clame du traditionalisme. Et pourquoi accepte-t-il si ais&#233;ment le &#171; bon sens &#187; des sauvages qui se comparent eux-m&#234;mes spontan&#233;ment aux abeilles d'une ruche ? Pourquoi ne voit-il pas l&#224; l'illustration d'une pens&#233;e organiciste qui sert de &#171; formule politique &#187; &#224; une soci&#233;t&#233; de contrainte ? D'ailleurs, Clastres n'ose pas dire que ces sauvages n'ont aucune possibilit&#233; de s'&#233;panouir pour devenir de v&#233;ritables &#171; hommes riches &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Enfin, puisqu'il faut en revenir l&#224;, Clastres ne r&#233;pond &#224; aucune des questions qu'on a soulev&#233;es. Il ne s'explique nulle part sur son utilisation uniforme des concepts de pouvoir, d'autorit&#233; et de force (voir, par exemple, La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, pp. 174-176) ; il ne semble pas voir qu'un pouvoir demeure d'autant plus redoutable qu'il n'a m&#234;me pas besoin de s'exercer. Il ne veut pas imaginer que le pouvoir propre &#224; l'&#201;tat puisse ne pas se ramener seulement &#224; celui dont peut b&#233;n&#233;ficier une classe sociale. Clastres ne pr&#233;cise pas non plus comment il entend &#171; remettre Durkheim sur ses pieds &#187; alors qu'il accorde, par ailleurs, une importance d&#233;cisive, dans la transformation des soci&#233;t&#233;s primitives, &#224; la croissance d&#233;mographique qui les m&#232;nerait vers l'&#201;tat. Enfin, il ne justifie pas davantage le silence qu'il observe sur la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; des Guayakis, comme il refuse de s'interroger sur la profonde et tr&#232;s contraignante division des r&#244;les qui rend seule possible son fonctionnement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En pr&#233;f&#233;rant manier l'ironie et la d&#233;rision plut&#244;t que d'accepter de tenir compte de ces quelques interrogations, Pierre Clastres rompt le dialogue et se cantonne malheureusement dans les proc&#232;s d'intention.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pierre BIRNBAUM&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L255xH432/ill_der-fe8df.jpg?1777798379' width='255' height='432' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ligne sur &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1133&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acontretemps.org/spip.php?article1133&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Sur les origines de la domination politique : &#224; propos d'&#201;tienne de La Bo&#233;tie et de Pierre Clastres &#187;, &#171; Le retour des Lumi&#232;res &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de science politique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1977, XXVII, pp. 22 et 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Revue d'histoire des facult&#233;s de droit&lt;/i&gt;, n&#176; 14, janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Birnbaum, &#171; Pierre Clastres contre l'&#201;tat &#8220;despote&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Revue d'histoire des facult&#233;s de droit&lt;/i&gt;, n&#176; 14, janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf&lt;/i&gt;., par exemple, &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187; &lt;i&gt;in : Interrogations, revue internationale de recherche anarchiste&lt;/i&gt;, juin 1976, pp. 3-9. &lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; aussi ma pr&#233;face au livre de Sahlins, &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge abondance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Birnbaum s'int&#233;resse aux conceptions organicistes de la soci&#233;t&#233;, il devrait lire Leroi-Gourhan &#8211; &lt;i&gt;Le Geste et la Parole&lt;/i&gt; &#8211; ; il sera combl&#233;. Une devinette, d'autre part : en Am&#233;rique du Sud, les Blancs se nomment eux-m&#234;mes racionales [rationnels]. Par rapport &#224; qui ? !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Claude Lefort, &lt;i&gt;Un homme en trop. R&#233;flexions sur L'Archipel du Goulag&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Clastres, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 180. Il serait int&#233;ressant de comparer de mani&#232;re syst&#233;matique &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;. L&#233;vi-Strauss montre lui aussi que chez les Nambikwaras, le chef ne peut utiliser la contrainte, mais son pouvoir n'en est pas moins r&#233;el alors qu'il demeure inexistant, dans les p&#233;riodes normales, chez les Guayakis. De plus, il trouve son fondement dans le consentement des Indiens, concept que Clastres n'utilise jamais et sur lequel L&#233;vi-Strauss insiste &#224; plusieurs reprises en montrant que les philosophes du XVIIIe si&#232;cle, et en particulier Rousseau, utilisaient eux aussi pour fonder la l&#233;gitimit&#233; une soci&#233;t&#233; rationnelle. Voir &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt;, Paris, Union g&#233;n&#233;rale &#233;dition, 10/18, 1955, pp. 276-282.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Lefort, op. cit., p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Politique de l'ADN</title>
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&lt;p&gt;Victoire ! J'ai r&#233;ussi &#224; obliger &#171; la direction &#187; &#224; me changer de logo, et, donc, d'identit&#233;. Parce que, franchement, Louis XIV en jupette minaudant &#224; l'adresse de tout ce qui bouge ! Il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie la royaut&#233; et l'&#201;tat avec, notamment son actionnariat identitaire. C'est choses-l&#224; &#233;tant dites, j'ai pr&#233;vu de vous partager ici quelques vues sur le &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher. Mais voil&#224; que j'ai &#224; peine fini ma ligne que la direction me hurle &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-bc3bb.jpg?1777798379' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2798 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/politique_de_l_adn_bab_-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 353.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Victoire ! J'ai r&#233;ussi &#224; obliger &#171; la direction &#187; &#224; me changer de logo, et, donc, d'identit&#233;. Parce que, franchement, Louis XIV en jupette minaudant &#224; l'adresse de tout ce qui bouge ! Il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie la royaut&#233; et l'&#201;tat avec, notamment son actionnariat identitaire.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est choses-l&#224; &#233;tant dites, j'ai pr&#233;vu de vous partager ici quelques vues sur le &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher. Mais voil&#224; que j'ai &#224; peine fini ma ligne que la direction me hurle &#224; l'oreille que &#171; vous partager &#187; serait un anglicisme. Je ne suis pas sourde ! Pas comme ces vieux &lt;i&gt;has been&lt;/i&gt; qui n'ont jamais mis le d&#233;but de leur nez dans une messagerie et pr&#233;tendent pourtant d&#233;tenir la v&#233;rit&#233;. Car, &#171; vous partager &#187; n'a rien d'un anglicisme, il faut vraiment tout leur expliquer. T'es sur Facebook par exemple, tu mets une photo sur ton mur virtuel et tu veux la partager. Mais non, cr&#233;tin ! &#199;a ne veut pas dire que je veux la d&#233;chirer en plusieurs morceaux ! &#171; Je vous partage une photo de Louis XIV &#187; est bien la formulation correcte, puisque ce n'est pas moi qui vais la faire partager : c'est Facebook. C'est lui qui fait le boulot &#8211; l'action est sous-tendue par le verbe &#171; faire &#187; &#8211;, et en plus c'est gratuit. J'accorde &#224; la direction qu'ici on n'est pas sur Facebook, mais bon, il faut que ce soit bien clair entre nous, je conchie les vieux principes &#233;cul&#233;s et les directions. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bon alors, est-ce que je vais enfin pouvoir parler du &#171; logiciel du parti &#187; qui m'est cher ? Ben nan, c'est foutu, en gros c'est la guerre, parce que la direction vient tout juste de m'insulter en ces termes : &#171; Ranges tes parties, &#231;a va grave chauffer l&#224; ! &#187; Sont peut-&#234;tre pas si vieux l&#224;-haut, finalement ? N'emp&#234;che qu'au bout du compte, ils ne me laissent pas le choix puisqu'il ne reste plus rien, sauf &#224; parler du logiciel. Et, l&#224;, c'est vraiment chiant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je fais une pause, car cette chronique devient dangereusement scatologique et je commence &#224; me poser des questions : d'o&#249; vient que la direction est capable de r&#233;agir, &#224; peine une ligne &#233;crite ? Dieu logerait-il dans mon ordinateur ? Cette id&#233;e est flippante en fait. Donc je pars faire un tour et voil&#224; ce qui m'est arriv&#233; (temporalit&#233; de &lt;i&gt;feedback&lt;/i&gt;). J'ai bien un Pass Navigo, des fois que je sois trop charg&#233;e ou qu'il y ait des contr&#244;leurs en vue, mais je ne m'en sers pratiquement jamais. J'&#233;tais donc entr&#233;e tranquille &#224; la station Gambetta, en poussant fort sur les portillons vitr&#233;s, mais au changement, &#224; R&#233;publique, les contr&#244;leurs &#233;taient dispos&#233;s en brochette en travers du couloir, pas moyen de les &#233;viter. Je prends la mine press&#233;e de quelqu'un qui doit aller conclure sa chronique et je lui tends mon Pass. Il plonge sur l'&#233;cran de sa d&#233;codeuse &#224; bip, et l&#224;, miracle, il me laisse passer, alors que &#231;a fait au moins deux mois que je n'ai pas point&#233;. Donc, suivez bien : le schmilblick loge entre l'&#233;cran de la d&#233;codeuse &#224; bip et le regard trop rapide de celui qui d&#233;code. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Cr&#233;tins d'humains ! Un robot contr&#244;leur, lui, ne s'y serait pas laiss&#233; prendre ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; peine rentr&#233;e chez moi, voil&#224; ce que j'ai pu lire, ici m&#234;me, sur cette ligne : &#171; T'as les neurones coll&#233;s ou quoi ? Me traiter de cr&#233;tin &#224; propos d'une photo de Louis XIV, puis faire de cette insulte une v&#233;rit&#233; universelle bas&#233;e sur les contr&#244;leurs du m&#233;tro ! Tu te prends pour qui, l&#224; ? Je te rappelle que ce site a de s&#233;rieuses affinit&#233;s anarchistes, on ne va pas se laisser confondre avec des salopards. Et puis, une photo de Louis XIV, on se demande vraiment o&#249; tu vas chercher tes exemples ! De toute fa&#231;on, saches-le bien, ton billet est en passe d'&#234;tre p&#233;rim&#233;, parce qu'on croyait que &#231;a pourrait &#234;tre amusant d'avoir une queer qui nous livre ses vues sur le monde, mais si c'est pour nous parler du &#171; logiciel de ton parti &#187; ou de l'ADN des &#171; syst&#232;mes de management &#187; tout en prenant la mine sup&#233;rieure de qui a tout compris, on n'en a d&#233;j&#224; grave marre en fait. Je te pr&#233;viens, la partie n'est pas loin d'&#234;tre jou&#233;e. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Merde, si je me fais virer, c'est comment que je fais pour bouffer ? C'est s&#251;r que &#231;a rapporte pas gros leur site, mais, par les temps qui galopent, c'est toujours &#231;a de pris. J'ai commenc&#233; &#224; flipper ma race, donc j'ai laiss&#233; passer une bonne semaine, il me fallait au moins &#231;a pour me recoller les morceaux. J'ai gamberg&#233; comme jamais je crois, et voil&#224; ce que j'ai envoy&#233; &#224; la direction : &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Le patron est commun&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Et puis vire-moi si tu veux, mais j'en ai marre d'&#234;tre trait&#233;e de totalitaire au pr&#233;texte que j'aurais invent&#233; la notion d'identit&#233; ! Attends, le prends pas mal, laisse-moi parler, merde ! C'est pas toi que j'&#233;pingle en titre, car je ne sache pas que tu sois couturi&#232;re, or c'est pr&#233;cis&#233;ment de &#231;a dont il est question. Le &#171; patron &#187;, c'est comme un mod&#232;le, &#231;a se plaque sur les tissus et t'en tires des fringues en s&#233;rie, si tu veux. Donc, &#231;a commence avec le patron capitaliste, &#233;videment, c'est lui le costume ma&#238;tre, et son mod&#232;le, celui qui s'applique au reste, c'est le cycle infini des gains de productivit&#233; et des profits. C'est comme un man&#232;ge qui ne devrait jamais s'arr&#234;ter, &#231;a tourne dans le temps ad libidum, comme toute la surproduction de produits d&#233;j&#224; bons &#224; jeter ou l'am&#233;lioration continue ou la formation tout au long de la vie, tous ces trucs avec lesquels on ne cesse de nous casser les burnes au boulot. L'id&#233;al de ce patron, c'est l'universalisme de la comp&#233;tition. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ne me dis pas que t'&#233;tais d&#233;j&#224; au courant, tout le monde le sait, et c'est une tr&#232;s vieille histoire. Comme la biologisation devenue efficace, ces d&#233;lires conqu&#233;rants et meurtriers objectiv&#233;s par la puret&#233; de la race &#8211; ceux, en particulier, de la Shoah. Il s'agissait d'un point ultime d'aboutissement de ce qu'avaient &#233;t&#233; les modalit&#233;s de justification du racisme, du g&#233;nocide des Am&#233;rindiens, des exactions esclavagistes et coloniales, etc. La biologisation &#233;tait alors un moyen &#171; objectif &#187; de hi&#233;rarchiser les &#171; races &#187;, en se pla&#231;ant au sommet. Mais, depuis, la Seconde Guerre mondiale est pass&#233;e par l&#224;, et le &#171; plus jamais &#231;a &#187; a pos&#233; un tabou sur cette diff&#233;renciation hi&#233;rarchisante. Un peu plus tard, on a appris que l'ADN est universel. L'id&#233;al de ce patron-l&#224;, c'est l'universalisme biologique : tous &#233;gaux, humains et non-humains, v&#233;g&#233;taux, etc. Soit tout un humanisme recycl&#233; en th&#233;ories contemporaines du Vivant qui font de gros budgets et d&#233;partements universitaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'ADN universel est certes une tr&#232;s bonne nouvelle dans l'absolu, mais pourquoi cela devrait-il en &#234;tre une, dans quel contexte politique ? La question semble idiote, parce que, vraiment, on ferait de la politique avec la biologie ? Laissons cela de c&#244;t&#233; et poursuivons du c&#244;t&#233; des patrons. &#199;a te dit quelque chose les r&#233;seaux de neurones formels ? Non ? Reste l&#224;, ne t'en vas pas relire un extrait de po&#233;tique reclusienne au pr&#233;texte que tout le fatras informatique t'emmerde. Allez, reste pour une fois, et je te file une minute de divertissement gratos. Lis un peu comment &#231;a causait dans les temps recul&#233;s, donc avant que ChatGPT ne fasse p&#233;ter la baraque. Il s'agit d'une exp&#233;rience faite dans le domaine de l'IA, en 2012, entre chercheurs rivaux dans le domaine de la vision par ordinateur. Les tenants des r&#233;seaux de neurones, qui vont gagner la partie, nous la racontent comme &#231;a : &#171; Et le mec, il arrive avec une grosse bo&#238;te noire de deep&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Apprentissage profond &#187; en fran&#231;ais.&#8211; NDLR.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il a 100 millions de param&#232;tres dedans, il a entra&#238;n&#233; &#231;a et il explose tout le domaine. Les autres lui demandent : &#171; &#171; Est-ce que vos mod&#232;les sont invariants si l'image bouge ? &#187; Le gars, il a m&#234;me pas compris la question ! Donc c'est Yann qui r&#233;pond : &#171; Alors, ces mod&#232;les sont invariants parce que... &#187; et il est trop content parce que, l&#224;, Fei Fei lui demande : &#171; Mais Yann, est-ce que ces mod&#232;les sont fondamentalement diff&#233;rents des mod&#232;les que tu as invent&#233;s dans les ann&#233;es 1980 ? &#187; Et, l&#224;, Yann il peut dire : &#171; Nan, c'est exactement les m&#234;mes, et on a gagn&#233; toutes les comp&#233;titions avec !&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de V., chercheur en vision par ordinateur, cit&#233; par Dominique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ben la comp&#233;tition, y'a que &#231;a de vrai ! Et, je n'entre pas dans les d&#233;tails, mais patrons et mod&#232;les ne sont pas loin de s'&#233;quivaloir. Du coup, l'universalisme de l'ADN et l'universalisme bio-informationnel virtualis&#233; dans les r&#233;seaux de neurones formels font de tr&#232;s bonnes politiques. Sur le versant biologique, c'est la porte ouverte aux trop bien connus radicalismes de la puret&#233;, qu'elle soit raciale, sexuelle ou de genre, voire &#233;cologique ; sur le versant informationnel, c'est la porte ouverte aux radicalismes acc&#233;l&#233;rationistes et transhumanistes. Dans les deux cas, la logique pure s'applique, celle de la hi&#233;rarchisation par crit&#232;res et de l'&#233;viction. Au fait, &#231;a te dit quelque chose l'identit&#233; biologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La biologie, qui &#233;tudie le monde vivant, utilise le concept d'identit&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou num&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wikipedia, au moins, me comprend : &#171; L'identit&#233; num&#233;rique (&#171; IDN &#187;) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; On n'en est pas l&#224; encore, mais vu que les versions miniaturis&#233;es des moyens de production sont dans nos poches et sur l'ordi &#224; partir duquel je t'&#233;cris, et que &#231;a commence &#224; faire un moment qu'on est un paquet &#224; avoir grandi avec&#8230; S&#251;r qu'avec le portable d&#232;s la naissance on va bient&#244;t pouvoir r&#226;ler que tous les jeunes sont des cr&#233;tins qui ont laiss&#233; perdre leurs moyens d'&#233;mancipation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Mais, reprenons&#8230; Dans le contexte de sa virtualisation informationnelle, l'universalisme bio fait fi de la complexit&#233; humaine effective, laquelle n'est pas strictement biologique, car &#224; la diff&#233;rence des machines et des animaux, bien des humains font, par exemple, de la politique&#8230; Nombreux sont ceux qui, s'ils sont encore vivants sous les bombes, en savent quelque chose. Donc, pour conclure, l'universalisme de la concurrence et de la consommation n'est plus seul &#224; mettre le paquet pour nous cr&#233;tiniser. Ainsi, nul besoin de m'excuser, puisque l'insulte que je t'ai adress&#233;e me concerne moi aussi, logiquement, tout autant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tu n'es pas convaincu ? En fait, je n'arriverai pas &#224; te convaincre, parce que &#231;a demanderait tout un livre pour montrer comment les machines fonctionnent de fa&#231;on bio-informationnelle, et encore comment les m&#234;mes patrons sont utilis&#233;s pour nous faire bosser, et encore, comment ce sont les m&#234;mes que ceux de la gouvernance et les m&#234;mes que ceux de l'&#233;conomie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La gouvernance en question nous casse les parties &#8211; m&#234;me politiques (recycl&#233;s en &#171; logiciel du parti &#187;) &#8211; depuis bient&#244;t un demi-si&#232;cle. Donc me faire la guerre de l'identit&#233; quand ce sont les &#201;tats qui les instrumentalisent pour mieux les hi&#233;rarchiser, les contr&#244;ler et r&#233;primer des boucs &#233;missaires, c'est comme de dire que le pr&#233;tendu &#171; wokisme &#187; serait responsable de tous les maux de la Terre, et que ce serait donc avantageux qu'on continue &#224; se foutre sur la gueule toi et moi, tandis que, sur T&#233;h&#233;ran, c'est jusqu'&#224; la pluie qui a &#233;t&#233; transform&#233;e en p&#233;trole. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Je t'embrasse, et n'oublie pas mon ch&#232;que, je suis grave dans la d&#232;che l&#224;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L312xH416/ill__babaly_inversee-2-5280a.jpg?1777798379' width='312' height='416' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Apprentissage profond &#187; en fran&#231;ais.&#8211; NDLR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview de V., chercheur en vision par ordinateur, cit&#233; par Dominique Cardon et all., &lt;i&gt;La Revanche des neurones. L'Invention des machines inductives et la controverse de l'intelligence artificielle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;R&#233;seau&lt;/i&gt;, n&#176; 211 (2018), &#201;ditions la D&#233;couverte, consultable sur CAIRN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La biologie, qui &#233;tudie le monde vivant, utilise le concept d'identit&#233; &#224; de multiples &#233;chelles. Cette notion intervient au niveau des organismes, des cellules, des organes qui les composent, mais aussi au niveau des colonies d'organismes, des esp&#232;ces ou des &#233;cosyst&#232;mes. &#187; Virginie Courtier et Alexandre Peluffo, &lt;i&gt;L'Identit&#233; en biologie : une notion qui s'applique &#224; diverses &#233;chelles&lt;/i&gt; (voir &lt;a href=&#034;http://www.normalesup.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.normalesup.org&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wikipedia, au moins, me comprend : &#171; L'identit&#233; num&#233;rique (&#171; IDN &#187;) est d&#233;finie comme un lien technologique entre une entit&#233; r&#233;elle (personne, organisme ou entreprise) et des entit&#233;s virtuelles (sa ou ses repr&#233;sentations num&#233;riques). Elle permet l'identification de l'individu en ligne ainsi que la mise en relation de celui-ci avec l'ensemble des communaut&#233;s virtuelles pr&#233;sentes sur le Web. L'identit&#233; num&#233;rique est non seulement construite par l'entit&#233; r&#233;elle ou le &#171; Sujet &#187;. Mais elle est aussi grandement influenc&#233;e par le rapport qu'entretient ce dernier &#224; autrui de m&#234;me qu'&#224; la soci&#233;t&#233;. &#187; Voir [[&lt;i&gt;Identit&#233; num&#233;rique&lt;/i&gt;-&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_num%C3%A9rique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_num%C3%A9rique&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'antifascisme en cinq le&#231;ons historiques</title>
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		<dc:date>2026-03-30T13:59:11Z</dc:date>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Jamais un parti d'extr&#234;me droite n'a &#233;t&#233;, en France, si pr&#232;s du pouvoir depuis la fin du r&#233;gime de Vichy. Le Rassemblement national a pu pour cela compter sur le jeu dangereux des gouvernements pr&#233;c&#233;dents. Doit-on croire encore ces derniers lorsqu'ils avancent que l'exercice du pouvoir d&#233;cr&#233;dibiliserait le parti et ses id&#233;es ? Certainement pas. Dans un livre sobrement intitul&#233;, L'Antifascisme, son pass&#233;, son pr&#233;sent et son avenir (2017), r&#233;cemment r&#233;&#233;dit&#233; en poche chez Lux, l'historien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH495/ill__une-21-b908c.jpg?1777798379' width='300' height='495' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/l_antifascisme_en_5_lecons_historiques_mark_bray_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 515.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Jamais un parti d'extr&#234;me droite n'a &#233;t&#233;, en France, si pr&#232;s du pouvoir depuis la fin du r&#233;gime de Vichy. Le Rassemblement national a pu pour cela compter sur le jeu dangereux des gouvernements pr&#233;c&#233;dents. Doit-on croire encore ces derniers lorsqu'ils avancent que l'exercice du pouvoir d&#233;cr&#233;dibiliserait le parti et ses id&#233;es ? Certainement pas. Dans un livre sobrement intitul&#233;, &lt;i&gt;L'Antifascisme, son pass&#233;, son pr&#233;sent et son avenir&lt;/i&gt; (2017), r&#233;cemment r&#233;&#233;dit&#233; en poche chez Lux, l'historien Mark Bray aborde cinq points primordiaux au sujet de l'ascension du fascisme. Et il nous met en garde : &#171; Le fascisme n'a pas gagn&#233; les hautes sph&#232;res du pouvoir en enfon&#231;ant les portes, il a poliment convaincu le gardien de les ouvrir. &#187; Voil&#224; une v&#233;rit&#233; historique incontestable : toujours le fascisme sert de recours au capitalisme en crise. C'est sa mission de chien de garde.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Jusque r&#233;cemment, Mark Bray exer&#231;a comme professeur d'histoire au Darmouth College (New Hampshire), puis, depuis 2019, &#224; l'universit&#233; Rutgers (New Jersey). C'&#233;tait avant qu'un d&#233;cret pr&#233;sidentiel trumpien n'assimila, le 22 septembre 2025, la mouvance &#171; antifa &#187; &#224; un &#171; mouvement terroriste international &#187;. Depuis, le &#171; Docteur Antifa &#187;, comme l'appellent les trumpiens, a fait l'objet d'une authentique chasse &#224; l'homme. Menac&#233; de mort par l'extr&#234;me droite, il s'est vu contraint, lui et sa famille &#8211; son &#233;pouse Yersenia Barragan et leurs deux enfants &#8211; de fuir, non sans entraves, les &#201;tats-Unis pour l'Espagne o&#249; il r&#233;side depuis le 10 octobre dernier, devenant ainsi l'un des premiers universitaires &#224; avoir &#233;t&#233; chass&#233; de son pays. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Auteur de plusieurs livres de grand int&#233;r&#234;t historique : &lt;i&gt;Traduire l'anarchie : l'anarchisme d'Occupy Wall Sreet&lt;/i&gt; (Zero Books, 2013) ; &lt;i&gt;Antifa : le manuel antifasciste&lt;/i&gt; (Melville House, 2017), traduit en fran&#231;ais par Lux en 2024 ; &lt;i&gt;L'&#201;ducation anarchiste et l'&#201;cole moderne : un recueil d'articles de Francisco Ferrer&lt;/i&gt;, en collaboration avec Robert H. Worth (PM Press, 2018) ; &lt;i&gt;L'Inquisition anarchiste : assassins, activistes et martyrs en Espagne et en France&lt;/i&gt; (Cornell University Press, 2022). &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En solidarit&#233; avec Mark Bray, et comme pour saluer son combat qui est aussi le n&#244;tre, nous avons d&#233;cid&#233; de publier sur notre site ces &#171; cinq le&#231;ons historiques sur l'antifascisme &#187; dont on ne doute pas qu'elles seront appr&#233;ci&#233;es de nos lecteurs, notamment les plus jeunes. En tout cas, il est clair, &#224; nos yeux, qu'elles justifient en quoi la r&#233;sistance &#224; la b&#234;te immonde est, aujourd'hui, plus n&#233;cessaire que jamais. Signalons que ce texte, extrait d'&lt;i&gt;Antifa, le manuel antifasciste&lt;/i&gt; (Melville House, 2017), de Mark Bray, a &#233;t&#233; originellement publi&#233; le 4 juillet 2024 par le site Ballast. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Bonne lecture &#224; vous ! Et salut et fraternit&#233; en r&#233;sistance ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#192; contretemps&lt;br/&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__fin_chapo.jpg?1777755962' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;1) Les r&#233;volutions fascistes n'ont jamais abouti. Les fascistes ont gagn&#233; le pouvoir l&#233;galement.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avant toute chose, des faits primordiaux : la marche sur Rome de Mussolini &#233;tait uniquement un spectacle destin&#233; &#224; l&#233;gitimer son invitation &#224; former un gouvernement. Le putsch de la Brasserie de Hitler, en 1923, avait lamentablement &#233;chou&#233;. Hitler a fini par prendre le pouvoir quand le pr&#233;sident Hindenburg l'a nomm&#233; chancelier. Le Parlement a vot&#233; la loi qui lui conf&#233;rait les pleins pouvoirs. Pour les antifascistes militants, ces faits historiques jettent le doute sur la tactique lib&#233;rale de lutte contre le fascisme. Celle-ci enjoint principalement &#224; croire au d&#233;bat raisonn&#233; qui annihilerait les id&#233;es fascistes, &#224; la police qui materait la violence fasciste et aux institutions parlementaires qui emp&#234;cheraient les prises de pouvoir des fascistes. Cette tactique a sans aucun doute d&#233;j&#224; fonctionn&#233;. Mais elle a aussi, sans aucun doute l&#224; encore, d&#233;j&#224; &#233;chou&#233;. Le fascisme et le nazisme ont &#233;t&#233; per&#231;us comme des appels &#233;motionnels et irrationnels ancr&#233;s dans les promesses masculines du renouveau de la vigueur nationale. L'argumentation politique est toujours n&#233;cessaire pour attirer la base populaire potentielle du fascisme, mais son efficacit&#233; dispara&#238;t d&#232;s qu'elle se frotte &#224; des id&#233;ologies qui refusent tout d&#233;bat rationnel. La rationalit&#233; n'a arr&#234;t&#233; ni les nazis ni les fascistes. La raison est encore indispensable, mais elle ne suffit malheureusement pas d'un point de vue antifasciste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ainsi n'est-il pas surprenant que l'histoire nous montre l'inefficience du gouvernement parlementaire comme rempart au fascisme. &#192; l'inverse, il lui a d&#233;roul&#233; le tapis rouge &#224; plusieurs reprises. Quand les &#233;lites politiques et &#233;conomiques de l'entre-deux-guerres se sont senties trop menac&#233;es par la r&#233;volution, elles se sont tourn&#233;es vers des figures comme Mussolini et Hitler pour &#233;craser sans piti&#233; l'opposition et prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ce serait une erreur de r&#233;duire enti&#232;rement le fascisme &#224; un ultime recours pour sauver le syst&#232;me capitaliste en p&#233;ril, mais cet &#233;l&#233;ment a jou&#233; un r&#244;le central et d&#233;terminant dans son destin. Quand les dirigeants autoritaires de l'entre-deux-guerres se sont sentis moins menac&#233;s, ils ont imm&#233;diatement impos&#233; des politiques fascisantes. Pour la plupart des r&#233;volutionnaires, cela prouve que l'antifascisme ne peut &#234;tre qu'anticapitaliste. Aussi longtemps que le capitalisme continuera d'alimenter la lutte des classes, affirment-ils, la tentation du fascisme pour mater les r&#233;voltes populaires sera toujours tapie dans l'ombre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quant &#224; l'opposition de la police &#224; la violence fasciste, m&#234;me si la police a parfois arr&#234;t&#233; et pers&#233;cut&#233; des fascistes, l'Histoire montre plut&#244;t qu'elle est, avec l'arm&#233;e, la plus empress&#233;e &#224; &#171; r&#233;tablir l'ordre &#187;. Des &#233;tudes indiquent que de nombreux policiers ont vot&#233; pour &#171; Aube dor&#233;e &#187; et le FN/RN ces derni&#232;res ann&#233;es. Aux &#201;tats-Unis, il est clair que beaucoup de policiers ont accueilli Trump comme le pr&#233;sident des &lt;i&gt;&#171; vies bleues [qui] comptent &#187;&lt;/i&gt; (Blue Lives Matter), celui qui autorisera les forces de l'ordre &#224; harceler et assassiner impun&#233;ment les communaut&#233;s de couleur. R&#233;cemment, on a d&#233;couvert que le FBI enqu&#234;tait sur l'infiltration des supr&#233;macistes blancs dans les forces de l'ordre, et que les r&#233;sultats sont (sans surprise) alarmants. De plus, la composition de la police et son histoire (elle s'est cr&#233;&#233;e &#224; partir des patrouilles esclavagistes au Sud et de l'opposition au mouvement ouvrier au Nord) nous donnent un aper&#231;u de son r&#244;le dans ce syst&#232;me de &#171; justice &#187; supr&#233;maciste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tout cela pour dire que les d&#233;faites successives des r&#233;voltes fascistes n'att&#233;nuent pas les risques d'une insurrection fasciste. La &#171; strat&#233;gie de la tension &#187; fasciste en Italie, le d&#233;veloppement du concept individuel de &#171; r&#233;sistance sans chef &#187; que promeut le dirigeant am&#233;ricain du Ku Klux Klan, Louis Beam et la lutte arm&#233;e fasciste qui s'est r&#233;pandue des deux c&#244;t&#233;s du conflit ukrainien d'Euroma&#239;dan attestent du danger mat&#233;riel que repr&#233;sente la violence fasciste insurrectionnelle. Mais le fascisme n'a pas gagn&#233; les hautes sph&#232;res du pouvoir en enfon&#231;ant les portes, il a poliment convaincu le gardien de les ouvrir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;2) &#192; des degr&#233;s divers, de nombreux dirigeants et th&#233;oriciens antifascistes de l'entre-deux-guerres consid&#233;raient le fascisme comme une simple variante des id&#233;es contre-r&#233;volutionnaires traditionnelles. Ils ne l'ont pas suffisamment pris au s&#233;rieux avant qu'il ne soit trop tard.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; chaque r&#233;volution, sa contre-r&#233;volution. Pour chaque prise de la Bastille, il y a eu un Thermidor. Apr&#232;s la Commune de Paris, des centaines de personnes ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es et des milliers emprisonn&#233;es et d&#233;port&#233;es. Plus de 5 000 prisonniers politiques ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s et 38 000 emprisonn&#233;s apr&#232;s la r&#233;volution russe avort&#233;e de 1905 et 390 pogroms antis&#233;mites ont provoqu&#233; la mort de plus de 3 000 personnes. La violence de la r&#233;action n'a &#233;pargn&#233; ni les radicaux europ&#233;ens ni les minorit&#233;s ethniques. Pourtant, le fascisme repr&#233;sentait une nouveaut&#233; : les innovations id&#233;ologiques, technologiques et bureaucratiques fascistes ont r&#233;introduit en Europe l'imp&#233;rialisme, le g&#233;nocide et les guerres d'extermination qu'elle avait export&#233;s dans le monde. On ne s'en &#233;tonnera pas, de nombreux observateurs de gauche ont associ&#233; le fascisme aux forces contre-r&#233;volutionnaires existantes. Selon la F&#233;d&#233;ration des travailleurs socialistes, les fascistes italiens &#233;taient &lt;i&gt;&#171; au sens le plus strict une Garde blanche &#187;&lt;/i&gt; &#8211; ils se r&#233;f&#233;raient l&#224; aux contre-r&#233;volutionnaires de la R&#233;volution russe. Le Parti communiste de Grande-Bretagne les appelait les &lt;i&gt;&#171; Black and Tans italiens &#187;&lt;/i&gt;, &#233;voquant par-l&#224; les forces contre-r&#233;volutionnaires britanniques de la guerre d'ind&#233;pendance irlandaise. Dans les ann&#233;es 1920, des marxistes ont repris les analyses du communiste hongrois Georg Luk&#225;cs sur la &#171; terreur blanche &#187; pour dire que les &lt;i&gt;squadristi&lt;/i&gt; de Mussolini &#233;taient simplement un rempart de la classe dirigeante sans id&#233;ologie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, les observateurs ont &#233;t&#233; nombreux &#224; souligner les sp&#233;cificit&#233;s du fascisme. Ils ont reconnu la nouveaut&#233; de son nationalisme flirtant avec le socialisme et de son &#233;litisme populiste. Ils ont remarqu&#233; comment des groupes auparavant antagonistes, comme les propri&#233;taires terriens et les capitalistes bourgeois, formaient dor&#233;navant un mouvement contre-r&#233;volutionnaire unifi&#233;. L'analyse marxiste des dynamiques de classes sous-jacentes au fascisme a mis au jour les &#233;l&#233;ments de cette nouvelle doctrine d&#233;concertante que les observateurs centristes n'avaient pas saisis. Elle a tent&#233; par ailleurs de circonscrire le danger potentiel du fascisme aux limites de son pr&#233;tendu r&#244;le de garde du corps de la classe dirigeante. Par cons&#233;quent, des marxistes &#8211; et d'autres &#8211; n'ont pas r&#233;ussi &#224; anticiper la port&#233;e que sa violence aurait au-del&#224; de la &#171; n&#233;cessaire &#187; sauvegarde de l'entreprise capitaliste. Le fascisme de l'entre-deux-guerres s'est surtout r&#233;pandu parmi les classes moyennes, soutenu par les classes sup&#233;rieures, mais cette id&#233;ologie a aussi re&#231;u le soutien de la classe ouvri&#232;re &#8211; ce que les marxistes n'ont compris que tardivement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Beaucoup de politiciens socialistes et communistes ont gouvern&#233; comme si la disparition de leurs mouvements n'entrait pas en ligne de compte. Les socialistes italiens ont ainsi sign&#233; le pacte de pacification avec Mussolini en 1921, et ni eux ni les communistes n'ont pens&#233; que son arriv&#233;e au pouvoir repr&#233;sentait autre chose qu'un balancement vers la droite du mouvement pendulaire implacable du parlementarisme bourgeois. Ainsi n'&#233;taient-ils pas si diff&#233;rents de la majorit&#233; socialiste espagnole qui avait collabor&#233; avec le gouvernement militaire fascisant de Primo de Rivera dans les ann&#233;es 1920. En Allemagne, les communistes ont cru que le fascisme &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; quand les &#171; gouvernements pr&#233;sidentiels &#187; du d&#233;but des ann&#233;es 1930 ont commenc&#233; &#224; gouverner par d&#233;crets. Pourtant, ni les pr&#233;tendus &#171; gouvernements pr&#233;sidentiels &#187; fascistes ni la nomination d'Adolf Hitler comme chancelier n'ont convaincu la direction du parti qu'elle faisait face &#224; une menace existentielle. Pour elle, le fascisme n'appelait pas &#224; une r&#233;sistance par tous les moyens, il fallait &#234;tre patient. Leur slogan &#233;tait : &lt;i&gt;&#171; Hitler d'abord, puis nous ensuite &#187;&lt;/i&gt;. Au tournant du si&#232;cle, les militants de gauche avaient des raisons de s'attendre &#224; ce que les p&#233;riodes de r&#233;pression soient cycliques. Le fascisme a chang&#233; les r&#232;gles du jeu. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La premi&#232;re prise de conscience de l'essence du p&#233;ril fasciste a lieu avec le &#171; soul&#232;vement de f&#233;vrier &#187; 1934, quand les socialistes autrichiens r&#233;pliquent aux attaques sur les centres socialistes men&#233;es par le chancelier Dollfuss (mais command&#233;es par Mussolini). Le soul&#232;vement est brutalement r&#233;prim&#233; &#8211; 200 personnes trouvent la mort, 300 sont bless&#233;es et le parti est interdit. Mais leur bravoure va inspirer les mineurs socialistes espagnols qui vont se rebeller la m&#234;me ann&#233;e dans les Asturies. Leur slogan &#233;tait : &lt;i&gt;&#171; Plut&#244;t Vienne que Berlin &#187;&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; personne ne s'&#233;tait oppos&#233; par la force &#224; la prise du pouvoir par Hitler. Quand la guerre civile espagnole &#233;clate, on a largement compris que l'antifascisme &#233;tait une lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e contre l'extermination. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La tendance des th&#233;oriciens et des politiciens de gauche &#224; conceptualiser &#224; l'exc&#232;s le fascisme comme une contre-r&#233;volution traditionnelle a fait obstacle &#224; la capacit&#233; d'adaptation de la gauche &#224; la nouvelle menace. Puisque la forme de la r&#233;sistance doit constamment s'ajuster &#224; ce qui est combattu, il revient aux antifascistes de r&#233;&#233;valuer sans arr&#234;t leurs arsenaux th&#233;orique, strat&#233;gique et tactique pour r&#233;pondre aux virages de l'id&#233;ologie et de la praxis de leurs adversaires d'extr&#234;me droite. Matthew N. Lyons met cette le&#231;on en pratique en critiquant les auteurs qui affirment qu'on pourrait simplement qualifier l'alt-right [&lt;i&gt;courant de l'extr&#234;me droite am&#233;ricaine, ndlr&lt;/i&gt;] de n&#233;o-nazie. Si certains sont bien entendu des n&#233;onazis, Lyons pense que cela &#171; contient l'id&#233;e malheureuse que tous les supr&#233;macistes blancs sont pareils, [&#8230;], que nous n'avons pas besoin de comprendre notre ennemi &#187;. Concevoir leurs ennemis dans des termes d&#233;pass&#233;s a co&#251;t&#233; cher aux antifascistes de l'entre-deux-guerres. L'&#233;volution de l'extr&#234;me droite, plus nous nous &#233;loignons du XXe si&#232;cle, pourrait m&#234;me demander de transcender enti&#232;rement le cadre conceptuel du fascisme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les antifascistes doivent en d&#233;velopper une compr&#233;hension claire et pr&#233;cise. Mais pour se saisir de la nature robuste et flexible des id&#233;es antifascistes, il faut &#233;tudier la relation entre deux registres de l'antifascisme : l'analytique et le moral. Le registre analytique consiste &#224; mobiliser des d&#233;finitions et des interpr&#233;tations du fascisme historiquement construites et, &#224; partir de l&#224;, &#224; concevoir une strat&#233;gie antifasciste adapt&#233;e aux d&#233;fis id&#233;ologiques que posent les mouvements et les groupes fascistes. Des m&#233;thodes de lutte contre des groupes n&#233;onazis n'auraient gu&#232;re de sens si elles &#233;taient appliqu&#233;es &#224; d'autres formations d'extr&#234;me droite. Comprendre leurs diff&#233;rences devrait influer sur les choix strat&#233;giques et tactiques. Le registre moral provient du pouvoir rh&#233;torique de l'&#233;pith&#232;te &#171; fasciste &#187; &#8211; traiter quelqu'un ou quelque chose de fasciste &#8211; dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre. Il intervient quand l'analyse antifasciste s'applique &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui n'est pas forc&#233;ment fasciste techniquement parlant, mais fascisant. Par exemple, les Black Panthers avaient-ils tort de traiter les flics qui tuaient des Noirs en toute impunit&#233; de &#171; porcs fascistes &#187;, alors qu'ils n'avaient pas forc&#233;ment de convictions fascistes et que le gouvernement am&#233;ricain n'&#233;tait pas litt&#233;ralement fasciste ? Lors d'une manifestation &#224; Madrid, j'ai vu un drapeau arc-en-ciel avec ce slogan &#233;crit dessus : &lt;i&gt;&#171; L'homophobie, c'est du fascisme &#187;&lt;/i&gt;. L'existence de fascistes non homophobes invalide-t-elle l'argument ? Les gu&#233;rillas qui ont combattu Franco en Espagne ou Pinochet au Chili avaient-elles tort de consid&#233;rer leurs luttes comme &#171; antifascistes &#187; alors que, selon la plupart des historiens, ces r&#233;gimes n'&#233;taient pas exactement fascistes ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comme nous l'avons dit, il faut scrupuleusement &#233;tudier chacun de ces cas &#8211; et beaucoup d'autres &#8211; pour &#233;laborer une analyse rigoureuse. Mais le registre moral de l'antifascisme permet de comprendre comment le &#171; fascisme &#187; est devenu un signifiant moral. Ceux qui luttent contre un ensemble d'oppressions l'ont utilis&#233; pour souligner la f&#233;rocit&#233; de leurs opposants politiques et les &#233;l&#233;ments de continuit&#233; qu'ils partagent avec le vrai fascisme. L'Espagne de Franco relevait peut-&#234;tre plus d'un r&#233;gime militaire catholique traditionaliste que du fascisme &#224; proprement parler, mais ces diff&#233;rences importaient peu pour ceux que la Guardia Civil traquait. D&#233;finir le fascisme cr&#233;e un flou entre ces deux registres. Le registre analytique contient une critique morale, tout comme le registre moral comporte une analyse approximative de la relation entre une source donn&#233;e d'oppression et le fascisme. Peut-&#234;tre l'&#233;pith&#232;te &#171; fasciste &#187; perd-il de son pouvoir si on l'emploie &#224; outrance, c'est vrai, mais un &#233;l&#233;ment fondamental de l'antifascisme reste l'organisation contre les id&#233;es fascistes et fascisantes, en solidarit&#233; avec toutes celles et tous ceux qui souffrent et qui luttent. Les questions de d&#233;finition doivent influencer nos strat&#233;gies et nos tactiques, pas infl&#233;chir notre solidarit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;3) Pour des raisons id&#233;ologiques et partisanes, les dirigeants socialistes et communistes ont souvent &#233;t&#233; plus lents que leur base &#224; prendre la juste mesure de la menace du fascisme, et encore plus lents &#224; promouvoir des r&#233;ponses antifascistes militantes.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De nombreux socialistes et communistes ont d'abord consid&#233;r&#233; le fascisme comme une contre-r&#233;volution traditionnelle, ce qui les a pouss&#233;s &#224; s'affronter entre eux. Les deux groupes raisonnaient de la m&#234;me fa&#231;on : s'ils pouvaient rallier le prol&#233;tariat sous leur banni&#232;re, peu importeraient alors les obstacles qu'ils rencontreraient &#224; droite. Ainsi, en Italie dans les ann&#233;es 1920, pour cheminer encore sur la voie l&#233;galiste de l'&#233;lection, et contrairement &#224; certains militants de base, la direction du parti ne s'engage pas dans les &lt;i&gt;Arditi del popolo&lt;/i&gt; afin de combattre les Chemises noires. Quand cette route sera d&#233;finitivement bloqu&#233;e, le parti devra lutter pour changer de cap. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il en est all&#233; ainsi en Allemagne. Les socialistes adh&#232;rent &#224; une course uniquement l&#233;galiste dans les ann&#233;es 1920-1930, malgr&#233; le malaise grandissant de sa base. Les socialistes du &lt;i&gt;Reichsbanner&lt;/i&gt;, et plus tard du Front de fer, ont beau promouvoir des mesures plus muscl&#233;es, l'appareil l&#233;thargique du parti est bien mal &#233;quip&#233; pour envisager des strat&#233;gies nouvelles. La base du socialisme autrichien se d&#233;m&#232;ne elle aussi pour convaincre sa direction d'adopter une autod&#233;fense militante contre l'assaut de l'extr&#234;me droite. En Grande-Bretagne, des membres du Parti travailliste et du &lt;i&gt;Trades Union Congress&lt;/i&gt; combattent les fascistes dans les rues, en d&#233;pit des remontrances de leur direction. Celle-ci condamne m&#234;me ceux qui ont particip&#233; &#224; la bataille de Cable Street et refuse de soutenir ceux qui rejoignent les Brigades internationales en Espagne. L'historien Larry Ceplair affirme que les sociaux-d&#233;mocrates &#171; jou&#232;rent le jeu parlementaire trop longtemps, et leurs dirigeants devinrent id&#233;ologiquement et psychologiquement incapables d'organiser, d'ordonner, voire m&#234;me d'approuver, la r&#233;sistance arm&#233;e ou la r&#233;volution pr&#233;ventive &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pourtant, beaucoup de socialistes, bien moins encombr&#233;s d'id&#233;ologie l&#233;galiste et d'ambitions &#233;lectorales, semblent avoir &#233;t&#233; sensibles au changement de conditions sur le terrain et bien plus enclins &#224; combattre le fascisme. Au d&#233;but des ann&#233;es 1920, l'Internationale communiste croyait que la t&#226;che la plus urgente pour la r&#233;volution &#233;tait de distinguer clairement et radicalement le marxisme-l&#233;ninisme de la social-d&#233;mocratie pour diriger l'insurrection qui couvait sur le continent. Cet objectif est revenu sur le devant de la sc&#232;ne au d&#233;but de la &#171; troisi&#232;me p&#233;riode &#187; du Komintern, en 1928. Le mod&#232;le d'organisation l&#233;niniste du &#171; centralisme d&#233;mocratique &#187; exigeait une hi&#233;rarchie disciplin&#233;e, partant du Komintern &#224; Moscou vers les partis nationaux, puis les branches r&#233;gionales et les groupes locaux. Ce mod&#232;le a permis au mouvement communiste international d'agir au diapason par-del&#224; de vastes territoires, mais cela signifiait aussi que les querelles intestines au sein de l'&#233;lite du parti &#224; Moscou avaient des r&#233;percussions sur les politiques locales. La ligne &#171; social-fasciste &#187; n'est qu'un exemple parmi d'autres. Beaucoup de dirigeants nationaux l'ont adopt&#233;e &#224; contrec&#339;ur et abandonn&#233;e avec empressement lors du changement de politique du Komintern en 1935, avec l'adoption du Front populaire. Les communistes et les socialistes de la base ne se d&#233;testaient g&#233;n&#233;ralement pas autant que leurs dirigeants respectifs. Des tentatives d'alliance par le bas entre socialistes et communistes ont eu lieu en France et en Autriche, par exemple. Tout cela r&#233;v&#232;le les inconv&#233;nients d'une organisation hi&#233;rarchique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;4) Le fascisme vole &#224; la gauche son id&#233;ologie, ses strat&#233;gies, son imagerie et sa culture.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le fascisme et le nazisme proviennent du d&#233;sir de lib&#233;rer le nationalisme, le lib&#233;ralisme et la masculinit&#233; de la bourgeoisie capitaliste &#171; d&#233;cadente &#187; &#224; la t&#234;te des gouvernements italien et allemand, d'une part, et de s'emparer des id&#233;es collectivistes populaires de la gauche socialiste &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187;, d'autre part. Avant m&#234;me qu'Hitler prenne le pouvoir, le NSDAP s'est mis &#224; teindre ses drapeaux et ses affiches en rouge et ses membres s'appelaient &#171; camarades &#187; entre eux. Ce qui a produit des paradoxes id&#233;ologiques irrationnels, comme le &#171; syndicalisme national &#187; et le &#171; national-socialisme &#187;. Une fois au pouvoir, les partis nazi et fasciste vont se d&#233;faire de leurs membres &#171; de gauche &#187;, proches des &#233;lites &#233;conomiques. La rh&#233;torique d'un populisme &#224; destination de la classe ouvri&#232;re alli&#233;e au nationalisme a jou&#233; un r&#244;le fondamental pour y parvenir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les nazis cr&#233;ent leurs propres ressources de travail pour employer les ch&#244;meurs, en profitant de leurs bonnes relations avec les industriels. D'une certaine fa&#231;on, il s'agit d'une variante de la collaboration de classe des syndicats pour obtenir une porte d'entr&#233;e vers l'emploi dans l'industrie. Les tavernes nazies des SA sont aussi construites sur le mod&#232;le des tavernes socialistes du XIXe si&#232;cle. Les nazis fournissent &#233;galement de la nourriture gratuite et des h&#233;bergements &#224; leurs partisans au c&#339;ur de la Grande D&#233;pression &#8211; ce qui marque une distinction claire avec les conservateurs traditionnels qui d&#233;daignaient les pauvres et les ch&#244;meurs, contribuant &#224; l'occasion &#224; des &#339;uvres charitables apolitiques et religieuses. Ce mod&#232;le de la charit&#233; politique d'extr&#234;me droite est repris par Aube dor&#233;e en Gr&#232;ce, CasaPound en Italie, Hogar Social &#224; Madrid, la British National Action en Grande-Bretagne et le Bastion social en France, mais on ne donne de la nourriture et des provisions qu'aux &#171; Blancs &#187;. Les militants de CasaPound commencent &#224; imiter les squatteurs autonomes en occupant des b&#226;timents abandonn&#233;s. Hogar Social agit de la m&#234;me fa&#231;on et, surtout, organise une opposition aux expulsions des Espagnols &#171; de souche &#187;, tentant ainsi de tirer profit du mouvement de gauche pour le droit au logement tr&#232;s fort dans le pays. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plus largement, les fascistes d'apr&#232;s-guerre ont continu&#233; de se tourner vers la gauche r&#233;volutionnaire pour des id&#233;es de strat&#233;gie. Les fascistes de la &#171; troisi&#232;me position &#187; tentent d'appliquer les th&#233;ories mao&#239;stes de la r&#233;volution tiers-mondiste afin de &#171; lib&#233;rer l'Europe &#187; des &#171; non-Europ&#233;ens &#187;. Dans les ann&#233;es 1980, une faction de la Troisi&#232;me Voie fran&#231;aise essaie d'user d'une &#171; strat&#233;gie trotskiste &#187; pour noyauter le FN. Des fascistes ukrainiens cherchent &#224; s'approprier l'histoire de l'anarchiste Nestor Makhno et les fascistes espagnols de Bases Aut&#243;nomas chantent les louanges de l'anarchiste Buenaventura Durruti. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Des fascistes europ&#233;ens ont m&#234;me tent&#233;, depuis la fin des ann&#233;es 1980, et surtout dans les ann&#233;es 2000, d'imiter la tactique des autonomes allemands, le Black Bloc. Ces &#171; autonomes nationalistes &#187; habill&#233;s en noir, qui brandissent parfois des drapeaux antifas avec des slogans nazis ou portent des keffiehs, ont tent&#233; d'imiter l'attrait de la gauche radicale en s'opposant &#224; l'anticapitalisme, &#224; l'antimilitarisme et &#224; l'antisionisme en Allemagne, en Gr&#232;ce, en R&#233;publique tch&#232;que, en Pologne, en Ukraine, en Angleterre, en Roumanie, en Su&#232;de, en Bulgarie et aux Pays-Bas. Cette tendance s'est att&#233;nu&#233;e en Europe de l'Ouest &#224; partir de 2013. Le &#171; national-anarchisme &#187; est une autre variation sur le m&#234;me th&#232;me. Les &#171; national-anarchistes &#187; usurpent le concept anarchiste de l'autonomie pour promouvoir des &#171; enclaves ethniques &#187; s&#233;par&#233;es et homog&#232;nes &#8211; des pays seulement pour les Blancs. On pourrait citer bien d'autres exemples, mais ceux-ci suffisent &#224; montrer &#224; quel point l'antifascisme ne consiste pas seulement &#224; affronter les fascistes, mais aussi &#224; se prot&#233;ger contre le fascisme rampant. Ils montrent aussi l'importance de l'id&#233;ologie de gauche. Sans &#233;tablir comment ils peuvent s'accorder, des concepts comme l'autonomie, la lib&#233;ration nationale, voire le socialisme, des tactiques comme le squat, la distribution de nourriture ou les Black Blocs peuvent &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s sous nos yeux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;5) Le fascisme n'a pas besoin de beaucoup de fascistes pour advenir.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En 1919, les &lt;i&gt;fasci&lt;/i&gt; de Mussolini n'&#233;taient que quelques centaines. Quand on nomme Mussolini premier ministre, en 1922, seuls 7 % &#224; 8 % de la population italienne et 35 parlementaires sur 500 appartiennent au parti fasciste. Le NSDAP ne compte que 54 membres quand Hitler prononce son premier discours apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Tandis qu'on le nomme chancelier en 1933, seul 1,33 % de la population appartient au parti. En Europe, des partis fascistes embryonnaires sont devenus des partis de masse. Plus r&#233;cemment, apr&#232;s la crise financi&#232;re de 2008 et la vague d'immigration, le succ&#232;s &#233;lectoral de nombreux partis fascisants, autrefois microscopiques, t&#233;moigne de l'av&#232;nement potentiel tr&#232;s rapide de l'extr&#234;me droite quand les conditions sont r&#233;unies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ces partis ont grossi, puis ces r&#233;gimes ont consolid&#233; leur pouvoir en gagnant le soutien des &#233;lites conservatrices, des industriels inquiets, des petits commer&#231;ants ali&#233;n&#233;s, des nationalistes au ch&#244;mage, etc. Les r&#233;cits triomphalistes d'apr&#232;s-guerre sur la r&#233;sistance ont peut-&#234;tre ni&#233; que, si les id&#233;ologues fascistes les plus fervents ont bien soutenu des personnages comme Mussolini et Hitler, une large assise populaire a permis &#224; ces r&#233;gimes d'exister. Par-l&#224;, ils obstruent notre compr&#233;hension de ce qu'&#234;tre nazi ou fasciste dans les ann&#233;es 1930 voulait dire. En ce sens, le fascisme n'a pas eu besoin de beaucoup de fascistes. Ce que je veux dire par-l&#224;, c'est qu'avant de parvenir &#224; un tel soutien populaire, les fascistes et les nazis n'&#233;taient rien d'autre que de petits groupes d'id&#233;ologues. Il ne faut pas non plus oublier que si Mussolini a pu rassembler une bande de truands &#8211; une centaine d'anciens combattants amers et de socialistes nationalistes bizarres &#8211; et que Hitler a pu combattre pour la direction du minuscule NSDAP, c'est parce que l'Italie et l'Allemagne &#233;taient au bord de la r&#233;volution sociale. La gauche n'avait aucune raison de s'int&#233;resser &#224; l'un ou l'autre de ces mouvements. Ces groupes minuscules ne pouvaient &#234;tre plus insignifiants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#201;tant donn&#233; ce que les anarchistes, les communistes et les socialistes savaient &#224; l'&#233;poque, rien ne justifiait qu'ils y d&#233;vouent du temps et de l'attention. Mais on ne peut s'emp&#234;cher de se demander ce qui serait arriv&#233; s'ils l'avaient fait. Il est impossible de r&#233;pondre &#224; cette question, et trop en parler met de c&#244;t&#233; les facteurs sociaux plus larges qui fondent le fascisme. Pour autant, les antifascistes ont conclu que, dans la mesure o&#249; le futur reste &#224; &#233;crire, et que le fascisme &#233;merge souvent de petits groupes marginaux, tous les groupes fascistes ou supr&#233;macistes blancs devaient &#234;tre trait&#233;s comme s'il s'agissait de la centaine de &lt;i&gt;fasci&lt;/i&gt; mussoliniens ou des 54 membres du NSDAP. L'ironie tragique de l'antifascisme contemporain est que, plus il r&#233;ussit, plus on remet en question sa raison d'&#234;tre. Ses plus grands succ&#232;s errent dans des limbes hypoth&#233;tiques : combien de mouvements fascistes meurtriers ont-ils &#233;t&#233; tu&#233;s dans l'&#339;uf durant ces soixante-dix derni&#232;res ann&#233;es par des groupes antifas, avant que leur violence ne puisse se r&#233;pandre ? Nous ne le saurons jamais &#8211; et c'est tant mieux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mark BRAY&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2791 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Penser, c'est outrepasser &#187;</title>
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&lt;p&gt;&#9632; Contrairement &#224; ce qu'en pensent probablement certains &#171; blochiens &#187; de stricte ob&#233;dience, l'initiative qu'a prise Libertalia de publier en volume de poche et au prix modique de 10 euros, des extraits choisis, annot&#233;s et comment&#233;s par Jo&#235;l Gayraud, bon connaisseur de son grand-&#339;uvre &#8211; Le Principe Esp&#233;rance &#8211; est non seulement opportune, mais assur&#233;ment excellente. Parce que la vie est ch&#232;re, que les temps sont durs et que l'esp&#233;rance est en train de se noyer dans les eaux putrides d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;Odradek&lt;/a&gt;


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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&#9632; Contrairement &#224; ce qu'en pensent probablement certains &#171; blochiens &#187; de stricte ob&#233;dience, l'initiative qu'a prise Libertalia de publier en volume de poche et au prix modique de 10 euros, des extraits choisis, annot&#233;s et comment&#233;s par Jo&#235;l Gayraud, bon connaisseur de son grand-&#339;uvre &#8211; &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet opus magnum de Bloch &#8211; 1 500 pages &#8211; est disponible en trois volumes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; est non seulement opportune, mais assur&#233;ment excellente. Parce que la vie est ch&#232;re, que les temps sont durs et que l'&lt;i&gt;esp&#233;rance&lt;/i&gt; est en train de se noyer dans les eaux putrides d'un techno-fascisme de guerre aussi odieux que criminel dont les figures d'un Netanyahou, d'un Poutine et d'un Trump sont aujourd'hui quintessentielles.&lt;br/&gt;
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&#192; suivre quotidiennement &#8211; et dans un certain d&#233;sarroi, il faut bien l'avouer &#8211; les piteuses prouesses guerri&#232;res de ces trois salauds, le risque est de succomber par soi-m&#234;me et de soi-m&#234;me dans une sorte d'apathie sans fin ou de d&#233;sarroi sans limites. Comme si ces cr&#233;tins majuscules et leurs cohortes de suiveurs avaient d&#233;j&#224; gagn&#233; la partie en nous prouvant par avance, en bons imp&#233;rialistes qu'ils sont, que notre monde &#233;tait leur monde et qu'ils en feraient ce qu'ils voudraient : une riviera pour les riches, des camps de r&#233;tention pour les pauvres et des goulags pour les dissidents antifascistes de toutes ob&#233;diences. C'est dans ce contexte apocalyptique qu'un capitalisme &#224; l'agonie joue peut-&#234;tre, en se livrant au fascisme, ses derni&#232;res cartes, et cons&#233;quemment le sort du monde. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'esp&#233;rance donc, puisqu'il est question plus que jamais de cela, c'est de tenir t&#234;te par tous les moyens dont nous disposons &#224; ce glissement progressif vers l'invivable. Et l'un de ces moyens, c'est de s'armer &#8211; ou se r&#233;armer &#8211; intellectuellement pour comprendre ce qui est en train de se jouer &#8211; ou rejouer &#8211; sous nos yeux. &#192; lire &#8211; ou relire Ernst Bloch &#8211;, il est frappant que les concepts qu'il travailla &#8211; le &#171; non-encore-conscient &#187;, l' &#171; obscurit&#233; de l'instant v&#233;cu &#187;, le &#171; pr&#233;-appara&#238;tre &#187;, la &#171; conscience anticipante &#187;, l' &#171; utopie concr&#232;te &#187; &#8211; sont encore, et peut-&#234;tre plus que jamais, op&#233;rants pour fixer l'horizon de cet autre monde possible et d&#233;sirable auquel, hors les fascistes et les ploutocrates, aspire la majorit&#233; des peuples. Un monde que ne borneraient plus la menace guerri&#232;re permanente et la catastrophe &#233;cologique majuscule qui s'avance. Un monde d&#233;livr&#233; du poids de la domination et de l'exploitation capitaliste. &#171; Ce que l'homme veut &#8211; &#233;crivait, en son temps, Ernst Bloch &#8211;, c'est r&#233;aliser son bonheur ; ce sont l&#224; de bien vieilles paroles, mais elles sont sans doute plus dignes de foi que tous ces discours p&#233;joratifs relatifs &#224; l'&#233;ternel instinct pr&#233;dateur &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous en sommes toujours l&#224;, &#224; l'heure des choix et de la r&#233;sistance aux impostures qui nous pourrissent la vie. Il n'y aura jamais aucune &#233;quivalence entre un fasciste et un antifasciste. Le fasciste est une ordure ; l'antifasciste est un r&#233;sistant. Cela semblait acquis depuis belle lurette. Cela ne l'est plus. &#171; Penser, c'est outrepasser &#187;, disait Bloch. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans les pages qui suivent, notre ami Pascal Dumontier, grand connaisseur de la complexe pens&#233;e d'Ernst Bloch, fait &#339;uvre d'&#233;lucidation de son apport th&#233;orique, mais aussi de sa riche contribution &#224; la pens&#233;e marxienne critique, qu'on peut inscrire dans la tradition de l'&#201;cole de Francfort et de l'&#339;uvre de Walter Benjamin. Bonne lecture &#224; vous ! &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L113xH52/tailpiece4-2-b218b.jpg?1777798380' width='113' height='52' alt='' /&gt;
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&lt;strong&gt;POUR CHAQUE MONDE IL Y A DEUX REGARDS&lt;br class='autobr' /&gt;
Lire Ernst Block aujourd'hui&lt;/strong&gt;
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&lt;i&gt;&#171; L'esprit utopique anime &#224; la fois et m&#234;le indissolublement le discours et le geste, sans s&#233;parer non plus la r&#233;flexion et le d&#233;sir. La pens&#233;e utopique n'est pas une pens&#233;e savante ni une pens&#233;e sage, mais c'est la pens&#233;e qui f&#233;conde l'engagement et l'avenir de l'homme dans le monde. &#187;&lt;/i&gt; Mikel Dufrenne, &lt;i&gt;Art et politique&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Bien qu'elle ne soit pas compl&#232;tement inconnue, la figure du philosophe allemand Ernst Bloch (1885-1977) reste encore, du moins en France, celle d'un penseur obscur dont les &#233;crits r&#233;put&#233;s difficiles attirent trop peu de lecteurs. S'ajoute &#224; ce constat l'id&#233;e largement r&#233;pandue que, dans l'&#233;poque si boulevers&#233;e qui est la n&#244;tre, ses r&#233;flexions sur l'utopie et sur l'affect d'espoir appartiendraient &#224; un autre temps et, de fait, n'auraient rien &#224; nous apporter, ceci renfor&#231;ant le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour son &#339;uvre. L'auteur s'&#233;tant reconnu marxiste jusqu'&#224; la fin de sa vie, on comprendra ais&#233;ment que, de par ce simple aveu, un motif de plus l'&#233;loigne des modes intellectuelles du moment. Devant les sombres perspectives du temps, c'est plut&#244;t le ton du d&#233;sespoir qui est mis en avant. D&#233;sormais, on se &#171; d&#233;lecte &#187; plus apparemment d'un G&#252;nther Anders qui fustigeait l'&#171; esp&#233;rantite &#187; de Bloch, en d&#233;clarant : &#171; Persister &#224; voir un &#8220;Principe Esp&#233;rance&#8221; apr&#232;s Auschwitz et Hiroshima me para&#238;t compl&#232;tement inconcevable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#252;nther Anders Antwortet, Berlin, Tiamat, 1987, p. 85, cit&#233; par David (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Mais cet esprit du temps, impr&#233;gn&#233; d'images apocalyptiques de fin du monde, ne fait que traduire le point de vue incertain de ceux et celles qui ont li&#233; leur sort &#224; la perp&#233;tuation d'un syst&#232;me social qui ne tient plus debout. Bloch lui-m&#234;me constatait : &#171; Ce n'est que dans les soci&#233;t&#233;s vieilles et agonisantes, comme celles de l'Occident aujourd'hui, qu'une certaine intention partielle et passag&#232;re s'oriente vers le bas. C'est alors que s'installe chez ceux qui ne trouvent pas d'issue dans ce d&#233;clin, la crainte de l'espoir et oppos&#233;e &#224; l'espoir. Le ph&#233;nom&#232;ne de crise rev&#234;t alors le masque subjectiviste de la crainte et le masque objectiviste du nihilisme : il est endur&#233; mais non &#233;lucid&#233;, d&#233;plor&#233; mais non chang&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Le Principe Esp&#233;rance, tome I, Gallimard, 1976, pp.10-11.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans ce contexte, il importe tout d'abord de dissiper un malentendu : la philosophie de Bloch ne rel&#232;ve pas d'un optimisme impitoyable qui devrait cens&#233;ment nous bercer d'illusions sur l'avenir. Elle est bien plut&#244;t ce geste primordial de la pens&#233;e consistant &#224; ne pas se r&#233;signer devant le monde des faits, aussi cauchemardesque soit-il. Fortement impressionn&#233;, tout comme Walter Benjamin et Gershom Scholem, par la lecture du premier livre de Bloch, &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt; (1918, version remani&#233;e en 1923)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie, Gallimard, 1977.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Adorno a pu ainsi dire tr&#232;s justement : &#171; Ce livre, le premier que Bloch e&#251;t &#233;crit et qui portait en lui tout ce qu'il devait &#233;crire par la suite, m'apparaissait comme un unique mouvement de r&#233;volte contre le d&#233;faitisme qui s'&#233;tend dans la pens&#233;e, jusque dans son caract&#232;re purement formel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W. Adorno, &#171; L'Anse, le pichet et la premi&#232;re rencontre &#187;, Notes sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et, plus r&#233;cemment, Didi-Huberman estimait que &#171; &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre ais&#233;ment compris comme un appel lanc&#233; &#8210; une voix qui s'&#233;l&#232;ve, qui se soul&#232;ve &#8210; &#224; partir de l'&#233;chec subi par la r&#233;volution allemande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Imaginer Recommencer, Minuit, 2021, p.257.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. J'ajouterais que ce livre, &#233;crit durant les sombres temps de la Premi&#232;re Guerre mondiale, exprime plus largement un immense cri de protestation contre la pens&#233;e dominante de son temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y aurait une r&#233;flexion tr&#232;s certainement f&#233;conde &#224; op&#233;rer dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut-&#234;tre celui dont les &#233;chos r&#233;sonneront encore plus longtemps que tout autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut donc comprendre le projet philosophique de Bloch, non comme la construction de ch&#226;teaux en Espagne, ou comme la &#171; r&#233;habilitation &#187; de l'utopie, mais bel et bien comme une confrontation avec les &#233;v&#233;nements historiques de son temps qui illustraient la crise profonde de la modernit&#233; dite &#171; occidentale &#187;, qu'il serait plus juste d'identifier &#224; la crise du syst&#232;me capitaliste : guerres mondiales, r&#233;volutions, mont&#233;e des totalitarismes, crise &#233;conomique de 1929, g&#233;nocides, menace de la guerre atomique, etc. Bloch, en &#233;laborant son &#339;uvre de pens&#233;e, chercha avant tout &#224; r&#233;pondre &#224; cette situation proprement d&#233;moralisante. Cette r&#233;ponse, il la trouva d&#232;s l'abord dans la force persistante et vivante de la subjectivit&#233; humaine. &#171; Je suis, nous sommes. Il n'en faut pas davantage. &#192; nous de commencer. C'est entre nos mains qu'est la vie. Il y a beau temps d&#233;j&#224; qu'elle s'est vid&#233;e de tout contenu. Absurde, elle titube de-ci de-l&#224;, mais nous tenons bon et ainsi nous voulons devenir son poing et ses buts &#187;, &#233;crit-il en ouverture de &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie, op.cit., p. 9.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce geste inaugural donne la tonalit&#233; de toute son &#339;uvre, &#171; geste d'esp&#233;rer &#187;, comme le dit si bien Didi-Huberman, consistant &#224; &#171; ne rien l&#226;cher sur l'exp&#233;rience concr&#232;te de l'histoire, de la politique au jour le jour avec les &#233;motions, les incertitudes ou les prises de d&#233;cision qu'elle suscite, et ne jamais renoncer cependant aux constructions conceptuelles dans l'ordre de ce qu'il nomma, dans &lt;i&gt;Experimentum Mundi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Experimentum mundi, Payot, 1981 ; r&#233;&#233;dition, avec une pr&#233;face (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les &#8220;cat&#233;gories de l'&#233;laboration&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Imaginer Recommencer, op.cit., p.253.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais il ne suffit pas de se cantonner &#224; ce geste, aussi indispensable soit-il. Il faut aussi &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt; esp&#233;rer, comme veut nous l'enseigner Bloch. Ce savoir commence toujours chez lui par l'examen du &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; qui esp&#232;re, en vue d'atteindre ce qu'il appelle &#171; le visage de notre volont&#233; &#187;. Aussi la plong&#233;e dans notre int&#233;riorit&#233;, dans le fond le plus obscur de nos d&#233;sirs, ne s'accomplit pas pour s'y noyer et fuir l'ext&#233;rieur de la vie, mais pour saisir qu'&#171; il y a encore en nous un mouvement neuf qui tend vers l'int&#233;rieur et vers les hauteurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie, op.cit., p.235.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la recherche non de ce qui est inconscient, mais de &lt;i&gt;ce qui n'est pas encore conscient&lt;/i&gt;. &#171; On sent, on &#233;voque ici toujours la m&#234;me chose : c'est notre vie, notre avenir, l'instant tout juste v&#233;cu et l'illumination de son obscurit&#233;, de sa latence contenant tout, dans l'&#233;tonnement le plus imm&#233;diat. C'est notre souci moral-mystique, notre auto-confirmation en soi (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.236.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, cette orientation incontestablement mystique de la pens&#233;e blochienne n'a pas pour but ni l'extase ni l'ivresse, mais l'&#233;claircissement de notre Moi, et rel&#232;ve davantage du &#171; connais-toi toi-m&#234;me &#187; qui doit s'&#233;tendre, selon Bloch, &#224; un &#171; connaissons-nous nous-m&#234;mes &#187;. Ainsi, en redonnant une pr&#233;&#233;minence &#224; l'interrogation du sujet sur lui-m&#234;me, Bloch veut indiquer un chemin nouveau pour &lt;i&gt;la question du Nous&lt;/i&gt;, qui sous-tend n&#233;cessairement pour lui la rencontre avec soi-m&#234;me la plus authentique : &#171; D&#232;s lors le brasier que nous avons allum&#233; ailleurs, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; le brasier int&#233;rieur, ne doit pas se contenter de couver sous sa surface, mais il doit aussi, neuf et immense, envahir dans toutes ses dimensions la vie interm&#233;diaire. D&#232;s lors, de ce lieu de la rencontre avec soi-m&#234;me doit d&#233;couler n&#233;cessairement le lieu d'une action dirig&#233;e vers le politique et le social, afin que cette rencontre en devienne une pour tous (...). Avoir ainsi une pratique, aider ainsi dans l'horizon constructif de la vie quotidienne et indiquer la bonne direction, &#234;tre ainsi pr&#233;cis&#233;ment politique et social : voil&#224; qui touche la conscience morale de pr&#232;s et avec force, voil&#224; une mission r&#233;volutionnaire tout enti&#232;re inscrite dans l'utopie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.284.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Apprendre &#224; esp&#233;rer commence donc par l'attention port&#233;e &#224; ce &#171; r&#234;ver-en-avant &#187; o&#249; nous construisons imaginativement la r&#233;alisation de nos d&#233;sirs, de nos souhaits. C'est l&#224; l'espace propre o&#249; l'utopie prend naissance, le domaine m&#234;me de son &lt;i&gt;esprit&lt;/i&gt; ; esprit qui int&#233;resse bien plus Bloch que l'utopie comme mod&#232;le &#224; r&#233;aliser. Ce qui importe, c'est la compr&#233;hension toujours plus lucide de ces &#171; images-souhaits &#187; qui nous travaillent et qui orientent notre pens&#233;e vers la dimension de l'avenir, vers un temps ouvert sur ce qui n'est pas encore. En ce sens, l'utopie chez Bloch change de signification, en tant qu'elle ne se cantonne pas &#224; la r&#234;verie mais qu'elle motive notre intention pratique &#224; intervenir dans le monde, compris comme un processus inachev&#233; et ouvert. Elle est rappel de cette aspiration ancestrale &#224; une communaut&#233; humaine authentique, mais surtout invitation &#224; la praxis politique et sociale ; ce que Bloch d&#233;signe par le terme d'&#171; utopie concr&#232;te &#187;. La philosophie de Bloch est une philosophie &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; de l'utopie, elle n'en est ni l'apologie, ni le rejet inconditionnel. Elle nous apprend par cons&#233;quent &#224; comprendre ces r&#234;ves de monde meilleur qui nous poss&#232;dent comme des ph&#233;nom&#232;nes v&#233;cus dans le champ des r&#233;alit&#233;s historiques partag&#233;es, comme des ph&#233;nom&#232;nes que l'on peut expliciter historiquement. &#171; Le r&#234;ve participe &#224; l'histoire &#187;, disait aussi Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#171; Kitsch onirique &#187;, in &#338;uvres II, Gallimard, Folio essais, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Bloch pourrait ajouter qu'il n'y participe pas seulement comme souvenir nostalgique ou trace r&#233;siduelle d'un pass&#233; traumatique, mais aussi comme pr&#233;figuration du possible objectif contenu dans l'histoire elle-m&#234;me. En sorte que son analyse critique cherche &#224; aller au-del&#224; des acquis de la psychanalyse freudienne, en mettant l'accent sur ces r&#234;ves diurnes qui surgissent quand nous sommes &#233;veill&#233;s et qui nous orientent vers l'avenir, dans le flux ouvert du temps. Nous h&#233;ritons de l'imaginaire utopique pour le rendre plus clairvoyant du processus historique qui le porte, et non pour le faire r&#233;gresser dans la dimension m&#233;tahistorique du mythe dont l'h&#233;ritage m&#233;rite aussi d'&#234;tre assum&#233; et &#233;lucid&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ainsi, on peut dire : &#171; Il ne suffit donc pas d'esp&#233;rer : il faut &lt;i&gt;savoir esp&#233;rer&lt;/i&gt;. Ce qui suppose d'abord une attitude &#233;thique, puisque savoir esp&#233;rer, c'est avoir le courage de persister dans son d&#233;sir, de r&#233;sister &#224; tout ce qui nous porterait au renoncement, &#224; la d&#233;solation, aux petits arrangements, &#224; la soumission. Mais cela suppose &#233;galement une approche &#233;pist&#233;mique, savante, historique et th&#233;orique des probl&#232;mes : Ernst Bloch nomma cette approche, dans le premier volume du &lt;i&gt;Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;docta spes&lt;/i&gt;, un &#8220;espoir savant&#8221;, un &#8220;savoir-espoir&#8221;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Imaginer Recommencer, op.cit., pp. 253-254.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Lire Bloch aujourd'hui, c'est inscrire cette double exigence, &#233;thique et &#233;pist&#233;mique, au centre de notre pens&#233;e afin de la rendre pr&#234;te &#224; s'affronter aux temps. Il s'agit d'un fortifiant, non d'un opium.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On a encore trop peu compris ce qu'impliquait une telle exigence. Il en va dans la philosophie de Bloch d'un &lt;i&gt;projet pour une autre rationalit&#233;&lt;/i&gt;, comme l'avait fort bien remarqu&#233; G&#233;rard Raulet, un de ses meilleurs commentateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Raulet, Humanisation de la nature. Naturalisation de l'homme. Ernst (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela rejoint les intentions primordiales du jeune Marx de &#171; r&#233;forme de la conscience &#187; ou de &#171; d&#233;passement de la philosophie &#187; qu'il faut comprendre, non comme rejet de l'activit&#233; de la pens&#233;e, mais plut&#244;t comme abandon de sa position contemplative devant le monde. Car &#171; c'est la pens&#233;e qui cr&#233;e d'abord le monde dans lequel on peut &lt;i&gt;transformer&lt;/i&gt; et non simplement b&#226;cler.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Traces, Gallimard, 1968, collection Tel, p. 175.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; C'&#233;tait affirmer en son temps la reprise n&#233;cessaire d'un geste th&#233;orique critique dans un marxisme qui se rigidifiait et se dogmatisait. Bloch voulait un marxisme ouvert aux questions de son temps, un marxisme vivant capable de r&#233;pondre aux d&#233;fis nouveaux qui se dressaient alors. Il se montra ainsi tr&#232;s critique vis-&#224;-vis de ce qu'il nomma le &#171; marxisme vulgaire &#187; pour s'&#234;tre r&#233;v&#233;l&#233; parfaitement incapable de comprendre et de se confronter au ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit du nazisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ernst Bloch, H&#233;ritage de ce temps, Payot, 1978 ; r&#233;&#233;dition : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et il sut aussi montrer que le marxisme pouvait s'ouvrir &#224; des questions autres que celles concernant la n&#233;cessaire r&#233;organisation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, des questions &#233;thiques, esth&#233;tiques, &#233;pist&#233;miques, etc., rappelant que de limiter le point de vue &#224; l'&#233;conomique, &#171; le regard r&#233;aliste ne peut devenir f&#233;cond, l'homme ne vit pas seulement de pain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie, op. cit., p. 292.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il rejoint ainsi, par bien des aspects, la constellation &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; des penseurs de l'&#201;cole de Francfort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Rolf Wiggershaus, L'&#201;cole de Francfort. Histoire, d&#233;veloppement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais sa particularit&#233; aura sans doute &#233;t&#233; de vouloir maintenir par-dessus tout la perspective de la praxis r&#233;volutionnaire, d'o&#249; sa volont&#233; de se pr&#233;senter toujours comme un penseur marxiste. &#192; cet &#233;gard, il resta, comme Marcuse, une personnalit&#233; influente dans le mouvement &#233;tudiant allemand des ann&#233;es soixante, comme le prouve ses relations avec le leader &#233;tudiant Rudi Dutschke&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rudi Dutschke &#171; s'entendit parfaitement avec Bloch sur le point d&#233;cisif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il s'agissait pour Bloch de &lt;i&gt;recommencer le marxisme&lt;/i&gt;. Mais, bien entendu, de le recommencer en dehors de la raison &#233;troite et tr&#232;s positiviste dans laquelle il s'&#233;tait enferm&#233;. &#171; La raison reste l'instrument de la r&#233;alit&#233; effective, mais il faut pr&#233;ciser : la raison mat&#233;rialiste concr&#232;te &lt;i&gt;qui rend justice &#224; la totalit&#233; de la r&#233;alit&#233;, par cons&#233;quent m&#234;me &#224; ses &#233;l&#233;ments compliqu&#233;s et imaginaires&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, H&#233;ritage de ce temps, op. cit., p.136.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Aussi, la forme du discours blochien cherche-t-elle &#224; &#233;tendre, dans une teneur explosive et expressionniste, toute empreinte de sensibilit&#233; musicale, le domaine de la pens&#233;e rationnelle au-del&#224; de la dimension instrumentale dans laquelle elle a &#233;t&#233; r&#233;duite. Atteindre une autre forme d'expressivit&#233;, rendant compte de l'essence utopique contenue dans la raison.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais cette nouvelle rationalit&#233;, ax&#233;e sur un humanisme r&#233;volutionnaire, peut-elle encore correspondre avec les interrogations propres &#224; ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle ? Peut-&#234;tre non, si l'on s'en tient au pied de la lettre des &#233;crits de Bloch. Mais plus certainement oui, si ceux-ci sont pris comme l'expression d'un syst&#232;me &lt;i&gt;ouvert&lt;/i&gt;. Devant, par exemple, l'&#233;tendue de la crise &#233;cologique pr&#233;sente, il ne serait sans doute pas inutile d'approfondir le concept blochien d'une &#171; alliance avec la nature &#187;, ou de reprendre la r&#233;flexion &#224; partir de la finalit&#233; utopique propos&#233;e par le jeune Marx, et soutenue par Bloch, d'une &#171; humanisation-naturalisation &#187; du monde. Ne serait-il pas important &#233;galement, pour conjurer les menaces actuelles de nouvelles pestes &#233;motionnelles, de pr&#234;ter attention aux analyses de Bloch sur le p&#233;ril nazi, d&#233;velopp&#233;es dans son ouvrage &lt;i&gt;H&#233;ritage de ce temps&lt;/i&gt; ? Ne faudrait-il pas faire retour, comme Bloch le fit dans son livre [Droit naturel et dignit&#233; humaine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Droit naturel et dignit&#233; humaine, Payot, 1976.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur la question d'un bonheur commun d&#233;fini en liaison avec celle de la libert&#233; et de la dignit&#233; de chacun ? Enfin, face &#224; l'attrait hypnotique des sc&#233;narios dystopiques qui se r&#233;pandent &#224; notre &#233;poque, r&#233;&#233;valuer le r&#244;le de l'imagination utopique dans nos actes politiques devrait-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une t&#226;che secondaire ? Ce ne sont que quelques indications de ce qui peut faire, dans son inactualit&#233;, l'actualit&#233; m&#234;me de l'&#339;uvre blochienne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais ce qui touche particuli&#232;rement dans les &#233;crits de Bloch, c'est cette confiance audacieuse dans le mouvement m&#234;me de la pens&#233;e. &#171; Penser veut dire franchir &#187;, aimait-il r&#233;p&#233;ter constamment. Tout part pour lui de cette attention &#224; notre vie int&#233;rieure, notre v&#233;ritable richesse in&#233;puisable, entre m&#233;moire et d&#233;sir, qui nous relie au monde. Il me semble que c'est bien cela que Benjamin avait devin&#233; lorsqu'il rendit compte &#224; son ami Scholem de sa lecture de &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt; : &#171; Bloch donne cette citation du Zohar : &#8220; Sachez que pour chaque monde il y a deux regards. L'un voit son ext&#233;rieur, &#224; savoir les lois universelles des mondes suivant leur forme ext&#233;rieure. L'autre voit l'essence interne des mondes, &#224; savoir le contenu des &#226;mes humaines. Il s'ensuit qu'il y a aussi deux niveaux d'activit&#233;, les &#339;uvres et les prescriptions de la pri&#232;re ; les &#339;uvres sont l&#224; pour parfaire les mondes sous l'aspect de leur ext&#233;rieur, mais la pri&#232;re pour faire tenir le monde unique dans les autres et les emporter vers les hauteurs. &#8221; Je n'ai jamais rien lu sur la pri&#232;re qui soit &#233;vident comme l'est cela. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Correspondance tome I - 1910-1928, Aubier, 1979, pp. 200-201.&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
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Ne faut-il pas encore tenir le monde ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pascal DUMONTIER&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt; de Bloch &#8211; 1 500 pages &#8211; est disponible en trois volumes chez Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;G&#252;nther Anders Antwortet&lt;/i&gt;, Berlin, Tiamat, 1987, p. 85, cit&#233; par David Munnich, &lt;i&gt;L'Utopie, le messianisme et la mort&lt;/i&gt;, Sens &amp; Tonka, 2024, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt;, tome I, Gallimard, 1976, pp.10-11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt;, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W. Adorno, &#171; L'Anse, le pichet et la premi&#232;re rencontre &#187;, &lt;i&gt;Notes sur la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Champs Flammarion, 1999, pp. 386-387.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Imaginer Recommencer&lt;/i&gt;, Minuit, 2021, p.257.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y aurait une r&#233;flexion tr&#232;s certainement f&#233;conde &#224; op&#233;rer dans le rapprochement de &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie&lt;/i&gt; (1918) avec &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe&lt;/i&gt; (1923) de Luk&#225;cs, &lt;i&gt;L'&#201;toile de la r&#233;demption&lt;/i&gt; (1921) de Franz Rosenzweig et &lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt; (1927) de Martin Heidegger, ces quatre &#339;uvres constituant une sorte de constellation philosophique inaugurant l'&#232;re de rupture de l'apr&#232;s-1918. Sans les confondre, un rapprochement tr&#232;s instructif a &#233;t&#233; men&#233; entre Luk&#225;cs et Heidegger par Lucien Goldmann, &lt;i&gt;Luk&#225;cs et Heidegger&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 1973. Georges Steiner, &#8211; constatant, dans son &lt;i&gt;Martin Heidegger&lt;/i&gt; (Albin Michel, 1981), qu' &#171; Il y a de r&#233;els &#233;chos entre &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; et les &#233;crits d'Ernst Bloch comme des &#8220;m&#233;ta-marxistes&#8221; de l'&#201;cole de Francfort &#187; &#8211; nous indique leur int&#233;r&#234;t commun pour les questionnements ontologiques. Rosenzweig, quant &#224; lui, n'est malheureusement que fort peu connu au-del&#224; des cercles qui se passionnent pour la philosophie du juda&#239;sme ; Arno M&#252;nster est peut-&#234;tre le seul cependant &#224; remarquer, dans &lt;i&gt;Ernst Bloch. Messianisme et utopie&lt;/i&gt;, PUF, 1989, p.171, que &#171; personne n'a encore vu ou analys&#233; la profonde parent&#233; spirituelle existant entre la pens&#233;e d'E. Bloch et celle de Rosenzweig &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie, op.cit.&lt;/i&gt;, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;Experimentum mundi&lt;/i&gt;, Payot, 1981 ; r&#233;&#233;dition, avec une pr&#233;face de G&#233;rard Raulet : Klincksieck, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Imaginer Recommencer, op.cit.&lt;/i&gt;, p.253.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie, op.cit.&lt;/i&gt;, p.235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.284.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#171; Kitsch onirique &#187;, in &lt;i&gt;&#338;uvres II&lt;/i&gt;, Gallimard, Folio essais, 2000, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Imaginer Recommencer, op.cit.&lt;/i&gt;, pp. 253-254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Raulet, &lt;i&gt;Humanisation de la nature. Naturalisation de l'homme. Ernst Bloch ou le projet d'une autre rationalit&#233;&lt;/i&gt;, Klincksieck, 1982. Signalons &#233;galement les ouvrages d'Arno M&#252;nster, l'autre grand sp&#233;cialiste de Bloch, qui, par de nombreux aspects, se rapprochent de cette id&#233;e : &lt;i&gt;Figures de l'utopie dans la pens&#233;e d'Ernst Bloch&lt;/i&gt;, Aubier, 1985 ; &lt;i&gt;Ernst Bloch. Messianisme et utopie&lt;/i&gt;, PUF, 1989 ; &lt;i&gt;L'Utopie concr&#232;te d'Ernst Bloch. Une biographie&lt;/i&gt;, Kim&#233;, 2001 ; &lt;i&gt;Esp&#233;rance, r&#234;ve, utopie dans la pens&#233;e d'Ernst Bloch&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;Traces&lt;/i&gt;, Gallimard, 1968, collection Tel, p. 175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Ernst Bloch, &lt;i&gt;H&#233;ritage de ce temps&lt;/i&gt;, Payot, 1978 ; r&#233;&#233;dition : Klincksieck, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;L'Esprit de l'utopie, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Rolf Wiggershaus, &lt;i&gt;L'&#201;cole de Francfort. Histoire, d&#233;veloppement, signification&lt;/i&gt;, PUF, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rudi Dutschke &#171; s'entendit parfaitement avec Bloch sur le point d&#233;cisif qu'un renouveau du marxisme en tant que philosophie de la praxis ne peut se faire que dans la tradition du marxisme libertaire et d&#233;mocratique de Rosa Luxemburg, pour laquelle la construction de la soci&#233;t&#233; socialiste ne peut s'effectuer qu'en respectant toutes les libert&#233;s des citoyens ; car la &#8220;libert&#233;&#8221;, &#8220;c'est toujours et d'abord la libert&#233; d'expression de l'adversaire politique.&#8221; &#187; (Arno M&#252;nster, &lt;i&gt;L'Utopie concr&#232;te d'Ernst Bloch, op. cit.&lt;/i&gt;, p.319).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, H&#233;ritage de ce temps, op. cit., p.136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, &lt;i&gt;Droit naturel et dignit&#233; humaine&lt;/i&gt;, Payot, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Correspondance tome I - 1910-1928&lt;/i&gt;, Aubier, 1979, pp. 200-201.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Variations sur une fascisation</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1155</link>
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		<dc:date>2026-03-16T10:40:54Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;&#9632; R&#201;FRACTIONS, n&#176; 54 LES HABITS NEUFS DU FASCISME Septembre 2025, 272 p. Vous, je ne sais pas, mais moi, ce que je ressens chaque matin en faisant ma revue de presse ou en consultant, sur Mediapart, le fil AFP, c'est une invariable sensation de naus&#233;e. Quelque chose qui noue le bide tant le degr&#233; d'infamie que produit ce monde en train de se d&#233;faire tient de l'in&#233;dit. Bien s&#251;r, le caf&#233; faisant son effet et le temps passant, on se reprend et l'accablement mute en questionnement. Que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L405xH675/ill__debut-2-a2ddc.jpg?1777798380' width='405' height='675' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#9632; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#201;FRACTIONS&lt;/i&gt;, n&#176; 54&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;LES HABITS NEUFS DU FASCISME&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Septembre 2025, 272 p.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2782 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/variations_sur_une_fascisation_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 461.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vous, je ne sais pas, mais moi, ce que je ressens chaque matin en faisant ma revue de presse ou en consultant, sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, le fil AFP, c'est une invariable sensation de naus&#233;e. Quelque chose qui noue le bide tant le degr&#233; d'infamie que produit ce monde en train de se d&#233;faire tient de l'in&#233;dit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bien s&#251;r, le caf&#233; faisant son effet et le temps passant, on se reprend et l'accablement mute en questionnement. Que s'est-il donc pass&#233; pour qu'on en soit arriv&#233; &#224; un point tel de d&#233;liquescence de la pens&#233;e pour que la perspective de l'accession au pouvoir, apr&#232;s Trump et quelques autres lumi&#232;res dans son genre, l'hypoth&#232;se d'un n&#233;ofascisme soit aujourd'hui envisag&#233;e comme probable dans divers pays d'Europe ? La question reste ouverte, et elle taraude. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans son dernier livre &#8211; &lt;i&gt;Contre-r&#233;volution et r&#233;volte&lt;/i&gt; (1972) &#8211;, Herbert Marcuse (1898-1979), proche de l'&#201;cole de Francfort, n'&#233;cartait pas l'hypoth&#232;se d'un retour du fascisme comme &#171; contre-r&#233;volution &#187; ou, dans le cas du Chili d'Allende, en 1973, comme &#171; contre-insurrection &#187; pr&#233;ventive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; notre connaissance, l'inventeur de ce concept de &#171; contre-r&#233;volution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e de pr&#233;vention est importante. Il faut l'entendre comme participant d'un dispositif g&#233;n&#233;ral de sauvetage du syst&#232;me global d'exploitation &#8211; le capitalisme &#8211; contre toute remise en cause ou lev&#233;e en masse des peuples. C'est pourquoi la fascisation des esprits touche d'abord la haute bourgeoisie et ses commis : la caste journalistique, notamment. Comme le poisson, qui pourrit par la t&#234;te, les princes du CAC 40 ont choisi leur camp. Plut&#244;t le Rassemblement national et ses satellites fascisants qu'un appel d'air r&#233;formiste radical ou r&#233;volutionnaire qui mettrait en danger son destructeur business. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le ph&#233;nom&#232;ne est g&#233;n&#233;ral. La trumpisation du politique, aussi. Au bout du compte, ce qui peut venir partout &#8211; et qui en rapport direct avec les &#233;volutions au long cours d'une social-d&#233;mocratie plus tra&#238;tre &#224; la cause de l'&#233;mancipation qu'elle ne l'a jamais &#233;t&#233; en l&#233;gitimant les processus n&#233;o-lib&#233;raux d'individualisation et de pr&#233;carisation &#8211;, c'est un retour massif de l'ignoble.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-110-cce17.jpg?1777798380' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le principal int&#233;r&#234;t de cette 54e livraison de la revue-livre &lt;i&gt;R&#233;fractions&lt;/i&gt; &#8211; sous-titr&#233;e &#171; Recherches et expressions anarchistes &#187; &#8211; est sans doute de prendre le taureau par les cornes et, partant d'une constatation simple, &#224; savoir que la fascisation des esprits est une donn&#233;e de base de cette sombre &#233;poque, d'imaginer des pistes sur la meilleure mani&#232;re de r&#233;sister &#224; ses effets mortif&#232;res. Intitul&#233; &lt;i&gt;Les Habits neufs du fascisme&lt;/i&gt;, l'&#233;quipe r&#233;dactionnelle admet d'entr&#233;e que les qualifications sont diverses pour caract&#233;riser le ph&#233;nom&#232;ne : &#171; fascisme &#187;, &#171; n&#233;ofascisme &#187;, &#171; fascisme tardif &#187; ou, plus simplement, &#171; extr&#234;me droite &#187; ou m&#234;me &#171; nouvelle droite &#187;, mais la chose importe peu finalement. Ce qui fait sens, en revanche, et sens plein, c'est, dans leur pluralit&#233; d'approches, la qualit&#233; des contributions qui sont r&#233;unies dans ce dense volume. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour que le lecteur ait une id&#233;e de l'ampleur du champ visit&#233;, il est bon de s'arr&#234;ter sur celles qui nous ont sembl&#233; novatrices ou probantes. Par exemple, l'entretien avec Ghassan Age, anthropologue libanais officiant &#224; l'universit&#233; de Melbourne (Australie) et auteur du livre &lt;i&gt;Du Loup et du Musulman&lt;/i&gt;, qui nous livre une r&#233;flexion de premi&#232;re importance sur ce qu'il appelle la &#171; domestication g&#233;n&#233;rale &#187; et sur le parall&#233;lisme entre la gestion des d&#233;chets mat&#233;riels du capitalisme extractiviste et les populations qu'il a r&#233;duites au statut de d&#233;chets humains &#224; force de racisme et de colonialisme. &#192; le lire, on per&#231;oit comment l'un des traits communs des processus de n&#233;o-fascisation, de Trump &#224; Netanyahu, repose sur un m&#234;me d&#233;lire mental d'&#233;puration de l'&#233;trange &#233;tranger. Ce n'est d'ailleurs pas nouveau concernant l'Australie, dont la colonisation s'est construite sur un g&#233;nocide de grande ampleur. En Isra&#235;l, de m&#234;me, ce qui demeure du sionisme, qui fut &#224; ses origines relativement pluriel, c'est une forme de monstrueuse irrationalit&#233; pathologique et guerri&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De m&#234;me, &#171; Le droit de jouir de ses haines et de ses peurs &#187;, conversation sur &#171; les ressorts du &#8220;fascisme tardif&#8221; avec Alberto Toscano, auteur d'une &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des extr&#234;mes droites contemporaines&lt;/i&gt;, publi&#233;e, en 2024, aux &#233;ditions de La Temp&#234;te, vaut le d&#233;tour. Pour Toscano, il y aurait une certaine &#171; joie fasciste &#187; (Brasillach) &#224; &#171; jouir de ses haines et de ses peurs &#187;. Le &#171; cycle r&#233;actionnaire que nous vivons &#187; serait directement li&#233; aux &#171; sympt&#244;mes morbides qui peuplent notre &#233;poque &#187;. Si Toscano tient au concept de &#171; fascisme tardif &#187;, c'est qu'il est, &#224; ses yeux, le seul qui permette de mettre l'accent, comme quand on parle de capitalisme ou de marxisme tardifs, sur la nouveaut&#233; de ce fascisme ancr&#233; &#171; dans des fantasmes d'une modernit&#233; blanche, industrielle et patriarcale issus de la p&#233;riode postfasciste, d'apr&#232;s- guerre &#187;, nouveaut&#233; qui oblige l'antifascisme &#224; &#171; remettre en question son propre cadre th&#233;orique et les d&#233;finitions sur lesquelles il se base. Enfin, Toscano rappelle opportun&#233;ment cette v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence : &#171; Qui ne veut pas entendre parler d'anticapitalisme devrait aussi se taire sur l'antifascisme. Celui-ci ne peut pas se r&#233;sumer &#224; r&#233;sister au pire, mais sera toujours ins&#233;parable de la construction collective de formes de vie &#224; m&#234;me de d&#233;faire les visions mortif&#232;res &#224; base d'identit&#233;, de hi&#233;rarchie et de domination que la crise du capitalisme vomit &#224; intervalles r&#233;guliers. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour Jean-Pierre Duteuil &#8211; &#171; De chacun son fascisme &#224; chacun son int&#233;r&#234;t &#187; &#8211;, si le fascisme (historique) proc&#233;da bien d'une sorte de contre-r&#233;volution pr&#233;ventive s'inscrivant dans le prolongement de l'&#233;crasement des soul&#232;vements conseillistes en Allemagne et des occupations d'usine en Italie, on est en droit de se demander, comme lui, quels &#233;quivalents pourraient confirmer cette th&#232;se d'une contre-r&#233;volution pr&#233;ventive aujourd'hui. La guerre sociale, pour l'auteur, c'est la bourgeoisie qui la m&#232;ne. Partout. Ce fut le cas contre les Gilets jaunes, qui se radicalis&#232;rent quand le lourd m&#233;pris, puis la sauvage r&#233;pression que leur opposa l'&#201;tat les poussa &#224; changer de m&#233;thodes, et ce faisant &#224; ouvrir les yeux. Il n'est donc pas faux de penser que le capitalisme porte en permanence avec lui le fascisme, th&#232;se qu'exposait d&#233;j&#224; Daniel Gu&#233;rin dans Fascisme et grand capital (1936). &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De son c&#244;t&#233;, Norman Ajari &#8211; &#171; Maga ou l'&#201;tat m&#233;ga-corporatif &#187; &#8211;, auteur de &lt;i&gt;La Dignit&#233; ou la mort&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2019), brosse un portrait saisissant des &#171; Lumi&#232;res obscures &#187;, mais aussi paralysantes, qui, depuis janvier 2025 et le second mandat de l'homme &#224; la moumoute orange, ont plong&#233; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique dans la d&#233;pression. Il le fait en insistant sur la coh&#233;rence du projet que portent, dans une &#233;trange convergence id&#233;ologique, ses inspirateurs &#8211; n&#233;o-r&#233;actionnaires outranciers, conservateurs bon teint, chr&#233;tiens &#233;vang&#233;listes et silicon&#233;s de Californie. Ce projet &#8211; Make America Great Again (Maga) &#8211;, nous dit Ajari, c'est &#171; une mani&#232;re de penser une &#233;puration sociale &#187; fond&#233;e sur &#171; l'id&#233;e que, pour le capital, pour garantir les investissements, pour garantir la stabilit&#233; du march&#233;, il faut des institutions et des lois claires et immuables permettant aux capitalistes de se projeter dans l'avenir &#187;. Du Hayek pur jus en quelque sorte, qui r&#234;vait d'inscrire les r&#232;gles du &#171; libre march&#233; &#187; dans la Constitution pour que les &#233;lecteurs votent sur tout et n'importe quoi, sans que l'essentiel bouge. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sur l'homme &#224; la tron&#231;onneuse, et plus encore le pays qui est tomb&#233; dans sa pogne &#8211; cette Argentine qui fut terre de luttes et de r&#233;sistance &#8211;, Agust&#237;n Tillet &#8211; &#171; L'extr&#234;me droite en Argentine &#187; &#8211; nous livre une analyse fouill&#233;e de la longue p&#233;riode &#8211; p&#233;roniste &#8211; de d&#233;g&#233;n&#233;rescence sociale qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'arriv&#233;e au pouvoir du psychotique Javier Milei, qui d&#233;sormais le dirige. Car l'effondrement vient toujours de loin. Quand un peuple ne s'inscrit plus dans aucune forme de r&#233;gulation collective, quand tous les rep&#232;res sont brouill&#233;s, quand la seule chose qu'on partage est le manque, le ressentiment devient un ressort d'action puissant. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-110-cce17.jpg?1777798380' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Enfin, au milieu de cette litanie de mauvaises nouvelles, le texte de Jean-Ren&#233; Del&#233;pine &#8211; &#171; Une histoire de vaches et de chevaux &#187; &#8211; d&#233;tonne. L'angle choisi est, ici, litt&#233;raire, voire po&#233;tique. Il commence par une citation d'Henri Michaux et se poursuit par une r&#233;flexion sensible sur le monde tel qu'il se d&#233;fait autour d'une tr&#232;s pertinente r&#233;flexion sur &#171; l'individualisation de notre rapport aux autres &#187; et notre &#171; perte d'autonomie &#187; comme &#171; strat&#233;gie du pouvoir &#187;. Cette strat&#233;gie &#8211; &#171; axe de la contre-attaque du patronat aux mouvements des ann&#233;es 1960 &#187; &#8211; n'a pas cess&#233; de s'affiner au cours de ce demi-si&#232;cle parcouru depuis. Avec les ravages qu'on sait en tous domaines. Del&#233;pine, qui cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment des points de r&#233;sistance &#224; ce naufrage, en trouve, &#224; raison, dans le beau livre de Jean-Christophe Bailly intitul&#233; &lt;i&gt;Le D&#233;paysement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Bailly, Le D&#233;paysement : voyages en France, Seuil, 2011.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un &#171; ouvrage de g&#233;ographie humaine &#187;, un livre sillonnant en qu&#234;te de ce qu'est, non pas &#171; la France &#187; ou &#171; l'&#234;tre fran&#231;ais &#187;, mais une &#171; r&#233;flexion sur une identit&#233; qui ne serait pas un noyau menac&#233; &#224; prot&#233;ger de l'alt&#233;rit&#233;, mais au contraire un accueil de ces alt&#233;rit&#233;s ne cessant de s'ajouter &#224; ce &lt;i&gt;patchwork&lt;/i&gt; vivant qu'est un pays. L&#224; o&#249; Del&#233;pine touche particuli&#232;rement juste, c'est en &#233;largissant le champ de r&#233;flexion sur la question identitaire &#224; celle, plus g&#233;n&#233;rale, des identit&#233;s, si obsessionnellement pr&#233;sente dans certains milieux militants de la gauche dite radicale. &#171; La diversit&#233;, &#233;crit-il, [y] est devenue la diversit&#233; des identit&#233;s, chacune fonctionnant selon la m&#234;me pente totalitaire que l'identit&#233; nationale de l'extr&#234;me droite. &#187; C'est sans doute un peu s&#233;v&#232;re, mais non d&#233;nu&#233; de fondement.
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce recueil, d'indispensable lecture par les temps qui courent, contient &#233;galement, sous forme d'entretiens ou de textes, des contributions de Jesse Oslavsky, de Gwenola Ricordeau, de Mathias Reymond, de Tom&#225;s Ib&#225;&#241;ez et de Patrick Samzun ainsi que de pr&#233;cieuses notes de lecture. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; notre connaissance, l'inventeur de ce concept de &#171; contre-r&#233;volution pr&#233;ventive &#187; est l'anarchiste italien Luigi Fabbri (1877-1935), auteur de &lt;i&gt;La Controrivoluzione preventiva&lt;/i&gt;, ouvrage publi&#233; en 1922.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Bailly, &lt;i&gt;Le D&#233;paysement : voyages en France&lt;/i&gt;, Seuil, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand la musique est bonne</title>
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&lt;p&gt;Des fois les choses se font sur un coup de t&#234;te. L'annonce d'un concert dans une ville voisine, Sergio sur les planches, l'occase &#224; ne pas rater. L'ami Quim est d'accord pour en &#234;tre. Alors on trace la route. On croit partir pour une soir&#233;e mais c'est toute une &#233;poque qui se ram&#232;ne. Il fait nuit quand on arrive &#224; B&#233;ziers. Un panneau indique que la ville est la plus vieille de France. 2500 ans au compteur. La datation est suspecte : &#171; En 2020, le maire de B&#233;ziers embrasse sans ciller cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2777 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tetiere_in_situ_-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tetiere_in_situ_-2.jpg?1777755962' width='500' height='403' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2778 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/quand_la_musique_et_bonne_pdf_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 398.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des fois les choses se font sur un coup de t&#234;te. L'annonce d'un concert dans une ville voisine, Sergio sur les planches, l'occase &#224; ne pas rater. L'ami Quim est d'accord pour en &#234;tre. Alors on trace la route. On croit partir pour une soir&#233;e mais c'est toute une &#233;poque qui se ram&#232;ne.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il fait nuit quand on arrive &#224; B&#233;ziers. Un panneau indique que la ville est la plus vieille de France. 2500 ans au compteur. La datation est suspecte : &#171; En 2020, le maire de B&#233;ziers embrasse sans ciller cette th&#232;se selon laquelle sa ville aurait &#233;t&#233; fond&#233;e par des Rhodiens avant que les Phoc&#233;ens n'installent une colonie &#224; l'emplacement de la future Marseille &#8211; conjecture faisant de sa commune la plus ancienne de France. Qui l'autorise &#224; clamer : &#171; Ici, vous &#234;tes dans la plus vieille ville de France ! Les Marseillais nous le refusent envers et contre tout. Mais, &#224; un moment donn&#233;, il y a des &#233;tudes, des recherches, des fouilles. Tant pis pour les Marseillais, tant mieux pour nous. &#187; Une hypoth&#232;se jug&#233;e hautement fantaisiste par la communaut&#233; scientifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roxana Azimi et Laurent Telo, &#171; B&#233;ziers antique, l'extravagant chantier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fantaisiste M&#233;nard ? Pourquoi pas repenti socialiste tant qu'on y est ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sur la gauche, au-dessus de l'Orb gonfl&#233; par les pluies, le mill&#233;naire Pont Vieux t&#233;moigne de l'immuable. On passe devant les all&#233;es Paul-Riquet o&#249; tout est d&#233;sert &#224; part quelques bagnoles. B&#233;ziers a toujours eu du glauque en elle. J'y ai v&#233;cu ado. Souvenirs de coll&#233;gien d'une ville d&#233;j&#224; dure. En 2015, j'y suis revenu en reportage pour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CQFD&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;nard venait de prendre la mairie et cranait en &lt;i&gt;Dirty Harry&lt;/i&gt; biterrois. Des placards municipaux affichaient en gros plan un pistolet Beretta 92-FS, calibre 9 &#215; 19 mm Parabellum : &#171; D&#233;sormais, la police municipale a un nouvel ami. &#187; Un flingot pour d&#233;clarer ouverte la guerre sociale, le message &#233;tait clair ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Durant le trajet, avec Quim, on a caus&#233; violence politique. Le sujet revient entre nous comme un marronnier, en fonction de l'actu. Il y a dix ans, l'ami campait sur une certaine non-violence. Aujourd'hui il a chang&#233; et refait l'histoire : il est le premier &#224; saluer l'action des chasseurs de skins des ann&#233;es 1980 et je salue le courage des copains ayant vir&#233; les fachos des ronds-points en 2018. Les nazis ont fait un lied de la mort de Horst Wessel, la d&#233;putation fran&#231;aise une minute de silence en l'honneur de Deranque. C'est un bon d&#233;but et &#231;a promet de swinguer dans nos prochaines ann&#233;es trente. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On se gare rue G&#233;n&#233;ral-Thomi&#232;res, du nom d'un officier qui, en 1793, s'est battu contre les monarchies ib&#233;riques voulant venger un Louis XVI &#233;t&#234;t&#233;. Devenu g&#233;n&#233;ral d'Empire, Thomi&#232;res calanchera sabre au clair en 1812 lors de la bataille des Arapiles en Espagne. Mais qu'importe la bio du haut bidasse : &#224; B&#233;ziers, sa rue est moche et planqu&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Th&#233;&#226;tre des Franciscains, on est en avance. On prend langue avec une jeune ouvreuse. Elle est &#233;pat&#233;e qu'on ait fait le trajet depuis Perpignan pour une sortie de r&#233;sidence. Je lui explique que Sergio est une de mes ic&#244;nes. Je suis un quinqua-groupie. Et puis Perpignan-B&#233;ziers, on change pas trop de biotope, &#231;a reste &lt;i&gt;Facholand&lt;/i&gt;. L'ouvreuse ne cache pas s'emmerder la &lt;i&gt;life&lt;/i&gt; &#224; B&#233;ziers. Heureusement, l'&#233;t&#233; y'a la plage au Cap d'Agde ou &#224; Vias. Pour les bars, Montpellier n'est pas loin mais c'est chaud la route quand on a bu. Le probl&#232;me, c'est pas l'alcool, c'est les flics, ironise Quim qui d&#233;teste la police depuis ses premiers squats toulousains. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On s'assoit au troisi&#232;me rang. Au concert, faut que je sois coll&#233; &#224; la sc&#232;ne pour voir les visages : les sourires complices, les tics de concentration, les grimaces hant&#233;es. Les musicos arrivent. Les membres du quatuor Debussy, le oudiste syrien Khaled Al Jaramani et Sergio. Comme de coutume, Sergio est nipp&#233; en noir et pieds nus. Toujours la m&#234;me Stratocaster et sa rugueuse patine. Jeune, Sergio sautait en l'air comme un cabri et ses riffs crevaient les ventres mous. Son groupe de rock provoquait la b&#234;te qui rampait lentement &#8211; &lt;i&gt;We never stand fascism anymore&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Serge Teyssot-Gay &#233;tait le guitariste de Noir D&#233;sir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Officiellement Noir D&#233;sir n'existe plus. Tout le monde sait pourquoi et on ne va pas refaire le film. Mais ne plus exister ne suffit pas ; &lt;i&gt;ne pas avoir exist&#233;&lt;/i&gt; serait mieux. &lt;i&gt;Canceller&lt;/i&gt; Noirdez, v'l&#224; qui a de la gueule et une certaine r&#233;alit&#233; puisque les radios se sont engag&#233;es &#224; ne plus diffuser ses chansons. On appelle &#231;a soigner le mal &#224; la racine. Un jour mon fils cadet s'est retrouv&#233; dans le camp du mal. En l'espace d'un bref &#233;change musical, le jeune ado qu'il &#233;tait est pass&#233; c&#244;t&#233; obscur de la force m&#226;le. J'&#233;tais l&#224;, j'ai tout entendu. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Cadrons la sc&#232;ne : un jardin d'&#233;t&#233; avec des gens de gauche dedans. Navarro junior a quinze ou seize piges. Une adulte le questionne sur ses go&#251;ts musicaux. Il se trouve que ladite adulte est un oxymore bien actuel : quand l'extraction bourgeoise se coule dans le f&#233;minisme en vogue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Question de l'&#233;mancip&#233;e : &lt;br/&gt;
&#8211; Et toi, tu &#233;coutes quoi comme musique ? &lt;br/&gt;
&#8211; Noir D&#233;sir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Et vlan, la bourde, la b&#233;ance. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; c&#244;t&#233;, anticipant le bordel &#224; venir, le daron sue &#224; grandes gouttes. Il sait obscur&#233;ment qu'apr&#232;s des ann&#233;es pass&#233;es &#224; &#233;couter Nekfeu, PNL et Damso, son fils a l&#226;ch&#233; le rap et d&#233;couvert Noirdez. Pr&#233;cisons qu'il l'a d&#233;couvert par ses propres moyens parce qu'&#224; la maison on n'&#233;coute plus le groupe de rock depuis au moins sa naissance. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La bourge de gauche se redresse tel un dard et cause au minot comme s'il &#233;tait un trentenaire votant Place publique : &lt;br/&gt;
&#8211; Tu fais donc la diff&#233;rence entre l'homme et l'artiste ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sentence ad hoc, h&#233;sitation de l'ado. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Euh&#8230; oui. &lt;br/&gt;
&#8211; Eh bien, moi non. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Fin de l'&#233;change et de la le&#231;on. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; l'ado de mac&#233;rer dans son jus trouble. De sonder, &#224; l'aune d'un paquet de chansons, sa jeune masculinit&#233; toxique. De se demander si &#233;couter &lt;i&gt;Marl&#232;ne&lt;/i&gt; ne revient pas &#224; cogner symboliquement une nana jusqu'&#224; la tuer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Oh Marl&#232;ne, c'est la haine&lt;br/&gt;
Qui nous a amen&#233; l&#224;&lt;br/&gt;
Mais Marl&#232;ne, dans tes veines&lt;br/&gt;
Coulait l'amour des soldats&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tout &#231;a est grotesque mais tout &#231;a est l'&#233;poque. Car telle est la puissance de la morale, notre &#233;glise &#224; tous qui &#339;uvre au grand partage : d'un c&#244;t&#233; les ouailles, de l'autre les impies. D'un c&#244;t&#233; les m&#226;les d&#233;construits, de l'autre les bastonneurs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sur sa chaise, le daron essaie de refroidir son sang, mais rien n'y fait. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sur la sc&#232;ne du Th&#233;&#226;tre des Franciscains, les Debussy boys soit Christophe (premier violon), Emmanuel (deuxi&#232;me violon), Vincent (alto) et C&#233;dric (violoncelle) jouent une pi&#232;ce du compositeur am&#233;ricain Marc Mellits. C'est plein de boucles et de motifs r&#233;p&#233;titifs. Je d&#233;colle. Quim gigote. Petit, sa m&#233;lomane de m&#232;re l'amenait r&#233;guli&#232;rement &#224; des concerts de musique classique ; c'&#233;tait une torture qu'il taisait. Il en garde des stigmates, une nervosit&#233; de l'enfance. Dans quelques minutes, il fermera les yeux et &#231;a ira mieux. La musique le prendra. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sur sc&#232;ne, &#224; gauche, accroupi derri&#232;re son rack de p&#233;dales, Sergio semble m&#233;diter. Je l'observe souriant ou clignant des yeux. Derri&#232;re lui, Khaled est impassible et aux anges. Son oud est cal&#233; sur son ventre. Ce type a surv&#233;cu &#224; l'effondrement de la Syrie et aux milices. Une pens&#233;e parasite traverse mon cerveau : et dire que c'est M&#233;nard-Ville qui finance un moment pareil. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;i&gt;FN souffrance, qu'on est bien en France.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Les faits sont l&#224; : Noir D&#233;sir est d&#233;sormais banni de la m&#233;moire collective. L'&#233;clat du souvenir a p&#226;li pour produire l'&#233;trange sentiment d'une Cit&#233; interdite. Cet effacement de la vie publique est en lui-m&#234;me tr&#232;s &#233;tonnant, car il n'est pas jusqu'&#224; la m&#233;moire du m&#233;tier, des institutions, des industries musicales qui tr&#233;buche et peine &#224; retrouver son &#233;quilibre dans son effort hygi&#233;nique de bien-pensance, dans cette fuite en avant qui marque l'existence, ou plut&#244;t la non-existence du groupe. &#187; Ces mots font du bien, ils sont sign&#233;s Luc Rob&#232;ne et Solveig Serre. Luc Rob&#232;ne est historien &#224; la fac de Bordeaux et guitariste &#8211; au mitan des ann&#233;es 80, il a combl&#233; l'&#233;ph&#233;m&#232;re d&#233;part de Sergio au sein du groupe qui s'appelait alors &lt;i&gt;Noirs D&#233;sirs&lt;/i&gt;. Directrice de recherche au CNRS, Solveig Serre est historienne et musicologue &#8211; son champ d'investigation va de l'op&#233;ra au punk. Le couple a dirig&#233; la r&#233;cente publication de &lt;i&gt;Noir D&#233;sir&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous la direction de Luc Rob&#232;ne et Solveig Serre, Noir D&#233;sir, Riveneuve, 2025.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, livre collectif riche de plus d'une dizaine de t&#233;moignages. Musiciens, techniciens, chercheurs, tous parlent, tous racontent : la gen&#232;se, la d&#233;brouille, le succ&#232;s. Les studios, les r&#233;p&#232;tes, les concerts jusqu'&#224; l'&#233;puisement. L'engagement : contre l'extr&#234;me droite, en soutien au GISTI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le GISTI &#8211; Groupe d'information et de soutien des immigr&#233;s &#8211;, association de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les d&#233;buts de Noirdez sont gratt&#233;s jusque dans &#171; la chaleur intense des nuits bordelaises des ann&#233;es 1980 &#187;. C'est l&#224; que tout se joue, dans la naissance d'une col&#232;re lyc&#233;enne nourrie par l'&#233;nergie punk. Au-del&#224;, il y a l'aura de la &#171; mythologie du rock &#187; qui va se mat&#233;rialiser dans &#171; la frugalit&#233; du mat&#233;riel, la duret&#233; du son ou la simplicit&#233; des liens humains, dans une recherche de sens et d'appartenance au collectif &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour les auteurs du livre, l'objectif est clair : il s'agit d'&#171; archiver la m&#233;moire &#187;, de combler un &#171; vide m&#233;moriel &#187;, de rendre &#171; tr&#232;s humblement son histoire &#187; &#224; un groupe majeur du rock fran&#231;ais. Factuel, multifocal, d&#233;vou&#233;, il y r&#233;ussit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La musique par la bande donc, celle des potes, celle du temps long au gr&#233; duquel la formation se compose et recompose, se soude et s'&#233;clate. Jamais apais&#233;s, jamais tranquilles avec leur succ&#232;s, les gars de Noirdez cherche le son comme d'autres le Graal. Un son qui amalgame, hurle le monde et crache ses chicots. Quand les tripes sont &#224; l'air, faut virer les mouches et les pisse-froid. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Allez, enfouis-moi, passe-moi par-dessus tous les bords&lt;br/&gt;
Encore un effort, on sera de nouveau&lt;br/&gt;
Calmes et tranquilles, calmes et tranquilles&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tu parles. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pourquoi Noir D&#233;sir, sujet &#233;minemment mineur et pol&#233;mique par temps de fascisation galopante et de catastrophe climatique ? Parce que l'incident entre la bourge de gauche et mon fils a r&#233;veill&#233; quelque chose. Le soudain besoin d'une v&#233;rification. De revisiter l'&#233;nigme : le don des nues, le fant&#244;me pendu de Cortez &#8211; &lt;i&gt;ah mais o&#249; sont les mots secrets ?&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#201;lan nostalgique. Ann&#233;es 1990, le monde chancelant mais ouvert, la r&#233;volution au bout des slogans ; ann&#233;es 2000, le dur s'annonce, vient la manif contre Le Borgne en 2002 o&#249; je rencontre ma compagne. Le vent nous porte, c'est notre bande son, le pouls de nos &#233;treintes et de nos combats. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ma biographie intime et politique est li&#233;e aux chansons de Noirdez. Les n&#339;uds sont multiples et ind&#233;m&#234;lables. Je le constate et l'assume car tout &#231;a forme une coh&#233;rence qui me remplit les moments de doute. Par exemple il me souvient d'une r&#233;cente et convenue mobilisation contre les retraites o&#249;, sur la plateforme d'un camion Sud, trois jeunettes guinchent en damn&#233;es sur &lt;i&gt;Le Temps des cerises&lt;/i&gt; version des Bordelais. Mon c&#339;ur fait boum, j'ai vingt piges et la banane qui va avec. Je prends un pote &#224; t&#233;moin : &lt;br/&gt;
&#8211; Putain Noirdez ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Regard suspect et sombre du camarade qui me douche froid. &#192; l'&#233;vidence il ne partage pas une miette de mon enthousiasme. Ma joie s'ampute et se barre en me traitant de connard. Seul sur la chauss&#233;e, une bagnole klaxonne dans mon dos. Une Austin. S&#251;rement celle d'Ernestine. Je d&#233;lire. &#192; moins que depuis toutes ces ann&#233;es elle ait enfin r&#233;ussi &#224; d&#233;marrer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Ernestine&lt;br/&gt;
Les places sont ch&#232;res, ici-bas&lt;br/&gt;
Le chant des cimes&lt;br/&gt;
S'atteint ou ne s'atteint pas&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#171; Faire la diff&#233;rence entre l'homme et l'artiste &#187;, face &#224; mon fils, la moralisatrice avait ressorti le mantra creux du moment. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Qu'est-ce qu'un artiste ? C'est une personne qui a des pens&#233;es, visions &#233;tranges, parfois d&#233;cal&#233;es, qui s'en saisit, les met en forme et les sublime dans un exutoire po&#233;tique. Comme tout un chacun, l'artiste n'est jamais la somme de ses pens&#233;es. C'est pas moi qui le dit mais un psychiatre avec qui j'ai longuement discut&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; M. Navarro, vous n'&#234;tes pas vos pens&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il m'a fallu des ann&#233;es pour m&#233;taboliser l'axiome. Comprendre ce qu'il impliquait, cette &#233;trange dissociation entre mon moi profond et ce qui virevoltait autour. &lt;br/&gt;
La cr&#233;ation est une transe : au moment o&#249; j'&#233;cris ces lignes ; je les d&#233;couvre apparaissant sur l'&#233;cran. &#201;crivant, je suis mon premier lecteur et c'est toujours une d&#233;couverte. &lt;br/&gt;
Dans &lt;i&gt;Comme une mule&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois B&#233;gaudeau commente les myst&#232;res de la cr&#233;ation : &#171; L'homme et l'artiste ont en commun un corps et ce n'est pas rien. Mais ce n'est pas le m&#234;me corps. Au point de frottement de la voix de Bertrand et de l'ou&#239;e de Fran&#231;ois se forme un corps tiers qui n'est ni de Bertrand ni de Fran&#231;ois. Un corps informe, vaporeux, fantomatique, et qui se remod&#232;le au gr&#233; des notes tel un nuage au gr&#233; du vent. Quand je r&#233;&#233;coute &lt;i&gt;Tostaky&lt;/i&gt; avec une immuable all&#233;gresse, Cantat n'est pas dans ma chambre. Il n'&#233;tait pas l&#224; non plus dans celle que j'occupais en 1992, &#224; la survenue de ce morceau &#233;ponyme d'un album non moins puissant. (&#8230;) Cantat n'&#233;tait que l'entremetteur n&#233;gligeable de l'insatiable copulation entre &lt;i&gt;Tostaky&lt;/i&gt; et moi. (&#8230;) La voix sort du ventre et justement elle en sort. Elle s'en &#233;chappe. Dans l'espace mental que l'&#233;coute creuse dans le monde physique, elle flotte seule et sans port, comme les vers qu'elle charrie. &#171; Diagonales perdues et les droites au hasard &#187; n'appartient plus &#224; Cantat, ne lui a jamais appartenu. C'est pass&#233; par lui et &#231;a repart loin de lui, une diagonale perdue en effet, tra&#231;ant au hasard des droites dans le volume que d&#233;ploie, en toute autonomie, libre comme l'air qu'elle joue, port&#233;e par l'air qu'elle emplit, mue par sa seule force, la musique. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Conclusions : chacun s'arrange avec sa conscience (et lit C&#233;line s'il veut).
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Sur la sc&#232;ne du Th&#233;&#226;tre des Franciscains, on y revient, car la soir&#233;e commence &#224; peine. Sergio et Khaled jouent &lt;i&gt;Paradis perdu&lt;/i&gt;. C'est une balade tiss&#233;e de notes lumineuses et tristes. L'oud arp&#232;ge ses attaques, on dirait un essaim qui se noircit et se saborde. Khaled chante en arabe le r&#234;ve enseveli sous les d&#233;combres : &#171; Et les chansons joyeuses sont devenues des pleurs &#187;. Le concert a une vis&#233;e p&#233;dagogique, chacune des deux formations &#8211; &lt;i&gt;Interzone&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;le Quatuor Debussy&lt;/i&gt; &#8211; raconte la rencontre, l'apprivoisement mutuel et la f&#233;condit&#233; du m&#233;tissage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pendant deux d&#233;cennies, Sergio et Khaled ont form&#233; le duo &lt;i&gt;Interzone&lt;/i&gt;. Dialogues filants de la guitare &#233;lectrique et du oud, o&#249; tout flambe et &#233;merveille, accouche d'arabesques rock et de polyrythmies narratives. Cinq disques au compteur, tout un monde. Le n&#244;tre. Disloqu&#233; et disput&#233;. Dans le troisi&#232;me figure &lt;i&gt;Sur la route de Homs&lt;/i&gt;. Avant de jouer le morceau sur sc&#232;ne, Khaled explique la gen&#232;se du morceau. Syrie, 2011. Le joueur d'oud a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et fich&#233; dans un bus reliant Damas &#224; Homs. Deux heures de route. Au bout, quoi ? La mort ? la torture ? la ge&#244;le ? Khaled ne sait pas. Pour taire l'angoisse, le musicien regarde le paysage et compose dans sa t&#234;te un motif m&#233;lodique. Ses pens&#233;es font un travail de cr&#233;ation et de diversion. Sur sc&#232;ne, le musicien raconte la survie et la beaut&#233; pour brosser le triste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sergio n'a pas particip&#233; au livre collectif sur Noir D&#233;sir. Il a totalement coup&#233; les ponts. C'est un artiste int&#232;gre qui vomit l'ind&#233;cence et le bruit m&#233;diatique. Je le respecte. De m&#234;me que les autres membres du groupe. &#192; chacun ses serments de fid&#233;lit&#233;, ses h&#233;ritages &#224; sauver. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand le feu r&#233;volutionnaire d&#233;serte le champ social, les moralisateurs prennent tout l'espace. On ne change plus un monde d&#233;gueulasse qui s'autod&#233;truit mais on l'habite avec plus de d&#233;cence. C'est ainsi qu'on s'offusque en plateau et condamne les violences. De pr&#233;f&#233;rence celles chaudement mon&#233;tis&#233;es sur le comptoir de l'opinion publique. De pr&#233;f&#233;rence celles port&#233;es par des stars car les stars, victimes ou bourreaux, sont avant tout des ic&#244;nes dont la puret&#233; cristallise le mal &#224; abattre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; titre indicatif, il n'y aura pas de buzz pour le millier de d&#233;c&#232;s li&#233;s au travail en 2025. Les mains calleuses et les dos broy&#233;s manquent de cet entregent qui rend les causes &#339;cum&#233;niques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Ce qui est g&#234;nant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres &#187;, r&#233;cite L&#233;o Ferr&#233; dans &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt; o&#249; il tance la molle corruption des po&#232;tes. Graphomane, L&#233;o a tout &#233;crit, notamment le texte hallucin&#233; &lt;i&gt;Des armes&lt;/i&gt;, que Noirdez a mis en musique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Des armes, des chouettes, des brillantes, &lt;br/&gt;
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir&lt;br/&gt;
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir&lt;br/&gt;
L'autre, celui qui fait r&#234;ver les communiantes&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand j'&#233;coute &lt;i&gt;Des armes&lt;/i&gt;, &#231;a me met les poils. Au nom de quelle m&#232;re morale sup&#233;rieure devrais-je m'en priver ? &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Je me suis longtemps demand&#233; pourquoi cette anecdote, tr&#232;s secondaire, entre la bourge de gauche et mon fils m'avait &#224; ce point travaill&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La premi&#232;re hypoth&#232;se est que je m'en voulais de ne pas &#234;tre intervenu pour dire &#224; une adulte qui avait deux fois l'&#226;ge de mon minot de tenir sa bouche coite. On ne juge pas un gamin &#224; sa playlist. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La seconde, plus sournoise, impliquait que le reproche n'&#233;tait pas tant destin&#233; au fils qu'au p&#232;re. Si un ado se fourvoie &#224; ce point dans ses go&#251;ts musicaux, c'est que &#231;a a forc&#233;ment merd&#233; dans son &#233;ducation. Un p&#232;re sensible aux violences faites aux femmes n'aurait pas d&#233;cemment permis un tel d&#233;rapage de son fils. De fait, c'est la lign&#233;e m&#226;le qui en prenait pour son grade. Peu importe si tout prouvait que le p&#232;re ne s'&#233;tait jamais construit en m&#226;le dominant. Peu importe son f&#233;minisme r&#233;el : son statut de quinqua h&#233;t&#233;ro adoss&#233; au patriarcat parlait pour lui. Inutile de nier, juste faire en sorte que sa r&#233;demption ne souffre d'aucun angle mort : le daron avait peut-&#234;tre 600 disques &#224; inspecter chez lui. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Apr&#232;s la discoth&#232;que viendraient les livres. Les jours du Onfray pr&#233;fasciste &#233;taient compt&#233;s. &#192; la benne le postanarchiste de mes deux. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-109-7bcc1.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le concert fini, je ne suis pas all&#233; serrer Sergio dans mes bras. Pourtant j'aurais pu : un ap&#233;ro entre public et musiciens &#233;tait pr&#233;vu au Th&#233;&#226;tre des Franciscains. La jeune ouvreuse &#233;tait l&#224; qui servait des drinks et Khaled expliquait la vieille histoire du oud &#8211; ce sublime luth arabe. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec Quim on avait la dalle ; alors on a zon&#233; dans B&#233;ziers. Notre errance tourna court ; la ville &#233;tait sans entrailles, creus&#233;e par la d&#233;sertion. En attendant la commande d'un Pizzacosy, on a bu une mousse dans une brasserie dont le boucan faisait d'elle un &#238;lot au sein d'une mer de silence. &#192; l'&#233;tage, une vingtaine de lyc&#233;ens f&#234;tait un anniversaire. &#199;a piaillait criard et la musique &#233;tait affreuse. La magie du oud se dissolvait et l'autotune, cette voix-machine sans chair ni &#226;me, r&#233;gnait en cerb&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On a b&#226;fr&#233; notre pizza sur un bout de trottoir en deux-deux, genre diable aux trousses. Avant de d&#233;taler, Quim a photographi&#233; une affiche municipale annon&#231;ant prochainement &#171; La nuit des tapas &#187;. Sur un visuel fait par IA, des gogos &#224; gueule de Gaulois et des pimb&#234;ches &#224; bonnet tendaient leur verre de vin et leur chope de bi&#232;re en souriant, repus, devant des plateaux de charcutaille. Dix ans apr&#232;s, M&#233;nard avait peut-&#234;tre abandonn&#233; la strat&#233;gie du Beretta 92-FS. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Trop frontal. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__fin_in_situ_-2.jpg?1777755962' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roxana Azimi et Laurent Telo, &#171; B&#233;ziers antique, l'extravagant chantier historico-touristique de Robert M&#233;nard &#187;, Le Monde du 27-02-2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.acontretemps.org/B&#233;ziers : La citoyennet&#233; est un sport de combat - CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales'&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous la direction de Luc Rob&#232;ne et Solveig Serre, &lt;i&gt;Noir D&#233;sir&lt;/i&gt;, Riveneuve, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le GISTI &#8211; Groupe d'information et de soutien des immigr&#233;s &#8211;, association de soutien et de d&#233;fense des travailleurs immigr&#233;s, fut fond&#233; en 1972. Il est toujours en activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;cadence et aveuglements</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1152</link>
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		<dc:date>2026-03-05T18:45:13Z</dc:date>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;Un des slogans centraux de la gauche en appelle avec constance &#224; une meilleure r&#233;partition des richesses. Certes, toutes choses &#233;gales par ailleurs, il vaut encore mieux tendre &#224; r&#233;duire les &#233;carts de richesses qu'&#224; les conforter&#8230; Mais il faut tout de suite pointer les limites d'une telle revendication : elle suppose presque explicitement que l'on ne touche pas fondamentalement &#224; l'appareillage &#233;conomique du capitalisme, en particulier du capitalisme mondialis&#233;, ce qui explique en partie au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L448xH336/ill__de_tete-5-4edc5.jpg?1777798381' width='448' height='336' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/decadence_et_aveuglements_correction_louis_de_colmar_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 383.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1777798378' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
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&lt;p&gt;Un des slogans centraux de la gauche en appelle avec constance &#224; une meilleure r&#233;partition des richesses. Certes, toutes choses &#233;gales par ailleurs, il vaut encore mieux tendre &#224; r&#233;duire les &#233;carts de richesses qu'&#224; les conforter&#8230; Mais il faut tout de suite pointer les limites d'une telle revendication : elle suppose presque explicitement que l'on ne touche pas fondamentalement &#224; l'appareillage &#233;conomique du capitalisme, en particulier du capitalisme mondialis&#233;, ce qui explique en partie au moins la d&#233;saffection et la perte d'influence de la gauche. Il faut noter que l'actuelle diffusion plan&#233;taire des populismes s'inscrit directement dans une forme tr&#232;s particuli&#232;re de remise en question de la globalisation &#233;conomique, tout particuli&#232;rement au vu des cons&#233;quences v&#233;cues par des secteurs de plus en plus larges des populations mondiales, qui pointent la contradiction entre un cosmopolitisme id&#233;alis&#233; par les &#233;lites (en g&#233;n&#233;ral de gauche) et une r&#233;alit&#233; quotidienne qui se d&#233;lite sous les effets directs de cette mondialisation (pertes de rep&#232;res, destructions des emplois, d&#233;socialisations, pollutions, pand&#233;mies, etc.). La gauche ayant substantiellement li&#233; son sort &#224; la mythologie du progr&#232;s est, de fait, incapable de r&#233;pondre de fa&#231;on pertinente aux cons&#233;quences effectives de ce &#171; progr&#232;s &#187;, &#224; travers une dynamique indissociablement li&#233;e &#224; la poursuite de la diffusion d&#233;sormais incontr&#244;l&#233;e de la mondialisation &#233;conomique.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le probl&#232;me, monumental, est &#233;videment que la d&#233;nonciation populiste de cette mondialisation est majoritairement n&#233;o-r&#233;actionnaire et n&#233;o-nationaliste, r&#233;activant partout des mythologies de la grandeur et de l'autosuffisance nationales, sans voir, sans pouvoir ou vouloir voir, que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce m&#234;me cadre national qui aura d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;truit, du moins significativement affaibli, par la mondialisation capitaliste. Je signale ici que le d&#233;veloppement des totalitarismes du d&#233;but du XXe si&#232;cle &#233;tait &lt;i&gt;un moment&lt;/i&gt; d'une phase ascendante de la mondialisation, li&#233; &#224; une mutation des logiques imp&#233;riales du XIXe si&#232;cle, quand les diverses variantes des actuels populismes de ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle actent au contraire l'&#233;mergence d'une impasse des dynamiques de mondialisation que le si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent avait activ&#233;es. Les totalitarismes du d&#233;but du XXe si&#232;cle noyaient l'individu dans la masse, les n&#233;o-totalitarismes de ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle fractionnent la masse dans une myriade infinie de particularismes. La globalisation &#233;conomique est, aujourd'hui, en train de rompre les diverses digues &#233;tatiques entre lesquelles elle se d&#233;veloppait, changeant ainsi de nature. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Face &#224; un d&#233;luge de flux globaux, divers et interconnect&#233;s, les logiques populistes cherchent &#224; se barricader derri&#232;res des remparts et des forteresses, simultan&#233;ment physiques, sous la formes de murs frontaliers, comme psychiques, sous la formes de fondamentalismes id&#233;ologiques, pour tenter de donner corps &#224; un monde fantasm&#233; comme immobile : cela explique que les populismes sont tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement li&#233;s &#224; des int&#233;grismes religieux, qui fonctionnent comme des sortes d'exorcismes d'un monde qui aura factuellement banni les points fixes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Jusqu'&#224; la fin du XXe si&#232;cle, en gros jusqu'&#224; l'effondrement de l'URSS, on aura encore pu consid&#233;rer que les &#201;tats-nations de l'espace occidental arrivaient &#224; garder une ma&#238;trise toute relative de la globalisation &#233;conomique, d'ailleurs encore largement d&#233;finie comme internationalisation de l'&#233;conomie, ce qui n'est aujourd'hui visiblement plus le cas. Et pourtant, cette mondialisation effective est largement un impens&#233; m&#233;diatique comme politique : il n'y a d'ailleurs qu'&#224; voir la place r&#233;siduelle et anecdotique qui est accord&#233;e &#224; ces probl&#232;mes dans les divers contextes nationaux, qui souffrent tous d'un tr&#232;s grave tropisme d'auto-aveuglement national, voire de plus en plus largement nationaliste. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Encore pourrait-on sans doute consid&#233;rer que le nationalisme lui-m&#234;me aura mut&#233;, passant d'une approche &#171; positive &#187; (la nation X avant tout, ind&#233;pendamment des autres) &#224; une approche largement &#171; n&#233;gative &#187; (la nation X contre toutes les autres). Cette derni&#232;re mutation doit &#234;tre corr&#233;l&#233;e avec la diffusion parall&#232;le de la n&#233;gation des socialit&#233;s h&#233;rit&#233;es, &#224; travers les d&#233;rives algorithmiques des r&#233;seaux sociaux qui ont largement d&#233;bord&#233; sur les pratiques publiques incarn&#233;es, en particulier, par les d&#233;rives trumpistes. Ces pseudo-socialit&#233;s cherchent &#224; se construire sur la haine partag&#233;e de l'autre plut&#244;t que sur le commun : les d&#233;rives populistes contemporaines se caract&#233;risent en effet par des logiques de partage de haines singuli&#232;res, celles pr&#233;cis&#233;ment exacerb&#233;es par les algorithmes num&#233;riques, plut&#244;t que sur des projections positives valorisant la multiplicit&#233; supranationale sur des fondements &#233;galitaires, socle indispensable d'une r&#233;actualisation-red&#233;finition des communs. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les g&#233;ants de la Tech partagent avec les populistes une identique approche d&#233;socialis&#233;e de l'humain, les amplifications de cette d&#233;socialisation se rep&#233;rant tant &#224; l'int&#233;rieur des nations qu'&#224; l'ext&#233;rieur : on peut alors consid&#233;rer que l'augmentation de la d&#233;socialisation interne joue &#233;galement sur le renforcement du rejet croissant et simultan&#233; du multilat&#233;ralisme entre les &#201;tats. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Survient ici un paradoxe : les g&#233;ants de la Tech num&#233;rique sont bel et bien des incarnations de la globalisation la plus aboutie, et ils ont pourtant, avec une belle quasi-unanimit&#233;, &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; soutenir de plus en plus significativement les nationalismes-populismes qui font leur fonds de commerce du refus de la mondialisation. Comme on ne peut pas invoquer un manque de coh&#233;rence, il faut donc bien chercher une rationalit&#233; cach&#233;e, que je sugg&#232;re de trouver dans le basculement de l'internationalisme &#224; la globalisation &#233;conomique, globalisation qui ne laisse pas face &#224; face des acteurs &#233;tatiques institu&#233;s, avec chacun leurs &#233;ventuels champions &#233;conomiques nationaux, mais des acteurs globaux qui ne sont plus descriptibles et appr&#233;hendables avec des logiques nationales classiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#233;conomie globalis&#233;e doit &#234;tre dissoci&#233;e de l'&#233;conomie multinationale : cette derni&#232;re ne se con&#231;oit, en effet, jusque dans ses versions ultralib&#233;rales (avant donc leurs mutations libertariennes) qu'&#224; travers une r&#233;gulation internationale minimale, qui suppose donc un multilat&#233;ralisme politique et une r&#233;gulation optimis&#233;e entre des &#201;tats qui se reconnaissent un minimum de l&#233;gitimit&#233; r&#233;ciproque. Or, de fait, l'&#233;conomie globalis&#233;e cherche aujourd'hui &#224; d&#233;noncer le principe m&#234;me de la r&#233;gulation internationale, en particulier parce que les &#201;tats ne sont plus les acteurs qu'ils ont &#233;t&#233; : pour les acteurs globalis&#233;s, dont les &lt;i&gt;big tech&lt;/i&gt; num&#233;riques sont des incarnations paradigmatiques, ce sont l'ensemble des r&#233;glementations nationales qui deviennent des freins &#224; leurs logiques de puissance d&#233;territorialis&#233;es. Le refus du multilat&#233;ralisme &#233;tatique se conjugue d&#233;sormais avec le refus de la r&#233;gulation &#233;conomique revendiqu&#233; par les acteurs globaux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#233;conomie internationalis&#233;e se jouait &#171; positivement &#187; des diff&#233;rences nationales, d&#233;sormais, avec l'&#233;conomie globalis&#233;e et ses produits standardis&#233;s au niveau mondial, les diff&#233;rences nationales n'ont plus de justification et de pertinence : ce ne sont plus les firmes multinationales qui devraient s'adapter aux divers contextes nationaux, ce sont au contraire les diverses entit&#233;s nationales qui sont somm&#233;es de s'adapter &#224; la logique des acteurs &#233;conomiques globaux. Le d&#233;mant&#232;lement des logiques multinationales aujourd'hui promu par les populistes et les firmes globales n'est cependant une option douteuse que pour les USA, qui conjuguent puissance militaire et financi&#232;re avec une g&#233;olocalisation technologique des grands acteurs globaux : le trumpisme est le liant de cette sauce indigeste pour le reste du monde. Ces acteurs globaux ont en effet besoin d'un relais politique pour acc&#233;l&#233;rer le d&#233;mant&#232;lement des anciennes (timides) r&#233;gulations, tant internationales qu'intra-nationales : rien d'&#233;tonnant, dans un tel contexte, &#224; ce que le (timide) projet de coordination europ&#233;enne repr&#233;sente une forme d'antith&#232;se absolue, tout comme les (timides) tentatives de contr&#244;le du d&#233;rapage climatique et &#233;cologique. Le d&#233;ni climatique et &#233;cologique est consubstantiel au populisme, car assis sur le refus des contraintes et des enjeux de la socialisation interhumaine, qui ne peuvent s'appr&#233;cier que dynamiquement et non pas statiquement, le refus de l'universalisme organisationnel interne ne peut qu'entra&#238;ner et/ou supposer le refus de l'universalisme pratique externe.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-108-3e116.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ce qui explique une grande partie de la situation pr&#233;sente, c'est le d&#233;couplage de plus en plus marqu&#233; entre les conditions pratiques d'existence de la vie quotidienne, telles qu'elles sont contradictoirement v&#233;cues, et l'ignorance de leurs conditions sociales de production, d&#233;sormais &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, donc hors de port&#233;e de l'exp&#233;rience concr&#232;te. Ce d&#233;couplage, de plus en plus abyssal, rel&#232;ve directement du d&#233;couplage entre la sph&#232;re &#233;tatique et la sph&#232;re globalis&#233;e, quand la dynamique sp&#233;cifique du XXe si&#232;cle ambitionnait au contraire une r&#233;gulation croissante, une forme croissante d'int&#233;gration. S'en suivent une d&#233;r&#233;alisation sym&#233;trique de la conception h&#233;rit&#233;e de l'universalisme classique, tout comme des r&#233;f&#233;rentiels d&#233;mocratiques qui y sont adoss&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La crise soci&#233;tale majeure qui nous enserre et nous &#233;trangle s'origine, de fa&#231;on tout &#224; fait nouvelle, dans les contradictions entre les sph&#232;res &#233;tatiques et les sph&#232;res globalis&#233;es, avec cette particularit&#233; qu'elles fracturent transversalement tous les r&#233;f&#233;rentiels h&#233;rit&#233;s. Il faut rappeler que, classiquement, il y avait historiquement congruence entre logique &#233;tatique et logique universelle, chaque &#201;tat s'enorgueillissant d'en &#234;tre l'expression par excellence (et ce ne sont pas les Fran&#231;ais qui vont pr&#233;tendre le contraire&#8230;). Ce temps est d&#233;sormais r&#233;volu, la crise ouvre une nouvelle exigence de red&#233;finition des universaux, dont les logiques algorithmiques s'&#233;vertuent en creux &#224; occuper l'espace et &#224; en nier l'urgence, et donc une refondation de leurs conditions paradigmatiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les populismes &#224; la Trump sont de fait des n&#233;gations pratiques du principe de possibilit&#233; d'un universalisme au profit d'une hi&#233;rarchisation brute de la puissance, quand, en parall&#232;le, les technophiles de la Tech ne con&#231;oivent leur puissance que dans un univers d&#233;mat&#233;rialis&#233; et d&#233;shistoricis&#233; o&#249; toutes les cultures h&#233;rit&#233;es ne sont plus que des chicanes administratives &#224; aplanir. Ce qui montre bien qu'il est advenu une symbiose entre le trumpisme et le monde num&#233;rique algorithmique, sur la base d'un rejet assum&#233; du lib&#233;ralisme historique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La d&#233;mocratie moderne (repr&#233;sentative) a accompagn&#233; comme une s&#339;ur jumelle le d&#233;veloppement du capitalisme lib&#233;ral, certes avec d'&#233;normes vicissitudes et contradictions, aussi longtemps que la sph&#232;re productive &#233;tait peu ou prou congruente avec la sph&#232;re politique, quand bien m&#234;me la gestion de cette sph&#232;re &#233;chappait &#224; l'ordre politique pour cause d'attribution &#224; une pr&#233;tendue &#171; sph&#232;re priv&#233;e &#187;. Durant toutes ces d&#233;cennies, les luttes politiques consistaient &#224; faire bouger les lignes entre, pr&#233;cis&#233;ment, sph&#232;res publiques et sph&#232;res priv&#233;es, ce qui s'est finalement traduit par la cr&#233;ation d'un &#201;tat social, d'un &#201;tat dit providence, jusqu'&#224; son contournement par les dynamiques de d&#233;localisations massives des industries productives au cours de la fin du XXe si&#232;cle, &#224; travers le d&#233;ploiement des id&#233;ologies n&#233;olib&#233;rales d'ouverture maximales des march&#233;s au nom de la libre circulation des marchandises et des capitaux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cette dynamique n&#233;olib&#233;rale, qui a manifestement &#233;chou&#233;, aura du moins produit des cons&#233;quences g&#233;n&#233;ralement impr&#233;vues, en particulier une d&#233;structuration sociale et soci&#233;tale majeure, actant une scission interne des diverses entit&#233;s &#233;tatiques entre les agents impliqu&#233;s &#224; des degr&#233;s divers dans la globalisation et les laiss&#233;s-pour-compte de cette m&#234;me globalisation. C'est cette situation que les populismes contemporains cherchent &#224; nier magiquement, en particulier en revendiquant une relocalisation des industries productives exportatrices, incapables qu'ils sont de voir que le probl&#232;me vient du principe m&#234;me de la libre circulation des marchandises, et pas du lieu central de leur exportation. Car, ne nous y trompons pas, lorsqu'ils revendiquent ces relocalisations, c'est essentiellement pour inverser les flux entre importations et exportations. Ce faisant, le statut de ces entreprises globalis&#233;es ne changerait pas fondamentalement, et les laiss&#233;s-pour-compte de la globalisation resteraient pour l'essentiel les m&#234;mes, ces relocalisations ne devenant g&#233;n&#233;ralement possibles qu'&#224; travers leur robotisation acc&#233;l&#233;r&#233;e dop&#233;e &#224; l'IA, qui gomme plus ou moins largement le param&#232;tre des co&#251;ts salariaux caract&#233;ristique de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le point commun de toutes les dynamiques populistes contemporaines est ainsi de nier l'&#233;chelon d&#233;sormais plan&#233;taire des crises multiformes qui nous assaillent, qu'il s'agisse des probl&#232;mes climatiques et &#233;cologiques, mais &#233;galement des probl&#233;matiques &#233;conomiques issues de la globalisation capitaliste : il s'agit &#224; chaque fois de nier la perte de pertinence de l'&#233;chelon &#233;tatique au regard des enjeux d&#233;sormais globaux, dont aucune solution ne peut plus &#234;tre dict&#233;e par un &#201;tat particulier &#224; l'encontre de tous les autres, selon les anciens crit&#232;res de puissance. Cette situation explique en partie au moins le fait que les &#201;tats les plus puissants et les plus impliqu&#233;s dans la globalisation &#8211; les &#201;tats-Unis et la Chine en particulier &#8211; se livrent &#224; une course &#224; la surpuissance en esp&#233;rant que leur taille et leur puissance relative leur permettent de r&#233;duire, illusoirement, l'&#233;cart entre le niveau global et leur niveau sp&#233;cifique, et esp&#233;rer ainsi un ascendant sur le reste du monde au nom d'un postulat biais&#233; selon lequel la puissance dominante incarnerait &#171; n&#233;cessairement &#187; les enjeux globaux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce qui a chang&#233; depuis les anciennes logiques de puissance imp&#233;riale, c'est qu'alors il s'agissait de v&#233;ritablement devenir une puissance incontournable en mesure de dicter ses conditions de vassalisation quand aujourd'hui il s'agit, pour elles, de s'exon&#233;rer des contraintes globales qui les d&#233;passent &#233;galement, voire d'externaliser leurs cons&#233;quences n&#233;gatives sur (tous) les autres. Une telle politique est par essence incompatible avec les logiques de r&#233;gulation (limit&#233;e) qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es durant le XXe si&#232;cle. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Placer la question &#233;cologique et climatique au centre des enjeux existentiels de l'humanit&#233;, c'est n&#233;cessairement acter la non-pertinence de l'&#233;chelon &#233;tatique, qui ne peut donc relever de la solution mais seulement incarner le probl&#232;me. Ce qui, tr&#232;s probablement, donne une partie de l'explication au renforcement policier et militaire des &#201;tats : la simultan&#233;it&#233; de ces d&#233;veloppements ne peut pas avoir d'explications locales, mais implique presque n&#233;cessairement une explication globale sous la forme de contraintes et d'enjeux qui s'appliquent en m&#234;me temps &#224; tous les &#201;tats concern&#233;s, qui, certes, peuvent ensuite en faire des d&#233;clinaisons plus singuli&#232;res. D&#233;noncer le renforcement policier des &#201;tats, la mont&#233;e significatives des populismes nationalistes, chaque fois et syst&#233;matiquement au nom et &#224; partir de cadres nationaux particuliers, me semble vou&#233; &#224; l'&#233;chec : c'est se focaliser sur le doigt du sage qui montre la lune&#8230;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut bien comprendre que le capitalisme contemporain n'est pas, n'est plus (s'il l'a jamais &#233;t&#233; !), r&#233;ductible &#224; la somme des capitalismes nationaux : il est largement devenu hors de contr&#244;le des entit&#233;s &#233;tatiques, quand bien m&#234;mes celles-ci ne sont pas &#233;gales pour en limiter &#224; la marge, avec des performances variables, les abus. Ce qui se passe par exemple avec les mastodontes am&#233;ricains ou chinois de la Tech num&#233;rique le montre avec &#233;clat : les logiques de d&#233;r&#233;gulation libertarienne n'auraient aucun sens si les entreprises globalis&#233;es n'avaient pas acquis, ces derni&#232;res d&#233;cennies, une autonomie significative &#224; l'&#233;gard des logiques &#233;tatiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il me semble, m&#234;me si cela pose d'incommensurables probl&#232;mes pratiques, que la critique du capitalisme contemporain ne peut plus se faire sur des bases nationales et qu'il faille absolument essayer de partir d'une position de surplomb &#224; l'&#233;gard des &#201;tats : cette position int&#232;gre n&#233;cessairement le caract&#232;re globalis&#233; des enjeux climatiques et &#233;cologiques, le caract&#232;re globalis&#233; de l'&#233;conomie capitaliste. Que chacun combatte les probl&#233;matiques sociales et soci&#233;tales dans son petit &#201;tat particulier ne m&#232;ne visiblement nulle part, comme l'atteste l'effondrement des gauches en sym&#233;trie d'un renforcement des illusions nationalistes et x&#233;nophobes. Les r&#233;sultats obtenus par la logique des solutions locales aux probl&#232;mes globaux sont sujet &#224; caution, m&#234;me si on ne peut pas non plus ne pas consid&#233;rer que ce soit mieux que rien, ne serait-ce que pour le moral et la sociabilit&#233; : mais cela ne sera jamais suffisant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si le capitalisme se caract&#233;rise (entre autres avec la libre circulation des capitaux) par la libre circulation des marchandises, la critique du capitalisme suppose &#233;galement la critique et la remise en question de cette libert&#233; de circulation des marchandises. Une des conditions de possibilit&#233; de leur circulation est leur production centralis&#233;e, id&#233;alement en un point unique sur la plan&#232;te, pour cause d'optimisation des co&#251;ts et de rationalisation des mod&#232;les (comme tendance de fond d'une dynamique de centralisation et de monopolisation). Le probl&#232;me des gauches est qu'elles ne contestent pas v&#233;ritablement ce mod&#232;le arch&#233;typal, se contentant de promouvoir une &#171; socialisation &#187; des moyens de production pour un &#171; meilleur partage des richesses &#187;, sauf que cette revendication &#233;tait parlante lorsque les productions &#233;taient, pour l'essentiel, locales (nationales) &#224; destination locale (nationale). Cela ne fonctionne visiblement plus dans le contexte d'une &#233;conomie globalis&#233;e, dont le d&#233;veloppement aura &#233;t&#233; parall&#232;le &#224; l'effondrement des gauches populaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On peut retenir que, depuis le tournant du si&#232;cle, une certaine tendance &#224; vouloir relocaliser les entreprises productives revient &#224; l'ordre du jour, mais ce n'est jamais au nom de la critique de cette libre circulation des marchandises, seulement pour en r&#233;guler autrement les flux globaux et tenter, pour les acteurs &#233;tatiques, d'en capter une part financi&#232;re moins anecdotique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Parler de critique de la circulation des marchandises signifie bien autre chose ; c'est refuser, par principe, leur circulation et donc refuser une production avec une logique d'exportation en dehors d'une sph&#232;re (optimale &#224; d&#233;finir) de consommation localis&#233;e. Mais refuser cette circulation des marchandises implique deux contraintes : la premi&#232;re, c'est la libre reproductibilit&#233; des moyens de production ainsi que leur calibrage et leur adaptation &#224; des sph&#232;res g&#233;ographiques de production optimis&#233;es et circonscrites ; la seconde, c'est un libre acc&#232;s &#224; ces moyens et aux comp&#233;tences techniques &#233;ventuellement indispensables. Il va de soi que ces moyens ne peuvent relever que d'une gestion collective de leurs usagers comme de leurs b&#233;n&#233;ficiaires. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si le principe g&#233;n&#233;ral ici pos&#233; est relativement simple dans sa formulation, son application l'est infiniment moins. D'une part, parce que tous les intrants des &#171; biens d'usage &#187; ne sont pas universellement disponibles partout. D'autre part, parce que, en fonction des dispositifs techniques sp&#233;cialis&#233;s concern&#233;s, tous les moyens n&#233;cessaires ne sont pas g&#233;n&#233;ralisables g&#233;ographiquement &#224; n'importe quelle &#233;chelle : s'il est pertinent de pr&#233;voir une boulangerie pour un quartier urbain, le probl&#232;me n'est pas le m&#234;me pour un haut-fourneau. Des al&#233;as locaux, en particulier climatiques ou &#233;pid&#233;miques, catastrophe g&#233;ologique ou autre, peuvent par ailleurs n&#233;cessiter des transferts d'urgences d'une r&#233;gion &#224; une autre, proche ou lointaine, &#224; plus ou moins longue &#233;ch&#233;ance et dur&#233;e. Tous ces &#233;l&#233;ments demandent des degr&#233;s variables de coop&#233;ration et d'&#233;changes. La d&#233;fense du principe de l'acc&#232;s universel aux moyens me semble &#234;tre la condition de la coop&#233;ration volontaire, et donc non subie. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-108-3e116.jpg?1777798381' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute r&#233;alit&#233; historique rel&#232;ve n&#233;cessairement d'une contradiction irr&#233;ductible entre logiques de continuit&#233; et logiques de rupture : on reconna&#238;t les logiques de pouvoir dans leur n&#233;cessaire parti-pris en faveur des logiques de continuit&#233;, ce qui suppose des jeux complexes et contorsionnistes variables pour rendre compte des ph&#233;nom&#232;nes &#233;mergents de rupture, qui sont fondamentalement ni&#233;s, car logiques de continuit&#233; et logiques de rupture ont des bases paradigmatiques qui ne se recouvrent que tr&#232;s mal. Il faut rappeler que le fondement historique des &#201;tats est de garantir la double coh&#233;rence et stabilit&#233; du monde, que ce soit dans sa dimension cosmique comme dans sa dimension sociale, l'une &#233;tant, sur le plan historique long, le miroir de l'autre. On peut alors consid&#233;rer que la guerre aura &#233;t&#233; le moyen par excellence de r&#233;soudre cette contradiction originelle entre dynamiques de continuit&#233; et dynamiques entropiques de rupture. Ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle se caract&#233;rise ainsi par un niveau in&#233;gal&#233; de forces de rupture, la r&#233;alit&#233; v&#233;cue n'ayant sans doute encore jamais &#233;t&#233; remise en question avec une telle intensit&#233; dans ses modalit&#233;s pratiques comme id&#233;elles alors que les coh&#233;rences soci&#233;tales, institu&#233;es autour des logiques d'&#201;tat, s'enfoncent dans des logiques de n&#233;gation r&#233;actionnaire du gouffre b&#233;ant qui d&#233;l&#233;gitime, comme rarement auparavant, les r&#233;f&#233;rentiels de stabilit&#233; ant&#233;rieurement d&#233;finis. Le premier carburant de la guerre est le refus de la prise en compte de la transformation d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e de la r&#233;alit&#233; au nom d'une r&#233;alit&#233; mythifi&#233;e dans une tentative de r&#233;affirmation magico-religieuse des continuit&#233;s fondatrices face &#224; des dynamiques largement incomprises et non ma&#238;tris&#233;es. Encore faut-il pr&#233;ciser, contrairement &#224; ce que l'on a pu penser dans le contexte des logiques progressistes, que ces dynamiques de rupture ne sont pas des pr&#233;figurations d'une r&#233;alit&#233; future qu'il suffirait de laisser &#233;merger, qu'elles seraient par essence &#171; positives &#187; : ces dynamiques ne sont que l'expression d'une impossibilit&#233; de continuer comme avant, ne pr&#233;sageant en rien d'une positivit&#233; &#224; construire, imaginer, inventer, non &#224; partir d'une table rase, mais sur une base h&#233;rit&#233;e, comme fondement d'un nouveau p&#244;le de stabilit&#233;, comme fondement d'une nouvelle &#171; originellit&#233; &#187; historique mais pourtant n&#233;cessairement provisoire, car devant refuser d&#233;sormais tout r&#233;f&#233;rentiel con&#231;u comme absolu et intemporel. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plus les contradictions entre forces centrifuges et centrip&#232;tes, forces de continuit&#233; et forces de rupture, s'accroissent, s'amplifient, se densifient, plus celles-ci se traduisent sous des formes violentes : la violence ne mesure cependant pas l'amplification de la domination, mais est directement fonction de la perte d'emprise des cadres institu&#233;s sur leur r&#233;alit&#233; pour tenter de la sauvegarder, serait-ce envers et contre tout. La violence, certes, paralyse, d&#233;mobilise, brutalise, incarc&#232;re, torture, viole, tue, massacre les oppositions et les opposants ; il n'emp&#234;che, la violence institu&#233;e doit &#234;tre mise en relation avec une perte d'emprise sur la transformation de la r&#233;alit&#233;, et pas sur un renforcement de cette emprise : plus cette perte d'emprise s'amplifiera, plus la violence institutionnelle s'acc&#233;l&#233;rera et s'intensifiera, comme le d&#233;montrent jour apr&#232;s jour les diverses variantes des &#171; Make nation X great again &#187;, le mot important &#233;tant bien entendu &#171; again &#187;, comme expression d'une d&#233;possession r&#233;alis&#233;e. Comment ne pas penser ici &#224; l'Iran, &#224; la Palestine, sans oublier tant d'autres situations dramatiquement et tragiquement honteuses... &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est cette d&#233;possession de la ma&#238;trise de la r&#233;alit&#233; par le c&#339;ur institu&#233; de la soci&#233;t&#233; qui doit devenir le c&#339;ur de la contestation, l'expression des ruptures actives sous-jacentes qui rendent ill&#233;gitimes les revendications de continuit&#233;, de permanence, de puissance de tous les pouvoirs &#233;tablis. Penser la possibilit&#233;, la d&#233;sirabilit&#233;, d'une r&#233;volution, c'est essayer de sortir des approches soci&#233;tales et historiques qui placent les processus continus et cumulatifs au c&#339;ur des dynamiques de transformation de la r&#233;alit&#233;. Si un point de bascule, de bifurcation, doit se trouver, ce ne sera jamais (uniquement) parce que la contradiction entre les riches et les pauvres aura atteint un plafond, ce ne sera jamais (uniquement) parce que les domin&#233;s auraient touch&#233; un fond de la r&#233;signation, etc. Tout point de bifurcation suppose l'irruption d'une originalit&#233; historique qui emp&#234;che de consid&#233;rer le pr&#233;sent comme la continuation essentielle du pass&#233;. L'irr&#233;versibilit&#233; de l'histoire doit &#234;tre comprise comme une des cl&#233;s de lecture du r&#233;el. Et ce point existe : c'est le ph&#233;nom&#232;ne qui a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; comme anthropoc&#232;ne-capitaloc&#232;ne, et qui s'exprime comme un changement structurel et qualitatif &#8211; au sens de rupture, de basculement, de bifurcation dans un processus d'abord quantitatif qui mute substantiellement &#8211; de la mondialisation, qui vide de leur substance et de leur coh&#233;rence les anciennes dynamiques nationales-&#233;tatiques, dont le pseudo-retour des empires est une manifestation id&#233;ologique qui vise fallacieusement &#224; banaliser le pass&#233; et le d&#233;j&#224;-connu. Il y a certes des apparences de continuit&#233;, d&#233;clin&#233;es &#224; l'envi sur toutes les sc&#232;nes m&#233;diatiques (&lt;i&gt;cf.&lt;/i&gt; toutes les d&#233;clinaisons des multiples formes de &#171; retours &#187; &#8211; des empires, des colonies, des nations, des chefs, des religions, des fascismes, des traditions, etc. &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;). Derri&#232;res tous ces &#171; retours &#187;, il s'agit de pointer des tentatives actives, formelles et informelles, de n&#233;gation des ruptures et des bifurcations qui emp&#234;chent la continuation effective des mondes d'avant. Mais il faut le r&#233;p&#233;ter encore et encore : constater l'impossibilit&#233; de la continuation de ces mondes d'avant n'implique strictement rien sur l'&#233;mergence de mondes alternatifs, et surtout pas une quelconque n&#233;cessit&#233; pr&#233;d&#233;finie qu'il suffirait d'identifier et de reconna&#238;tre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Articuler les violences &#233;tatiques n&#233;o-imp&#233;riales contemporaines &#224; des logiques de domination capitaliste, c'est &#224; mon sens passer &#224; c&#244;t&#233; de plusieurs points fondamentaux. La logique de la mondialisation n'est pas r&#233;ductible &#224; des logiques &#233;tatiques, bien au contraire, car elles sont en concurrence directes et seulement marginalement compl&#233;mentaires : cette contradiction entre niveaux nationaux et niveaux globaux n'a d'ailleurs fait que se d&#233;velopper jusqu'&#224; devenir incontournable dans la compr&#233;hension du moment pr&#233;sent. Ce qui explique, au moins partiellement, les violences &#233;tatiques contemporaines, ce n'est pas un stade sup&#233;rieur atteint par l'organisation &#233;tatique, mais sa perte de substance face &#224; des dynamiques qui le d&#233;passent. La pseudo-r&#233;activation des logiques imp&#233;riales que l'on essaye de nous vendre est l'indice d'une perte de coh&#233;rence historique de la forme &#201;tat-nation port&#233; par la modernit&#233; r&#233;activant une forme appauvrie et pr&#233;-lib&#233;rale de la puissance : ce n'est pas pour rien que les r&#233;f&#233;rences historiques des Trump, Poutine, Xi, Modi, Erdogan, Netanyahu et consorts font toutes l'impasse sur le XXe si&#232;cle... &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous assistons &#224; une remise en question sans pr&#233;c&#233;dent de l'&#201;tat lib&#233;ral historique : mais ce ne sont pas les forces n&#233;o-r&#233;actionnaires contemporaines, dont on ne soulignera jamais assez la dynamique plan&#233;taire et globale qui les porte et qui interdit &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; les tentatives d'explication sur des bases nationales, qui en sont &#224; l'origine (quand bien m&#234;me elles peuvent, par effet rebond, en renforcer la dynamique). Ces forces n&#233;o-r&#233;actionnaires sont la cons&#233;quence d'une dynamique de d&#233;vitalisation de l'&#201;tat-nation lib&#233;ral. La cl&#233; de compr&#233;hension de la situation pr&#233;sente r&#233;side dans le divorce de plus en plus profond entre les pratiques effectives qui transforment le monde et sa r&#233;alit&#233; et les coh&#233;rences intellectuelles h&#233;rit&#233;es qui sont cens&#233;es en rendre compte. D'ailleurs, lorsque l'on signale que ce ne sont plus seulement aujourd'hui les rapports de force brute qui importent au final, on ne dit pas autre chose, on ne fait que constater l'&#233;chec des rationalit&#233;s historiques h&#233;rit&#233;es &#224; rendre compte du r&#233;el. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De la m&#234;me mani&#232;re, lorsque l'on d&#233;plore avec force larmes de crocodile la d&#233;mon&#233;tisation du droit international, sous l'effet suppos&#233; de la gangst&#233;risation de l'&#233;conomie et des logiques de puissance, il faudrait plut&#244;t chercher &#224; lire cette situation comme le r&#233;sultat du fait qu'il ne peut plus y avoir de droit international quand son fondement, &#224; savoir les &#201;tats-nations, est en pleine d&#233;liquescence, d&#233;liquescence qui laisse le champ libre &#224; la prolif&#233;ration des logiques mafieuses et libertariennes qui infusent dans les interstices et les zones grises juridiques et extra-juridiques encadrant les diverses l&#233;galit&#233;s nationales (et ce, quand bien m&#234;me on continue &#224; vouloir nous faire croire que le probl&#232;me ne rel&#232;verait que des mauvais acteurs qui tenteraient &#8211; pour de mesquins et hypocrites int&#233;r&#234;ts particuliers &#8211; de s'abstraire d'un droit international positivement d&#233;fini et pertinent). L'effondrement du droit international n'est pas le r&#233;sultat de tentatives de s'&#233;manciper des anciennes r&#233;f&#233;rences universalistes, mais de la prise en compte de l'inad&#233;quation de ces fondements universalistes &#224; rester en phase avec la transformation effective du monde : l'universalisme issu du r&#233;f&#233;rentiel westphalien ne peut survivre &#224; la disqualification des r&#233;f&#233;rentiels &#233;tatiques dont il d&#233;pendait. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt; proclamait que les ouvriers n'ont pas de patrie. La r&#233;alit&#233; a dramatiquement d&#233;menti ce beau postulat : le paradoxe actuel serait plut&#244;t que les ouvriers (au moins une partie d'entre eux) se lamentent de ne plus avoir de patrie, par d&#233;liquescence en cours des patries elles-m&#234;mes, ce qui explique la mont&#233;e des populismes, la crise des repr&#233;sentations politiques classiques et les n&#233;o-imp&#233;rialismes trumpiste ou poutinien en tant qu'incantations magiques pour conjurer les forces de leur d&#233;ch&#233;ance et leur d&#233;cadence dans des promesses apocalyptiques des plus s&#233;rieuses. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les forces dominantes qui cadencent la r&#233;alit&#233; globale sont d&#233;sormais toutes d'&#233;chelle plan&#233;taire, qu'il s'agisse des contraintes &#233;cologiques et climatiques, des strat&#233;gies globales des acteurs &#233;conomiques mondialis&#233;s, des ressources environnementales, aquif&#232;res, min&#233;rales, agricoles, &#233;nerg&#233;tiques, etc. Et pourtant, avec une redoutable unanimit&#233;, les r&#233;f&#233;rentiels id&#233;ologiques qui s'expriment encore dans les diff&#233;rents espaces &#233;tatiques mettent tous la t&#234;te dans leurs sables nationaux : c'est &#224; qui chaussera d&#233;sormais les &#339;ill&#232;res nationalistes les plus clinquantes pour proposer des solutions nationales aux grands enjeux globaux quand il s'agit de red&#233;finir les enjeux globaux eux-m&#234;mes, de les prendre &#224; bras le corps sans passer par les niveaux locaux en premi&#232;re instance. Le temps de l'adaptation passive &#224; des d&#233;fis consid&#233;r&#233;s comme &#171; externes &#187; est r&#233;volu : ils sont bien devenus des contraintes sociales &#171; internes &#187;. Le probl&#232;me est que nos soci&#233;t&#233;s sont historiquement format&#233;es pour traiter tous les probl&#232;mes envisageables sur des bases nationales, et au mieux dans le cadre de coop&#233;ration inter&#233;tatiques : or c'est bien ce niveau &#233;tatique qui est devenu le probl&#232;me, tant conceptuellement que pratiquement. Cela ne veut bien entendu pas dire que le capitalisme globalis&#233; qui tend &#224; s'abstraire des contraintes nationales puisse &#234;tre une quelconque solution ; il n'est et ne reste en effet qu'une forme parasitaire des logiques &#233;tatiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;LOUIS&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Colmar, 13 janvier 2026&lt;br/&gt;
[Texte repris du blog &#171; En finir avec ce monde &#187; &lt;/i&gt;] &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2775 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill_de_fin-996a0.jpg?1777798381' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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