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	<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>La loi du feu</title>
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&lt;p&gt;&#171; Je pr&#233;f&#232;re la d&#233;faite, qui conna&#238;t la beaut&#233; des fleurs, &#224; la victoire au milieu du d&#233;sert, r&#233;duite &#224; la c&#233;cit&#233; de l'&#226;me, seule avec sa nullit&#233; s&#233;par&#233;e. &#187; Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillit&#233; J'ai vu les couleurs de la fin du monde. C'&#233;tait aussi beau que dans un film. Je partais &#224; pied sauver ce qui pouvait l'&#234;tre de notre bout de terrain situ&#233; &#224; quelques bornes de Perpigang. Sur la dizaine de fruitiers plant&#233;s il y a sept ans (cerisier, abricotier, p&#234;cher, prunier), deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2858 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__tete-23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__tete-23.jpg?1784896578' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#171; Je pr&#233;f&#232;re la d&#233;faite, qui conna&#238;t la beaut&#233; des fleurs,&lt;br/&gt;
&#224; la victoire au milieu du d&#233;sert, r&#233;duite &#224; la c&#233;cit&#233; de l'&#226;me, &lt;br class='autobr' /&gt;
seule avec sa nullit&#233; s&#233;par&#233;e. &#187;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Fernando Pessoa&lt;/strong&gt;,&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Le Livre de l'intranquillit&#233;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2859 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/in_situ_3_la_loi_du_feu_navarro_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 351.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu les couleurs de la fin du monde. C'&#233;tait aussi beau que dans un film. Je partais &#224; pied sauver ce qui pouvait l'&#234;tre de notre bout de terrain situ&#233; &#224; quelques bornes de Perpigang. Sur la dizaine de fruitiers plant&#233;s il y a sept ans (cerisier, abricotier, p&#234;cher, prunier), deux survivent encore : un olivier et un abricotier. Tout le reste : crev&#233;. Canicule, s&#232;cheresse, temp&#234;te, gel tardif, gr&#234;le, parasites, la liste des calamit&#233;s est aussi longue qu'une soir&#233;e &#233;lectorale. Plus que jamais l'agriculture est un sport de combat, &#233;prouvant, harassant, aussi perdu d'avance que l'humanit&#233; le cul d&#233;sormais &#224; l'&#233;tuve. C'est l'histoire d'une grenouille plong&#233;e dans une casserole d'eau froide. Petit &#224; petit, on chauffe l'eau qui devient ti&#232;de, puis chaude et enfin bouillante. La grenouille n'a rien vu venir, au d&#233;but le regain de chaud &#233;tait m&#234;me agr&#233;able. Puis ses membres sont devenus gourds, son cerveau a molli, sa pens&#233;e s'est rencogn&#233;e avant la perte de conscience. Agit&#233; par le bouillonnement de l'eau, le corps du batracien, ventre &#224; l'air, semble imiter la vie. Illusion de pacotille.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'image de la grenouille cuite dit tout de nous. &#192; cela pr&#232;s qu'une grenouille suffisamment alerte aurait pu sauter hors de la casserole. Nous autres, humains lucides, n'avons nulle part o&#249; fuir. Pas de plan&#232;te B. La Terre est nos fronti&#232;res &#8211; &#224; part pour la secte des muskophiles et leur d&#233;lire martien. Mais les muskophiles ne sont d&#233;j&#224; plus des humains, ils visent l'apr&#232;s, la symbiose avec la machine, leur cerveau t&#233;l&#233;charg&#233; sur un &lt;i&gt;cloud&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;cloud&lt;/i&gt; en orbite interstellaire. Bye-bye les chtarb&#233;s, vous nous manquerez pas ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous, terriens attach&#233;s &#224; nos peaux de peu, sommes plus prosa&#239;ques. Notre condition a beau &#234;tre des plus pr&#233;caire, on n'a qu'elle, alors on la d&#233;fend. On p&#233;titionne, on manifeste, on grimpe dans des arbres pour prot&#233;ger des bouts de vert de l'artificialisation ; on se fait shooter par les flics et des juges nous encagent parce que la France ne conna&#238;t qu'une loi : quand le b&#226;timent va, tout va. Dans ces Pyr&#233;n&#233;es-Orientales o&#249; je cr&#232;che depuis trop longtemps, la b&#233;tonite est un art majeur. Terres cultivables, garrigue, bois, tout doit dispara&#238;tre. Alors on cimente, on goudronne, on coule des dalles, on monte les parpaings &#8211; les lotissements fleurissent comme des bubons sur un pesteux, clapiers &#224; pauvres, r&#233;sidences &#224; bourges, tout le monde s'y retrouve, m&#234;me les enchrist&#233;s de la future taule pr&#233;vue au nord de la ville. Le b&#233;ton, y'a pas &#224; dire, est le motif le plus inclusif du moment. Qu'attendent les quiches postmodernes pour nous pondre un collectif &#171; Non &#224; la b&#233;tonophobie &#187; ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le d&#233;sespoir rend excessif et amer, je m'en excuse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Reprenons. Dimanche 5 juillet, 18h00, je pars mettre un coup de flotte &#224; quelques arbres et arbustes avant le troisi&#232;me raid caniculaire. Chemin de la Sagne, l'air sent le cram&#233;. &#171; Sagne &#187;, semble-t-il, renvoie &#224; un vieux mot roussillonnais signifiant &#171; mar&#233;cage &#187;. Aujourd'hui, la zone humide &#8211; &#224; part les yeux pour chialer &#8211; on oublie. La Sagne est s&#232;che et fig&#233;e &#8211; un ossuaire. Plein ouest, la dorsale du Canigou est masqu&#233;e par un &#233;norme panache gris-ros&#233;-orang&#233;. Les voici les couleurs de la fin du monde. Un chromatisme &#233;trange et hypnotique, l'impression d'&#234;tre un figurant dans un blockbuster hollywoodien. Mais on n'est pas &#224; Hollywood, on est dans le Roussillon et &#224; quelques bornes de l&#224; &#231;a crame depuis hier soir. Parti de Tarerach, le grand incendie va ravager 5 000 hectares du c&#244;t&#233; du bas Fenouill&#232;des, du Rib&#233;ral et des Aspres. Soit, rive gauche de la T&#234;t, la zone comprise entre les villages de Tr&#233;villach et Montalba-le-Ch&#226;teau et rive droite : Vin&#231;a, Bouletern&#232;re et Ille-sur-T&#234;t. La d&#233;partementale 66 est coup&#233;e, autant dire le d&#233;partement sabr&#233; en deux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec l'image, j'ai la bande-son : le chant assourdissant des cigales et le vrombissement a&#233;rien des avions Dash et des h&#233;licos. Les bombardiers d'eau z&#232;brent le ciel. Eux aussi sont hypnotiques, irr&#233;els presque. Leur mission est de contenir le feu, mais quand le feu est trop bal&#232;ze, l'eau largu&#233;e du ciel s'&#233;vapore avant de toucher les flammes. Je tiens l'info d'un pompier intervenu en premi&#232;re ligne contre &#171; l'Ogre des Corbi&#232;res &#187; &#8211; l'incendie ayant noirci 17 000 hectares dans le d&#233;partement voisin de l'Aude en ao&#251;t 2025. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Devant ce drame en temps r&#233;el, un spectre hante les commentateurs du d&#233;sastre : demain 6 juillet, l'arriv&#233;e de la troisi&#232;me &#233;tape du tour de France est pr&#233;vue aux Angles, station de ski des P.-O. Sera-t-elle maintenue malgr&#233; le feu ? Le pr&#233;fet est en pleine r&#233;flexion et les fondus de bicyclette d&#233;noncent d&#233;j&#224; une double peine. Je compatis. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
J'ai des amis pi&#233;g&#233;s par la furie incendiaire &#224; qui j'envoie des messages. Soutien, courage, &lt;i&gt;abrazo&lt;/i&gt; et si besoin d'h&#233;bergement d'urgence on a des piaules. J'essaie de joindre Yohan. On s'est connu il y a plus de dix ans sur le march&#233; de Thuir. &#192; l'&#233;poque, il &#233;tait chevrier et son stand de fromages &#233;tait un vrai th&#233;&#226;tre d'agit-prop. On &#233;tait les anars du march&#233;, on alpaguait les clients et les forains, on se marrait. Yohan avait une sacr&#233;e gouaille, mitonn&#233;e dans le bordelais. Jumel&#233;e avec mon verbe du bassin de Thau, &#231;a faisait un beau combo. Apr&#232;s les biquettes et leurs fromages, l'ami s'&#233;tait reconverti un temps dans la poule, celle aux &#339;ufs qu'ils vendaient &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence. Dans la foul&#233;e, il &#233;tait devenu arboriculteur (des oliviers principalement) et chanvrier / producteur de CBD. Sa baraque et son verger sont au bas du village d'Ille-sur-T&#234;t, pas loin du fleuve, autant dire au c&#339;ur du brasier. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au t&#233;l&#233;phone, Yohan m'explique qu'ils sont confin&#233;s dans l'appart de sa compagne &#224; Bouletern&#232;re. Impossible de sortir. Le village est vide, la fum&#233;e envahissante. Yohan a soigneusement d&#233;broussaill&#233; son terrain, il esp&#232;re que son exploitation sera &#233;pargn&#233;e. En attendant, il faut attendre et la redondance &#233;puise les nerfs. L'ami n'est pas un frileux, l'incendie ne lui fait pas peur mais il m'avoue que &#171; &#231;a pue &#187;. Au propre comme au figur&#233;. Le feu a saut&#233; le fleuve. Pouss&#233; au dos par une tramontane chaude et s&#232;che, l'incendie a une &#233;tendue aride et escarp&#233;e devant lui avec au milieu des villages isol&#233;s : Joch, Casefabre, Caixas. Les pompiers ont un objectif : que le feu ne passe pas le col de Tern&#232;re au niveau du village de Rod&#232;s. Peine perdue, il passera. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
20h47, SMS de l'ami. Il a pu sortir de l'appart et voir le d&#233;sastre : &#171; J'ai tout perdu. Me reste mon bermuda, un tee-shirt, mes chaussures et mon camion&#8230; Je pleure&#8230; &#187; On a tenu le rond-point au temps des Gilets jaunes et j'ai du mal &#224; l'imaginer chialer. Et pourtant. Quelques minutes apr&#232;s, une vid&#233;o montre sa serre qui brule. Toutes les cultures sont mortes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une cagnotte a &#233;t&#233; ouverte ici : Paysan en d&#233;tresse incendie Pyr&#233;n&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un peu avant 23 heures, ils d&#233;barquent &#224; quatre &#224; la maison. Le couple et leurs minots, des rescap&#233;s. Le gar&#231;on chiale, l'adolescente chiale et moi j'essaie de me tenir. &#201;lo a les yeux &#233;tr&#233;cis par la fum&#233;e ou bien par l'effroi. Ils sentent le feu de chemin&#233;e et n'ont que leurs fringues sur eux. Ils tiennent &#224; quitter leurs chaussures avant de rentrer dans le salon et ce geste de civilit&#233;, d&#233;risoire par rapport &#224; la trag&#233;die du moment, me bouleverse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Leur visage porte le masque de la sid&#233;ration. Je pense &#224; la guerre, &#224; l'exode. Je pense &#224; la suite logique du chaos climatique : quand les terres deviennent soudain inhospitali&#232;res et incultivables, alors les gens fuient. C'est l&#224; une vieille loi des migrations humaines. Dix mille personnes ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es dans un bordel sans nom, quinze communes vid&#233;es de leur population. &#192; Bouletern&#232;re, apr&#232;s d'interminables palabres floues avec le pr&#233;fet, le maire est pass&#233; dans le village avec un porte-voix : &#171; &#201;vacuez ! &#187; Les gens se sont retrouv&#233;s dans la rue, hagards et apeur&#233;s. Le haut du village br&#251;lait, des brandons tombaient du ciel et enflammaient, au choix, un arbre, une voiture, une maison. C'&#233;tait un genre de punition divine, ce n'&#233;tait aussi que le d&#233;but de l'enfer car l'&#233;t&#233; &#8211; d&#233;sormais saison maudite &#224; part pour des estivants toujours pr&#234;ts &#224; se faire rosir la couenne dans le grand barbeuc roussillonnais &#8211; commen&#231;ait &#224; peine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Cygne noir&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le cygne noir statistique d&#233;signe un &#233;v&#233;nement impr&#233;visible aux cons&#233;quences consid&#233;rables. Quand il ne se fait pas traiter de &#171; connard &#187;, d' &#171; idiot &#224; chapeau &#187; ou de &#171; cowboy fou de la secte de l'apocalypse climatique &#187;, l'agro-climatologue Serge Zaka publie des analyses sur le chaos climatique : &#171; Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de s&#233;cheresses, de canicules et d'autres stress successifs, un cygne noir peut constituer le coup de gr&#226;ce : il acc&#233;l&#232;re brutalement la mortalit&#233; des for&#234;ts, provoque des d&#233;p&#233;rissements massifs, des ruptures en cascade dans les &#233;cosyst&#232;mes et peut faire franchir des points de bascule &#233;cologiques dont le retour en arri&#232;re devient extr&#234;mement difficile, voire impossible &#224; l'&#233;chelle humaine. &#187; Le 9 juillet, commentant une vue satellite de la France o&#249; le jaune paille domine, il note : &#171; Vue du ciel, la France appara&#238;t litt&#233;ralement br&#251;l&#233;e : prairies dess&#233;ch&#233;es, d&#233;foliation des for&#234;ts, cultures d'&#233;t&#233; en grande souffrance (ma&#239;s, soja, tournesol), et moissons d'hiver pr&#233;coces contribuent &#224; cette couleur. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faudrait rappeler cette &#233;vidence : avant d'&#234;tre des cr&#233;atures d&#233;construites, pr&#234;tes &#224; nous augmenter avec des artefacts connect&#233;s, nous sommes des mammif&#232;res. Nous naissons, mangeons, buvons, baisons, gambadons et crevons comme des rats musqu&#233;s. Pour assumer pleinement nos cycles de vie, il nous faut de la nourriture et de l'eau. En attendant les labos pr&#234;ts &#224; nous fourguer de la barbaque ou des laitues de synth&#232;se, nous restons d&#233;pendants des sols pour cr&#233;er cette nourriture qui est notre indispensable carburant. Si nos sols cr&#232;vent, nous crevons. Si les rivi&#232;res s'ass&#232;chent et que les nappes phr&#233;atiques se vident, nous crevons. Il est important de rappeler ces &#233;vidences parce qu'&#224; force d'urbanit&#233;s certains croient que les tomates poussent dans les rayons des supermarch&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Sur plusieurs kilom&#232;tres, il ne reste que des roches et des cailloux : pr&#232;s de la fronti&#232;re franco-suisse, la rivi&#232;re Doubs a disparu, manifestation la plus saisissante de la s&#233;cheresse qui touche actuellement le d&#233;partement fran&#231;ais du m&#234;me nom, plac&#233; en &#8220;alerte renforc&#233;e&#8221; &#187; &#8211; extrait d'un article paru le 10 juillet sur TV 5 Monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'C'est lunaire' : pr&#232;s de la fronti&#232;re franco-suisse en pleine s&#233;cheresse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le r&#233;chauffement climatique porte mal son nom. On r&#233;chauffe une ambiance trop tendue, on r&#233;chauffe le bibi de b&#233;b&#233;, mais on ne r&#233;chauffe pas un climat. On d&#233;truit les conditions d'habitabilit&#233; de notre plan&#232;te. C'est le chaos qui s'installe, disons-le tout net : une menace existentielle. Il faut tarter les br&#234;les qui nous parlent de r&#233;silience : avant, quand une for&#234;t cramait, elle repoussait car les saisons fonctionnaient et permettaient les repousses. Le feu &#233;tait m&#234;me vu comme un fertilisant et la pluie faisait le reste. Aujourd'hui, et donc demain, une for&#234;t cram&#233;e a peu de chance de repousser. Trop peu de pluies, trop de coups de chaud. Une for&#234;t brul&#233;e, c'est le d&#233;sert qui s'installe. Avec sa peau lunaire et ses coul&#233;es de boue lors des prochains abats d'eau. Finito les d&#233;jeuners sur l'herbe. On ira prendre le frais dans une galerie marchande. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Osons une hypoth&#232;se : chaos climatique, flamb&#233;es fascisantes et d&#233;cha&#238;nements guerriers, tout est li&#233;, se tient et s'alimente dans cette g&#233;opolitique du pire. Le capitalisme &#233;tant un r&#233;gime d'accumulation illimit&#233;, ses agents sont d&#233;sormais oblig&#233;s de sortir les tanks pour s'accaparer les mati&#232;res premi&#232;res. Le ravage de la nature continuant, les soci&#233;t&#233;s humaines sont &#224; l'os : d&#233;sorient&#233;es, morcel&#233;es, obnubil&#233;es par un r&#233;seautage num&#233;rique o&#249; foisonnent des Diafoirus 2.0. Alors on s'exile, on prie, on vote pour des ordures autocrates. On cherche du sens, on essaie de croire &#224; demain mais franchement qui a envie d'&#234;tre &#224; demain ? Fin des ann&#233;es 1990, j'ai fait mes premiers pas dans la militance politique avec l'id&#233;e que tout &#233;tait possible : le renversement du Capital, l'ouverture des fronti&#232;res, une fraternit&#233; dynamique. C'&#233;tait na&#239;f mais l'utopie &#233;tait cette mati&#232;re qui se discutait et se r&#234;vait collectivement. Quelle jeune pousse aujourd'hui se politise en croyant &#224; un avenir meilleur ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'horizon r&#233;publicain a eu ses h&#233;ros et ses penseurs. Il a permis d'envisager le bien commun et de tailler des croupi&#232;res &#224; la caste des rentiers. Mais &#231;a n'a pas suffi et la bourgeoisie a toujours veill&#233; au grain (de ses capitaux). Surtout, le processus de d&#233;mocratisation a magnifi&#233; ce mensonge : la barbarie serait l'apanage des sauvages. Aujourd'hui, on sait que non. On sait que les sauvages &#233;taient juste congruents &#224; leur milieu sauvage, on sait aussi que la classe technocratique, appareill&#233;e &#224; celle des actionnaires de l'&#233;conomie-monde, est la v&#233;ritable donneuse d'ordres de la folie &#233;cocidaire. Son pouvoir vient de loin, quand industrialisme rimait avec progressisme et que des &#226;nes inconscients ou bouffis d'orgueil croyaient que la nature &#233;tait juste l&#224; pour nous servir. Des usines, des machines, de la vitesse et le bonheur humain, tel serait ce fruit &#224; partager entre tous. La bonne blague : nul bonheur ne saurait germer de la terre &#233;ventr&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#201;trange rumeur&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au XIXe si&#232;cle, nos anciens avaient pig&#233; un truc qui s'est perdu. De la m&#234;me mani&#232;re que le capitalisme mondialis&#233; avait unifi&#233; la condition des exploiteurs, il avait unifi&#233; la classe des prol&#233;taires. L'internationalisme &#233;tait cette vis&#233;e permettant de comprendre que le sort de tous les damn&#233;s de la terre &#8211; blancs, noirs, hommes, femmes, gosses, vieux, slaves ou italiens &#8211; &#233;tait li&#233;. Dans le c&#339;ur de cette certitude s'ancra la belle et g&#233;n&#233;reuse id&#233;e d'un universalisme &#233;mancipateur, et il fallut la boucherie de la Premi&#232;re Guerre mondiale pour en sabrer l'&#233;lan. Aujourd'hui le p&#233;ril &#233;cologique ach&#232;ve ce processus d'unification. Ailleurs on lit que &#171; la barre des 3 000 milliardaires a &#233;t&#233; franchie pour la premi&#232;re fois en 2025 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fortune des milliardaires a atteint en 2025 &#034;son plus haut niveau (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et il faudrait qu'on reste calme. La voracit&#233; des exploiteurs est un puits sans fond. Elle nous y condamne toutes et tous : &#224; la m&#234;me enseigne, au pied du mur &#233;cologique, devant le bucher de leurs ultimes vanit&#233;s.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; contre-courant des vaticinations mol&#233;culaires du moment, l'humanit&#233; est, plus que jamais, une. Que l'internationale soit le genre humain n'est pas que la phrase d'un hymne au poing lev&#233;, c'est aussi une v&#233;rit&#233; anthropologique. Elle est ce point de d&#233;part &#224; partir duquel il convient de forger notre commune condition. Nous n'avons pas d'autre choix que de penser la politique depuis la catastrophe en train de se d&#233;ployer. L'&#233;t&#233; est d&#233;sormais la saison des feux et les incendiaires ne seront jamais ceux d&#233;sign&#233;s par la cur&#233;e m&#233;diatique. Au march&#233; de Thuir, une &#233;trange rumeur circule : l'incendie aurait &#233;t&#233; caus&#233; par un type ayant mis son t&#233;l&#233;phone &#224; charger en plein soleil du c&#244;t&#233; de Tr&#233;villach. Le smartphone aurait pris feu, des personnes auraient tent&#233; de l'&#233;teindre avec des v&#234;tements, en vain. Info, intox, l'avenir dira. On notera simplement que l'implication d'un smartphone dans le d&#233;sastre n'est pas anodine. Grace &#224; la furie industrielle, nous battons un record de concentration de CO&#178; dans l'atmosph&#232;re vieux de plus de 3 millions d'ann&#233;es. Au pal&#233;olithique, notre anc&#234;tre australopith&#232;que faisait ses premiers pas et la for&#234;t verdissait l'Antarctique. Est-ce l&#224; le cri de demain : vive la calotte &#8211; polaire ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Vu depuis Perpigang, c&#339;ur-cit&#233; de facholand, le feu est &#224; peine un &#233;v&#233;nement. Il faut inviter le sujet dans une discussion pour savoir ce qu'en pensent les gens. On constate alors avec stupeur que les gens sont d&#233;j&#224; en train de s'habituer. Ok &#231;a crame mais franchement &#231;a a toujours cram&#233;, non ? On file &#224; la plage ? Y'a pas un match ce soir ? On s'habitue au feu comme on s'habitue aux escouades de flics surarm&#233;s dans les rues, comme on s'habitue au risque nucl&#233;aire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entendu, ce matin 13 juillet sur Rance Inter ce cri du c&#339;ur : &#171; Nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme on s'habitue &#224; bouffer des pesticides, comme on s'habitue aux immeubles qui s'effondrent dans le quartier gitan, comme on s'habitue aux politiciens-bandits r&#233;cidivistes et tout &#231;a forme un tout qui devient le zeitgeist du moment. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Cyniquement, on se demande alors si l'origine du feu de Tr&#233;villach ne contiendrait pas un implicite subliminal. Comme le fantasme inavou&#233; d'un autodaf&#233; de smartphones. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une cagnotte a &#233;t&#233; ouverte ici : Paysan en d&#233;tresse incendie Pyr&#233;n&#233;es orientales | Marie | CotizUp&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'C'est lunaire' : pr&#232;s de la fronti&#232;re franco-suisse en pleine s&#233;cheresse, la rivi&#232;re a disparu | TV5MONDE - Informations&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La fortune des milliardaires a atteint en 2025 &#034;son plus haut niveau historique&#034;, d&#233;nonce Oxfam dans son nouveau rapport &#8211; franceinfo&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entendu, ce matin 13 juillet sur Rance Inter ce cri du c&#339;ur : &#171; Nos centrales nucl&#233;aires souffrent de la chaleur &#187;&#8230;, et la gorg&#233;e de caf&#233; a failli retapisser le mur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Murmure d'ombres</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Le monde alentour est un murmure d'ombres. Maurice B. lui pr&#234;te une attention relative. Il peut le soustraire &#224; ses pens&#233;es, mais sans jamais s'en d&#233;faire. C'est un paysage mental de substitution sur lequel il pose un regard qu'il veut vague. Il y per&#231;oit des &#234;tres dont tout laisse &#224; croire qu'ils sont vivants puisque bruyants. Tellement bruyants. Il se dit qu'il a perdu le lien avec le niveau sonore du monde. Il l'entend &#8211; comment ne pas l'entendre ? &#8211;, mais il veut l'ignorer. Et, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Passage des fant&#244;mes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH433/ill__tete-22-0d1d9.jpg?1783514383' width='321' height='433' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2856 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/murmure_d_ombres_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 309.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le monde alentour est un murmure d'ombres. Maurice B. lui pr&#234;te une attention relative. Il peut le soustraire &#224; ses pens&#233;es, mais sans jamais s'en d&#233;faire. C'est un paysage mental de substitution sur lequel il pose un regard qu'il veut vague. Il y per&#231;oit des &#234;tres dont tout laisse &#224; croire qu'ils sont vivants puisque bruyants. Tellement bruyants.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il se dit qu'il a perdu le lien avec le niveau sonore du monde. Il l'entend &#8211; comment ne pas l'entendre ? &#8211;, mais il veut l'ignorer. Et, en effet, le voile du monde, son bruit, s'&#233;vapore d&#232;s que sa plume effleure la page. Il n'est l&#224; pour personne, Maurice B. Il est d'ailleurs, sans savoir d'o&#249;. D'un dedans qu'aucun dehors n'encombre, ou pas vraiment. Il n'est que lui, cet homme qui &#233;crit en se disant que rien n'existe en dehors des mots qui l'habitent, le hantent et que, par saccades, il couche sur la page comme on laisse des cailloux sur la tombe d'un ami ou d'un parent au cimeti&#232;re juif de Prague.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Il se demande pourquoi cette image, comme &#231;a, d'un coup, lui vient. Il suspend son envol, il h&#233;site, il s'appr&#234;te &#224; la biffer, mais il la retient. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Rien que pour cette image, se dit-il, il aurait aim&#233; &#234;tre juif. Pour cela et pour l'errance. Pour s'accorder au d&#233;clin d'un monde, aussi, o&#249; rien n'affleure d&#233;sormais que l'erreur infiniment rapport&#233;e par le propos courant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#202;tre juif, comme il l'entend, ce serait marcher &#224; c&#244;t&#233; du temps, dans une &#233;ternelle d&#233;viance qu'aucune conviction, m&#234;me provisoire, ne saurait rectifier. &#192; un gendarme fran&#231;ais qui, en 1941, lui demandait s'il &#233;tait juif, le sans-patrie Victor Serge, qui en savait long sur la vie des hommes, fit cette admirable r&#233;ponse : &#171; Je n'ai pas cet honneur, Monsieur. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; L'&#233;garement all&#232;ge parfois la douleur de vivre. Il contrarie la logique du bourreau qui ne comprendra jamais qu'on puisse encore se perdre dans les circonvolutions de son &#226;me quand, de toute &#233;vidence, les jeux sont faits. Les siens, ceux pour lesquels on le paie. La logique du bourreau est simple comme un bonjour. C'est un homme qui attend des r&#233;ponses. Claires et pr&#233;cises, qu'il croit ou ne croit pas. La logique du juif errant lui est particuli&#232;rement inaccessible. Comme la vie m&#234;me, comme les volont&#233;s qui fr&#233;missent, comme la dignit&#233; de Victor Serge. La logique du juif errant, c'est l'exact contraire de celle du bourreau : la r&#233;ponse importe peu au regard de la question, qui, elle, importe d'autant qu'elle en suscite toujours une autre. Sans r&#233;ponse acceptable. Parce qu'accepter, c'est se soumettre au pouvoir du bourreau. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Il pose sa plume et il regarde l'ab&#238;me, d&#233;cid&#233;ment trop peupl&#233;e pour en &#234;tre. Il se l&#232;ve et il part en se disant qu'il faut boire &#224; la vie. Mais vite, il revient. Sans avoir bu &#224; rien. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-118-2c984.jpg?1783514383' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
La vie, tu parles, se dit-il ! Et puis quelle vie ? Il conna&#238;t, depuis longtemps, ces moments d'effondrement int&#233;rieur, Maurice B. Il sait qu'il faut les passer, juste les passer. Il sait, mais il ne s'y fait pas. Trop fr&#233;quents, ces moments, en ces temps maudits o&#249;, par une suite de retournements de l'histoire, aucun rep&#232;re ne fonctionne plus dans son esprit. Comme perdu, se dit-il. Avant, il savait r&#233;pondre &#224; ses propres questions. Maintenant elles ne provoquent que de longs silences int&#233;rieurs et une forte propension &#224; l'accablement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Le choc, il s'en souvient, eut lieu en regardant des images hallucinantes o&#249; de jeunes soldats isra&#233;liens exultaient de joie devant les ruines qu'ils avaient provoqu&#233;es en bombardant m&#233;thodiquement un quartier de Gaza. Comment est-ce possible, se dit-il. Comment en est arriv&#233;e &#224; un tel degr&#233; d'inhumanit&#233; une nation construite sur la m&#233;moire de la Shoah, du pire ? Maurice B. ne pouvait pas r&#233;pondre &#224; cette question. Il ne pouvait que la vivre dans une sorte de clandestinit&#233; infinie que Victor Serge, qui en connut beaucoup d'autres, aurait eu, lui aussi, bien du mal &#224; imaginer. Et pourtant c'est l&#224;, comme une tache ind&#233;l&#233;bile sur la m&#233;moire des vaincus. Sur la communaut&#233; humaine, aussi. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; C'est de ces images que naquit l'obsession de Maurice B. : comprendre ce glissement d'histoire en la frottant &#224; des r&#233;cits. Il a longtemps eu pour principe de ne jamais rayer le nom de ses morts sur ses agendas. Il eut envie de les feuilleter, ses agendas, car il savait que, dans sa m&#233;moire, nombre d'entre de ses disparus demeuraient plus vivants que bien des suppos&#233;s vivants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; La qu&#234;te dura un certain temps. Il lui fallut du temps pour trouver l'interlocuteur possible. Le choix fait, il restait &#224; &#233;valuer l'&#233;tat du t&#233;moin. Il nota cinq noms sur un morceau de papier et en garda un : celui de Nathan Scholtz, un fils de bundiste, qu'il n'avait pas vu depuis deux ans mais qu'il savait toujours en forme. Ou relativement.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-118-2c984.jpg?1783514383' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le rendez-vous eut lieu dans un bistrot du 11e o&#249; Scholtz avait ses habitudes. L'entr&#233;e en mati&#232;re ne tarda pas. Elle laissait pr&#233;sager un &#233;change fructueux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Les vieux bundistes avaient raison, Maurice, le sionisme nous a transform&#233;s en bourreaux. Et c'&#233;tait fatal. Dans mes ann&#233;es de jeunesse, le concept du &#171; peuple &#233;lu &#187; &#8211; &#233;lu par qui, d'ailleurs ? &#8211;, supr&#233;maciste en diable, nous faisait plut&#244;t rigoler, mais il n'y avait pas de quoi. D'aucuns cingl&#233;s le cultivent toujours, et avec les effets que tu connais. Une horreur sans nom, et sans fin. Gagn&#233; sur toute la ligne, en somme. &lt;br/&gt;
&#8211; C'est un constat, l'ami, mais un peu r&#233;ducteur peut-&#234;tre. Il y eut aussi des sionistes culturels, comme Buber, qui pens&#232;rent le sionisme comme mouvement d'&#233;mancipation humaine, des Juifs et des Arabes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Pour quel effet concret ? C'&#233;tait une chim&#232;re. Le vieux Scholtz, qui avait &#233;t&#233; s&#233;duit un temps par l'anarchisme avant de devenir bundiste, le disait bien. Contrairement &#224; ce qu'imaginait le trop sage Buber, nous n'&#233;tions pas l&#224; pour convaincre, mais pour vaincre. Et vaincre, dans la configuration o&#249; nous &#233;tions, c'&#233;tait &#233;craser, d&#233;poss&#233;der, nier l'alt&#233;rit&#233; de l'autre peuple. Et &#231;a n'a pas cess&#233;. Ce fut l'invariant du sionisme, qui n'est qu'un colonialisme. Et &#231;a l'est encore, plus que jamais, comme on le constate chaque jour. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nathan Scholtz avait de la famille en Isra&#235;l. Toute gagn&#233;e aux d&#233;lires supr&#233;macistes des tueurs. &#171; Rien &#224; en tirer, j'ai rompu avec tout le monde. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Comment expliquer cela, Nathan ? Comment justifier cette insensibilit&#233; des Isra&#233;liens au g&#233;nocide qu'on commet en leur nom et auquel ils assistent en t&#233;moins passifs ? &lt;br/&gt;
&#8211; Parce que le sionisme n'&#233;tait pas la solution mais le probl&#232;me, et ce n'est pas faute de l'avoir dit. Aucune r&#232;gle ne garantit que des victimes qui se transforment en vainqueurs puissent &#234;tre autre chose que des dominants et, pour finir, des pers&#233;cuteurs. Au fur et &#224; mesure que disparaissent les anciennes g&#233;n&#233;rations, les anciennes pr&#233;ventions &#8211; voire prescriptions &#8211; morales finissent par c&#233;der. Jusqu'&#224; se situer sans complexe du c&#244;t&#233; de la domination. Il n'y a pas de myst&#232;re. La jud&#233;it&#233; ne prot&#232;ge de rien ou alors &#231;a se saurait, l'ami. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-118-2c984.jpg?1783514383' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
En rentrant chez lui, Maurice B. s'enhardit &#224; penser que, contrairement &#224; lui, Nathan Scholtz, docteur en histoire et expert du Bund, avait la chance d'avoir des certitudes et des rep&#232;res fixes. Sa voix ne se f&#234;lait jamais. Replac&#233; dans son contexte, pensait-il, tout effet avait forc&#233;ment sa cause. En fid&#232;le d'une tradition politique qui eut son heure de gloire et sa grandeur, en m&#233;moire de son p&#232;re, Marek Scholtz, bundiste historique et intransigeant, il perp&#233;tuait une tradition. La seule &#233;motion perceptible qui per&#231;ait dans son r&#233;cit, c'&#233;tait la certitude d'&#234;tre dans le vrai. M&#234;me si le Bund avait &#233;t&#233; d&#233;fait, et depuis longtemps, et que le sionisme, dans sa pire version, &#233;tait devenu ma&#238;tre des destin&#233;es d'un pays surmilitaris&#233; o&#249; quasiment personne n'avait id&#233;e de ce qu'avait &#233;t&#233; le Bund. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Perdu dans ses pens&#233;es, Maurice B. s'autorisa une halte chez Rosa Besse, une grande amie et ancienne amante de jeunesse, qui habitait &#224; deux pas de chez lui. L'accueil, comme d'habitude, fut chaleureux. Rosa avait, entre autres qualit&#233;s, le sens de l'hospitalit&#233;. Ils &#233;chang&#232;rent quelques nouvelles de la vie banale, mais comme les rencontres &#233;taient fr&#233;quentes, ce fut bref. Rosa lui demanda s'il avait d&#238;n&#233;. &#171; Pas faim &#187;, lui r&#233;pondit Maurice B., en pr&#233;cisant : &#171; Juste besoin de compagnie si je ne contrarie pas tes plans. &#187; Rosa l'entoura de ses bras. &#171; On va parler, lui dit-elle, je n'ai rien de pr&#233;vu &#187;. Rosa Besse avait toujours &#233;t&#233; l&#224; quand Maurice B. avait eu besoin d'elle. Elle savait que la r&#233;ciproque avait toujours &#233;t&#233; vraie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Qu'est-ce qui ne va pas, Mo ? &#187;, l&#226;cha-t-elle en lui tendant une cigarette allum&#233;e. &#171; C'est comme si tout le poids de l'histoire, cette chienne, m'&#233;tait tomb&#233; dessus. &#187; Il lui raconta sa rencontre avec Nathan &#8211; o&#249;, l&#224; encore, il avait senti sa charge &#8211; et ferma les yeux. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Je n'ai jamais vu des images aussi terrifiantes. Une d&#233;shumanisation totale. Des descendants d'un holocauste qui jouissent d'un g&#233;nocide. Tu reconna&#238;tras que ce n'est pas banal comme retournement, non ? &lt;br/&gt;
&#8211; Non, ce n'est pas banal, &#231;a c'est le moins qu'on puisse dire, mais c'est peut-&#234;tre logique car corr&#233;latif &#224; la nature humaine. &lt;br/&gt;
&#8211; Comment &#231;a, corr&#233;latif ? &lt;br/&gt;
&#8211; Sortir du statut de victime comporte des avantages, mais aussi des inconv&#233;nients. Le principal &#233;tant de basculer dans celui de bourreau. Voil&#224; qui pourrait &#234;tre la preuve qu'il n'y a pas d'exceptionnalit&#233; juive, ce qui en fin de compte serait une bonne nouvelle. &lt;br/&gt;
&#8211; Je te trouve un brin cynique, Rosa. &lt;br/&gt;
&#8211; C'est sans doute la seule mani&#232;re que je connaisse de r&#233;sister &#224; l'innommable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Rosa Besse avait perdu ses grands-parents et son p&#232;re en d&#233;portation. Pendant l'Occupation, sa m&#232;re et elle avaient v&#233;cu cach&#233;es par un couple de paysans creusois au grand c&#339;ur. Au d&#233;but des ann&#233;es 1950, m&#232;re et fille &#233;taient parties s'installer en Isra&#235;l o&#249; elles se sentirent vite &#233;trang&#232;res. D&#232;s qu'elle en eut la possibilit&#233;, Rosa rentra en France. L'acclimatation lui &#233;tait impossible. Revenue en France, elle entreprit des &#233;tudes et devint professeur de philosophie. Sans conviction r&#233;elle sur l'utilit&#233; de la discipline, mais par attirance personnelle. Une quinzaine d'ann&#233;es plus tard, elle devint psychanalyste, activit&#233; qu'elle continuait d'exercer, mais &#224; faible rythme. &#171; Juste pour conserver la forme &#187;, disait-elle, sans jamais manquer de l&#226;cher un rire sonore. Maurice B. l'avait rencontr&#233;e en mai 68. Elle tenait le stand des Jeunesses communistes r&#233;volutionnaires (JCR) &#224; la Sorbonne et d&#233;notait un fervent enthousiasme &#224; la t&#226;che. Un soir, elle s'installa au piano &#224; queue qui tr&#244;nait dans la cour pav&#233;e et joua le &lt;i&gt;Zog nit keynmol&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zog nit keynmol (Ne dis jamais) est le nom de la chanson &#233;crite en 1943 par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en s'accompagnant de sa voix. Merveilleuse, pensa Maurice B., qui en tomba imm&#233;diatement amoureux. Les ann&#233;es qu'il partagea avec Rosa furent les plus exaltantes de sa vie. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-118-2c984.jpg?1783514383' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#192; la nuit bien tomb&#233;e, Maurice B. se d&#233;cida &#224; rejoindre ses p&#233;nates. &#171; Tu peux dormir ici&#8230; en h&#244;te bien s&#251;r &#187;, lui sugg&#233;ra Rosa, l'ai badin. &#171; Trop de souvenirs me sont revenus, je ne sais pas si j'y parviendrai &#187;, conclut l'h&#244;te en faisant mine de se recoiffer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Seul dans la douce nuit parisienne, Maurice B. laissa venir &#224; lui d'autres souvenirs d'un temps &#233;loign&#233;. Il fut surpris de constater qu'ils revenaient en pagaille. Celui, notamment, d'une manifestation en soutien &#224; la Palestine dans les ann&#233;es 1990 o&#249; il croisa un groupe de jeunes anarchistes qui, banni&#232;res noires au vent, scandait : &#171; Ni un, ni deux &#201;tats, pas d'&#201;tat du tout ! &#187;. S'interrogeant sur l'opportunit&#233; d'un tel slogan, il s'en ouvrit &#224; l'un des vaillants porte-voix du groupe : &#171; &#199;a vous semble appropri&#233;, ce slogan, en de telles circonstances ? &#187; La r&#233;ponse l'&#233;tonna : &#171; Les circonstances, on s'en fout, camarade ; ce sont elles qui ont servi d'alibi pour &#233;craser la r&#233;volution espagnole ! &#187; C'&#233;tait la preuve que le jeune compagnon avait des lettres, mais qu'il ne savait pas en faire bon usage. &#171; &#192; la prochaine d&#233;faite, alors ! &#187;, lui lan&#231;a ironiquement Maurice B., qui se vit r&#233;pondre : &#171; Il y a des d&#233;faites plus honorables que bien des victoires ! &#187;, r&#233;plique non contestable, mais qui le conforta dans l'id&#233;e que, pour noble qu'elle p&#251;t &#234;tre, la cause anarchiste pouvait aussi avoir une propension &#224; nourrir des id&#233;es courtes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Rentr&#233; chez lui, Maurice B. se cala dans son fauteuil d'&#233;criture, &#233;couta murmurer les ombres et s'imagina avoir vieilli avec Rosa. Il constata qu'elle lui avait toujours manqu&#233;e. Son erreur fut sans doute de croire, comme partie de sa g&#233;n&#233;ration, la plus consciente, que l'appareillement &#8211; la &lt;i&gt;pareja&lt;/i&gt; comme disent les Espagnols pour d&#233;signer le couple &#8211; conduisait fatalement &#224; l'enfermement. Ce soir, il l'avait trouv&#233;e &#224; la hauteur. Comme devant son piano &#224; queue dans la cour de la Sorbonne occup&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Demain, il l'appellerait. Pour poursuivre. Ou reprendre. Tant qu'il en &#233;tait encore temps. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Zog nit keynmol&lt;/i&gt; (Ne dis jamais) est le nom de la chanson &#233;crite en 1943 par Hirsh Glick, jeune juif d&#233;tenu au ghetto de Vilnius qui venait d'apprendre le soul&#232;vement du ghetto de Varsovie contre les nazis. La m&#233;lodie, compos&#233; en 1935, est du russe Dmitry Pokrass.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La part du feu montmartrois</title>
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		<dc:date>2026-07-13T07:49:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;center&gt; &#9632; Andr&#233; WARNOD Fils de Montmartre, suivi de Dr&#244;le d'&#233;poque &#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e, collection &#171; Paris perdu &#187;, 2026 Avec 200 illustrations en noir et blanc (dessins d'Andr&#233; Warnod et d'autres artistes de l'&#233;poque). La collection &#171; Paris perdu &#187; des &#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e tient ind&#233;niablement ses promesses. Elle nous comble r&#233;guli&#232;rement de p&#233;pites infiniment r&#233;jouissantes. Pour le coup, &#224; travers les souvenirs d'un rapin devenu courri&#233;riste, sa derni&#232;re livraison en date &#8211; que l'on doit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L500xH769/ill_une-12-7f9ed.jpg?1783929080' width='500' height='769' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Andr&#233; WARNOD&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Fils de Montmartre&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Dr&#244;le d'&#233;poque&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e, collection &#171; Paris perdu &#187;, 2026 &lt;br/&gt;
Avec 200 illustrations en noir et blanc&lt;br/&gt;
(dessins d'Andr&#233; Warnod et d'autres artistes de l'&#233;poque).&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2854 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/la_part_fu_feu_montmartrois_debry_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 420.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La collection &#171; Paris perdu &#187; des &#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e tient ind&#233;niablement ses promesses. Elle nous comble r&#233;guli&#232;rement de p&#233;pites infiniment r&#233;jouissantes. Pour le coup, &#224; travers les souvenirs d'un rapin devenu courri&#233;riste, sa derni&#232;re livraison en date &#8211; que l'on doit &#224; Andr&#233; Warnod (1895-1960)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont les &#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e avait d&#233;j&#224; r&#233;&#233;dit&#233;, en 2023, Les Plaisirs de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; nous permet de revivre le Paris de la &#171; Belle &#233;poque &#187; et des &#171; Ann&#233;es folles &#187;. Comme d'habitude de belle facture &#8211; papier, typo, mise en page, illustrations &#8211;, cette r&#233;&#233;dition participe de notre r&#233;galade continue. Pour notre plus grand plaisir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans &lt;i&gt;Fils de Montmartre&lt;/i&gt; (originellement &#233;dit&#233; par Fayard en 1955), comme dans &lt;i&gt;Dr&#244;le d'&#233;poque&lt;/i&gt; (Fayard, 1960), Andr&#233; Warnod prend son lecteur par la main et guide son imaginaire avec un enthousiasme et une gourmandise qui nous rendent nostalgique d'une &#233;poque que nous n'avons pas connue. Un Paris perdu &#224; jamais, c'est certain. L'&#233;bullition artistique qui y r&#232;gne nous embarque, aujourd'hui encore, dans un monde dans lequel se c&#244;toient l'ordinaire le plus trivial et l'extraordinaire des audaces cr&#233;atrices les plus insolentes, des univers singuliers devenus mythiques, des r&#233;f&#233;rences qui nous habitent et qu'on ne quitte jamais. Citations en t&#234;te, on s'y met &#224; c&#244;toyer Francis Carco, Guillaume Apollinaire, Pierre Mac Orlan, Roland Dorgel&#232;s. Comme des amis que l'on retrouverait pour un bon repas, par une belle nuit de mai. Accompagn&#233;s de nos r&#234;ves po&#233;tiques et mus par un app&#233;tit de vivre et d'aimer l'esprit autant que les corps, la cr&#233;ation artistique et l'intelligence. Insatiables en tout, anim&#233;s par la constance de ceux qui ne s'inventent pas des raisons de bouder leur plaisir. Ah non ! Surtout pas ! Comme me faisait remarquer un ami octog&#233;naire r&#233;cemment disparu, &#171; on n'a pas attendu Mai 68 pour jouir de notre libert&#233; sexuelle &#187;, ajoutant avec malice que, cela dit, &#171; c'est une curieuse id&#233;e de croire qu'elle rendra le monde meilleur &#187;. Il est vrai que la pr&#233;tention de ma g&#233;n&#233;ration en la mati&#232;re s'est drap&#233;e dans ses illusions, oubliant ce qu'elle devait au pass&#233;. Cultivant ses ridicules, elle s'imagina m&#234;me sup&#233;rieure. Comme si le monde avant elle n'avait pas connu de jeunesses gourmandes de plaisirs, insolentes, rebelles, cherchant &#224; affirmer un puissant d&#233;sir de vivre. C'est sans aucun doute &#224; travers les cr&#233;ations artistiques de ces ann&#233;es montmartroises que l'on peut saisir au plus pr&#232;s ce qu'il y avait de vitalit&#233; et de profondeur dans l'&#233;lan cr&#233;atif de cette &#233;poque qui fut aussi un temps de qu&#234;te de libert&#233; des corps et des &#226;mes &#8211; et cela malgr&#233; l'inconfort et les privations de la vie contrainte. Il nous reste, disait mon ami, &#171; de bons souvenirs de nos jeunes ann&#233;es, notamment cette libert&#233; dont nous avons joui sans jamais demander d'autorisation &#224; personne &#187;. Il parlait en connaissance de cause, ce fils d'un modeste agriculteur proven&#231;al devenu m&#233;decin, &#233;rudit, grand lecteur, et qui accompagna plusieurs ann&#233;es de suite Ren&#233; Fallet sur le tour de France &#8211; &#171; pas triste, l'&#233;quipage ! &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Oui, ces fils de la nuit dont Andr&#233; Warnod nous narre les heures joyeuses, ont cr&#233;&#233;, bu, mang&#233;, aim&#233; &#224; corps perdu. Ils ont aussi abus&#233; des plaisirs, mais dans la joie de vivre une vie d'artistes sans le sou, ambitieux ou malheureux, intemp&#233;rants et audacieux, inventifs et toujours en qu&#234;te d'une forme nouvelle d'humanit&#233; &#171; riche de toute sa g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187; et cette folle insouciance que le passage du temps finit toujours par oblit&#233;rer. Ils n'ont pas toujours &#233;t&#233; d&#233;bonnaires, mais leurs figures demeurent essentielles. La preuve, c'est que leurs fant&#244;mes &#8211; celui de Max Jacob, par exemple &#8211; emplissent nos biblioth&#232;ques et illuminent nos regards &#224; chaque r&#233;trospective. Il arrive m&#234;me que, sans vraiment le vouloir, on les imite, on les plagie. En clair, on ne se d&#233;barrasse jamais tout &#224; fait de leur influence. Nous leur sommes redevables de tant d'&#233;motions po&#233;tiques, picturales et litt&#233;raires qu'ils demeurent des piliers de notre imaginaire. Flamboyants, tragiques et d'une cr&#226;ne t&#233;m&#233;rit&#233;, ils &#233;taient, c'est vrai, d'un temps o&#249; la valeur artistique d'une &#339;uvre ne se mesurait pas encore &#224; sa valeur mercantile et aux sp&#233;culations les plus contestables qu'elle permet. Un temps o&#249; les collectionneurs &#233;taient encore de vrais amateurs d'art. Un temps d'avant celui o&#249; l'art devint march&#233; et acheter pour revendre plus cher une pratique courante. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est sans doute cet app&#233;tit de vie, palpable, f&#233;roce, mais ne faisant la le&#231;on sur rien ni &#224; personne qui rend revigorante la lecture de ces textes d'Andr&#233; Warnod. Le journaliste, &#233;crivain et illustrateur, partage avec nous, dans un style simple et soutenu &#224; la fois, l'aventure que fut ce voyage qui le conduisit du pittoresque des cabarets montmartrois du &lt;i&gt;Lapin agile&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;B&#339;uf sur le toit&lt;/i&gt;, fr&#233;quent&#233;s par des marginaux de toutes conditions ou statuts, au Montparnasse fr&#233;n&#233;tique de &lt;i&gt;La Coupole&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;D&#244;me&lt;/i&gt;, haut lieu de nocturnes f&#234;tes carnavalesques. Warnod nous d&#233;crit ces nuits sans fin pass&#233;es &#224; d&#233;ambuler dans ce Paris perdu dont nous ch&#233;rissons la m&#233;moire. Ces po&#232;tes &#8211; Carco, Apollinaire, Tzara &#8211;, nous les lisons toujours, jaloux que nous sommes d'un talent que nous n'aurons jamais ; ces peintres &#8211; Utrillo, Pascin, Villon, L&#233;ger, Buffet &#8211; on ne se lasse pas de contempler leurs &#339;uvres, souvent myst&#233;rieuses, toujours inspirantes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Puis viendra la guerre, cette saloperie. Celle de 1914 avec sa cohorte de morts, son cort&#232;ge de disparus, ses bataillons d'estropi&#233;s, ses escouades d'&#226;mes pour toujours &#233;gar&#233;es dans la fureur des combats. Elle sera suivie de la &#171; Grande D&#233;pression &#187; des ann&#233;es 1930, qui pr&#233;cipita vers le suicide ou la maison de fous les enfants insouciants abandonn&#233;s sur le chemin de leurs illusions. &#171; Le cafard apr&#232;s la f&#234;te &#187;, &#233;crivit Adolphe Basler en 1929. Il y a des ombres que la guerre, l'alcool, la drogue, le d&#233;sespoir ont emport&#233;, belles et tristes &#226;mes, des destins tragiques qui demeurent dans nos m&#233;moires, des traces vivantes dont Warnod se fait le chroniqueur tendre et bienveillant. T&#233;moin d'un temps que son talent de conteur fait revivre pour notre plus grand plaisir, il n'oublie pas les disparus. Et ils furent l&#233;gion. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-117-52916.jpg?1783513570' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ceux qui, comme moi, ont v&#233;cu &#224; deux pas de la rue Clignancourt, derri&#232;re la rue Custine plus pr&#233;cis&#233;ment, ont connu quotidiennement la triste caricature de ce qu'est devenu, avec le tourisme de masse et son mercantilisme sans &#226;me, ce coin du Paris populaire. La gentrification de ces quartiers abandonn&#233;s aux ambitions des agences immobili&#232;res a fait place &#224; un mauvais spectacle, un simulacre de sinistre qualit&#233;. Un monde dans lequel les personnages et le mode de vie dont Andr&#233; Warnod se fait le chroniqueur n'auraient jamais eu leur place, un monde polic&#233;, aseptis&#233;, un th&#233;&#226;tre de dupes &#224; triste figure. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Faisant siens &#224; dix-sept ans ces propos de Jean Tinan (1874-1898) &#8211; &#171; Quand vous ne serez plus pr&#233;sentable, retirez-vous &#224; la campagne, aimez les arbres et les enfants ! &#187;, Warnod, le temps venu, se contenta des arbres. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les siens furent les marronniers et les acacias de la rue Caulaincourt. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Que la fine &#233;quipe de L'&#233;chapp&#233;e soit remerci&#233;e pour son travail, sa constance, son insatiable curiosit&#233; et sa g&#233;n&#233;reuse contribution &#224; nos plaisirs de lecture. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Luc DEBRY&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont les &#201;ditions L'&#233;chapp&#233;e avait d&#233;j&#224; r&#233;&#233;dit&#233;, en 2023, &lt;i&gt;Les Plaisirs de la rue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thierry blues</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1187</link>
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		<dc:date>2026-07-06T07:36:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Il y a des disparitions qu'on attend car on les sait in&#233;luctables. C'&#233;tait le cas pour celle de l'ami Thierry Porr&#233;, depuis peu hospitalis&#233; dans une entit&#233; bordelaise de &#171; soins palliatifs &#187;. Le deuil commence l&#224;, dans l'attente d'une mort annonc&#233;e. Et l'esprit travaille. Sacr&#233;ment. Les souvenirs d&#233;bordent, en pagaille. C'est dans ce laps de temps que j'ai retrouv&#233;, dans ma cave &#224; r&#233;miniscences, un enregistrement que je lui avais fait, en 2003, avec la complicit&#233; de Monica Gruszka, ma (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L414xH537/thierry_porre-30a52.jpg?1783323446' width='414' height='537' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2849 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/thierry_blues.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 386.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des disparitions qu'on attend car on les sait in&#233;luctables. C'&#233;tait le cas pour celle de l'ami Thierry Porr&#233;, depuis peu hospitalis&#233; dans une entit&#233; bordelaise de &#171; soins palliatifs &#187;. Le deuil commence l&#224;, dans l'attente d'une mort annonc&#233;e. Et l'esprit travaille. Sacr&#233;ment. Les souvenirs d&#233;bordent, en pagaille. C'est dans ce laps de temps que j'ai retrouv&#233;, dans ma cave &#224; r&#233;miniscences, un enregistrement que je lui avais fait, en 2003, avec la complicit&#233; de Monica Gruszka, ma compagne de l'&#233;poque. Longue conversation o&#249; l'ami Thierry nous raconta, en totale connivence, son entr&#233;e en anarchie, les familles affinitaires auxquelles il adh&#233;ra, ses relations avec les vieux militants de la CGT-SR, son adh&#233;sion au Syndicat des correcteurs CGT, la fondation de l'Alliance syndicaliste, ses rapports, compliqu&#233;s mais fraternels, avec les anarchistes espagnols, l'aventure tr&#232;s prenante de Radio Libertaire. Cet entretien est l&#224;, il m&#233;rite d'&#234;tre transcrit et diffus&#233;. Il le sera, le temps venu.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si je remonte dans ma m&#233;moire, ma rencontre r&#233;elle, tangible, avec Thierry date des ann&#233;es 1970. Elle se situe dans le cadre de nos f&#233;briles activit&#233;s respectives au sein du Syndicat CGT des correcteurs. &#192; vrai dire, on s'y sentait &#224; l'aise dans ce syndicat, mais Thierry, lui, s'y apparentait &#224; merveille. Labeurier infatigable de la cause ouvri&#232;re, syndicaliste de choc, militant appr&#233;ci&#233; pour sa bonhomie, ses qualit&#233;s humaines, son humour, il n'aspirait &#224; rien d'autre que d'&#234;tre ce qu'il &#233;tait, un soutier de la constance, toujours disponible pour les t&#226;ches les plus ingrates ou les moins valorisantes, ce qui, somme toute, &#233;tait assez rare dans cette fratrie qui r&#233;unissait, pour ce qui concerne les nombreux libertaires ou apparent&#233;s qui la fr&#233;quentaient, nombre de discoureurs et de grandes &#226;mes peu port&#233;s &#224; mettre les mains dans le cambouis. Thierry, lui, &#233;tait l'exact contraire de ces syndicalistes assur&#233;ment r&#233;volutionnaires, mais seulement de t&#234;te, envers lesquels il aimait &#224; manifester un esprit clairement frondeur. On le disait basiste, ce qu'il &#233;tait s&#251;rement, mais cela ne l'emp&#234;chait pas, quand l'enjeu l'exigeait, d'occuper des postes de direction au sein du syndicat, o&#249; il &#233;tait d'ailleurs toujours confortablement &#233;lu par une base qui s'identifiait &#224; lui. Cette aspiration &#224; &#171; ne pas parvenir &#187;, tr&#232;s ancr&#233;e dans son cas, il la g&#233;rait &#224; sa mani&#232;re, bonhomme mais ferme, quand sa bande &#8211; nous, en r&#233;sum&#233; ! &#8211; l'incitait &#224; &#171; monter au comit&#233; syndical &#187; parce que telle circonstance ou telle raison l'exigeaient. Il ronchonnait, mais s'y pliait. C'&#233;tait son c&#244;t&#233; bon soldat de la Vieille Cause. Comme membre du Syndicat des correcteurs CGT auquel il adh&#233;ra en 1973, il fut secr&#233;taire labeur, &#233;lu au comit&#233; syndical par intermittences statutaires jusqu'en 2001 et secr&#233;taire adjoint entre 1998 et 1999, quand Jacky Toublet &#233;tait alors secr&#233;taire. Il fut aussi d&#233;l&#233;gu&#233; du personnel &#224; la Sirlo (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;) jusqu'en 2000 et, de 2001 &#224; 2004, &#224; Presse Alliance (&lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt;).&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tr&#232;s vite, lui et moi, nous sommes devenus proches. Par une sorte d'attraction affinitaire difficile &#224; caract&#233;riser, sauf &#224; remonter le temps de l'histoire, celle que nous avait l&#233;gu&#233;e nos glorieux a&#238;n&#233;s. J'&#233;tais h&#233;ritier, pour ma part, d'un imaginaire d&#233;sormais tr&#232;s ancien, celui d'un &#171; bref &#233;t&#233; de l'anarchie &#187; espagnole et je militais activement &#224; &lt;i&gt;Frente Libertario&lt;/i&gt;, une dissidence de l'exil libertaire espagnol. Thierry, lui, avait puis&#233; nombre de ses r&#233;flexes de militant anarcho-syndicaliste dans la vieille m&#233;moire des anciens compagnons de la CGT-SR : Julien Toublet (1906-1991), Georges Yvernel &#8211; dit Bouclette &#8211; (1907-1980), Aim&#233; Capelle (1910-1989), entre autres, mais aussi chez les anciens de la &lt;i&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; (RP) &#8211; m&#234;me s'il trouvait &#171; un peu sp&#233;ciale &#187;, tr&#232;s autocentr&#233;e pour le dire autrement, &#171; la famille de Monatte &#187;. Cet int&#233;r&#234;t pour les vieux militants et leurs parcours &#233;tait finalement rare en cette &#233;poque o&#249; la jeunesse insurg&#233;e &#8211; avant de se ranger &#8211; ne s'int&#233;ressait, pour beaucoup, qu'&#224; elle-m&#234;me. Pour Thierry comme pour moi, les secrets que d&#233;tenaient, et parfois racontaient, les vieux de la vieille nous remplissaient de joie, une joie intense, celle qui na&#238;t du sentiment de s'inscrire dans une indispensable continuit&#233; historique. Le pr&#233;sentisme, je l'avoue, n'&#233;tait pas notre excitant favori.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est sans doute pour cela que, nourris de cette longue histoire, Thierry, pour l'Alliance syndicaliste, et moi-m&#234;me, pour &lt;i&gt;Frente Libertario&lt;/i&gt;, nous f&#251;mes, avec Jacky Toublet (1940-2002) et Alain P&#233;cunia (1945-2024) notamment, tr&#232;s actifs dans l'aventure du Comit&#233; Espagne libre &#8211; organisme cofond&#233; en novembre 1973 par les deux entit&#233;s &#8211; et dont l'ambition &#233;tait d'&#233;largir au maximum la campagne en faveur de Salvador Puig Antich, condamn&#233; &#224; mort par le r&#233;gime franquiste. Je me souviens, par ailleurs, qu'au lendemain de l'ex&#233;cution des derniers prisonniers politiques du franquisme eut lieu, le 1er novembre 1975, une immense marche vers Hendaye dont le Comit&#233; Espagne libre &#233;tait l'un des coordinateurs. Thierry &#233;tait en premi&#232;re ligne. Dans l'un des cars que nous avions affr&#233;t&#233;s, il m'en reste le souvenir attendri du r&#244;le d'animateur qu'il y joua sur le long chemin du retour en poussant la chansonnette et en faisant partager sa claire passion, jamais d&#233;mentie, pour le blues, dont il &#233;tait probablement l'un des meilleurs connaisseurs en France. En atteste le succ&#232;s d'estime et de fid&#233;lit&#233; que lui apport&#232;rent, quelque quarante ann&#233;es durant, son &#233;mission parisienne &#171; Blues en libert&#233; &#187; sur Radio libertaire, devenue &#171; Blues bordelais &#187; sur &#171; La Cl&#233; des ondes &#187;. Son phras&#233;, son savoir, sa verve, son humour firent le succ&#232;s de ses deux &#233;missions qu'il pr&#233;para, chaque semaine, m&#233;ticuleusement et avec amour. Car Thierry, quand il s'engageait, pour une cause, ne faisait rien &#224; moiti&#233;. Il &#233;tait au fond l'h&#233;ritier d'une longue histoire o&#249;, contrairement &#224; ce que pr&#233;tendit un slogan de l'apr&#232;s-68, le militantisme n'&#233;tait pas le &#171; stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation &#187;, mais la condition de l'&#233;mancipation par sa mise en pratique concr&#232;te. En r&#233;alit&#233;, il pouvait &#234;tre les deux &#224; la fois.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Chez les libertaires que nous &#233;tions, le travail syndicaliste et les corv&#233;es qu'il imposait parfois pouvaient se marier avec les passions les plus diverses. Chez Thierry, elles n'&#233;taient pas contradictoires. Elles tenaient d'un m&#234;me d&#233;sir pour la libert&#233; sans rivages. Une distribution de tracts devant une usine occup&#233;e en chantonnant du Howlin' Wolf ou du Muddy Waters, c'est apr&#232;s tout une mani&#232;re comme une autre d'op&#233;rer la synth&#232;se. Et, pour le coup, l'ami Thierry, qui s'y connaissait autant en blues qu'en histoire du mouvement ouvrier, savait que tout &#233;tait question de rythme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En ce jour funeste o&#249; j'appends qu'il nous a quitt&#233;s, je pense &#224; Fabienne, sa compagne, &#224; Julien et Delphine, ses enfants, et &#224; tous les amis qui, anarchistes ou/et fans de blues, ont perdu un fr&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Salut, compagnon ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/blues-music-graphic.jpg?1783101780' width='500' height='260' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/drapeau_rouge_et_noir-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/drapeau_rouge_et_noir-2.jpg?1783101819' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En d&#233;fense de Victor Serge</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1186</link>
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		<dc:date>2026-07-06T07:36:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Contre les lectures qui voudraient faire de Victor Serge un ren&#233;gat pass&#233; &#224; l'anticommunisme de guerre froide, il faut rappeler qu'il demeura jusqu'au bout un socialiste antistalinien, attach&#233; &#224; sauver l'id&#233;e socialiste de sa confiscation bureaucratique. Nous &#233;crivons depuis des traditions politiques et intellectuelles diff&#233;rentes. Cette diff&#233;rence n'est pas secondaire. Elle nous &#233;vite, pr&#233;cis&#233;ment, d'enfermer Victor Serge dans une interpr&#233;tation tendancieuse et de le juger &#224; partir d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_une-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_une-11.jpg?1782809206' width='500' height='771' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Contre les lectures qui voudraient faire de Victor Serge un ren&#233;gat pass&#233; &#224; l'anticommunisme de guerre froide, il faut rappeler qu'il demeura jusqu'au bout un socialiste antistalinien, attach&#233; &#224; sauver l'id&#233;e socialiste de sa confiscation bureaucratique.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-116-e5e2d.jpg?1782809642' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2846 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/en_de_fense_de_victor_serge_albertani__.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 458.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;crivons depuis des traditions politiques et intellectuelles diff&#233;rentes. Cette diff&#233;rence n'est pas secondaire. Elle nous &#233;vite, pr&#233;cis&#233;ment, d'enfermer Victor Serge dans une interpr&#233;tation tendancieuse et de le juger &#224; partir d'un tribunal r&#233;trospectif o&#249; chaque moment de sa vie annoncerait son suppos&#233; anticommunisme final. Que l'on vienne de l'anarchisme, du trotskisme, du socialisme r&#233;volutionnaire ou d'autres courants de la gauche critique, une chose devrait rester commune : le refus de transformer une vie travers&#233;e par les combats, les d&#233;faites et la r&#233;sistance en proc&#232;s d'intention.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est pourtant ce que fait trop souvent Mitchell Abidor dans &lt;i&gt;Victor Serge : Unruly Revolutionary&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le livre contient des mat&#233;riaux utiles, parfois des documents importants, et il serait absurde de le nier. Le probl&#232;me n'est pas qu'il soit s&#233;v&#232;re avec Serge. Mais son geste interpr&#233;tatif central nous para&#238;t profond&#233;ment vici&#233;. S'appuyant sur des demi-v&#233;rit&#233;s, une psychologie polici&#232;re, des omissions et des calomnies pures et simples, Abidor jette le doute sur un pr&#233;tendu manque de sinc&#233;rit&#233; et une hypocrisie ou duplicit&#233; de Serge. C'est en ce sens que nous parlons de falsification : non parce que tout serait faux, mais parce qu'un usage orient&#233; de mat&#233;riaux r&#233;els produit une image fauss&#233;e de Victor Serge. La falsification ne consiste pas toujours &#224; inventer des faits ; elle peut consister &#224; les disposer de telle mani&#232;re qu'ils ne signifient plus ce qu'ils signifiaient dans leur contexte. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le probl&#232;me d'Abidor n'est pas seulement politique, ni m&#234;me litt&#233;raire : il est aussi personnel. Apr&#232;s avoir pass&#233; des ann&#233;es &#224; &#233;tudier et traduire l'&#339;uvre de Serge, il se sent tromp&#233;, d&#233;&#231;u, presque trahi. Nous ne croyons pas qu'une bonne biographie puisse se construire sur le ressentiment. On pourrait croire que cette animosit&#233; tient &#224; l'adh&#233;sion de Serge au Parti bolchevik en 1919, lorsqu'il abandonna son anarchisme de jeunesse. Il n'en est rien. Dans son r&#233;cit de la jeunesse de Serge, il traite le mouvement anarcho-individualiste, auquel Serge a particip&#233; activement pendant une dizaine d'ann&#233;es, avec peu de sympathie. Plus grave encore, il va jusqu'&#224; laisser planer un soup&#231;on policier sur le jeune Serge : &#224; propos de l'affaire Liabeuf&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette affaire, voir ici&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il souligne que le socialiste Gustave Herv&#233; fut condamn&#233; pour des propos analogues tandis que Serge, lui, ne fut pas inqui&#233;t&#233;, tout en reconnaissant qu'aucun document policier ne permet d'expliquer cette diff&#233;rence. L'aveu d'absence de preuve n'emp&#234;che donc pas celui recherch&#233; : faire de l'absence d'archive non pas une limite de l'enqu&#234;te, mais le support d'une insinuation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais c'est sur les derni&#232;res ann&#233;es que la d&#233;monstration d'Abidor se concentre tout naturellement. Oui, le dernier Serge conna&#238;t un durcissement tr&#232;s marqu&#233; de son antistalinisme. Oui, certaines lettres, certains carnets, certains jugements donnent prise &#224; la discussion. Oui, l'exil mexicain, les violences staliniennes, la m&#233;moire des proc&#232;s de Moscou, la guerre mondiale, l'assassinat de Trotski, les d&#233;faites accumul&#233;es et l'isolement politique p&#232;sent lourdement sur ses formulations tardives. Le nier serait absurde. Mais reconna&#238;tre ce durcissement ne suffit pas &#224; donner raison &#224; Abidor. La vraie question est celle de son interpr&#233;tation. Faut-il y voir une conversion d&#233;finitive &#224; l'anticommunisme de bloc ? Nous ne le croyons pas. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut le r&#233;p&#233;ter : Abidor lit Serge &#224; travers sa propre lentille &#233;motionnelle &#8211; ce qu'il appelle son &#171; paradigme int&#233;rieur &#187; &#8211; et le soup&#231;onne d'insinc&#233;rit&#233;, comme si Serge exprimait des opinions qu'il ne pensait pas r&#233;ellement. L'argument central d'Abidor est que Serge serait devenu, dans ses derni&#232;res ann&#233;es, un anticommuniste int&#233;gral et parano&#239;aque &#8212; un &#171; &lt;i&gt;full-on, paranoid anti-communist&lt;/i&gt; &#187;. Cette th&#232;se repose sur un pr&#233;suppos&#233; qu'Abidor tient pour acquis et qu'il n'examine pas : l'id&#233;e que l'Union sovi&#233;tique sous Staline repr&#233;sentait encore, si d&#233;form&#233; f&#251;t-il, le projet socialiste. Fait incroyable, il accepte que l'URSS ait bel et bien &#233;t&#233; un &#201;tat communiste &#8211; ce qui, au passage, est absurde pour quelqu'un qui pr&#233;tend &#234;tre proche de la tradition anarchiste. Il va m&#234;me jusqu'&#224; la d&#233;signer comme &#171; le seul &#201;tat socialiste &#187; (&lt;i&gt;the only socialist state&lt;/i&gt;, p. 326), sans prendre s&#233;rieusement en compte l'analyse de Serge, pour qui le stalinisme repr&#233;sentait un syst&#232;me antith&#233;tique au socialisme, en derni&#232;re analyse antisocialiste et antihumain. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Heureusement, nous n'avons pas besoin de d&#233;duire les positions de Serge : elles apparaissent clairement dans ses essais et articles, notamment dans &lt;i&gt;Pour un renouvellement du socialisme&lt;/i&gt;, texte mexicain des ann&#233;es 1940 publi&#233; en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Masses, Socialisme et Libert&#233;&lt;/i&gt;, juin 1946. Serge y affirme que collectivisme et socialisme ont cess&#233; d'&#234;tre synonymes : &#171; Nous d&#233;couvrons en m&#234;me temps que le collectivisme n'est pas, comme on fut tent&#233; de l'admettre, synonyme de socialisme, et peut m&#234;me rev&#234;tir des formes antisocialistes d'exploitation du travail et de m&#233;pris de l'homme. &#187; La d&#233;finition du socialisme tend d&#232;s lors &#224; mettre l'accent moins sur l'organisation &#233;conomique que sur l'organisation politique et juridique, c'est-&#224;-dire sur les droits de l'homme et le probl&#232;me de la libert&#233;. Dans le manuscrit in&#233;dit &lt;i&gt;&#201;conomie dirig&#233;e et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, tel qu'il est connu par sa traduction anglaise, Serge analyse la &#171; planification &#187; sovi&#233;tique comme sa propre antith&#232;se : non pas la r&#233;gulation consciente de la soci&#233;t&#233; par des producteurs librement associ&#233;s, telle que Marx la d&#233;finissait, mais des directives impos&#233;es d'en haut comme des oukases &#8211; humainement impossibles, jamais accomplies, une absence de plan se faisant passer pour de la planification. Il d&#233;crit l'URSS comme un syst&#232;me fonctionnant par la terreur contre sa propre classe ouvri&#232;re, sous la dictature de Staline, du secr&#233;tariat et de la police secr&#232;te. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une lettre de Serge &#224; Ren&#233; Lefeuvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, lettre &#224; Ren&#233; Lefeuvre, reproduite dans Victor Serge, 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, incluse dans l'&#233;dition de 1984 de &lt;i&gt;16 fusill&#233;s &#224; Moscou&lt;/i&gt;, montre &#233;galement un homme pr&#233;occup&#233; par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, tr&#232;s diff&#233;rent de la caricature d'Abidor : &#171; Je comprends que le danger stalinien t'alarme. Mais il ne doit pas nous faire perdre notre vision d'ensemble. Nous ne devons pas faire le jeu d'un bloc anti-communiste, et, apr&#232;s les premiers num&#233;ros de Masses, nous avons m&#233;rit&#233; ce reproche. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut dire la m&#234;me chose des &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt;. En septembre 1944, Serge &#233;crit que &#171; le combat est ouvert entre le PC totalitaire et la d&#233;mocratie socialiste &#187; ; il pr&#233;cise aussit&#244;t que l'opposition d&#233;cisive ne se situe plus, comme en 1917-1918, entre &#171; r&#233;volution socialiste &#187; et &#171; r&#233;action capitaliste &#187;, mais entre &#171; totalitarisme stalinien &#187; et &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, Carnets (1936-1947), &#233;d. Claudio Albertani et Claude Rioux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D'autant que, dans les textes des m&#234;mes ann&#233;es, Serge continue de raisonner dans une langue socialiste, ouvri&#232;re et r&#233;volutionnaire. En 1942, &#224; propos de l'Espagne, il &#233;crit que les objectifs de la r&#233;volution d&#233;mocratique &#171; ne peuvent &#234;tre atteints que par les masses socialistes &#187; et doivent &#234;tre d&#233;pass&#233;s par de grandes mesures de &#171; nationalisation impliquant le plan &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, Carnets (1936-1947), &#233;dition &#233;tablie par Claudio Albertani et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En septembre 1944 encore, m&#234;me lorsqu'il oppose le &#171; PC totalitaire &#187; &#224; la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187;, il formule l'alternative en termes de &#171; totalitarisme stalinien &#187; contre &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;, non de ralliement au lib&#233;ralisme occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 554-555&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;Protean Magazine&lt;/i&gt; en d&#233;cembre 2025&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible ici in : Andrew Holter, &#171; Victor Serge, Turncoat Radical ? &#187; [&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Abidor d&#233;clare : &#171; [Serge] voulait &#234;tre un intellectuel new-yorkais. &#192; la fin de sa vie, s'il avait pu &#234;tre n'importe quoi au monde, il aurait &#233;t&#233; un intellectuel juif new-yorkais. &#187; Ce n'est pas de la biographie. C'est une projection d'Abidor. Il voit dans l'insistance de Serge sur le respect de l'individu une position antimarxiste. C'est m&#233;conna&#238;tre &#224; la fois Marx et Serge. La libert&#233; humaine et l'accomplissement de soi ne peuvent devenir possibles qu'avec l'abolition du capitalisme, qui r&#233;duit l'individu &#224; une marchandise. Rosa Luxemburg insistait sur la libert&#233; de pens&#233;e individuelle, y compris pour les adversaires. Serge aussi. Son exp&#233;rience politique ne l'a pas conduit &#224; renoncer au socialisme apr&#232;s le triomphe de Staline, mais &#224; l'enrichir d'une d&#233;claration des droits humains. Dans &#171; Pour un renouvellement du socialisme &#187;, publi&#233; dans &lt;i&gt;Masses, Socialisme et Libert&#233;&lt;/i&gt;, en juin 1946, il appelle explicitement &#224; mettre &#224; jour la pens&#233;e marxiste &#224; la lumi&#232;re de la psychologie, de la technologie moderne et des nouvelles formations sociales. C'&#233;tait un renouvellement, non un rejet. Serge s'effor&#231;ait de penser &#224; nouveaux frais le paysage de l'apr&#232;s-guerre, seul, priv&#233; de la g&#233;n&#233;ration r&#233;volutionnaire qui avait compris de l'int&#233;rieur &#224; la fois le marxisme et le stalinisme. Il pouvait en percevoir les tendances, mais il mourut au moment m&#234;me o&#249; la guerre froide prenait forme, avant que ses contours complets ne soient visibles. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Abidor accorde beaucoup d'importance au fait que Serge fut le correspondant mexicain de &lt;i&gt;The New Leader&lt;/i&gt;, qu'il traite comme la preuve d'une convergence id&#233;ologique avec la social-d&#233;mocratie de droite (p. 334). La v&#233;rit&#233; est plus simple : Serge &#233;crivait l&#224; o&#249; il pouvait &#234;tre publi&#233; et pay&#233;, car, comme nous le savons tous, il vivait de sa plume et il lui &#233;tait tr&#232;s difficile de trouver des journaux dispos&#233;s &#224; l'accueillir. &lt;i&gt;The New Leader&lt;/i&gt; permettait une pluralit&#233; de points de vue que la presse trotskiste n'acceptait pas. Dans le m&#234;me temps, Serge &#233;crivait aussi pour &lt;i&gt;Politics&lt;/i&gt;, la revue de Dwight Macdonald, d'orientation libertarienne de gauche. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voici le Serge des derni&#232;res ann&#233;es : non pas un anticommuniste, non pas un combattant de la guerre froide, mais un r&#233;sistant, un grand &#233;crivain &#8211; Abidor ne dit pas un mot de l'importance de ses po&#232;mes et de ses romans pour comprendre la trag&#233;die d'une r&#233;volution qui se d&#233;vore elle-m&#234;me &#8211;, un dissident, un penseur socialiste cherchant &#224; renouveler une tradition dans des conditions d'adversit&#233; extr&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Serge meurt en novembre 1947. La doctrine Truman avait &#233;t&#233; proclam&#233;e en mars ; le Congr&#232;s pour la libert&#233; de la culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'appareil culturel de la CIA, l'architecture id&#233;ologique compl&#232;te de l'anticommunisme de guerre froide, tout cela est post&#233;rieur &#224; sa mort. Les projeter sur lui n'est pas une interpr&#233;tation : c'est un anachronisme. Il est anhistorique de supposer, comme le fait Abidor &lt;i&gt;sotto voce&lt;/i&gt; dans l'entretien cit&#233; avec &lt;i&gt;Protean&lt;/i&gt;, que Serge &#171; aurait &#187; soutenu les Am&#233;ricains au Vietnam. Apr&#232;s avoir reconnu que de tels suppos&#233;s contrefactuels sont &#171; sans int&#233;r&#234;t &#187;, Abidor en produit pourtant un lui-m&#234;me, au d&#233;triment de son propre travail. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cinq mois avant sa mort, dans une lettre du 22 juin 1947 adress&#233;e &#224; l'&#233;crivain ukrainien Hryhory Kostiuk &#8211; qui publiait sous le nom de Podoliak &#8211;, Serge affirmait : &#171; Je demeure &#8211; in&#233;branlablement &#8211; socialiste, partisan du socialisme d&#233;mocratique. Le syst&#232;me contre lequel j'ai lutt&#233; et continue de lutter &#8211; et que vous connaissez par exp&#233;rience &#8211;, je le consid&#232;re comme une forme de totalitarisme, c'est-&#224;-dire quelque chose de nouveau, mais d'extr&#234;mement inhumain et antisocialiste. &#187; Kostiuk n'&#233;tait pas un lib&#233;ral occidental ni un anticommuniste de guerre froide : c'&#233;tait un intellectuel r&#233;volutionnaire ukrainien qui avait fait directement l'exp&#233;rience de la terreur sovi&#233;tique, et le r&#233;dacteur de la revue dans laquelle Serge avait publi&#233;. Ce n'est pas le portrait d'un homme s'installant dans l'anticommunisme de guerre froide. C'est celui d'un homme luttant pour sa survie et pour faire entendre sa voix contre l'isolement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La recension d'an Birchall [&lt;a href=&#034;https://jacobin./2026/04/victor-serge-biography-literature-russian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt; ]] dans &lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt; doit &#234;tre distingu&#233;e du livre d'Abidor et de l'entretien avec &lt;i&gt;Protean&lt;/i&gt;. Elle est plus s&#233;rieuse, plus instruite, plus retenue. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi sa concession finale nous para&#238;t pr&#233;occupante. Birchall rappelle utilement que Serge apporta &#171; une contribution remarquable &#224; la politique de la gauche socialiste &#187;, mais il accepte en partie le cadrage d'Abidor lorsqu'il &#233;crit que, dans ses derni&#232;res ann&#233;es, Serge aurait vu le communisme comme l'&#171; ennemi principal &#187; (&lt;i&gt;main enemy&lt;/i&gt;). La prudence de Birchall demeure r&#233;elle : il reconna&#238;t qu'on ne peut que sp&#233;culer sur ce qu'aurait fait Serge face &#224; la Cor&#233;e ou au Vietnam. Mais une fois admise l'id&#233;e du &lt;i&gt;main enemy&lt;/i&gt;, le risque est grand de faire glisser Serge vers une identit&#233; politique que ses textes ne confirment pas. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce point est d'autant plus frappant que Birchall avait lui-m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/birchall/2003/xx/serge.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soulign&#233;&lt;/a&gt;, &#224; propos de la lettre &#224; Lefeuvre, une autre direction possible. Cette lettre montre un Serge alarm&#233; par le stalinisme, mais refusant explicitement de faire le jeu d'un bloc anticommuniste. Elle oblige donc &#224; r&#233;sister aux lectures trop lin&#233;aires : Serge ne cesse pas d'&#234;tre socialiste parce qu'il fait du stalinisme un danger central. Il tente, dans des conditions tragiques, de maintenir une position r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante entre la bureaucratie stalinienne et le camp occidental. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Abidor confond les registres, amalgame les temporalit&#233;s, substitue la rh&#233;torique de l'&#233;vidence &#224; l'analyse. La pol&#233;mique d'un proscrit n'est pas un programme. L'amertume d'un exil&#233; n'est pas une doctrine. Une phrase outranci&#232;re n'est pas une strat&#233;gie. Un homme traqu&#233; par le stalinisme &#224; Mexico, vivant dans un univers d'assassinats, de menaces et de r&#232;glements de compte, peut produire des formulations terribles. Mais on ne gagne rien &#224; transformer ces formulations en certificat d'appartenance &#224; une famille politique d&#233;finitivement constitu&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Victor Serge fut un homme de contradictions, non un homme de reniement simple. Sa vie et son &#339;uvre n'appellent ni canonisation ni acquittement ; elles exigent mieux : qu'on les lise &#224; leur hauteur, sans les forcer &#224; entrer dans une identit&#233; terminale d&#233;j&#224; fabriqu&#233;e. R&#233;pondre au livre d'Abidor, ce n'est donc pas d&#233;fendre une image pieuse de Victor Serge. C'est refuser qu'une vie r&#233;volutionnaire soit ramen&#233;e au format &#233;triqu&#233; d'un acte d'accusation. On peut relever chez Serge des erreurs, des impasses, des glissements, parfois m&#234;me des formulations contestables. Mais il y a une diff&#233;rence entre critiquer une trajectoire et l'abaisser m&#233;thodiquement ; entre lire des contradictions et les exploiter comme des pi&#232;ces &#224; conviction ; entre faire de l'histoire et instruire un proc&#232;s. Serge a pu se tromper, h&#233;siter, se contredire. Mais ceux qui pr&#233;tendent le juger en rabattant son itin&#233;raire sur une fable de reniement ne r&#233;futent pas Serge : ils substituent &#224; la complexit&#233; d'une vie la petitesse d'un verdict. C'est l&#224; que commence la falsification. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Serge qui se d&#233;gage de ses romans, de ses po&#232;mes et de sa correspondance n'est pas l'homme qu'Abidor d&#233;crit dans les derni&#232;res pages de son livre. C'est un homme &#233;prouv&#233; par les adversit&#233;s, qui ne crut pas &#224; ce &#171; dieu qui a failli &#187;. &#192; la diff&#233;rence des trajectoires r&#233;unies dans &lt;i&gt;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres, traduction fran&#231;aise de The God That Failed, est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Serge ne convertit pas la faillite du stalinisme en faillite du socialisme. Il ne renon&#231;a pas &#224; l'&#233;mancipation collective ; il chercha au contraire &#224; d&#233;gager le socialisme de sa confiscation bureaucratique et totalitaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est pourquoi il faut, pour finir, opposer &#224; la logique du soup&#231;on le t&#233;moignage humain d'un po&#232;te : Octavio Paz, qui rencontra Serge au Mexique en 1942, a laiss&#233; de lui un portrait qui rend d&#233;risoires les reconstructions polici&#232;res : &#171; J'ai &#233;t&#233; imm&#233;diatement attir&#233; par Serge. J'ai longuement parl&#233; avec lui et je conserve deux lettres de lui [&#8230;]. Rien n'est plus &#233;loign&#233; de la p&#233;danterie des dialecticiens que la sympathie humaine de Serge, sa simplicit&#233; et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;. Une intelligence sensible. Malgr&#233; les souffrances, les &#233;checs, les longues ann&#233;es de discussions politiques arides, il avait su conserver son humanit&#233;. [&#8230;] Victor Serge &#233;tait pour moi l'exemple m&#234;me de la fusion de deux qualit&#233;s oppos&#233;es : l'intransigeance morale et intellectuelle avec la tol&#233;rance et la compassion.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Octavio Paz, Itinerario, Mexico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica, 1993, pp. 75-76.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Claudio ALBERTANI,&lt;br/&gt;
Susan WEISSMAN&lt;br/&gt;
et Christian DUBUCQ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-116-e5e2d.jpg?1782809642' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Claudio Albertani&lt;/strong&gt; est historien et professeur &#224; l'Universit&#233; autonome de Mexico. Il est l'auteur de Rebeli&#243;n y anarquia. El joven Victor Serge (1890-1919) , publi&#233; en espagnol aux &#233;ditions Pepitas de Calabaza en 2025, paru en italien sous le titre Il giovane Victor Serge. Ribellione e anarchia (1890-1919) aux &#233;ditions BFS en 2024 et traduit en fran&#231;ais, sous le titre Le jeune Victor Serge. R&#233;bellion et anarchie (1890-1919) aux &#233;ditions Libertalia en 2025 . Il a &#233;tabli, avec Claude Rioux, l'&#233;dition des Carnets (1936-1947) de Victor Serge, parus chez Agone en 2012 . &lt;strong&gt;Susan Weissman&lt;/strong&gt; est professeure de science politique &#224; Saint Mary's College of California. Elle est l'autrice de Victor Serge : The Course is Set on Hope (Verso, 2001), publi&#233; en fran&#231;ais sous le titre Dissident dans la r&#233;volution. Victor Serge, une biographie politique (Syllepse, 2006) , puis de Victor Serge : A Political Biography (Verso, 2013, deuxi&#232;me &#233;dition augment&#233;e). Elle anime Beneath the Surface sur KPFK 90.7 FM Los Angeles et a particip&#233; au lancement du podcast Jacobin Radio . &lt;strong&gt;Christian Dubucq&lt;/strong&gt; est traducteur en fran&#231;ais de l'ouvrage de Claudio Albertani sur le jeune Victor Serge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, coll. &#171; Revolutionary Lives &#187;, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette affaire, voir &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Liabeuf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitchell Abidor, Victor Serge : &lt;i&gt;Unruly Revolutionary&lt;/i&gt;, Londres, Pluto Press, 2025, chap. 3, &#171; Paris &#187;, p. 42, EPUB. Abidor souligne que Gustave Herv&#233; fut condamn&#233; pour des propos proches de ceux de Serge sur Liabeuf, tandis que Serge resta &#171; &lt;i&gt;undisturbed by the police&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; non inqui&#233;t&#233; par la police &#187;. Il ajoute pourtant : &#171; &lt;i&gt;There are no police records indicating why they left Serge in peace&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; Il n'existe aucun dossier de police indiquant pourquoi ils laiss&#232;rent Serge tranquille &#187;. L'absence de preuve, au lieu de suspendre le soup&#231;on, devient ici le mat&#233;riau m&#234;me de l'insinuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, lettre &#224; Ren&#233; Lefeuvre, reproduite dans Victor Serge, &lt;i&gt;16 fusill&#233;s &#224; Moscou&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;d. Paris, Cahiers Spartacus, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, &lt;i&gt;Carnets (1936-1947)&lt;/i&gt;, &#233;d. Claudio Albertani et Claude Rioux, Marseille, Agone, 2012, pp. 554-555.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, &lt;i&gt;Carnets (1936-1947)&lt;/i&gt;, &#233;dition &#233;tablie par Claudio Albertani et Claude Rioux, Marseille, Agone, 2012, pp. 212-213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 554-555&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://proteanmag.com/2025/12/18/victor-serge-turncoat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible ici&lt;/a&gt; in : Andrew Holter, &#171; Victor Serge, Turncoat Radical ? &#187; [&#171; Victor Serge, radical ren&#233;gat ? &#187;], entretien avec Mitchell Abidor, &lt;i&gt;Protean Magazine&lt;/i&gt;, 18 d&#233;cembre 2025. Dans cet entretien, Abidor reconna&#238;t d'abord qu'on ne peut pas savoir si Serge aurait suivi Boris Souvarine en soutenant les &#201;tats-Unis au Vietnam, puis ajoute &lt;i&gt;sotto voce : &#171; He would have &#187;&lt;/i&gt; &#8212; &#171; Il l'aurait fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, traduction fran&#231;aise de &lt;i&gt;The God That Failed&lt;/i&gt;, est un ouvrage collectif publi&#233; en anglais en 1949, puis en fran&#231;ais en 1950 chez Calmann-L&#233;vy. Introduit par Richard Crossman et, dans l'&#233;dition fran&#231;aise, accompagn&#233; d'une postface de Raymond Aron, il r&#233;unit les t&#233;moignages d'Arthur Koestler, Ignazio Silone, Richard Wright, Andr&#233; Gide, Louis Fischer et Stephen Spender sur leur rupture avec le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Octavio Paz, &lt;i&gt;Itinerario&lt;/i&gt;, Mexico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica, 1993, pp. 75-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre l'oppresseur liquide</title>
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		<dc:date>2026-06-29T07:23:28Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Mathieu L&#201;ONARD Sobres pour la r&#233;volution Nada, 2026, 192 p. Parfois les choses se font et prennent leur sens apr&#232;s. Par exemple, apr&#232;s avoir rendu compte des bouquins d'amis aupr&#232;s desquels j'ai fait mes armes au sein du mensuel CQFD, Bruno Le Dantec et &#201;milien Bernard , v'l&#224; que s'invite dans la boucle des recensions &#224;-contretemporelles le copain Mathieu L&#233;onard, ex-membre lui aussi du pr&#233;cit&#233; mensuel de critique sociale marseillais. Rassurons notre lectorat : les anciennes ligues du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_couv-9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_couv-9.jpg?1782229618' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; Mathieu L&#201;ONARD &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Nada, 2026, 192 p. &lt;br/&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2847 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/contre_l_oppresseur_liquide_navarro_-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 412.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parfois les choses se font et prennent leur sens apr&#232;s. Par exemple, apr&#232;s avoir rendu compte des bouquins d'amis aupr&#232;s desquels j'ai fait mes armes au sein du mensuel &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, Bruno Le Dantec&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Hommage d'un fils &#187;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#201;milien Bernard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Viva Amexica &#187;.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, v'l&#224; que s'invite dans la boucle des recensions &#224;-contretemporelles le copain Mathieu L&#233;onard, ex-membre lui aussi du pr&#233;cit&#233; mensuel de critique sociale marseillais. Rassurons notre lectorat : les anciennes ligues du Chien rouge n'entendent aucunement prendre le pouvoir sur &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais alors comment interpr&#233;ter cet hommage indirect &#224; un canard ind&#233;pendant n&#233; en 2003 dont la devise est toujours de &#171; mordre et tenir &#187; et dont l'ADN pourrait se r&#233;sumer ainsi : &#171; souffler sur les braises &#187;. Les braises de quoi ? Des col&#232;res sociales, des refus de tout enr&#233;gimentement, des exp&#233;rimentations v&#233;cues en-dehors de la scl&#233;rose du salariat&#8230; Si &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; fut une &#233;cole, ce fut d'abord celle de l'immersion dans un journalisme sans carte de presse ni formation, job informel appris sur le tas : comment choisir et angler un sujet, retranscrire les t&#233;moignages, fabriquer un papier vivant, c'est-&#224;-dire d&#233;barrass&#233; de la foireuse &#171; objectivit&#233; &#187; journalistique, soit un mot pour les salauds, un mot pour les alternos. Parler depuis les marges pour d&#233;passer le marginal et viser l'universel, affilier les col&#232;res du pr&#233;sent &#224; celles d'hier car il n'est rien de plus fragile qu'une lutte contingente, oublieuse de ses racines&#8230;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Pour faire vivre le mensuel marseillais, il y avait des gueules. Entendre : des personnalit&#233;s enti&#232;res et bien camp&#233;es, tenues entre elles par des connivences difficiles &#224; d&#233;chiffrer. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ce fut d'abord un continent fait de blocs taiseux et rigolards, collection de bandits au savoir livresque, instruits des pi&#232;ges de l'id&#233;ologie, insensibles aux charmes m&#233;diatiques des cadors de la lutte, fouineurs jamais blas&#233;s et donc toujours curieux, &#224; l'aff&#251;t des petites mains semant des cailloux dans les rouages de la machine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Parmi ces gueules, l'historien Mathieu L&#233;onard participait, entre autres, &#224; la r&#233;daction des &#171; Vieux dossiers &#187;, soit autant de focus sur des r&#233;voltes pass&#233;es. Mais pas que : on l'a lu aussi auscultant le ventre de Marseille ou la col&#232;re des Gilets jaunes, feuilletonner le Rojava en lutte depuis les terres du Kurdistan, bref, &#224; l'instar de l'ensemble de la bande de la rue Consolat, se faire le relai de ce qui s'arc-boutait, &lt;i&gt;urbi et orbi&lt;/i&gt;, contre un monde toujours plus d&#233;gueulasse et pr&#233;dateur. Les meilleures choses devant se conclure, l'historien-journaliste finit par se reconvertir en vigneron dans le Vaucluse et fonder la digne cuv&#233;e &#171; Potlatch &#187;, &#171; un vin rouge &#233;labor&#233; dans la rusticit&#233;, sans intrants, sans sulfites ajout&#233;s ni levures artificielles&#8230; et sans autre myst&#232;re que celui de l'alchimie du vin. &#187; Une reconversion qui n'appela nullement l'auteur d'une excellente histoire de la Premi&#232;re Internationale &#8211; &lt;i&gt;L'&#201;mancipation des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu L&#233;onard, L'&#201;mancipation des travailleurs : une histoire de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; &#224; renoncer &#224; faire parler les archives de la m&#233;moire sociale. Fascin&#233; par la Commune de Paris, il se demande un jour ce qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit sur ces 72 jours qui &#233;branl&#232;rent l'Hexagone. Est-ce sa nouvelle vocation de vigneron qui influence alors ses recherches ou une fructueuse s&#233;rendipidit&#233; ? Quoi qu'il en soit, c'est tout en furetant du c&#244;t&#233; des barricadiers et des p&#233;troleuses de 1871 que l'historien-vigneron isole un agent actif sur lequel peu de choses ont &#233;t&#233; dites et pens&#233;es : l'alcool. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Paru en 2022, &lt;i&gt;L'Ivresse des communards&lt;/i&gt; d&#233;friche un terrain dont la richesse ne peut que surprendre tout lecteur, m&#234;me le plus averti. L'introduction annonce la couleur : &#171; Dans une certaine litt&#233;rature versaillaise, l'alcool est un outil symbolique servant &#224; discr&#233;diter la conduite d&#233;sinhib&#233;e du prol&#233;tariat qui bouleverse l'ordre social &#187;. L'ouvrage visite cette p&#233;riode hautement conflictuelle sise entre la fin du Second Empire et le d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Tra&#231;ant les contours d'une sociologie infamante associant classes laborieuses et classes dangereuses ou bien &#171; vicieuses &#187;, Mathieu L&#233;onard explique comment, grossissant une arm&#233;e prol&#233;tarienne s'entassant dans les villes pour louer ses bras, le d&#233;cha&#238;nement industriel provoque en retour une s&#233;rie d'ajustements politico-sociaux de la part des autorit&#233;s qui craignent la col&#232;re de la pl&#232;be. Apr&#232;s les travaux haussmanniens cens&#233;s promouvoir une hygi&#232;ne urbaine (mais aussi permettre &#224; la troupe de mater plus efficacement les insurrections populaires), les &#233;lites s'int&#233;ressent &#224; la sant&#233; des prolos jug&#233;s trop prestes &#224; lever le coude. Rappelons &#224; titre purement contextuel que, &#224; cette &#233;poque, l'eau dite potable est toujours suspecte d'&#234;tre vectrice de maladies. En cons&#233;quence de quoi le vin, la bi&#232;re et le cidre sont consid&#233;r&#233;s comme des boissons fiables et hygi&#233;niques. Il est plus s&#251;r de siroter du rouge qui tache qu'un godet rempli &#224; la fontaine. Et nul ne peut nier que l'alcoolisme est un fl&#233;au de premier ordre. Qu'on en juge : 280 000 d&#233;bits de boisson sur le territoire en 1830, 354 000 en 1879, 482 000 en 1913, &#171; soit un d&#233;bit pour 80 habitants &#187; ! Le bar, l'estaminet, le bistrot : autant d'appellations pour un lieu ambivalent o&#249; le prolo peut liquider sa solde pour s'arsouiller mais aussi ourdir avec des camarades de lutte les plans de sa future &#233;mancipation. N'est-ce pas Balzac qui a qualifi&#233; le cabaret de &#171; parlement du peuple &#187; ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ambivalent aussi est l'alcool qui peut abrutir les vell&#233;it&#233;s r&#233;volutionnaires, remplir les caisses de l'&#201;tat et des alcooliers, mais aussi d&#233;sinhiber une col&#232;re sociale trop longtemps contenue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Absinthes frelat&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au chevet d'un monde ouvrier exploit&#233; dans des conditions ignobles et log&#233; dans des taudis, le monde m&#233;dical, d'essence bourgeoise, voit dans l'alcool une pathologie sociale venue nourrir la &#171; folie morale &#187; communarde. Conservateurs, les toubibs du XIXe assimilent l'alcool &#224; l'&#171; agent excitateur par excellence de toutes les perversions du c&#339;ur &#187;. Tour &#224; tour redout&#233;es et fantasm&#233;es, les libations collectives sont ces pr&#233;mices qui annoncent la tronche des puissants d&#233;coll&#233;e de leur tronc et fich&#233;e en haut d'une pique. D'o&#249; un discours prophylactique visant &#224; prot&#233;ger le corps social (et incidemment les profits de la classe dominante) de tout nouveau chambard r&#233;volutionnaire en criant haro sur la bibine. &#171; La bataille de l'hygi&#232;ne, &#233;crit Mathieu L&#233;onard, se double d'une passion militante contre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence nationale, la &#8220;n&#233;vrose r&#233;volutionnaire&#8221;, le &lt;i&gt;morbus democraticus&lt;/i&gt; (peste d&#233;mocratique) et les exaltations de la foule. Il faut discipliner les m&#339;urs et les corps des prol&#233;taires. &#187; La sant&#233; publique naissante tient avant tout d'une &#171; biopolitique &#187; et l'hygi&#233;nisme en vogue est cet horizon permettant de prot&#233;ger la race fran&#231;aise de toute corruption. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; C&#244;t&#233; r&#233;volutionnaires, on aurait tort de penser que l'ivrognerie est trait&#233;e &#224; la l&#233;g&#232;re. On sait les d&#233;g&#226;ts commis par certains spiritueux &#8211; ah ! les ravages de la f&#233;e verte, surtout en p&#233;riode d'interdiction quand circulent des absinthes frelat&#233;es, v&#233;ritables bombes &#224; fragmentation pour l'organisme. On a vu aussi les soudards d'en face, grognards de l'ordre bourgeois imbib&#233;s jusqu'au trognon, saccager, violer et massacrer. Si la Commune s'est accompagn&#233;e d'incontournables pillages de caves (dont le plus fameux reste les 40 000 bouteilles chour&#233;es &#224; Badinguet), elle fut aussi cette s&#233;quence o&#249; furent promulgu&#233;s des arr&#234;t&#233;s municipaux ayant pour but de &#171; faire cesser les troubles li&#233;s &#224; l'ivresse &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; C'est ce fil que va tirer Mathieu L&#233;onard dans &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt;. Contrairement &#224; ce que pourrait laisser entendre le titre, cet essai n'est en rien un plaidoyer moraliste pour l'abstinence. Il raconte comment le mouvement anarchiste, apr&#232;s les massacres de la Semaine sanglante, a su jouer de sa plasticit&#233; pour juguler ou neutraliser le p&#233;ril alcoolique. Un p&#233;ril qui n'a rien de fantasmagorique puisqu'en l'espace de trois g&#233;n&#233;rations (de 1830 &#224; 1900), la &#171; consommation pure par adulte passe de 15 &#224; 35 litres annuels &#187;. Tout comme &lt;i&gt;L'Ivresse des communards&lt;/i&gt;, le propos de &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt; est servi par une riche iconographie parmi laquelle on notera le trait mordant du caricaturiste libertaire Jossot (1866-1951, de son vrai nom Henri Gustave Jossot) ou bien cette affiche radicale venue des rangs anarchistes espagnols pendant la r&#233;volution de 1936, l&#233;gend&#233;e ainsi : &#171; Borracho es un par&#225;sito &#8211; Elimin&#233;mosle ! &#187; L'ivrogne est un parasite &#8211; &#233;liminons-le ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; D&#233;fendre l'espace de sociabilit&#233; du cabaret comme un foyer d'humanit&#233; ou le d&#233;noncer comme un refuge d&#233;sesp&#233;r&#233; o&#249; le poison &#233;touffe la conscience, le dilemme conduit les anarchistes &#224; un d&#233;passement port&#233; par la vertu r&#233;volutionnaire et la promesse d'un monde o&#249; le bonheur rendrait l'ivresse inutile &#187;, synth&#233;tise habilement Mathieu L&#233;onard. Le n&#339;ud dialectique est l&#224; : si l'anarchisme entend briser les cha&#238;nes de l'oppression, comment consid&#233;rer l'alcoolisme sinon comme un obstacle &#224; la construction d'un esprit libre et d&#233;sentrav&#233; ? Comment construire un discours, robuste et non stigmatisant, sur l'&#233;thylisme &#224; distance des condamnations puritaines des ligues antialcooliques, du paternalisme patronal, de l'hypocrisie verbeuse des ensoutan&#233;s, de l'eug&#233;nisme racial du corps m&#233;dical ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si la lutte contre l'alcool n'a jamais &#233;t&#233; un mot d'ordre majeur des forces libertaires, il n'en demeure pas moins que ses d&#233;g&#226;ts, collat&#233;raux et souvent mis sous le boisseau, peuvent peser lourdement dans la structuration des groupes politiques et dans la confiance &#8211; fondamentale &#8211; sur laquelle doivent pouvoir compter leurs membres. Face &#224; ce casse-t&#234;te humain et strat&#233;gique, il faut saluer le travail minutieux du camarade L&#233;onard, patient &#233;plucheur d'archives, qui nous offre un expos&#233; clair et argument&#233; des diff&#233;rentes r&#233;ponses envisag&#233;es pour juguler l'&#233;pid&#233;mie de picole. Loi s&#232;che, temp&#233;rance, prohibition, morale abst&#232;me, tout un vocabulaire aujourd'hui disparu de notre pr&#233;sent mais qui a anim&#233; il y a plus d'un si&#232;cle les forces militantes conscientes du probl&#232;me mais voulant &#233;viter, pour la plupart d'entre elles, de virer dans un rigorisme r&#233;pressif. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;App&#233;tits sexuels du m&#226;le avin&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plut&#244;t que de partir de sch&#233;mas rigides dispensateurs de bons et mauvais points, Mathieu L&#233;onard est all&#233; d&#233;nicher des p&#233;pites comme cette citation relev&#233;e &#224; l'&#233;poque par l'&#233;crivain Octave Mirbeau (1848-1917). Fich&#233; dans une cellule de d&#233;grisement, un ouvrier tuberculeux r&#233;sume le tragique de sa condition : &#171; Moi, &#231;a va encore parce que je me saoule, de temps en temps, et que de me saouler &#231;a me nettoie la carcasse&#8230; Mais la femme&#8230; Mais les gosses !... Ils n'ont pas toujours de quoi manger &#224; leur faim !... &#199;a, c'est vrai, que si je buvais moins, ils pourraient peut-&#234;tre manger plus !... Mais, si je buvais pas, il y a longtemps que je serai mort !... Alors, quoi faire ? ... &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour certains, le n&#233;omalthusianisme est une r&#233;ponse. Partant du principe qu'un m&#226;le avin&#233; aura tendance &#224; exprimer lourdement ses app&#233;tits sexuels, la temp&#233;rance est vue comme un outil permettant de lutter contre la &#171; procr&#233;ation inconsciente &#187;. Le contr&#244;le des naissances, soulignons-le au passage, s'inscrit aussi dans &#171; une lutte pour l'autonomie des femmes &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Dans ce sillage, les naturiens tournent le dos &#224; la mystique du &#171; Grand soir &#187; port&#233;e par les organisations politiques et syndicalistes r&#233;volutionnaires. Si un monde nouveau, plus juste et &#233;galitaire, doit poindre, ce sera d'abord par une sanctuarisation des corps nettoy&#233;s des scories de la modernit&#233; o&#249; sont proscrits la viande, le tabac, l'alcool. Un si&#232;cle avant le v&#233;ganisme contemporain, une &#171; v&#233;ritable liturgie alimentaire &#187; trace &#171; une fronti&#232;re nette entre le pur et l'impur &#187;. &#171; L'assiette devient un champ de bataille et un manifeste pour une humanit&#233; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187;, souligne avec un brin d'ironie Mathieu L&#233;onard. Face &#224; certains exc&#232;s rigoristes, l'individualiste libertaire E. Armand, de son vrai nom Lucien Ernest Juin (1872-1962), pr&#244;ne la d&#233;tente et une main tendue vers &#201;picure : &#171; Les individualistes veulent la vie passionn&#233;e, ardente, surabondante en exp&#233;riences de toutes sortes, dionysaques ; ils ne la veulent pas r&#233;tr&#233;cie, &#233;triqu&#233;e, mesquine, pi&#232;tre. (&#8230;) Ils ne veulent pas davantage &#234;tre des &#8220;chastes&#8221; ou des &#8220;abstinents&#8221; &#8211; c'est-&#224;-dire des apeur&#233;s de la vie qui redoutent l'exp&#233;rience ou l'aventure &#8211; que des &#8220;d&#233;bauch&#233;s&#8221; ou des &#8220;ivrognes&#8221; &#8211;, c'est-&#224;-dire des d&#233;s&#233;quilibr&#233;s impuissants &#224; appr&#233;cier l'exp&#233;rience ou &#224; hasarder l'aventure. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Drogue dure ou manifestation culturelle, objet d'abrutissement individuel ou de jouissive socialisation, la passion alcoolique reste un vrai casse-t&#234;te philosophico-politique. Et la d&#233;dicace trac&#233;e en premi&#232;re page de &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt; par le camarade historien-vigneron n'aidera en rien &#224; trier le bon grain de l'ivresse : &#171; N'oublie pas que l'alcool est la source ET la solution de tous nos probl&#232;mes. &#187; On a connu sujet de philo plus saoulant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hommage d'un fils &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1167&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Viva Amexica &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathieu L&#233;onard, &lt;i&gt;L'&#201;mancipation des travailleurs : une histoire de la Premi&#232;re Internationale&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2011. Voir &#171; Aux origines de la vieille cause &#187;, la recension d'Herv&#233; Vilianac sur cet ouvrage majeur, disponible &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ng&#244; V&#259;n, &#233;loge du double front </title>
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		<dc:date>2026-06-22T07:07:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187; , celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__une-25-12c9f.jpg?1779901270' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/ngo_van_eloge_du_double_front.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 403 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, Au pays d'H&#233;lo&#239;se, L'insomniaque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, si proche, se lie &#224; sa jumelle, noble de majuscule. Il avait un peu plus de quatre-vingt-dix ans et en passa pr&#232;s de soixante en France. Singulier exil que celui-ci : le natif de T&#226;n L&#244;, hameau vietnamien situ&#233; &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Saigon &#8211; aujourd'hui H&#244;-Chi-Minh-Ville &#8211;, v&#233;cut la plus grande partie de son existence sur le sol d'une nation dont il avait combattu la pr&#233;sence sur celui de la sienne propre. Ng&#244; V&#259;n se consid&#233;rait comme un survivant. Un rescap&#233; des grands bris du si&#232;cle des camps de concentration, du Goulag, de la montre &#224; quartz et du code-barres.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Leur France et la n&#244;tre&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand la b&#234;tise porte une cravate, cela ressemble au d&#233;put&#233; UMP Bruno Le Maire : &#171; On ne critique pas l'histoire fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avait-il lanc&#233; en 2015 sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. Les porte-flingues du nationalisme v&#233;n&#232;rent le pass&#233; seulement s'il consent &#224; se taire &#8211; leur amertume les condamne &#224; errer dans de bien &#233;tranges vapeurs : photos sans voix et drapeaux mit&#233;s de r&#234;ves crev&#233;s. La m&#233;moire donne pourtant des couleurs &#224; l'avenir : elle fouette son sang, l'aiguille et l'aide &#224; d&#233;barbouiller la route.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce fut, dans les ann&#233;es 1910, une enfance m&#233;fiante &#224; l'endroit des compatriotes catholiques &#8211; n'avaient-ils pas d&#233;laiss&#233; leurs rites pour v&#233;n&#233;rer un Blanc au nez pointu, droit plant&#233; sur une croix ? D'aucuns contaient que la Vierge s'&#233;tait accoupl&#233;e avec un chien pour mettre bas au Christ&#8230; Ng&#244; V&#259;n, fils de petits paysans surveillant les buffles dans les champs de rizi&#232;re et &#233;crasant le manioc au pilon, a appris le fran&#231;ais &#224; l'&#226;ge de onze ans ; il lit Rousseau, Baudelaire, le romancier Jean Richepin et l'aviateur Roland Garros &#8211;, le premier avec force &#171; exaltation &#187;. Il n'en finit pas de lire et ach&#232;te ses ouvrages d'occasion dans les bric-&#224;-brac des vendeurs chinois. Des auteurs fran&#231;ais, mais pas seulement. C'est ainsi que, page apr&#232;s page, germe en lui la r&#233;volte ; il en vient &#224; s'int&#233;resser aux cercles r&#233;volutionnaires indochinois condamn&#233;s &#224; la clandestinit&#233; et ne tarde pas &#224; cacher certaines coupures de presse dans une bo&#238;te &#224; chaussures. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les ann&#233;es 1920 touchent &#224; leur terme : en France, les communistes se sont constitu&#233;s en parti et Andr&#233; Gide d&#233;nonce l'oppression coloniale de retour du Congo ; en Russie, Staline &#233;pure les administrations et lance la collectivisation forc&#233;e des campagnes ; en Alg&#233;rie, l'&#201;toile nord-africaine est dissoute par les autorit&#233;s imp&#233;riales. H&#244; Chi Minh, qui n'est encore que Nguyen Ai Quoc mais a d&#233;j&#224; publi&#233; l'implacable &lt;i&gt;Proc&#232;s de la colonisation fran&#231;aise&lt;/i&gt;, voyage entre la Crim&#233;e et la Russie, Berlin et Paris, la Suisse et l'Italie. L'&#233;crivain fran&#231;ais L&#233;on Werth, de retour d'Asie, sort quant &#224; lui le beau &lt;i&gt;Cochinchine&lt;/i&gt;, &#233;c&#339;ur&#233; par ce qu'il vit de la &#171; mission civilisatrice &#187; &#8211; l'Empire prend du bon temps, sirotant le sang des indig&#232;nes pour sa gloire et son prestige. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Un compagnon de chambre, Ph&#249;ng, comptable de profession, raconte &#224; V&#259;n les prisons et la faim dans les plantations, la torture et les conditions de vie des coolies. En 1930, des soldats vietnamiens de la garnison de Y&#234;n B&#225;i se mutinent. Le jeune Daniel Gu&#233;rin, qui n'est pas encore le penseur communiste libertaire que l'on gagnerait &#224; conna&#238;tre si cela n'est pas le cas, se trouve alors en Indochine : le drapeau de l'ind&#233;pendance est hiss&#233; par quelques insurg&#233;s et le pouvoir fait son office, aviation &#224; l'appui &#8211; &#171; Ce qui se levait, rapportera Gu&#233;rin dans les pages de son &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, c'&#233;tait le vent de la temp&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Autobiographie de jeunesse, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ng&#244; V&#259;n, dix-huit ans, suit au jour le jour les &#233;v&#232;nements. Bombardements, incendies, destruction de temples et d&#233;capitations : les droits de l'Homme grav&#233;s &#224; la feuille d'or. De son exil &#224; Hong Kong, H&#244; Chi Minh, fils de paysans lui aussi, rassemble les forces communistes et nationalistes au d&#233;but du mois de f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e : ainsi na&#238;t le Parti communiste vietnamien. &#171; Ouvriers, paysans, soldats, jeunes gens, &#233;l&#232;ves des &#233;coles, compatriotes opprim&#233;s et exploit&#233;s, amis, camarades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, L'Harmattan, 1990, p. 94.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, lance l'appel r&#233;dig&#233; par le leader marxiste : il importe de se battre contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et la bourgeoisie autochtone. H&#244; Chi Minh salue la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, alli&#233;e de l'imminente r&#233;volution vietnamienne, et propose dix points phares &#8211; parmi lesquels l'ind&#233;pendance totale de l'Indochine, la nationalisation des banques et des entreprises coloniales, la redistribution des plantations fran&#231;aises ou f&#233;odales aux paysans pauvres, la journ&#233;e de travail de huit heures, l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'&#233;galit&#233; entre les sexes. Ng&#244; V&#259;n peste contre les &#171; civilisateurs &#187; et &#171; l'arrogante soci&#233;t&#233; coloniale &#187; qui mus&#232;le &#171; le menu peuple &#187;, &#171; les petits et les sans-grade &#187; ; il dissimule des tracts r&#233;volutionnaires dans son v&#233;lo afin de les lire &#224; ses amis paysans, tout en tentant, p&#233;niblement, de saisir &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; de Marx. &#171; L'atmosph&#232;re r&#233;pressive r&#233;gnant alors dans tout le pays &#187; ne lui laisse d'autre choix que de s'engager : &#224; d'autres, la fatalit&#233; ! Il traduit &lt;i&gt;Le Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; en vietnamien et publie po&#232;mes et r&#233;cits naturalistes dans des p&#233;riodiques indig&#232;nes, puis milite au sein d'une petite organisation, l'Opposition de gauche &#8211; elle se montre critique &#224; l'endroit du Parti communiste, qu'elle accuse d'all&#233;geance &#224; Moscou et de d&#233;connexion avec les masses, le peuple. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Trotski contre Staline&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
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1935. Trotski va mourir dans cinq ans, le cr&#226;ne d&#233;fonc&#233; par un piolet dans son bureau mexicain. L'exil&#233; russe quitte alors la France pour la Norv&#232;ge. Staline, au pouvoir depuis le d&#233;c&#232;s de L&#233;nine (contre les derni&#232;res volont&#233;s de ce dernier), r&#233;gente l'URSS d'une poigne d'acier &#8211; il a &#233;cart&#233; son principal rival, ledit Trotski, porte-voix de l'Opposition de gauche, en l'expulsant de la Patrie des travailleurs au d&#233;but de l'ann&#233;e 1929. Dans son &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; sur des cahiers d'&#233;colier, l'ancien chef de l'Arm&#233;e rouge fulmine contre &#171; la clique des laquais de Staline &#187;, &#171; l'esprit born&#233; &#187; de ce dernier, sa soif de vengeance, son cynisme et ses d&#233;lires bureaucratiques &#8211; Joseph Staline n'est rien d'autre que le &#171; fossoyeur du parti et de la r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trotski, Journal d'exil, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Guide consid&#232;re quant &#224; lui L&#233;on Trotski comme l'un des &#171; espions et [d]es agents du fascisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les trotskistes comme une engeance toxique dont il faut se d&#233;barrasser sans plus tarder. Loin d'&#234;tre circonscrit &#224; la seule Russie, ce conflit s'est &#233;tendu aux quatre coins de la plan&#232;te ; Vi&#234;tnam compris. &lt;br/&gt;
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Les communistes vietnamiens se divisent donc entre une ligne &#171; officielle &#187; (celle du soutien &#224; l'URSS stalinienne) et une ligne &#171; h&#233;t&#233;rodoxe &#187;, critique, li&#233;e &#224; la contestation trotskiste du r&#233;gime. Au c&#339;ur des multiples points de divergences, autant humains qu'id&#233;ologiques, la question du cadre national. D&#232;s les ann&#233;es 1920, Staline a promu la notion de &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, autrement dit l'id&#233;e qu'il est possible et pensable d'&#339;uvrer &#224; l'abolition du mode de production capitaliste et/ou f&#233;odal sans attendre la &#171; r&#233;volution mondiale &#187; tant souhait&#233;e par L&#233;nine. &#192; l'inverse, Trotski jure de l'absurdit&#233; d'une telle conception : les &#201;tats modernes, pris dans les filets des march&#233;s mondiaux, ne peuvent s'&#233;manciper individuellement &#8211; le combat r&#233;volutionnaire doit tourner le dos aux instincts &#171; chauvins &#187;, &#171; patriotiques &#187; et &#171; nationalistes &#187; (autant de manifestations de l'imaginaire bourgeois) &#8211; afin d'embrasser l'&#233;mancipation internationaliste et globale. En tant que militant du Komintern, H&#244; Chi Minh se range derri&#232;re l'orientation officielle et double son marxisme-l&#233;ninisme d'un discours patriotique : pour convaincre les masses indig&#232;nes de se soulever contre l'occupant fran&#231;ais, pareil levier lui semble indispensable. Mais il serait fautif de n'y voir qu'une strat&#233;gie de fa&#231;ade : l'homme aime profond&#233;ment son pays et n'est pas un partisan de la &lt;i&gt;table rase&lt;/i&gt; (l'un de ses biographes le d&#233;crira comme peu dogmatique et tr&#232;s dialecticien : pass&#233;, pr&#233;sent et futur constituaient &#224; ses yeux des temporalit&#233;s qu'il ne fallait pas chercher &#224; disjoindre &#8211; l'historien Daniel H&#233;mery rapportera, dans &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, qu'il n'avait, contrairement &#224; Mao, &#171; gu&#232;re la fibre th&#233;orique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel H&#233;mery, H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam, Gallimard, 2004, p. 140.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). Il confie m&#234;me, en priv&#233; : &#171; Je suis un communiste mais ce qui m'importe en ce moment est l'ind&#233;pendance et la libert&#233; de mon pays, ce n'est pas le communisme. Je vous garantis personnellement que le communisme ne sera pas r&#233;alis&#233; au Vi&#234;t Nam avant une cinquantaine d'ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, Revue hebdomadaire l'Union, 1962.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
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Face &#224; la position pro-sovi&#233;tique du Parti communiste, Ng&#244; V&#259;n et quelques camarades b&#226;tissent la Ligue des communistes internationalistes pour la construction de la IVe Internationale (elle sera lanc&#233;e de France, par Trotski, en 1938). Contestant les accents nationalistes du Parti et redoutant, au lendemain de l'hypoth&#233;tique mais tant voulue ind&#233;pendance, la mainmise sur le Vi&#234;tnam libre de la bourgeoisie locale, les trotskistes aspirent &#224; faire entendre une autre voix : celle d'un socialisme radical et antistalinien. Imprimerie clandestine et ron&#233;o : le groupe publie deux bulletins militants, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; et L'Avant-Garde&lt;/i&gt;. La signature d'un trait&#233; d'assistance mutuelle entre l'URSS et les autorit&#233;s de la R&#233;publique fran&#231;aise les r&#233;vulse : comment la Russie, pr&#233;tendument progressiste, peut-elle pactiser avec un gouvernement colonial et bourgeois ? Une honte, voil&#224; tout. La preuve que Staline n'est pas le bienfaiteur des peuples opprim&#233;s qu'il pr&#233;tend &#234;tre. &lt;br/&gt;
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En juin 1936, la police fran&#231;aise fait irruption dans le magasin de produits m&#233;tallurgiques o&#249; travaille Ng&#244; V&#259;n. Deux mois plus tard, le pr&#233;sident du tribunal lui demande s'il escompte renverser le pouvoir en place pour y installer un r&#233;gime communiste ; notre homme de r&#233;pondre : &#171; Nous n'y avons pas encore pens&#233;. Nous luttons pour obtenir les libert&#233;s d&#233;mocratiques&#8230; &#187; C'est en prison qu'il apprend la nouvelle des proc&#232;s de Moscou : Staline vient d'organiser l'&#233;limination de seize &#233;minents membres du Parti au nom d'improbables mobiles (sabotage, terrorisme&#8230;). Ng&#244; V&#259;n partage sa r&#233;clusion avec des ind&#233;pendantistes staliniens ; il n'en dit mot mais s'en inqui&#232;te : &#171; Mille questions sans r&#233;ponse nous assaillent. &#187; Il lit Malraux et C&#233;line &#8211; &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; s'apparente &#224; quelque commotion litt&#233;raire : enfin, avoue-t-il, la po&#233;sie du monde vivant, tintant, crachant, p&#233;n&#232;tre dans les livres, enfin la langue vibrante, lucide et crue du r&#233;el trouve sa place dans l'&#233;l&#233;gance affect&#233;e des biblioth&#232;ques. Ng&#244; V&#259;n s'&#233;meut des &#171; couillons de la vie, battus, ran&#231;onn&#233;s, transpirants de toujours &#187; qui peuplent les pages du romancier fran&#231;ais &#8211; cette gouaille, il la fera pour partie sienne dans ses futurs &#233;crits autobiographiques. &lt;br/&gt;
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Le Front populaire retentit dans l'Hexagone : 1936 et ses grandioses gr&#232;ves ouvri&#232;res. Mais cela ne change rien, ou si peu, au sort des colonis&#233;s. Ng&#244; V&#259;n refuse d'appuyer ce nouveau gouvernement &#8211; les r&#233;formes ne suffisent pas ; seule une rupture r&#233;volutionnaire sera &#224; m&#234;me d'instaurer, sans main qui tremble ni cote mal taill&#233;e, la justice et l'&#233;galit&#233; entre &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les hommes, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les races. Au Vi&#234;tnam, la contestation gagne en &#233;paisseur : les prisonniers guettent l'&#233;tincelle par-del&#224; leurs murs. En janvier 1937, ils entament une gr&#232;ve de la faim pour protester contre les mauvais traitements, la qualit&#233; de la nourriture et l'interdiction de lire la presse. Nouvelle purge en URSS : Staline fait ex&#233;cuter une dizaine de responsables communistes. V&#259;n s'interroge : &#171; Les trotskistes russes sont trait&#233;s de vip&#232;res lubriques &#224; Moscou, emprisonn&#233;s, d&#233;port&#233;s, massacr&#233;s : combien de temps les trotskistes d'Indochine &#233;chapperont-ils encore &#224; la condamnation de Staline et de ses partisans locaux ? &#187; Au m&#234;me moment, en Espagne, la guerre civile oppose le camp fasciste (les nationalistes et les franquistes, soutenus par les r&#233;gimes allemand et italien) et le camp r&#233;publicain et r&#233;volutionnaire (du gouvernement l&#233;gitime aux communistes, en passant par les anarchistes et les trotskistes). Une guerre civile &#233;clate en sus au sein de la guerre civile : Moscou exige des communistes espagnols qu'ils &#233;liminent lesdites &#171; vip&#232;res &#187;, accus&#233;es, bien s&#251;r &#224; tort, de complicit&#233;s avec l'ennemi nazi &#8211; l'&#233;crivain britannique George Orwell, engag&#233; les armes &#224; la main au sein d'une organisation marxiste non stalinienne, en fera le triste r&#233;cit dans son &lt;i&gt;Hommage &#224; la Catalogne&lt;/i&gt;. Certains trotskistes vietnamiens refusent pourtant toute division susceptible de renforcer l'adversaire (bourgeois, fasciste et colonial) : les communistes se doivent de demeurer unis en d&#233;pit des divergences. Un front stalino-trotskiste que Ng&#244; V&#259;n ne consent pas &#224; ratifier : comment s'allier avec ceux qui, en Espagne comme en Russie, appellent &#224; leur &#233;limination physique ? &lt;br/&gt;
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Entre deux feux&lt;br/&gt;
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V&#259;n est lib&#233;r&#233; au terme de deux ann&#233;es de d&#233;tention, en juin 1937. Un po&#232;te vietnamien a traduit &lt;i&gt;Retour de l'URSS&lt;/i&gt; de Gide : le texte s'arrache &#224; Saigon. L'&#233;crivain fran&#231;ais y retrace sa d&#233;sillusion : la dictature du prol&#233;tariat n'a pas &#233;mancip&#233; celui-ci et la parole est confisqu&#233;e par les autorit&#233;s staliniennes. Ng&#244; V&#259;n y trouve mati&#232;re &#224; confirmer ses craintes ; sit&#244;t sorti, il s'&#233;l&#232;ve, par voie de presse, contre les Proc&#232;s de Moscou et publie une brochure afin d'appuyer son propos. Il participe &#233;galement &#224; une gr&#232;ve d'ouvri&#232;res d'une charcuterie, traduisant leurs revendications en langue fran&#231;aise ; dockers, coolies, ouvriers d'ateliers, paysans : la r&#233;volte gronde chaque jour un peu plus en ces terres occup&#233;es. Et les trotskistes d'appeler &#224; la cr&#233;ation d'un &#171; Front ouvrier et paysan &#187;, seul &#224; m&#234;me, selon eux, d'assurer un contr&#244;le d&#233;mocratique des banques, des transports et des services postaux tout en redistribuant les terres aux plus pauvres. Ng&#244; V&#259;n est de nouveau arr&#234;t&#233;. &lt;br/&gt;
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L'Espagne tombe sous la botte franquiste. Des centaines de milliers d'Espagnols sont contraints &#224; l'exil. La France tombe sous la botte allemande. P&#233;tain appelle &#224; rendre les armes ; De Gaulle, exil&#233; &#224; Londres, exhorte &#224; poursuivre la lutte &#8211; en 1942, H&#244; Chi Minh d&#233;diera quelques vers acides au &#171; sauveur &#187; auto-proclam&#233; de la Nation : &#171; Malencontreuse, la destin&#233;e de la France ; / P&#233;tain, mar&#233;chal trop vieux, te voil&#224; putride. / &#192; genoux, t&#234;te baiss&#233;e devant les Allemands ; / [&#8230;] Tu as vendu ta patrie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le leader vietnamien n'a de cesse de le rappeler : il ne voue pas la moindre haine &#224; l'endroit du peuple fran&#231;ais (il consigne m&#234;me, dans des notes personnelles, que ce dernier est gentil, aimable, sociable et affable !). Ses ennemis sont l'oligarchie. C'est donc en patriote vietnamien qu'il approuve la r&#233;sistance fran&#231;aise et souhaite, pour la France comme pour son pays, l'ind&#233;pendance totale et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Mais H&#244; Chi Minh rejette la radicalit&#233; des trotskistes, qu'il assimile probablement au &#171; gauchisme &#187; dont parla L&#233;nine dans un c&#233;l&#232;bre ouvrage qu'il traduisit justement en vietnamien : la seule mani&#232;re de vaincre, pense-t-il, est de constituer un rassemblement large et majoritaire &#8211; bourgeoisie comprise. S'il estime que son parti porte la parole des travailleurs, il n'en croit pas moins que ce seul signifiant (&#171; le prol&#233;tariat &#187;) soit &#224; m&#234;me de faire avancer la cause ind&#233;pendantiste. Et si les communistes braquent les bourgeois, ceux-ci deviendront des agents actifs du fascisme, affirme-t-il dans un communiqu&#233; dat&#233; de juillet 1939. C'est d'une plume gla&#231;ante que le futur chef d'&#201;tat vietnamien tranche la question : on ne s'allie pas avec les trotskistes, &#171; il faut les exterminer politiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'historien Pierre Brocheux, dans sa biographie &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, du r&#233;volutionnaire &#224; l'ic&#244;ne&lt;/i&gt;, &#233;crira : les &#171; accusations mutuelles &#187; entre staliniens et trotskistes vietnamiens &#171; &#233;taient aussi gratuites les unes que les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (il est &#224; noter que Staline se m&#233;fiait du chef vietnamien &#8211; tenu pour un communiste des cavernes, par trop lent et mod&#233;r&#233; &#8211; et que le second pr&#233;sident de la R&#233;publique populaire de Chine le qualifiait de &#171; droitiste &#187;). &lt;br/&gt;
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Ng&#244; V&#259;n vend des galettes de riz sur le march&#233;, pour gagner sa cro&#251;te, et croise en ville un gigantesque portrait du Mar&#233;chal. &#171; Un seul chef : P&#233;tain. Un seul devoir : ob&#233;ir. Une seule devise : servir. &#187; Le ton est donn&#233; mais la guerre s'en va toucher &#224; sa fin : Hitler se tire dans la t&#234;te une balle de Walther PPK 7,65 millim&#232;tres, du fond de son bunker berlinois ; les Nord-Am&#233;ricains atomisent un Japon d&#233;j&#224; d&#233;fait pour la seule joie de bomber le torse ; l'empereur vietnamien Bao Dai abdique, en proie &#224; la perc&#233;e communiste. Le Parti se trouve &#224; pr&#233;sent aux portes du pouvoir et les trotskistes manifestent pour la formation de comit&#233;s populaires : ils r&#233;clament, tout de go, le contr&#244;le ouvrier des usines et la r&#233;partition des terres. &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; des uns, chant&#233;e &#224; tue-t&#234;te, s'oppose aux chants nationalistes des r&#233;volutionnaires du Parti. Ng&#244; V&#259;n redoute l'emprise de ces derniers sur les revendications populaires et &#233;mancipatrices du peuple, tout comme il n'entend pas d'une bonne oreille la &#171; propagande patriotarde &#187; des partisans d'H&#244; Chi Minh (l'un de ses textes glorifie, par exemple, les &#171; anc&#234;tres h&#233;ro&#239;ques &#187;, les &#171; int&#233;r&#234;ts de la Patrie &#187; et le &#171; glorieux &#187; peuple vietnamien)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la rue exulte. &#171; C'est une ru&#233;e d'esp&#233;rances &#187;, note le militant trotskiste dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt;. Les armes circulent. Premiers accrochages. H&#244; Chi Minh d&#233;clare unilat&#233;ralement l'ind&#233;pendance de son pays. Coup d'&#233;clat &#8211; et de g&#233;nie. L'appel repose en partie sur la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen de la R&#233;volution fran&#231;aise : H&#244; Chi Minh exige l'application stricte du tant vant&#233; universalisme fran&#231;ais &#8211; pourquoi refuser &#224; autrui ce que l'on revendique pour soi ? Il demande, en outre, &#224; ce que les autorit&#233;s fran&#231;aises reconnaissent la R&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;tnam et l'autorit&#233; de son nouveau gouvernement. La r&#233;volution sociale et expropriatrice n'est pas la priorit&#233; ; le commissaire de l'Int&#233;rieur d&#233;clare : quiconque touchera aux terres des nantis sera impitoyablement puni par le Parti. Barricades, arbres d&#233;racin&#233;s, v&#233;hicules renvers&#233;s ; soldats fran&#231;ais, civils et ind&#233;pendantistes en d&#233;cousent. Ng&#244; V&#259;n apprend que des repr&#233;sentants trotskistes viennent d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s par des membres du Vi&#234;t Minh, le front de r&#233;sistance cr&#233;&#233; par le Parti. Des cadavres flottent dans l'eau. Une usine est dynamit&#233;e. Des milices s'organisent et des avions de chasse tirent &#224; vue. &lt;br/&gt;
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V&#259;n int&#232;gre une unit&#233; de combattants trotskistes. &#171; Nous sympathisons avec les paysans des environs, leur expliquant que le but de notre combat [est] non seulement de chasser les Fran&#231;ais, mais &#233;galement d'en finir avec les propri&#233;taires terriens autochtones, sortir du servage les for&#231;ats des rizi&#232;res et lib&#233;rer les coolies. &#187; Il est arr&#234;t&#233; par des partisans du Vi&#234;t Minh au bord d'un fleuve alors qu'il tentait de trouver un r&#233;cepteur radio. Il parvient &#224; s'&#233;chapper puis se cache dans Saigon. Le leader trotskiste Ta Thu Th&#226;u est ex&#233;cut&#233; &#8211; H&#244; Chi Minh confiera &#224; Daniel Gu&#233;rin, &#224; Paris : &#171; Ce fut un patriote et nous le pleurons&#8230; Mais tous ceux qui ne suivent pas la ligne trac&#233;e par moi seront bris&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Au service des colonis&#233;s 1930-1953, 1954, p. 22.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'adage a la clart&#233; pour m&#233;rite : on ne fait pas d'omelettes, etc. Une brutalit&#233; qui n'en tranche pas moins avec les nombreux t&#233;moignages qui existent : H&#244; Chi Minh est d&#233;crit par ceux qui le connurent comme un &#234;tre r&#233;serv&#233;, ferme sans &#234;tre fanatique, calme, concentr&#233;, organis&#233;, g&#233;n&#233;reux, tr&#232;s modeste au quotidien et dou&#233; de tact et d'humour (un lieutenant fran&#231;ais le d&#233;peignit comme gai, curieux, singuli&#232;rement sensible et &#224; l'&#233;coute ; le g&#233;n&#233;ral Salan comme &#233;nergique et d&#233;termin&#233; ; un responsable du Quai d'Orsay comme sage et perspicace ; Khrouchtchev comme un &#234;tre dont la puret&#233; le faisait ressembler &#224; un saint ou un ap&#244;tre &#8211; &#171; Un homme aussi pur que Lucifer &#187;, confia le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique du Vi&#234;tnam lors d'un entretien). L'historien Pierre Brocheux estimera qu'H&#244; Chi Minh manqua parfois de courage, en &#171; laissant faire &#187; l'aile la plus violente du Vi&#234;t Minh. Voici donc Ng&#244; V&#259;n coinc&#233; entre deux feux : il peut &#224; tout instant tomber sous les balles des Fran&#231;ais comme des communistes orthodoxes. En novembre 1946, l'arm&#233;e de la R&#233;publique tricolore bombarde Haiphong : malgr&#233; les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es d'H&#244; Chi Minh visant &#224; r&#233;gler ce conflit par la diplomatie, la guerre d'Indochine est officiellement d&#233;clar&#233;e. &#171; Le c&#339;ur rong&#233; de m&#233;lancolie &#187;, Ng&#244; V&#259;n d&#233;cide de quitter son pays. Il d&#233;barque &#224; Marseille au printemps 1948, &#226;g&#233; de trente-six ans. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Un rien du tout&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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De ces ann&#233;es de luttes, Ng&#244; V&#259;n tirera une m&#233;fiance instinctive &#224; l'endroit du pouvoir et des appareils politiques centralis&#233;s. Tous les partis pr&#233;tendument &#171; ouvriers &#187; sont &#224; ses yeux des &#171; embryons d'&#201;tat &#187; &#8211; et ce dernier deviendra sa b&#234;te noire : il faut, comme le voulaient Marx et Bakounine, quoique dans des temporalit&#233;s diff&#233;rentes, &#339;uvrer au d&#233;p&#233;rissement total de la structure &#233;tatique. V&#259;n devient ouvrier d'usine &#224; Nanterre. Il faut manger. Pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, c&#226;blage, t&#244;le, ch&#226;ssis, ailes, porti&#232;res, pince &#224; souder&#8230; L'homme-machine et les poumons us&#233;s : il d&#233;crit ses nouveaux fr&#232;res de besogne fran&#231;ais comme autant de &#171; compagnons esclaves &#187;. Il loge &#224; l'h&#244;tel &#8211; une chambre dont l'ampoule est si faible qu'il ne parvient pas &#224; lire. Il se penche sur les textes d'Engels et boit son caf&#233; au bistrot pr&#232;s de l'usine. Certains l'appellent &#171; le Chinetoque &#187;. &#171; Je me casse les reins &#224; les d&#233;monter, &#224; trimbaler de lourdes pi&#232;ces de fonte &#187;, raconte ce corps ch&#233;tif. Il n'en peut plus et d&#233;missionne. &#192; peine la guerre d'Indochine s'ach&#232;ve-t-elle qu'une autre, en Alg&#233;rie, commence : &#171; Les abattoirs fonctionnent en permanence, la mort, la mort toujours recommenc&#233;e &#187;, &#233;crit-il dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;. La gauche est au pouvoir et Mitterrand fera trancher quelques t&#234;tes. &lt;br/&gt;
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V&#259;n d&#233;couvre les travaux du penseur Maximilien Rubel et la relecture qu'il effectue des &#233;crits de Marx &#8211; allant jusqu'&#224; le pr&#233;senter comme un anarchiste ! Il apprend l'existence, &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale, d'une certaine &#171; R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re &#187; alliant communisme et libertarisme, et &#233;tudie la r&#233;pression des marins de Cronstadt, en 1921, par le nouveau pouvoir sovi&#233;tique. Ainsi donc, avant m&#234;me l'av&#232;nement de Staline, la glorieuse r&#233;volution d'Octobre, celle qu'il avait tant aim&#233;e, r&#233;prima des camarades sans piti&#233; aucune ! Sous les ordres de L&#233;nine et de Trotski ! Il rencontre des exil&#233;s espagnols, anciens du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste) ou anarchistes, et rencontre Daniel Gu&#233;rin &#8211; qui, comme essayiste, proposera de r&#233;concilier communisme et anarchisme en les purgeant de leurs impasses respectives. V&#259;n s'&#233;loigne d&#232;s lors du bolchevisme comme du trotskisme. Adieu, &#233;pith&#232;tes aux semelles de plomb ! Ismes patauds et r&#233;ducteurs ! Le Vietnamien se dira un &#171; rien du tout &#187;, un vagabond juste bon &#224; &#171; baratiner dans le d&#233;sert &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;mancipation doit &#234;tre l'&#339;uvre des domin&#233;s eux-m&#234;mes, et non d'une avant-garde suppos&#233;ment &#233;clair&#233;e et assur&#233;ment professionnelle. En 1950, il se rend dans la Yougoslavie socialiste de Tito : sceptique, certes, mais jamais cynique. Il aide aux chantiers collectifs mais les bustes du leader ne lui disent rien qui vaille. Il demande &#224; voir un camp de r&#233;&#233;ducation : requ&#234;te rejet&#233;e. On ne l'y prendra plus. &lt;br/&gt;
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Il publie en 1968 un texte appelant &#224; l'auto-&#233;mancipation &#8211; la lutte contre tous les ma&#238;tres, qu'ils soient capitalistes ou communistes &#8211; et promeut, lors de la guerre du Vi&#234;tnam, l'alliance du prol&#233;tariat am&#233;ricain et vietnamien contre leurs gouvernements respectifs (critiquant, en passant, le soutien inconditionnel d'une partie de l'intelligentsia fran&#231;aise &#224; l'autocratique Front national de lib&#233;ration vietnamien). Le temps se pla&#238;t &#224; passer sous silence ses trop vieilles ambitions : le Parti ouvrira ses bras &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, ajustant le grand r&#234;ve rouge aux &#171; r&#233;alit&#233;s du monde globalis&#233; &#187;. En 1997, V&#259;n s&#233;journera dans son pays d'origine apr&#232;s un demi-si&#232;cle d'exil : un communisme &#224; la sauce &lt;i&gt;joint-ventures&lt;/i&gt; et Coca-Cola. &lt;br/&gt;
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Un jour de l'ann&#233;e 2015, en banlieue parisienne. Une conf&#233;rence se tient, organis&#233;e par des militants associatifs fran&#231;ais et des repr&#233;sentants diplomatiques du Parti communiste vietnamien. Nous levons la main puis prenons la parole afin de demander de quelle mani&#232;re furent trait&#233;s les ind&#233;pendantistes trotskistes par le pouvoir communiste officiel : &#171; Avec les m&#233;thodes de l'&#233;poque&#8230; &#187;, r&#233;pond l'historien assis &#224; sa table. Un vieil homme d'origine vietnamienne nous interpelle, &#224; l'autre bout de la salle, vitup&#233;rant contre les tra&#238;tres trotskistes, tout &#171; assassins d'ouvriers &#187; qu'ils furent. &lt;br/&gt;
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Le XXe si&#232;cle eut l'atroce privil&#232;ge de nous enseigner l'humilit&#233; et la demi-teinte. Aucun courant ne peut en appeler &#224; la puret&#233;. Personne n'eut raison seul et beaucoup &#233;chou&#232;rent en m&#234;me temps : si les staliniens massacr&#232;rent les trotskistes, ces derniers ne se priv&#232;rent pas de traquer les libertaires. L'assassinat de Trotski le transfigura en h&#233;ros, archange de la R&#233;volution, corps couronn&#233; en mythe, figure incomprise en butte au totalitarisme &#8211; n'oublions pas qu'il posa, avec L&#233;nine, les pierres autoritaires de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du syst&#232;me sovi&#233;tique et put sans ciller appeler &#224; l'ex&#233;cution de l'anarchiste Voline. Si les libertaires s'enorgueillissent &#224; raison de n'avoir jamais opprim&#233; personne, leur incapacit&#233; &#224; rassembler le grand nombre pose plus de probl&#232;mes qu'elle n'en r&#233;sout. La vie de Ng&#244; V&#259;n, dans sa sublime solitude morale, n'en finit pas de nous pousser &#224; reprendre, encore et toujours, d'&#233;checs en menues victoires, la seule et sempiternelle question qui vaille lorsque l'on se refuse aux incantations autant qu'&#224; la &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt; : que faire ? &lt;br/&gt;
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Dans les pages de ses &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, le philosophe Daniel Bensa&#239;d &#233;crivait en 2005 : &#171; On peut soutenir la cause de ceux qui ont subi l'injustice, sans renoncer pour autant &#224; une solidarit&#233; critique. Nous sommes solidaires de Cuba contre le blocus impos&#233; par les &#201;tats-Unis. Nous ne nous sommes pas interdits pour autant de d&#233;noncer la caricature de proc&#232;s stalinien fait en 1989 &#224; Arnaldo Ochoa et aux fr&#232;res La Guardia. De m&#234;me pouvait-on porter les valises pour le FLN sans se taire devant l'assassinat d'Abane Ramdane. On peut &#234;tre, aujourd'hui, ind&#233;fectiblement solidaire des droits bafou&#233;s du peuple palestinien, sans souscrire &#224; des actions suicides et sans fermer les yeux sur la corruption bureaucratique de son appareil proto-&#233;tatique. On doit enfin &#234;tre solidaire de la r&#233;sistance irakienne &#224; l'occupation imp&#233;riale, sans oublier pour autant les crimes de Saddam Hussein et de sa dictature. [&#8230;] L'&#233;poque n'est plus aux logiques binaires du tiers exclu, qui sommaient de choisir son camp, quitte &#224; taire les crimes de Staline sous pr&#233;texte de ne pas hurler avec les loups. &#192; la longue, les autocensures sont d&#233;sastreuses. Ceux qui, en leur temps, ont combattu, souvent sur deux fronts, contre la terreur coloniale et l'exploitation capitaliste, mais aussi contre la terreur et l'exploitation bureaucratiques, ont mieux servi historiquement la cause de l'&#233;mancipation que les r&#233;alistes qui se turent, au motif de ne pas affaiblir leur camp. [&#8230;] Cette voie du double refus et du double front est &#233;troite, souvent p&#233;rilleuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Fragments m&#233;cr&#233;ants, Lignes, 2005.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Une politique de l'&#233;mancipation est sans doute condamn&#233;e &#224; pareil p&#233;ril. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;&#201;mile CARME&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;, L'insomniaque, 2005, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1990, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trotski, &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel H&#233;mery, &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, Gallimard, 2004, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, &lt;i&gt;Revue hebdomadaire l'Union&lt;/i&gt;, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969, op. cit.&lt;/i&gt;, &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Au service des colonis&#233;s&lt;/i&gt; 1930-1953, 1954, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux ouvrages &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt; (2000) et &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt; (2005), tous deux aux &#233;ditions L'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, Lignes, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dans les spirales du X</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les. Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-3-5b994.jpg?1781468793' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2843 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/dans_les_spirales_du_x_babaly_ok-4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 358.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne dans le hall en cette heure d&#233;j&#224; tardive, PPP du bureau directorial o&#249; si&#232;ge donc un directeur dont la fonction principale est de rechercher des financements et, par curiosit&#233;, PPP de son &#233;cran : il y travaillait en mode projet, remplissant les cases d'un g&#233;n&#233;rique OSTMP (objectif, strat&#233;gie, tactique, moyens, programmation), une merde syst&#233;mique devenue syst&#233;matique au boulot. Fuck ! M&#234;me dans le social on raisonne d&#233;sormais &#224; la fa&#231;on des multinationales, pensa Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, ressortit du bureau et PP des escaliers donnant acc&#232;s &#224; l'&#233;tage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D&#233;bouchant directement dans une vaste cuisine, Prath&#233;e vit que celle-ci s'affichait fi&#232;rement au pluriel du Monde, avant de d&#233;couvrir une Brigitte assise dans la p&#233;nombre. &#171; Salut ! C'est la premi&#232;re fois que je viens ici, vous vous appelez comment ? &#8211; Brigitte. &#8211; Moi, c'est Prath&#233;e. &#187; D&#232;s lors, interminable, le silence se mit &#224; peser. &#171; Vous fr&#233;quentez ce centre social depuis longtemps ? &#8211; T'es sociologue ou quoi !? Laisse tomber direct, parce que si c'est pour faire ton Edgard Morin, c'est cuit, tout le monde sait maintenant qu'il a d&#233;j&#224; fait le coup &#224; ceux d'en bas avec ses fractales holistiques, ses petits bouts de machins qui expliquent le Tout de ce qu'on est cens&#233; comprendre pour que M&#244;ssieur arr&#234;te de nous prendre pour des cons ! C'est pourtant pas faute que, d&#232;s les ann&#233;es 1960, des Bretons ont su lui montrer qu'ils &#233;taient bien moins cons que ce qu'il avait suppos&#233; au d&#233;part, et se sont pas g&#234;n&#233;s pour cracher sur son bouquin publi&#233; &#224; la ronde en tant que r&#233;sultat de l'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par M&#244;ssieur, qui y &#233;talait des choses intimes, celles que les gens avaient &#233;t&#233; vraiment trop cons de croire lui confier en toute discr&#233;tion. &#192; partir de quoi cette sommit&#233; s'autorisa derechef &#224; grimper dans les hautes sph&#232;res de sa pens&#233;e totale depuis laquelle observer la connerie universelle de ceux qui sont pas assez complexes pour, comme lui, &#234;tre en voie de se faire Panth&#233;oniser&#8230; &#187; Brigitte d&#251; s'arr&#234;ter car elle &#233;tait essouffl&#233;e, ce qui s'explique par son grand &#226;ge et la mauvaise habitude prise, d&#232;s l'&#226;ge de neuf ans, de fumer avec sa grand-m&#232;re, laquelle en avait tout fait autant. &#171; Je ne suis pas sociologue, je vous le promets. Moi, je voyage dans le temps. &#8211; T'as pourtant l'air d'un vrai Jivaro en chair et en os. Et &#231;a sort d'o&#249;, exactement, le nom que t'as dit ? &#8211; Prath&#233;e ? &#8211; Oui, j'ai jamais entendu un truc pareil ! &#8211; C'est moi qui l'ai choisi pour les jours o&#249; je sors en Santiags, cape et catogan, &#231;a veut dire : pr&#234;trise ath&#233;e. &#8211; Non mais vraiment, n'importe quoi ! &#8211; Oui, c'est fait pour &#231;a justement, pour &#234;tre &#224; l'image du monde. &#8211; Et donc pourquoi t'es venu.e jusqu'ici si on peut savoir ? &#8211; &#8220; Pour une raison simple : au-del&#224; des avanies qu'avaient connues bien des membres de cette communaut&#233; informelle des Envierges, l'esprit d'aventure ne les avait pas tout &#224; fait abandonn&#233;s. Ils croyaient encore qu'on pouvait surmonter la perte, se d&#233;faire des fant&#244;mes, vaincre le ressentiment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975, Rue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&#8221; &#8211; Attends voir, c'est pas parce que tu te crois insuffl&#233;.e par des paroles divines que tu vas me chamaniser ! Et puis, je sais pas de quelle &#233;poque date ta communaut&#233; des Envierges, mais m'est avis que &#231;a fait un bail qu'elle a rejoint les fant&#244;mes qu'elle pr&#233;tendait d&#233;faire ! &#8211; &#199;a se passe dans les ann&#233;es 1945, apr&#232;s la guerre. &#8211; C'est bien ce que je dis, des torrents ont pass&#233; sous les ponts jusqu'&#224; ce qu'on se retrouve ici, toi et moi, dans cette &#8220;Cuisine du Monde&#8221;. &#8211; Et c'&#233;tait quoi cet endroit, avant de devenir un Centre social ? &#8211; Un autre centre&#8230; tiens, si &#231;a te dit on pourrait jouer &#224; mettre en liste le mat&#233;rialisme historique depuis la derni&#232;re guerre, en r&#233;pertoriant l'&#233;volution des &#8220;camps&#8221; et des &#8220;centres&#8221; depuis cette &#233;poque. &#8211; Ah, vous &#234;tes communiste, Brigitte ? &#8211; Non, pas du tout, et figure-toi que j'ai jamais r&#233;ussi &#224; me faire au &#8220;Camp des travailleurs&#8221; ! &#8211; Mais c'&#233;tait un centre de quoi ? &#8211; De formation syndicale. &#8211; Et de quel syndicat ? &#8211; T'es quand m&#234;me bien curieux.se finalement et, pour ce qui me concerne, je crois que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; oublier&#8230; d'ailleurs, je fais tout pareil en continuant &#224; venir ici. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Brigitte n'ayant manifestement pas r&#233;ussi &#224; &#171; vaincre le ressentiment &#187;, un peu d&#233;pit&#233;.e, Prath&#233;e la salua et s'en retourna, PP des escaliers, redescendit faire de m&#234;me avec celle du 152 rue des Envierges et se retrouva logiquement dans la rue du m&#234;me nom : &#171; Rue des Envierges. L'Internationale se dissolvait de jour en jour &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On l'aura compris, Prath&#233;e pousse &#233;galement la porte des livres o&#249; iel aime &#224; voyager entre les lignes, cr&#233;ant ainsi des oscillations qui s'en vont dilater les contours du temps enfin grand ouvert sur la possibilit&#233; de retisser les liens de l'amiti&#233; jusqu'au c&#339;ur de l'&#233;ther des disparus, m&#234;me de ceux que l'on n'a pas connus et dont la nature, parfois, est de pure fiction, tels ceux-l&#224; qui, dans les ann&#233;es 1950, en vinrent &#224; d&#233;plorer l'Internationale d&#233;liquescente : &#171; Effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Lorsqu'on est &#224; la recherche de quelque contre-normalisation un peu concr&#232;te, voyager dans le temps n'est donc pas tout, aussi Prath&#233;e ne d&#233;daignait pas d'aller sur le terrain rencontrer une &#233;ventuelle Brigitte, esp&#233;rant secr&#232;tement retrouver par-l&#224;, qui sait ?, quelques fant&#244;mes de l'esprit libertaire, celui des combattants de la guerre d'Espagne qui, exil&#233;s apr&#232;s la d&#233;faite, grimpaient la colline de Belleville jusqu'&#224; la rue des Envierges o&#249; se m&#234;ler &#224; l'intelligence revigorante et simple d'une petite coterie interlope. Or, on se doute que ce n'est pas la transformation d'un centre de formation syndical en Centre social voulu par des habitants, puis r&#233;cup&#233;r&#233; par des politiques publiques, qui aura remont&#233; le moral de Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, PP du bistrot sis sur le belv&#233;d&#232;re surplombant la Ville Lumi&#232;re depuis lequel, &#224; la nuit tomb&#233;e, se laisser bercer par les &#233;clairs du laser cyclique de la Tour Eiffel. Bien d&#233;cid&#233;.e, &#224; ce stade, &#224; se troncher la gueule, Prath&#233;e se fit d&#233;signer une place exigu&#235; sur la terrasse bond&#233;e et commanda une bouteille de Saint-Chinian. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; mesure que la nuit se faisait de plus en plus sombre, le temps lin&#233;aire filait au rythme des scansions lumineuses circulaires assombries par les degr&#233;s d'alcool, atmosph&#232;re o&#249; le plus &#233;prouvant provenait de ses deux voisins de table. Coll&#233;-serr&#233; &#224; la sienne, il lui &#233;tait impossible d'&#233;chapper &#224; leurs tergiversations bruyantes tandis que, compulsant leur &#233;cran respectif, ils commentaient de micro-nouvelles publi&#233;es sur Twitter dont ils r&#233;p&#233;taient le nom &#224; l'envi, et ce dans des proportions telles que Prath&#233;e se demandait si cette marque leur commandait de la prononcer &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; une fois toutes les deux minutes pour, chacun, &#234;tre assur&#233;s de faire exploser leur capital symbolique. Notoirement avin&#233;.e et n'en pouvant plus, Prath&#233;e leur balan&#231;a soudain sur un ton acerbe : &#171; Mais enfin c'est pas Twitter, &#231;a fait d&#233;j&#224; longtemps que c'est X ! &#8211; De quoi je me m&#234;le, la tarlouze, va-t'en finir ta bouteille &#224; la maison devant un film porno si &#231;a te chante. &#8211; Non mais vous vous prenez pour qui !? Et qu'est-ce qui vous permet de pr&#233;tendre que je regarde du porno !!!? &#8211; Et toi, qu'est-ce que t'en as foutre de X, on peut savoir ? &#8211; Ah, je vois, t'es grave subtile mec, tu sais faire dans le jeu de mots ! Ben moi, le X dont je te parle, c'est celui du porno des connards dans ton genre qui se foutent pas mal d'engraisser un facho notoire, et tout &#231;a pour mieux se faire mousser &#224; la surface du globe ! &#187; L&#224;, je me rappelle plus tr&#232;s bien comment &#231;a s'est pass&#233;, mais j'ai pris un uppercut &#233;clatant et suis parti.e valser par-dessus la table. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sonn&#233;.e, PPP de l'inconscience o&#249;, par les miracles de la t&#233;l&#233;portation bio-informationnelle des capacit&#233;s c&#233;r&#233;brales transpos&#233;es en proc&#233;dures efficaces, iel se retrouva au c&#339;ur du Neuralink d'Elon Musk. Par cette gr&#226;ce, et tout en &#233;vitant promptement d'aboutir dans X, PPP d'Open AI. Ce qui d'embl&#233;e lui fit constater que la chose particuli&#232;rement d&#233;licate serait d'en sortir. Car se retrouver coinc&#233;.e dans l'architecture d'un ordinateur, aussi puissant soit-il, n'est ni tr&#232;s exotique au plan des paysages, ni m&#234;me int&#233;ressant : des enchev&#234;trements de fils y c&#244;toient des microprocesseurs et autres puces assez peu parlants. Enfin d&#233;sengonc&#233;.e de tout cet attirail bassement mat&#233;riel, Prath&#233;e se retrouva au sol d'un laboratoire et put aller s'assoir parmi la petite assembl&#233;e de trois doctes ing&#233;-chercheurs en train de prendre leur pause hamburger. Prath&#233;e n'&#233;tant pas bilingue, on se demande encore comment la conversation en cours lui fut intelligible ? Elle portait sur la question de ce qu'il reste &#224; transposer, depuis la pens&#233;e empirique, vers des proc&#233;d&#233;s bio-logico-informationnels autrement nomm&#233;s des mod&#232;les. &#171; Fuck, disait l'un des d&#233;couvreurs, m&#234;me des r&#233;ponses math&#233;matiques me viennent parfois en plein sommeil, je suis sur un x qui coince et je me r&#233;veille le matin avec la r&#233;ponse en t&#234;te, c'est g&#233;nial et pas si fr&#233;quent, mais les computeurs, eux, ne dorment pas, ils sont donc incapables de faire un truc pareil. &#187; Prath&#233;e pensa que l'horizon de ces gens semblait quelque peu limit&#233; &#224; leur nombril, mais d&#233;j&#224; le second d&#233;couvreur s'exclamait : &#171; C'est pas comme si c'&#233;tait un probl&#232;me, tu es juste sujet, comme tout le monde, &#224; des connexions c&#233;r&#233;brales li&#233;es &#224; des affects, et vu que la question des &#233;motions est en passe d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e par les algorithmes du plaisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne devrait pas &#234;tre bien loin d'arriver &#224; faire exploser les math&#233;matiques ! Donc, attends-toi &#224; ce que tes r&#234;ves grandioses finissent par avoir l'air un peu plats, et dans pas si longtemps que &#231;a mon pote. &#187; &#192; quoi la troisi&#232;me larronne crut bon d'ajouter : &#171; D'accord, mais ce dont tu parles, c'est le genre de recherches qui se font dans les labos acad&#233;miques et les circuits du plaisir s'enseignent d&#233;j&#224; au lyc&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Biologie du plaisir. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc est-ce qu'on ne devrait pas craindre des restrictions, je veux dire que la pens&#233;e empirique est aussi capable de formuler des analyses critiques, voire de s'autocritiquer ou de se remettre en question &#8211; Ah, et tu crois &#231;a, vraiment ? Tu t'imagines qu'ils vont se mettre &#224; produire des algorithmes de pens&#233;e critique ! &#8211; Ne me fais pas croire que t'as jamais consult&#233; GPT, c'est d&#233;j&#224; fait ! &#8211; D'accord, mais permets-moi de douter que beaucoup de math&#233;maticiens vont renoncer au plaisir d'&#234;tre le premier &#224; faire p&#233;ter la baraque, ou &#224; celui de r&#234;ver de voyages dans le temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Prath&#233;e, dont c'&#233;tait le passe-temps favori, comme on le sait, faillit s'&#233;touffer ! Avoir des hobbies et lubies aussi nazes que ces salopards de nazillons, c'&#233;tait tout simplement impensable, d'autant que le premier d&#233;couvreur se fit un plaisir de remettre le couvert : &#171; En tout cas, pas plus ici qu'ailleurs on ne se soucie de trucs en provenance d'exp&#233;riences individuelles v&#233;cues au sein de cultures diff&#233;renci&#233;es, pas plus que de consid&#233;rations &#233;thiques ou politiques, par exemple, donc les mod&#232;les sont universels et c'est normal puisque c'est &#231;a qui rapporte, mais du coup, lorsque m&#234;me les singes vont s'y mettre &#224; commander sur Amazon je vous raconte pas comment va falloir d&#233;gager fissa sur Mars, parce qu'ici c'est d&#233;j&#224; irrespirable avec les m&#233;t&#232;ques, mais si on y ajoute les macaques je suis vraiment pas s&#251;r de pouvoir tenir encore longtemps sur le plancher des vaches. &#187; Prath&#233;e failli s'&#233;trangler et regretta, pour la premi&#232;re fois de sa vie peut-&#234;tre, de ne pas &#234;tre &#233;quip&#233;.e d'un enregistreur, car, qui sait si la chose pourrait &#234;tre port&#233;e devant quelques tribunaux ? Cette question alla se dissoudre dans les paroles de la d&#233;couvreuse qui reprit : &#171; Si les computeurs sont finalement capables de faire des maths qui nous explosent les compteurs, je sugg&#232;re qu'on se d&#233;p&#234;che de partir sur Mars avant de se retrouver tous ch&#244;meurs &#8211; Tu crois pas si bien dire, darling, rench&#233;rit le premier, &#224; quoi le second ajouta : &#8211; En ce qui nous concerne, tout devrait bien se passer puisque SpaceX fait partie de la maison. &#187; Prath&#233;e d&#233;cida sur ces entrefaites qu'il &#233;tait temps de regagner sagement son logement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sorti.e revigor&#233;.e de son bref s&#233;jour hospitalier, en chemin vers ses p&#233;nates, Prath&#233;e songeait que, rue des Envierges ou pas, et qu'il s'agisse d'un &#171; effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit., p. 109.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de l'esprit normalis&#233; tout court, les temps &#233;taient d&#233;routants. Soudain, l'id&#233;e d'aller rendre visite &#224; son vieil ami math&#233;maticien, le fameux Alexandre, lui sembla non seulement la meilleure piste &#224; suivre mais relever de l'urgence non m&#233;dicalis&#233;e. Et, puisqu'ainsi que nous l'enseigna Brigitte, il est des secrets qu'il faut savoir garder, rien ne sera dit concernant le lieu de r&#233;sidence dudit scientifique. PPP de ce dernier et, apr&#232;s lui avoir rapidement racont&#233; ses d&#233;boires Neurolinkiques, iel demanda &#224; Alexandre de lui expliquer &#171; d'o&#249; peuvent provenir de tels d&#233;lires ? &#8211; Si tu veux parler de ceux de Musk et de sa clique, &#231;a tient &#224; la saloperie de volont&#233; de puissance dont on n'a pas encore trouv&#233; comment se d&#233;faire, du reste cette merde n'a fait que progresser en m&#234;me temps que celle du march&#233;. &#8211; Si c'est sa puissance que tu veux souligner, d'accord, mais c'est un peu court comme explication. &#8211; Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise en fait ? &#8211; Je ne sais pas, c'est quoi leur truc de vouloir tout ratatiner avec de la stricte logique, ou bien leurs d&#233;lires sur le graal des d&#233;couvertes math&#233;matiques autonomes ? &#8211; C'est vieux comme mes robes, t'as ceux qui cherchent le r&#233;el en-soi, on appelle &#231;a le R, c'est l'id&#233;al scientifique, un truc critiqu&#233; depuis des lustres et couramment nomm&#233; le &#8220;r&#233;alisme&#8221;, soit un pi&#232;ge &#224; cons qui en a men&#233; plus d'un directement &#224; Dieu et &#224; la mystique. Mais voil&#224;, d&#233;couvrir le R&#233;el en fait vibrer plus d'un, justement. &#8211; Je ne vois pas le rapport avec les math&#233;matiques&#8230; &#8211; Vouloir prouver l'existence du R&#233;el, c'est progresser vers la d&#233;couverte du Un qui l'a cr&#233;&#233;, un chemin lin&#233;aire vers le Dieu des chr&#233;tiens, pour ceux qui le sont, pour d'autres c'est le chemin progressif et lin&#233;aire du progr&#232;s, celui des d&#233;couvertes. Des math&#233;maticiens, eux, se croient capables de crever le plafond avec leurs abstractions pures et voyagent avec le X, tu sais, le symbole de l'inconnu math&#233;matique. &#8211; Et c'est ce qui a d&#233;cid&#233; Musk a appeler sa merde comme &#231;a ? &#8211; Je ne sais pas, je crois me rappeler qu'il a plut&#244;t mis en avant son go&#251;t pour les choses globales, le fait que c'est une application tout-en-un (paiement, messagerie, contenu), mais de toute fa&#231;on il s'y conna&#238;t en maths puisqu'il a fait de la physique. Or le X, c'est trop cool, pas besoin de dire que c'est Dieu puisqu'il y aura toujours un.e inconnu.e que tu vas chercher et, qui sait ? trouver. &#199;a peut te faire vibrer d'une fa&#231;on telle que t'es m&#234;me plus oblig&#233; de convoler en chair et en os, et si parfois tu te sens un peu seul &#224; te comprendre, c'est pas si grave puisque t'es un d&#233;miurge, et donc tu kiffes ta race. D'autant que le voyage avec l'inconnu est aussi infini et cyclique que celui avec le R est lin&#233;aire et progressif. &#8211; D'accord, mais quand je dors et qu'au matin je me r&#233;veille avec une r&#233;ponse insoup&#231;onn&#233;e, ou, je sais pas, si je me prends un KO justement un jour de grand spleen, c'est rien que des connexions entre mes affects et mon cerveau ? &#8211; Je ne suis pas neuroscientifique, je n'ai pas le go&#251;t de mettre &#224; plat la conscience en faisant de l'exploration c&#233;r&#233;brale, ainsi que le fait un fameux grand conseiller de l'&#201;ducation nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais je suis bien certain qu'il ne s'agit que de conneries capitalistes, parce que, vraiment, plus productif que l'IA tu meures ! &#8211; Ne remets pas le couvert avec Marx s'il te pla&#238;t, il n'y connaissait rien &#224; l'informatique&#8230; &#8211; J'ai plus trop de temps &#224; t'accorder l&#224;, d&#233;sol&#233;, donc t'as qu'as retenir TTURX pour les explications que je suis capable de te fournir. &#8211; H&#233;, c'est bon, on commence &#224; en avoir soup&#233; avec les acronymes ! &#8211; Non mais je r&#234;ve ! C'est toi qui dis &#231;a ? &#8211; Vas-y, laisse tomber les le&#231;ons de morale, c'est quoi ton TTURX ? &#8211; Les deux derni&#232;res lettres, c'est d&#233;j&#224; fait, le T du temps lin&#233;aire ou cyclique aussi, et le TU du Tout en Un, pareil, mais je te r&#233;sume : c'est par exemple le formalisme bio-logico-informationnel qui aboutit au corps/cerveau Tout Un, un truc strictement bas&#233; sur l'organique et qui est grave efficace car bio-logico-codifiable : c'est l'IA. Comme Tout en Un y a aussi Dieu, mais on l'a d&#233;j&#224; dit, tout comme pour la messagerie X, il y a aussi le holisme du syst&#232;me Total &#8211; Le truc de Morin ? &#8211; Oui, on peut dire &#231;a comme &#231;a, mais je te garantis qu'il &#233;tait vraiment pas tout seul, ce bazar a rencontr&#233; de francs succ&#232;s bien avant lui, et c'est pas pr&#232;s de s'arr&#234;ter puisqu'on enseigne &#231;a en finance et en informatique depuis des lustres. Par exemple le March&#233; Global qui s'autor&#233;gule tout seul par feedback, ce d&#233;lire conceptuel d'Hayek qui rationalise la main invisible d'Adam, c'est un Tout en Un, tu sais bien, le truc qu'est sup&#233;rieur &#224; la somme de ses partis&#8230; Il suffit que tu sois un peu naze de la t&#234;te et le parti dont tu r&#234;ves se met &#224; pouvoir devenir sup&#233;rieurement totalitaire &#8211; Faudra que je retourne rue des Envierges, voir si je retrouve une certaine Brigitte et reprendre toute cette histoire avec elle depuis la case d&#233;part &#8211; Mais t'en as pas marre de feedbacker en voulant retourner dans ta case ? &#192; force de vouloir tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tu risques de spiraler dans le X toi aussi, avec ceux-l&#224; qui sont en qu&#234;te du pilote de la bo&#238;te noire du cerveau, l&#224; o&#249; les &#8220;restes&#8221; de la pens&#233;e empirique comme la conscience et l'inconscient sont l'horizon &#224; atteindre. Soit l'horizon id&#233;al du R, du corps Tout en Un strictement mis &#224; plat, un pur fantasme, mais c'est bien l'un des deux moteurs actifs de leurs recherches de naturalisation des fonctions c&#233;r&#233;brales. L'autre, c'est le X donc, et en attendant de d&#233;nicher le pilote ou de circonscrire tous les outils de sa cabine, voyageant de conserve sur le cycle infini de l'inconnu, l'informatique et le formalisme bio-logico-math&#233;matiques produisent des r&#233;ponses qui permettent de mod&#233;liser le z&#233;nith des capacit&#233;s cognitives : les concepts. Chercheur et informatique s'alimentent ainsi mutuellement, d&#233;couvrent/produisent de nouveaux mod&#232;les leur permettant de s'optimiser et d'optimiser ainsi les formalismes qui leur permettront d'am&#233;liorer le mod&#232;le &#224; suivre, qui permettra&#8230; &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt;. Ces formes d'idylles ne sauraient &#234;tre d&#233;rang&#233;es&#8230; Elles sont tr&#232;s largement financ&#233;es. &#8211; Faudra que tu me redises &#231;a une autre fois, je suis pas s&#251;r d'avoir tout compris et, d&#233;cid&#233;ment, je n'y comprendrai jamais rien aux maths ! Du reste, l'autre jour &#231;a parlait de Grothendieck &#224; la radio pour dire &#224; quel point il a r&#233;volutionn&#233; le domaine, et &#231;a se congratulait pour vanter la port&#233;e de ses concepts pour la recherche actuelle, mais il n'y avait personne pour rappeler qu'il a quitt&#233; le navire, qu'il a d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter de gagner sa cro&#251;te gr&#226;ce aux financements li&#233;s &#224; l'armement et au nucl&#233;aire. &#8211; C'est ce que je te disais, au lit ou pas, Marx a eu de tr&#232;s bonnes intuitions, et l&#224; o&#249; &#231;a p&#234;che c'est toujours pareil, c'est quand il y en a qui croient pouvoir reprendre les th&#233;ories &#224; leur compte en tant que v&#233;rit&#233;s av&#233;r&#233;es et se hisser gr&#226;ce &#224; elles sur les premi&#232;res places du podium&#8230; Du coup, dans le contexte actuel, encenser la pens&#233;e empirique ou la conscience comme des &#8220;choses en soi&#8221; peut aboutir aux pires d&#233;lires r&#233;actionnaires ; quant aux id&#233;alisations des beaut&#233;s cycliques elles ne font pas mieux, mais dans des versions soit naturalistes, soit futuristes. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Je suis ressorti.e de chez Alexandre et j'ai appel&#233; le Centre social de la rue des Envierges, Brigitte &#233;tait sur place et m'a engueul&#233;.e &#224; peine le combin&#233; au bord des l&#232;vres. Je la d&#233;rangeais, parce qu'avec une &#233;quip&#233;e de voisines elle &#233;tait en train de pr&#233;parer le repas de la f&#234;te de la cit&#233; Piat-Faucheur-Envierges qui a lieu demain. &#171; On s'attend &#224; servir plus de deux cents couscous, donc j'ai pas que &#231;a &#224; faire de te causer dans le poste, mais si t'as envie de filer la patte, d&#233;p&#234;che-toi de rappliquer, y'a encore tous les gros l&#233;gumes &#224; &#233;plucher &#187;, c'est ce qu'on est donc en train de faire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975&lt;/i&gt;, Rue des cascades, 2018, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ?&lt;/i&gt; Synth&#232;se d'un article paru dans &lt;i&gt;Nature Communications&lt;/i&gt; par des chercheurs issus du CNRS &#8211; notamment du Groupe d'analyse et de th&#233;orie &#233;conomique. CNRS (septembre 2015) &lt;a href=&#034;http://www.inshs.cnrs.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.inshs.cnrs.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Biologie du plaisir&lt;/i&gt;. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de Versailles, &lt;a href=&#034;https://svt.ac-versailles.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://svt.ac-versailles.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des sciences du vivant (Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique, CEA) : animateur du laboratoire de neuro-imagerie cognitive, par ailleurs membre du Coll&#232;ge de France, chaire de psychologie cognitive exp&#233;rimentale, et pr&#233;sident du Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale o&#249; il est &#233;galement animateur du groupe &#171; &#201;valuations et Interventions &#187;. A notamment &#233;crit &lt;i&gt;Le Code de la conscience&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marx va avoir raison</title>
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&lt;p&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;, Dante. On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg?1781424256' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;&lt;/i&gt;, Dante.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/marx_va_avoir_raison_lordon_word.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 411.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque le capitalisme produit &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; les tensions internes, qu'il rattrape un temps &#224; coup de remaniements historiques, mais qu'il finit, pass&#233; un certain seuil, par ne plus pouvoir accommoder. Dans le long terme, le capitalisme creuse sa propre tombe &#8211; on appelle &#231;a &#171; la dialectique &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le d&#233;tail : le passage par les stades successifs de la manufacture, de la fabrique et de la grande industrie conduit &#224; d'&#233;normes concentrations ouvri&#232;res dans les lieux de la production. On ne rassemble pas impun&#233;ment de telles masses exploit&#233;es, opprim&#233;es, au lieu m&#234;me de leur oppression. Les ouvriers se parlent, prennent conscience &#8211; des choses &#8211;, forment une conscience &#8211; de classe &#8211;, s'organisent. Une force &#233;norme se constitue, qui surmonte la d&#233;r&#233;liction du travailleur seul sur le &#171; march&#233; du travail &#187; &#8211; forc&#233;ment d&#233;fait dans le face-&#224;-face in&#233;gal avec le capital. Dans le bagne usinier, le capital produit lui-m&#234;me son ennemi mortel, ses jours sont compt&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ceci pr&#232;s qu'un si&#232;cle et demi plus tard, on en est toujours &#224; les compter. La premi&#232;re mont&#233;e r&#233;volutionnaire, celle du d&#233;but du XXe si&#232;cle, qui correspond &#224; un degr&#233; critique d'organisation ouvri&#232;re, est r&#233;duite par la r&#233;pression et le fascisme. La seconde, en sortie de 2e guerre, est anesth&#233;si&#233;e par l'entr&#233;e dans la consommation de masse : diffusion large du niveau de d&#233;veloppement mat&#233;riel, sortie du prol&#233;tariat de l'&#233;tat de mis&#232;re &#8211; et l'on d&#233;couvre de nouvelles armes du capitalisme qu'on n'avait pas soup&#231;onn&#233;es : les salari&#233;s ne sont plus uniquement tenus par l'aiguillon de la faim mais par des voies sucr&#233;es autrement pernicieuses. Alors l'ali&#233;nation n'en finit plus de s'approfondir. Quelques d&#233;cennies plus tard : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, dans le m&#234;me temps o&#249; le capitalisme restructure en profondeur ses rapports de production apr&#232;s que le succ&#232;s industriel du fordisme lui a fait entrevoir &#224; nouveau le p&#233;ril des masses ouvri&#232;res concentr&#233;es : automatisation, robotisation, d&#233;localisation, pr&#233;carisation, atomisation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On pouvait &#8211; on devait &#8211; continuer &#224; &#234;tre marxiste, mais pas &#224; croire &#224; cette premi&#232;re dialectique. Il a fallu regarder ailleurs pour discerner de nouvelles potentialit&#233;s de renversement endog&#232;ne. Par exemple du c&#244;t&#233; de l'&#233;cocide. Le capitalisme d&#233;truit les conditions de la vie humaine sur Terre. Le lien causal ne fait pas encore l'objet d'une conscience tr&#232;s largement partag&#233;e, mais &#231;a viendra. Car les effets sont d'une ampleur croissante, impossibles &#224; cacher, et rien ne stimule la production des id&#233;es comme l'aiguillon (cette fois) de l'angoisse &#8211; et le barrage du capitalisme vert, de la transition et des pistes cyclables aura du mal &#224; l'endiguer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais &#231;a va prendre du temps. Le temps des pistes cyclables donc, celui des intellectuels retardataires et retardateurs aussi, celui des renoncements enfin. Car il va falloir beaucoup renoncer : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, donc. Nous ne sommes pas pr&#234;ts. Jean-Marc Jancovici explique &#224; L&#233;a Salam&#233; qu'il faudra en venir &#224; un quota de trois ou quatre vols long courrier pour toute la vie, Salam&#233; r&#233;pond que trois-quatre par an, c'est quasiment la dictature &#8211; son cerveau n'&#233;tait pas pr&#234;t, n'a pas re&#231;u l'information, ne pouvait pas la recevoir. Bien s&#251;r, c'est L&#233;a Salam&#233;, c'est-&#224;-dire comme un m&#232;tre-&#233;talon de la b&#234;tise journalistique, d&#233;pos&#233; &#224; Radio-France plut&#244;t qu'au Pavillon de Breteuil &#224; S&#232;vres, mais l'id&#233;e est la m&#234;me &#8211; et les conditions de conservation aussi satisfaisantes. Le probl&#232;me &#233;tant ici que, pour l'heure, l'&#233;talon donne assez bien la mesure en vigueur dans la plus grande partie de la population. Faire renoncer, mettre en rapport l'&#233;vitement de l'&#233;cocide, la n&#233;cessit&#233; vitale de renoncer et l'imp&#233;ratif de sortir du capitalisme : ce sera la grande t&#226;che politique du futur (commence maintenant). Autant dire que l'issue de la course de vitesse est incertaine &#8211; il suffit de se demander ce que sont les vitesses compar&#233;es de l'&#233;cocide capitaliste et de l'id&#233;e renon&#231;ante dans les esprits. On a d&#233;j&#224; vu des comp&#233;titions mieux engag&#233;es. Peu importe, on courra quand m&#234;me, parce qu'on n'a pas le choix de ne pas courir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Dialectique de l'IA&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sauf que voil&#224; du nouveau, du qu'on n'avait pas vu venir. L'IA, l'Intelligence artificielle. &lt;i&gt;&#171; Du lourd est en train d'arriver &#187;&lt;/i&gt;. C'est Matt Shumer qui parle &#8211; cr&#233;ateur et patron de OthersideAI. De tous c&#244;t&#233;s, le papier est dit &#171; viral &#187; &#8211; il n'est pas s&#251;r que ce soit un compliment, plut&#244;t la suggestion qu'ayant s&#233;duit trop d'analphab&#232;tes, il perd beaucoup de sa distinction. En mati&#232;re de distinction, on n'en remontrera pas aux petits marquis de &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/11/lia-sort-du-code-lavertissement-de-matt-shumer-sur-les-prochaines-cibles-des-laboratoires/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Qui diffusent &#224; leur tour mais en faisant les entendus, et avec quelques commentaires d'une technicit&#233; blas&#233;e &#8211; ils en sont. &#202;tre blas&#233;, r&#232;gle n&#176; 1 : ne pas c&#233;der aux alarmismes &#224; grande audience, les moquer comme tels avec condescendance, laisser les paniques au vulgaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut bien avouer que dans le texte de Shumer, le vulgaire a de quoi se faire du mouron. Le vulgaire, s'entendre : du vulgaire d&#233;j&#224; haut de gamme. Car Shumer annonce &#224; une tranche consid&#233;rable de cadres, et m&#234;me des sup&#233;rieurs, qu'ils vont bient&#244;t avoir &#224; faire leurs cartons : rendus dispensables. Il le dit de premi&#232;re main puisqu'il se voit lui-m&#234;me d&#233;class&#233; par ses propres produits, en tout cas dans le registre de son activit&#233; proprement technique. C'est que d&#233;sormais l'IA s'auto-engendre &#8211; s'auto-code. Gunther Teubner, un &#233;tonnant juriste et sociologue du droit allemand, avait trouv&#233; un mot &#224; coucher dehors pour d&#233;signer ce moment critique o&#249; un processus s'affranchit de ses conditions initiales, et notamment de ses cr&#233;ateurs originels, pour s'autonomiser, cro&#238;tre endog&#232;nement, et finir par dominer ses promoteurs m&#234;mes : &#171; take-off autopo&#239;&#233;tique &#187;, dit-il. L'IA, semble-t-il, conna&#238;t donc son take-off autopo&#239;&#233;tique : elle s'&#233;crit toute seule. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;gis Portalez est un polytechnicien bizarre, qui a additionn&#233; l'X non pas des Mines ou des Ponts mais d'une certification de soudeur. Il s'est retir&#233; &#224; la campagne pour faire des tours de potier, mais continue de coder sur les bords parce qu'il faut bien vivre. Et &lt;a href=&#034;https://x-alternative.org/2026/02/05/demission-subie-startdown-nation-ii/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lui aussi&lt;/a&gt; voit venir du lourd : &#171; il y a six mois peut &#234;tre, je croyais l'IA &#224; peine capable de remplacer les t&#226;ches subalternes qu'un junior confie au stagiaire (&#8230;) Et puis il y a deux semaines, j'ai demand&#233; &#224; l'une d'entre elles d'&#233;crire enti&#232;rement un programme que j'envisageais de mettre un jour et demi &#224; &#233;crire (&#8230;) Une t&#226;che libre, donc entre guillemets cr&#233;ative, mais tr&#232;s contrainte par la technique. En une minute trente &#224; peine, j'avais un code qui compile et qui s'ex&#233;cute, test&#233;, document&#233; et fonctionnel &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt; fait une moue chichiteuse : pas de g&#233;n&#233;ralisation h&#226;tive, pas d'extrapolation lin&#233;aire, coder est une activit&#233; tr&#232;s sp&#233;cifique, par nature dispos&#233;e &#224; la formalisation, donc &#224; une prise en charge IA. Les codeurs font du foin parce que d'une certaine mani&#232;re ils &#233;taient vou&#233;s &#224; se trouver en premi&#232;re ligne quand d&#233;barquerait l'IA &#171; cr&#233;ative &#187; &#8211; et ces ballots n'y avaient pas pens&#233;. Les voil&#224; donc &#224; &#233;crire des textes tout &#171; viraux &#187; d'inqui&#233;tude. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Shumer a beau coder, il n'en a pas moins un ersatz de vie sociale. Comprendre : il a des &#171; connaissances &#187; qui ne codent pas. Des avocats d'affaires par exemple &#8211; comme tout le monde. Or l'ami avocat d'affaires commence &#224; mesurer l'ampleur des d&#233;g&#226;ts : &#171; C'est comme avoir une arm&#233;e de collaborateurs imm&#233;diatement disponible. &#187; Et l'ami de s'aviser que &#171; sous peu, l'IA sera capable de faire la plupart des choses qu'il fait &#187;. Suit une liste des professions align&#233;es : d&#233;veloppeurs et conseil juridique, donc. Mais aussi : analystes financiers, diagnosticiens m&#233;dicaux, services clients, consultants de toutes esp&#232;ces. Et pour la bonne bouche : &lt;i&gt;&#171; writing and content &#187;&lt;/i&gt; &#8211; r&#233;dacteurs de notices vari&#233;es, de rapports en tout genre. Journalisme &#8211; d&#233;lice. Et sans doute tr&#232;s bient&#244;t : sc&#233;naristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs (d&#233;j&#224; inquiets), litt&#233;rateurs de prix mondains. Auxquels il faudra sans doute ajouter : graphistes, musiciens, cr&#233;ateurs de vid&#233;os et, pourquoi pas, r&#233;alisateurs, maintenant que Bytedance nous fait des clips de Kanye West ou des vid&#233;os de Tom Cruise et Brad Pitt sans Tom Cruise ni Brad Pitt. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il y a trois d&#233;cennies, Robert Reich, l'un des intellectuels en toc du clintonisme, s'extasiait au spectacle de la nouvelle &#171; classe cr&#233;ative &#187;, les &#171; manipulateurs de symboles &#187;, annonciateurs du grand mouvement de restructuration de la division internationale du travail port&#233; par la mondialisation, qui laisserait le cambouis des fabriques aux &#171; autres &#187; et nous r&#233;serverait les joies du &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;blueprint&lt;/i&gt;. Soit le red&#233;ploiement &#224; l'&#233;chelle mondiale de la division du travail princeps, t&#244;t aper&#231;ue par Marx, entre travail de conception et travail d'ex&#233;cution. Comment la &#171; classe cr&#233;ative &#187; n'aurait-elle pas battu des mains ? Toute sa sociologie, toutes les repr&#233;sentations avantageuses qu'elle se fait d'elle-m&#234;me, l'y inclinaient. Et toutes les cons&#233;quences politiques s'en suivraient immanquablement. Car, sans surprise, cette classe &#8211; consid&#233;r&#233;e en moyenne &#8211;, toute cette classe en ses organes, &lt;i&gt;Lib&#233;ration, Le Monde, T&#233;l&#233;rama,&lt;/i&gt; France Inter/Culture, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt; nouveau ou pas, Arte, s'est admir&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e autant qu'elle a &#233;t&#233; d'une indiff&#233;rence de granit au sort des classes ouvri&#232;res, &#233;quarries, massacr&#233;es par les grandes transfusions de la mondialisation, subalternes r&#233;siduels &#224; l'int&#233;rieur de la grande redivision du travail &#224; l'ext&#233;rieur. Dont la bourgeoisie &#171; cr&#233;ative &#187; conjurera les col&#232;res par tous les proc&#233;d&#233;s du pharisa&#239;sme et du racisme social r&#233;unis : ils sont obtus, n'ont pas compris que la mondialisation est bonne, ils sont contre l'Europe, ils sont complotistes, ils sont Gilets jaunes &#8211; ils sont sales et m&#233;chants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Grande le&#231;on mat&#233;rialiste : les formes de la conscience sont donn&#233;es par les conditions de l'existence. Or voil&#224; que les conditions d'existence de la bourgeoisie du Bien s'appr&#234;tent &#224; de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c'est que de se retrouver du jour au lendemain renvoy&#233;e non seulement &#224; l'inactivit&#233; mais au sentiment dissolvant de l'inutilit&#233;. Elle va conna&#238;tre l'exp&#233;rience qui lui indiff&#233;rait au plus haut point, l'exp&#233;rience des &#171; autres &#187; de l'int&#233;rieur, charrettes &#224; plans sociaux, &#224; d&#233;localisation, &#224; &lt;i&gt;downsizing&lt;/i&gt; et &#171; rationalisation &#187; &#8211; l'exp&#233;rience des &lt;i&gt;dispensables&lt;/i&gt;. Par pans entiers, la &#171; bourgeoisie cr&#233;ative &#187;, qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concern&#233;e, est en train de devenir dispensable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Abandonn&#233; par ses ma&#238;tres&lt;br/&gt;
(le bloc bourgeois dispensable)&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'explosion des capacit&#233;s de l'IA, l'ampleur du d&#233;classement qui va s'en suivre, vont r&#233;volutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arr&#234;t&#233; sur &#171; la classe ouvri&#232;re sujet de l'histoire &#187; n'aurait pu l'imaginer. Pas davantage d'ailleurs qu'une sociologie politique du &#171; peuple des r&#233;seaux &#187; comme celle de la FI. &#199;a n'est ni dans l'exclusivisme ouvri&#233;riste, ni dans une nouvelle classe r&#233;ticulaire que &#171; &#231;a &#187; se passe &#8211; &#171; &#231;a &#187; : la formation des forces de rupture. Non pas, du reste, que tout ne puisse se rejoindre dans la marmite car, oui, il reste des bastions ouvriers combatifs, et oui, il y a des s&#233;gr&#233;gu&#233;s des r&#233;seaux &#8211; des forces potentielles. Mais l'essentiel est en train de se former ailleurs : dans la d&#233;molition m&#233;thodique par le capitalisme m&#234;me de son propre bloc de soutien. Celui dont le caract&#232;re sociologiquement minoritaire a toujours &#233;t&#233; compens&#233; par le caract&#232;re symboliquement majoritaire : professions &#171; intellectuelles &#187;, ayant droit &#224; la parole, ayant acc&#232;s &#224; l'expression publique, ayant assurance de la consid&#233;ration et de la sur-repr&#233;sentation dans l'espace des m&#233;dias, tout autant celui du cin&#233;ma, qui n'a d'yeux que pour sa propre classe, n'a d'int&#233;r&#234;t que pour ses propres vies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Or voil&#224; que, dans cette classe, sans doute composite, bient&#244;t on ne comptera plus les jet&#233;s sur la gr&#232;ve. Cruaut&#233; des illusions perdues. Tous ces gens ne trouvaient rien &#224; redire parce tout leur &#233;tait aimable, tout leur semblait fait pour eux. Mieux, tout leur &#233;tait promis. Promesse &#233;videmment fausse pour bon nombre d'entre eux, cadres moyens-sup qui se vivaient en fantasme comme &#171; en &#233;tant &#187; &#8211; puisque telle est la vraie question de la sociologie politique : non pas &#171; &#234;tre ou ne pas &#234;tre &#187;, mais &#171; en &#234;tre ou ne pas en &#234;tre &#187;. Et tant pis si &#171; en &#234;tre &#187; est remis &#224; un horizon tellement ind&#233;fini que la retraite sera venue avant &#8211; les fantasmes de grandeur sociale ne d&#233;sarment pas, m&#234;me devant les verdicts du r&#233;el, m&#234;me devant les statistiques qui les vouaient d&#232;s le d&#233;part &#224; l'&#233;chec. Force de la subjectivit&#233; individualiste : &#171; je sais bien, mais &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; j'y arriverai &#187;. Rat&#233; mon vieux, tu n'y arriveras pas. &#192; ceci pr&#232;s d&#233;sormais que, l&#224; o&#249; tu pouvais couler une retraite paisible en imagination continu&#233;e, tu vas te retrouver &#233;ject&#233; par une machine, et tout l'environnement saura te faire &#233;prouver tr&#232;s fort le sentiment de ta nullit&#233; &#8211; de ta nullit&#233; dispensable. Car il ne faut pas s'y tromper : des gisements de productivit&#233; et de &lt;i&gt;cost-killing&lt;/i&gt; aussi colossaux, le capitalisme &#224; dominante financi&#232;re va s'y ruer comme jamais il ne s'est ru&#233;. Aveugl&#233;ment, &#233;cume &#224; la bouche. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La voil&#224; alors la nouvelle dialectique, celle &#224; laquelle Marx ne pouvait pas penser, plus r&#233;elle et plus prometteuse que l'autre, la dialectique du d&#233;veloppement des forces productives tordant endog&#232;nement les rapports de production jusqu'&#224; un point critique, mais dans sa forme contemporaine : la dialectique du &lt;i&gt;bloc bourgeois dispensable&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La question reste enti&#232;re de savoir qu'en faire. Bien s&#251;r, il y a d&#233;j&#224; tous les divergents, qui n'avaient pas attendu l'IA pour se mettre en chemin, cadres &#224; la BPI clandestinement communistes (et pas au sens du PCF&#8230;), d&#233;go&#251;t&#233;s de l'entreprise, &#233;tudiants saboteurs de c&#233;r&#233;monie de dipl&#244;mes, jeunes embauch&#233;s d&#233;cid&#233;s &#224; partir, polytechniciens alternatifs, auteurices et artistes en r&#233;bellion contre les institutions de leur champ, r&#233;alisatrices antifascistes fauch&#233;es, producteurs ind&#233;pendants pas plus riches mais qui tiennent la ligne. Eux savent d&#233;j&#224; o&#249; ils sont, o&#249; ils vont, et ce qu'ils ont &#224; faire. Mais il y a tout le reste &#8211; disons-le sans ambages : troupeau d'imb&#233;ciles politiques, bataillons du macronisme, du socialisme ou de l'&#233;cologie parisienne. Car &#233;videmment, la plupart de ces gens n'avaient jamais &#233;prouv&#233; la moindre raison de r&#233;fl&#233;chir un peu puisque leur condition les en dispensait, par d&#233;faut robinets &#224; poncifs h&#233;g&#233;moniques capara&#231;onn&#233;s de certitude intellectuelle &#8211; dont le discours priv&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la port&#233;e d'une IA d&#233;butante, simplement capable de compiler des grumeaux de presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Il suffit d'avoir une conversation avec un banquier, un journaliste ou mieux encore un artiste contemporain pour &#233;prouver le vertige du bathyscaphe dans la grande fosse des Mariannes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais il y a pire : leur individualisme sans rivage, qui les rend incapables d'action collective au-del&#224; d'un &#171; Team building &#187; ou d'un &#171; Happy hour &#187; d'&#171; After work &#187;. La classe ouvri&#232;re de Marx avait pour elle son unit&#233; de lieu et sa concentration en masse. Rien de tout &#231;a n'est disponible ici. L'atomisation, qui plus est v&#233;cue comme joyeusement concurrentielle, est la condition objective de cette classe &#8211; et le passage au &#171; pour-soi &#187; s'annonce laborieux. En fait il n'a aucune chance de se faire tout seul. Il va falloir leur parler &#8211; pas comme &#231;a, sans doute. Mais il va falloir leur parler &#8211; pour les sortir de leur &#233;tat de l&#233;gumes politiques. Il para&#238;t qu'il faut parler aux plantes, &#231;a les aide &#224; grandir &#8211; enfin, c'est ce qu'on dit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Prendre en charge un nouvel &#233;tat du monde social, un affect collectif confus, mais promis &#224; se r&#233;pandre comme une mar&#233;e noire, le prendre en charge pour le rendre r&#233;ellement commun, puis pour le mettre en forme et le construire politiquement, c'est la t&#226;che des organisations. On regarde le c&#244;t&#233; de l'offre, et le tour d'horizon est vite fait. Soit des partis communistes r&#233;volutionnaires, indispensables, mais &#224; faible surface, souvent immobilis&#233;s dans une orientation, et surtout une &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt;, ouvri&#233;ristes, qui rendent difficile une rencontre de classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Soit la FI, mouvement d'importance, d&#233;j&#224; bien ancr&#233; dans la bourgeoisie moyenne intellectuelle et culturelle, dont elle est en fait une &#233;manation, dont elle a d&#233;j&#224; l'habitus, dont elle partage les mani&#232;res de parler. Ici une rencontre, une construction sont possibles. &#171; Vous y avez cru ; vous vous &#234;tes fait rouler ; ce syst&#232;me qui vous a fait marcher est impitoyable, nous savions que d'une mani&#232;re ou d'une autre il vous viendrait dessus, voil&#224; c'est fait ; abandonnez toute esp&#233;rance &#8211; ou plut&#244;t changez-en ! &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric LORDON&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;2 mars 2026&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&#171; La pompe &#224; phynance &#187;,&lt;br/&gt;
blog h&#233;berg&#233; par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Illustration : Gustave Dor&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Un vieil homme sans la mer</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Passage des fant&#244;mes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH433/ill__tete-21-a576c.jpg?1779728127' width='321' height='433' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/un_vieil_homme_sans_la_mer_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 316.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans ce qu'il entreprenait : l'envie, le geste et le reste. Le souffle aussi &#233;tait court, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, avant la nuit, cette nuit qu'il craignait tant, de se servir un dernier verre et de se rouler lentement, tr&#232;s lentement une cigarette. En souriant, comme &#231;a, &#224; une id&#233;e qui, comme &#231;a, venait de lui passer par la t&#234;te.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ses cigares italiens sans forme, tordus, tr&#232;s noirs, tr&#232;s forts et qu'on appelait des clous de cercueil, lui manquaient &#224; cette heure pr&#233;cise o&#249;, juste avant la nuit, lentement, l'&#201;mile sentait monter en lui ce moment d&#233;licieux entre tous o&#249;, dans la plus extr&#234;me solitude, pointait une id&#233;e susceptible de le distraire un peu. L&#224;, un clou de cercueil aurait &#233;t&#233; le bienvenu, se dit-il. H&#233;las, la m&#233;decine l'avait priv&#233; de ce plaisir. Et, quoique rarement, il pouvait &#234;tre ob&#233;issant.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Pour &#234;tre juste, l'&#201;mile n'aimait pas les souvenirs. Depuis qu'il vivait seul dans sa vieille ferme briarde, il les cong&#233;diait d&#232;s qu'ils se convoquaient. &#171; Pas pour moi &#187;, se disait-il. La vie est d&#233;j&#224; p&#233;nible pour l'encombrer davantage. &#192; la mort de sa compagne, Mathilde, qu'il avait aim&#233;e au-del&#224; du raisonnable, il avait d&#233;cid&#233; de vivre dans le pr&#233;sent d'un temps sans pass&#233; ni futur, une parenth&#232;se dont il connaissait le d&#233;but mais pas le terme. D&#232;s qu'une bribe de m&#233;moire venait l'encombrer, il la chassait. &#171; Non, pas pour moi, se r&#233;p&#233;tait-il, la m&#233;lancolie ne me va pas. &#187; Les seules images m&#233;morielles qu'il tol&#233;rait, avaient trait &#224; son enfance. Il se contentait de tenir la nostalgie &#224; distance, en cherchant &#224; comprendre pourquoi, &#224; son &#226;ge respectable, il se sentait encore tributaire de ce temps d'apprentissage o&#249; rien n'avait coll&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce soir, pourtant, &#224; cet instant pr&#233;cis o&#249;, tirant sur sa clope mal roul&#233;e, il regrettait ses clous de cercueil, c'est un retour d'enfance qui s'insinuait dans sa caboche. Insistante, pr&#233;cise, vive. Et plus pr&#233;cis&#233;ment celle de son logis de la rue Piat o&#249;, seul ou avec ses deux potes, Jean-Ren&#233; et David, il s'inventait des aventures invraisemblables dont il n'avait plus l'id&#233;e, sauf qu'elles &#233;taient toujours loufoques. &#192; part comme incise de la pens&#233;e, il se demanda pourquoi, soudain, ce souvenir pr&#233;cis lui revenait. Et il trouva. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La chose avait sans doute &#224; voir avec l'installation dans la maison du bout du chemin d'un nouveau voisinage : un couple de jeunes avec enfant. L'apr&#232;s-midi m&#234;me, les r&#233;cents arrivants &#233;taient venus se pr&#233;senter. Apr&#232;s avoir consult&#233; un quelconque guide de sociabilit&#233; rurale, ils avaient d&#251; se dire que &#231;a se faisait. L'&#201;mile leur avait parl&#233; sans leur ouvrir le vieux portail de bois. Il se disait que ces deux hurluberlus d&#233;chanteraient assez vite de la campagne. Trop polis pour &#234;tre honn&#234;tes, les deux visiteurs s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s sommairement. Ils venaient de la ville, la grande, ce dont il se serait dout&#233;, avec l'intention &#8211; absurde &#224; ses yeux &#8211; de &#171; faire lien et, si possible, commun &#187;. Pour toute r&#233;ponse l'&#201;mile leur avait dit qu'il leur souhaitait bien du plaisir, ce qui les fit rire mais n'eut pas l'heur de les troubler. Pendant qu'ils se r&#233;pandaient en banalit&#233;s sur la grande ville et en lieux communs &#233;cologiques, c'est le gamin qui attira son attention. D'abord silencieux, &#233;tonnamment silencieux, il avait vu son regard se porter sur le fer &#224; cheval qui d&#233;corait son branlant portail &#8211; c'&#233;tait une manie de Mathilde d'en accrocher partout au pr&#233;texte que &#231;a portait bonheur. Puis, levant les yeux vers lui, le gamin lui avait demand&#233; : &#171; Il est o&#249; ton cheval ? &#187;. Sans r&#233;fl&#233;chir, l'&#201;mile, qui n'avait jamais eu de cheval de sa vie, lui avait r&#233;pondu : &#171; C'est un cheval migrant &#8211; je l'appelle &#171; T&#234;te d'or &#187; &#224; cause de sa crini&#232;re. Il est libre, il va o&#249; il veut. Peut-&#234;tre qu'il passera te voir chez toi. &#171; Traite-le bien, gamin, il le m&#233;rite. &#187; Le visage du gar&#231;on &#8211; Lucas &#8211; s'&#233;tait m&#233;tamorphos&#233;. C'&#233;tait celui de l'enfance quand elle fait corps avec sa qu&#234;te. &#171; &#8220;T&#234;te d'or&#8221;, &#231;a me pla&#238;t &#187;, dit-il avant de repartir vers chez lui, tenu de chaque main par ses parents, qui craignaient sans doute qu'il se perde.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le retour d'enfance venait de &#231;a, de cet &#233;change de regards, de cette id&#233;e qui naturellement lui &#233;tait venue de s'inventer un cheval du nom de &#171; T&#234;te d'or &#187; avec la m&#234;me app&#233;tence pour l'imaginaire que, gamin lui-m&#234;me, il convoquait avec cette joie souveraine de poss&#233;der un tr&#233;sor et au grand d&#233;sespoir de ses parents qui y voyaient un lourd handicap qui le faisait constamment d&#233;roger au principe de r&#233;alit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187;, se demanda l'&#201;mile &#224; cette heure sans heure de la nuit o&#249; le vent soufflait si fort sur le hameau de Cormeron qu'il r&#233;veillait toutes ses hantises. Il savait qu'il attendrait longtemps pour trouver, s'il venait, ce sommeil du juste qui toujours lui avait fait d&#233;faut &#8211; et plus encore depuis la mort de Mathilde. Il mit une nouvelle b&#251;che dans la chemin&#233;e, se versa un nouveau verre, se roula une autre cigarette et se reposa, &#224; haute voix cette fois, la question : &#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187; Un silence pr&#233;c&#233;da un invraisemblable effort de m&#233;moire pour, les yeux ferm&#233;s, se rem&#233;morer leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, leurs mani&#232;res d'&#234;tre, de parler et de se taire. &#192; quoi bon tout &#231;a ? &#192; quoi bon ressasser un temps que le temps a heureusement effac&#233;, rang&#233; au rayon de l'oubli bienfaiteur. On n'est pas de sa famille, on est ce qu'on s'est fait, un homme de son temps que le temps a trahi. Et puis, il s'entendit une nouvelle fois se parler &#224; voix haute : &#171; Que me reste-t-il, au fond, de mes vieux ? &#187; &#192; peine quelques souvenirs, toujours tristes. Une m&#232;re malheureuse de vivre &#224; c&#244;t&#233; de sa vie. Un p&#232;re d&#233;truit par l'usine, mais fier d'en &#234;tre un ex&#233;cutant z&#233;l&#233;. Sans conscience de son malheur, conforme &#224; l'id&#233;e que le ma&#238;tre se fait de lui. Une m&#232;re soumise au travail domestique que personne n'aurait eu l'id&#233;e de reconna&#238;tre comme une servitude et qu'elle compl&#233;tait de quelques m&#233;nages chez des rupins du 20e bourgeois puant d'avarice. Un p&#232;re qui, &#224; peine rentr&#233; chez lui, se vengeait des humiliations auxquelles l'usine l'avait soumis en jouant au tyranneau de foyer. Un couple d'&#233;poque, mal assorti tant au physique qu'au moral. Elle venait d'une famille de la toute petite paysannerie briarde. Il &#233;tait de son 20e, le seul coin de Paris qu'il connaissait, mais sur le bout des doigts. Chaudronnier de m&#233;tier, esclave de profession. Non syndiqu&#233;, votant pour &#171; les gens qui savent &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#201;mile sentait ses paupi&#232;res lourdes d&#233;sormais. Il e&#251;t &#233;t&#233; malvenu pour lui de passer son tour. Juste avant de s'endormir, c'est encore &#224; voix haute qu'il s'entendit penser : &#171; Je les ai d&#233;test&#233;s, mes parents, d'&#234;tre ce qu'ils &#233;taient, comme ils &#233;taient, des cas extr&#234;mes de ralli&#233;s passifs &#224; l'ordre d'un monde qui les humiliait. Je ne saurais dire qu'ils ne m'aimaient pas, mais j'ose penser qu'il m'est souvent arriv&#233; &#224; moi de les d&#233;tester. &#187;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Au matin, c'est le froid qui r&#233;veilla l'&#201;mile. Comme chaque fois qu'il bravait la nuit, il se sentit tout transi dans son fauteuil &#224; oreilles. Le feu cr&#233;pitait encore, mais comme une vie qui s'&#233;tiole. Dehors, il faisait encore obscur. Noir complet. Il se tra&#238;na jusqu'&#224; la cuisine, se chauffa du lait qu'il augmenta de deux fortes cuiller&#233;es de miel et, p&#233;niblement, monta &#224; l'&#233;tage pour rejoindre son antre. C'&#233;tait une large pi&#232;ce mansard&#233;e aux murs croulants de livres stock&#233;s dans des cartons ajour&#233;s pour voir leurs tanches et meubl&#233;e d'une vaste table de travail, d'un canap&#233; et d'un fauteuil en cuir de tr&#232;s ancienne facture. &#171; Qu'est-ce que je fous l&#224;, se dit-il, loin de tout, abandonn&#233; &#224; ma solitude. Pourquoi n'ai-je pas tout bazard&#233; &#224; la mort de Mat ? Pourquoi n'ai-je pas chang&#233; d'air, de vie, pour me faire d'autres souvenirs, les miens, des souvenirs en propri&#233;t&#233; propre, l&#233;gers ? &#187; Dans un mouvement de pens&#233;e contradictoire qu'il connaissait, la r&#233;ponse ne tarda pas : &#171; C'est sans doute qu'ici il me reste &#224; faire et qu'ailleurs il faudrait d'abord que je me fasse &#224; l'endroit. &#187; L'antith&#232;se lui sembla peu satisfaisante, mais il la retint, une fois encore, comme proposition finale. Car il pratiquait la dialectique, mais d&#233;testait la synth&#232;se. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il entreprit de relire quelques pages au hasard du Vieil homme et la mer d'Hemingway, en regrettant que la sienne ne f&#251;t qu'int&#233;rieure, puis, enfin distrait de soi et enroul&#233; dans une couverture de grosse laine, il avait fini par s'endormir vraiment au petit matin. &#192; peine deux heures, en fait. En clair, une fois encore, il s'&#233;tait arrang&#233; avec son sommeil pour qu'il ne lui vol&#226;t pas trop de temps. Sachant qu'il ne comptait pas en exc&#232;s, il avait d&#233;cid&#233; de pratiquer un somnambulisme actif.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
L'&#201;mile buvait par ennui mais avec entrain au bistrot de Cormeron. En attendant que, dans le brouhaha matinal du lieu, lui vienne sa phrase du jour. Aujourd'hui elle avait de quoi satisfaire les pochtrons de la petite bande : &#171; Quitte &#224; mourir, je pr&#233;f&#233;rerais que ce f&#251;t sous un nom d'emprunt pour ne pas avoir &#224; revoir ma famille au cimeti&#232;re. &#187; On ria autour de lui, ce qui le ravit. Moi, je la notai. Comme d'habitude. Il faut dire que j'&#233;cris comme &#231;a, sur le vif, &#224; partir de quelques notes jet&#233;es sur un carnet. Je les laisse infuser et &#224; l'occasion j'y puise mon mat&#233;riau. Par la suite, nous nous &#233;tions rencontr&#233;s &#224; l'occasion d'une f&#234;te de village. Foireuse, la f&#234;te, comme souvent. Juste l'occasion de f&#234;ter quelque chose et de boire. L&#224; c'&#233;tait la Saint-Jean, si je me souviens bien. &#192; vrai dire, ce tr&#232;s solitaire &#201;mile m'intriguait depuis qu'un petit h&#233;ritage nous avait permis, &#224; ma compagne et &#224; moi, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, d'acheter une maison briarde au Bourg-du-Haut, &#224; deux pas de Cormeron. C'&#233;tait un pied &#224; terre campagnard, rien de plus. Aucune intention, chez nous, de nous ancrer au terroir. Trop urbains pour cela, sans doute. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En d&#233;couvrant le lieu et plus encore en l'arpentant, j'avais rep&#233;r&#233;, &#224; diverses reprises, l'&#201;mile. Il est vrai qu'il &#233;tait l'un des rares vieux du village &#224; s'adonner &#224; la marche en solitaire. De loin, pourtant, elle semblait peupl&#233;e, sa marche, tant sa gestuelle &#233;tait active. Comme s'il discourait en s'adressant &#224; des acolytes de d&#233;ambulation ou &#224; sa Mathilde. J'y voyais une mani&#232;re de r&#233;sister &#224; sa solitude, et c'&#233;tait probablement cela. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le caf&#233; &#8211; &#171; Chez Gina &#187; &#8211; fit le reste. D'&#233;tape en &#233;tape, il nous rapprocha. &#171; T'&#233;cris toujours, bonhomme ? &#187;, me dit-il un jour o&#249;, effectivement, j'&#233;tais courb&#233; sur mon ouvrage. &#171; Oui, des notes, comme elles me viennent. Comme &#231;a. Pour capter les humeurs de mon temps int&#233;rieur, rien de plus. &#187; Le bonhomme sembla se satisfaire de ma r&#233;ponse sans chercher &#224; en savoir davantage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; De fil en aiguille, l'&#201;mile s'attacha &#224; moi, &#224; nous. Il nous trouvait, nous dit-il un jour de confidence, &#171; un peu au-dessus de la moyenne des habitants du coin &#187;. Et ajouta, songeur : &#171; Comme moi, en somme ; comme ma Mathilde aussi. &#187; Le bistrot fut notre lieu de rencontre pr&#233;f&#233;r&#233;. Bient&#244;t, l'&#201;mile s'y laissa aller, mezza voce, &#224; quelques confidences sur sa jeunesse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#8211; Tu sais, me dit-il un jour o&#249; il avait d&#233;cel&#233; mes inclinaisons libertaires, j'ai connu du beau monde du temps de &#8220;l'anarchie populaire&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est quoi, &#231;a ? ai-je demand&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Un ferment qui s'est perdu. Maintenant, les anars, c'est des bac plus cinq. Ou plus. Moi, je te parle d'un temps o&#249; l'anarchie, vulgaire je te l'accorde, irriguait un petit peuple de durs &#224; cuire instruits de quelques principes, &#226;pres &#224; la t&#226;che et fraternels. Ils avaient les mains calleuses et l'esprit canaille. Tout pour me plaire, en somme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ce jour que j'appris que l'&#201;mile, qui en faisait sacr&#233;ment moins, avait quatre-vingt-cinq ans pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu rigoles, compagnon ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, jeunot, je tiens mes statistiques &#224; jour. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Puis, de fil en aiguille, il m'accorda le privil&#232;ge de visiter son antre, ce qui n'&#233;tait pas dans ses habitudes de solitaire enkyst&#233; dans ses souvenirs. L&#224;, je d&#233;couvris un monde en d&#233;sordre, mais riche de tr&#233;sors. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu prends ce que tu veux, &#231;a &#233;vitera la benne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu n'as pas de descendance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, l'ami, &#231;a &#233;vite les d&#233;sillusions. Je suis le dernier d'une dynastie peu glorieuse.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Six mois plus tard, l'&#201;mile tira sa r&#233;v&#233;rence sans l'avoir pr&#233;vue. La mort vint, dit-on, paisible, devant l'&#226;tre de ses solitudes, une nuit sans lune d'un interminable hiver. J'appris qu'il n'avait ni souffert ni acc&#233;l&#233;r&#233; son tr&#233;pas. Une belle mort, en somme, de celle qui ne contrarie pas. Peut-&#234;tre que, ce soir-l&#224;, il avait pens&#233; &#224; &#171; T&#234;te d'or &#187; et &#224; la qu&#234;te du jeune Lucas pour le retrouver. Les qu&#234;tes les plus belles sont les plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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