<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.acontretemps.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
	<link>https://acontretemps.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acontretemps.org/spip.php?page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
		<url>https://www.acontretemps.org/IMG/logo/siteon0.jpg?1777755970</url>
		<link>https://acontretemps.org/</link>
		<height>22</height>
		<width>144</width>
	</image>


	
	 
	 
  	
  	 
  	
	
	 
	 
	 
  	
  	 
  	
	
	 
	 
	 
  	
  	 
  	
	
	 
	 
  	
  	 
  	
	
	 
	 
	 
	 
  	
  	 
  	
	

	
	
	
	
	



<item xml:lang="fr">
		<title>Ng&#244; V&#259;n, &#233;loge du double front </title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1173</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1173</guid>
		<dc:date>2026-06-22T07:07:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187; , celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__une-25-12c9f.jpg?1779901270' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/ngo_van_eloge_du_double_front.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 403 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, Au pays d'H&#233;lo&#239;se, L'insomniaque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, si proche, se lie &#224; sa jumelle, noble de majuscule. Il avait un peu plus de quatre-vingt-dix ans et en passa pr&#232;s de soixante en France. Singulier exil que celui-ci : le natif de T&#226;n L&#244;, hameau vietnamien situ&#233; &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Saigon &#8211; aujourd'hui H&#244;-Chi-Minh-Ville &#8211;, v&#233;cut la plus grande partie de son existence sur le sol d'une nation dont il avait combattu la pr&#233;sence sur celui de la sienne propre. Ng&#244; V&#259;n se consid&#233;rait comme un survivant. Un rescap&#233; des grands bris du si&#232;cle des camps de concentration, du Goulag, de la montre &#224; quartz et du code-barres.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Leur France et la n&#244;tre&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand la b&#234;tise porte une cravate, cela ressemble au d&#233;put&#233; UMP Bruno Le Maire : &#171; On ne critique pas l'histoire fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avait-il lanc&#233; en 2015 sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. Les porte-flingues du nationalisme v&#233;n&#232;rent le pass&#233; seulement s'il consent &#224; se taire &#8211; leur amertume les condamne &#224; errer dans de bien &#233;tranges vapeurs : photos sans voix et drapeaux mit&#233;s de r&#234;ves crev&#233;s. La m&#233;moire donne pourtant des couleurs &#224; l'avenir : elle fouette son sang, l'aiguille et l'aide &#224; d&#233;barbouiller la route.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce fut, dans les ann&#233;es 1910, une enfance m&#233;fiante &#224; l'endroit des compatriotes catholiques &#8211; n'avaient-ils pas d&#233;laiss&#233; leurs rites pour v&#233;n&#233;rer un Blanc au nez pointu, droit plant&#233; sur une croix ? D'aucuns contaient que la Vierge s'&#233;tait accoupl&#233;e avec un chien pour mettre bas au Christ&#8230; Ng&#244; V&#259;n, fils de petits paysans surveillant les buffles dans les champs de rizi&#232;re et &#233;crasant le manioc au pilon, a appris le fran&#231;ais &#224; l'&#226;ge de onze ans ; il lit Rousseau, Baudelaire, le romancier Jean Richepin et l'aviateur Roland Garros &#8211;, le premier avec force &#171; exaltation &#187;. Il n'en finit pas de lire et ach&#232;te ses ouvrages d'occasion dans les bric-&#224;-brac des vendeurs chinois. Des auteurs fran&#231;ais, mais pas seulement. C'est ainsi que, page apr&#232;s page, germe en lui la r&#233;volte ; il en vient &#224; s'int&#233;resser aux cercles r&#233;volutionnaires indochinois condamn&#233;s &#224; la clandestinit&#233; et ne tarde pas &#224; cacher certaines coupures de presse dans une bo&#238;te &#224; chaussures. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les ann&#233;es 1920 touchent &#224; leur terme : en France, les communistes se sont constitu&#233;s en parti et Andr&#233; Gide d&#233;nonce l'oppression coloniale de retour du Congo ; en Russie, Staline &#233;pure les administrations et lance la collectivisation forc&#233;e des campagnes ; en Alg&#233;rie, l'&#201;toile nord-africaine est dissoute par les autorit&#233;s imp&#233;riales. H&#244; Chi Minh, qui n'est encore que Nguyen Ai Quoc mais a d&#233;j&#224; publi&#233; l'implacable &lt;i&gt;Proc&#232;s de la colonisation fran&#231;aise&lt;/i&gt;, voyage entre la Crim&#233;e et la Russie, Berlin et Paris, la Suisse et l'Italie. L'&#233;crivain fran&#231;ais L&#233;on Werth, de retour d'Asie, sort quant &#224; lui le beau &lt;i&gt;Cochinchine&lt;/i&gt;, &#233;c&#339;ur&#233; par ce qu'il vit de la &#171; mission civilisatrice &#187; &#8211; l'Empire prend du bon temps, sirotant le sang des indig&#232;nes pour sa gloire et son prestige. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Un compagnon de chambre, Ph&#249;ng, comptable de profession, raconte &#224; V&#259;n les prisons et la faim dans les plantations, la torture et les conditions de vie des coolies. En 1930, des soldats vietnamiens de la garnison de Y&#234;n B&#225;i se mutinent. Le jeune Daniel Gu&#233;rin, qui n'est pas encore le penseur communiste libertaire que l'on gagnerait &#224; conna&#238;tre si cela n'est pas le cas, se trouve alors en Indochine : le drapeau de l'ind&#233;pendance est hiss&#233; par quelques insurg&#233;s et le pouvoir fait son office, aviation &#224; l'appui &#8211; &#171; Ce qui se levait, rapportera Gu&#233;rin dans les pages de son &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, c'&#233;tait le vent de la temp&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Autobiographie de jeunesse, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ng&#244; V&#259;n, dix-huit ans, suit au jour le jour les &#233;v&#232;nements. Bombardements, incendies, destruction de temples et d&#233;capitations : les droits de l'Homme grav&#233;s &#224; la feuille d'or. De son exil &#224; Hong Kong, H&#244; Chi Minh, fils de paysans lui aussi, rassemble les forces communistes et nationalistes au d&#233;but du mois de f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e : ainsi na&#238;t le Parti communiste vietnamien. &#171; Ouvriers, paysans, soldats, jeunes gens, &#233;l&#232;ves des &#233;coles, compatriotes opprim&#233;s et exploit&#233;s, amis, camarades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, L'Harmattan, 1990, p. 94.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, lance l'appel r&#233;dig&#233; par le leader marxiste : il importe de se battre contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et la bourgeoisie autochtone. H&#244; Chi Minh salue la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, alli&#233;e de l'imminente r&#233;volution vietnamienne, et propose dix points phares &#8211; parmi lesquels l'ind&#233;pendance totale de l'Indochine, la nationalisation des banques et des entreprises coloniales, la redistribution des plantations fran&#231;aises ou f&#233;odales aux paysans pauvres, la journ&#233;e de travail de huit heures, l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'&#233;galit&#233; entre les sexes. Ng&#244; V&#259;n peste contre les &#171; civilisateurs &#187; et &#171; l'arrogante soci&#233;t&#233; coloniale &#187; qui mus&#232;le &#171; le menu peuple &#187;, &#171; les petits et les sans-grade &#187; ; il dissimule des tracts r&#233;volutionnaires dans son v&#233;lo afin de les lire &#224; ses amis paysans, tout en tentant, p&#233;niblement, de saisir &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; de Marx. &#171; L'atmosph&#232;re r&#233;pressive r&#233;gnant alors dans tout le pays &#187; ne lui laisse d'autre choix que de s'engager : &#224; d'autres, la fatalit&#233; ! Il traduit &lt;i&gt;Le Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; en vietnamien et publie po&#232;mes et r&#233;cits naturalistes dans des p&#233;riodiques indig&#232;nes, puis milite au sein d'une petite organisation, l'Opposition de gauche &#8211; elle se montre critique &#224; l'endroit du Parti communiste, qu'elle accuse d'all&#233;geance &#224; Moscou et de d&#233;connexion avec les masses, le peuple. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Trotski contre Staline&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
1935. Trotski va mourir dans cinq ans, le cr&#226;ne d&#233;fonc&#233; par un piolet dans son bureau mexicain. L'exil&#233; russe quitte alors la France pour la Norv&#232;ge. Staline, au pouvoir depuis le d&#233;c&#232;s de L&#233;nine (contre les derni&#232;res volont&#233;s de ce dernier), r&#233;gente l'URSS d'une poigne d'acier &#8211; il a &#233;cart&#233; son principal rival, ledit Trotski, porte-voix de l'Opposition de gauche, en l'expulsant de la Patrie des travailleurs au d&#233;but de l'ann&#233;e 1929. Dans son &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; sur des cahiers d'&#233;colier, l'ancien chef de l'Arm&#233;e rouge fulmine contre &#171; la clique des laquais de Staline &#187;, &#171; l'esprit born&#233; &#187; de ce dernier, sa soif de vengeance, son cynisme et ses d&#233;lires bureaucratiques &#8211; Joseph Staline n'est rien d'autre que le &#171; fossoyeur du parti et de la r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trotski, Journal d'exil, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Guide consid&#232;re quant &#224; lui L&#233;on Trotski comme l'un des &#171; espions et [d]es agents du fascisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les trotskistes comme une engeance toxique dont il faut se d&#233;barrasser sans plus tarder. Loin d'&#234;tre circonscrit &#224; la seule Russie, ce conflit s'est &#233;tendu aux quatre coins de la plan&#232;te ; Vi&#234;tnam compris. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les communistes vietnamiens se divisent donc entre une ligne &#171; officielle &#187; (celle du soutien &#224; l'URSS stalinienne) et une ligne &#171; h&#233;t&#233;rodoxe &#187;, critique, li&#233;e &#224; la contestation trotskiste du r&#233;gime. Au c&#339;ur des multiples points de divergences, autant humains qu'id&#233;ologiques, la question du cadre national. D&#232;s les ann&#233;es 1920, Staline a promu la notion de &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, autrement dit l'id&#233;e qu'il est possible et pensable d'&#339;uvrer &#224; l'abolition du mode de production capitaliste et/ou f&#233;odal sans attendre la &#171; r&#233;volution mondiale &#187; tant souhait&#233;e par L&#233;nine. &#192; l'inverse, Trotski jure de l'absurdit&#233; d'une telle conception : les &#201;tats modernes, pris dans les filets des march&#233;s mondiaux, ne peuvent s'&#233;manciper individuellement &#8211; le combat r&#233;volutionnaire doit tourner le dos aux instincts &#171; chauvins &#187;, &#171; patriotiques &#187; et &#171; nationalistes &#187; (autant de manifestations de l'imaginaire bourgeois) &#8211; afin d'embrasser l'&#233;mancipation internationaliste et globale. En tant que militant du Komintern, H&#244; Chi Minh se range derri&#232;re l'orientation officielle et double son marxisme-l&#233;ninisme d'un discours patriotique : pour convaincre les masses indig&#232;nes de se soulever contre l'occupant fran&#231;ais, pareil levier lui semble indispensable. Mais il serait fautif de n'y voir qu'une strat&#233;gie de fa&#231;ade : l'homme aime profond&#233;ment son pays et n'est pas un partisan de la &lt;i&gt;table rase&lt;/i&gt; (l'un de ses biographes le d&#233;crira comme peu dogmatique et tr&#232;s dialecticien : pass&#233;, pr&#233;sent et futur constituaient &#224; ses yeux des temporalit&#233;s qu'il ne fallait pas chercher &#224; disjoindre &#8211; l'historien Daniel H&#233;mery rapportera, dans &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, qu'il n'avait, contrairement &#224; Mao, &#171; gu&#232;re la fibre th&#233;orique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel H&#233;mery, H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam, Gallimard, 2004, p. 140.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). Il confie m&#234;me, en priv&#233; : &#171; Je suis un communiste mais ce qui m'importe en ce moment est l'ind&#233;pendance et la libert&#233; de mon pays, ce n'est pas le communisme. Je vous garantis personnellement que le communisme ne sera pas r&#233;alis&#233; au Vi&#234;t Nam avant une cinquantaine d'ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, Revue hebdomadaire l'Union, 1962.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Face &#224; la position pro-sovi&#233;tique du Parti communiste, Ng&#244; V&#259;n et quelques camarades b&#226;tissent la Ligue des communistes internationalistes pour la construction de la IVe Internationale (elle sera lanc&#233;e de France, par Trotski, en 1938). Contestant les accents nationalistes du Parti et redoutant, au lendemain de l'hypoth&#233;tique mais tant voulue ind&#233;pendance, la mainmise sur le Vi&#234;tnam libre de la bourgeoisie locale, les trotskistes aspirent &#224; faire entendre une autre voix : celle d'un socialisme radical et antistalinien. Imprimerie clandestine et ron&#233;o : le groupe publie deux bulletins militants, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; et L'Avant-Garde&lt;/i&gt;. La signature d'un trait&#233; d'assistance mutuelle entre l'URSS et les autorit&#233;s de la R&#233;publique fran&#231;aise les r&#233;vulse : comment la Russie, pr&#233;tendument progressiste, peut-elle pactiser avec un gouvernement colonial et bourgeois ? Une honte, voil&#224; tout. La preuve que Staline n'est pas le bienfaiteur des peuples opprim&#233;s qu'il pr&#233;tend &#234;tre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En juin 1936, la police fran&#231;aise fait irruption dans le magasin de produits m&#233;tallurgiques o&#249; travaille Ng&#244; V&#259;n. Deux mois plus tard, le pr&#233;sident du tribunal lui demande s'il escompte renverser le pouvoir en place pour y installer un r&#233;gime communiste ; notre homme de r&#233;pondre : &#171; Nous n'y avons pas encore pens&#233;. Nous luttons pour obtenir les libert&#233;s d&#233;mocratiques&#8230; &#187; C'est en prison qu'il apprend la nouvelle des proc&#232;s de Moscou : Staline vient d'organiser l'&#233;limination de seize &#233;minents membres du Parti au nom d'improbables mobiles (sabotage, terrorisme&#8230;). Ng&#244; V&#259;n partage sa r&#233;clusion avec des ind&#233;pendantistes staliniens ; il n'en dit mot mais s'en inqui&#232;te : &#171; Mille questions sans r&#233;ponse nous assaillent. &#187; Il lit Malraux et C&#233;line &#8211; &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; s'apparente &#224; quelque commotion litt&#233;raire : enfin, avoue-t-il, la po&#233;sie du monde vivant, tintant, crachant, p&#233;n&#232;tre dans les livres, enfin la langue vibrante, lucide et crue du r&#233;el trouve sa place dans l'&#233;l&#233;gance affect&#233;e des biblioth&#232;ques. Ng&#244; V&#259;n s'&#233;meut des &#171; couillons de la vie, battus, ran&#231;onn&#233;s, transpirants de toujours &#187; qui peuplent les pages du romancier fran&#231;ais &#8211; cette gouaille, il la fera pour partie sienne dans ses futurs &#233;crits autobiographiques. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Front populaire retentit dans l'Hexagone : 1936 et ses grandioses gr&#232;ves ouvri&#232;res. Mais cela ne change rien, ou si peu, au sort des colonis&#233;s. Ng&#244; V&#259;n refuse d'appuyer ce nouveau gouvernement &#8211; les r&#233;formes ne suffisent pas ; seule une rupture r&#233;volutionnaire sera &#224; m&#234;me d'instaurer, sans main qui tremble ni cote mal taill&#233;e, la justice et l'&#233;galit&#233; entre &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les hommes, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les races. Au Vi&#234;tnam, la contestation gagne en &#233;paisseur : les prisonniers guettent l'&#233;tincelle par-del&#224; leurs murs. En janvier 1937, ils entament une gr&#232;ve de la faim pour protester contre les mauvais traitements, la qualit&#233; de la nourriture et l'interdiction de lire la presse. Nouvelle purge en URSS : Staline fait ex&#233;cuter une dizaine de responsables communistes. V&#259;n s'interroge : &#171; Les trotskistes russes sont trait&#233;s de vip&#232;res lubriques &#224; Moscou, emprisonn&#233;s, d&#233;port&#233;s, massacr&#233;s : combien de temps les trotskistes d'Indochine &#233;chapperont-ils encore &#224; la condamnation de Staline et de ses partisans locaux ? &#187; Au m&#234;me moment, en Espagne, la guerre civile oppose le camp fasciste (les nationalistes et les franquistes, soutenus par les r&#233;gimes allemand et italien) et le camp r&#233;publicain et r&#233;volutionnaire (du gouvernement l&#233;gitime aux communistes, en passant par les anarchistes et les trotskistes). Une guerre civile &#233;clate en sus au sein de la guerre civile : Moscou exige des communistes espagnols qu'ils &#233;liminent lesdites &#171; vip&#232;res &#187;, accus&#233;es, bien s&#251;r &#224; tort, de complicit&#233;s avec l'ennemi nazi &#8211; l'&#233;crivain britannique George Orwell, engag&#233; les armes &#224; la main au sein d'une organisation marxiste non stalinienne, en fera le triste r&#233;cit dans son &lt;i&gt;Hommage &#224; la Catalogne&lt;/i&gt;. Certains trotskistes vietnamiens refusent pourtant toute division susceptible de renforcer l'adversaire (bourgeois, fasciste et colonial) : les communistes se doivent de demeurer unis en d&#233;pit des divergences. Un front stalino-trotskiste que Ng&#244; V&#259;n ne consent pas &#224; ratifier : comment s'allier avec ceux qui, en Espagne comme en Russie, appellent &#224; leur &#233;limination physique ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Entre deux feux&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
V&#259;n est lib&#233;r&#233; au terme de deux ann&#233;es de d&#233;tention, en juin 1937. Un po&#232;te vietnamien a traduit &lt;i&gt;Retour de l'URSS&lt;/i&gt; de Gide : le texte s'arrache &#224; Saigon. L'&#233;crivain fran&#231;ais y retrace sa d&#233;sillusion : la dictature du prol&#233;tariat n'a pas &#233;mancip&#233; celui-ci et la parole est confisqu&#233;e par les autorit&#233;s staliniennes. Ng&#244; V&#259;n y trouve mati&#232;re &#224; confirmer ses craintes ; sit&#244;t sorti, il s'&#233;l&#232;ve, par voie de presse, contre les Proc&#232;s de Moscou et publie une brochure afin d'appuyer son propos. Il participe &#233;galement &#224; une gr&#232;ve d'ouvri&#232;res d'une charcuterie, traduisant leurs revendications en langue fran&#231;aise ; dockers, coolies, ouvriers d'ateliers, paysans : la r&#233;volte gronde chaque jour un peu plus en ces terres occup&#233;es. Et les trotskistes d'appeler &#224; la cr&#233;ation d'un &#171; Front ouvrier et paysan &#187;, seul &#224; m&#234;me, selon eux, d'assurer un contr&#244;le d&#233;mocratique des banques, des transports et des services postaux tout en redistribuant les terres aux plus pauvres. Ng&#244; V&#259;n est de nouveau arr&#234;t&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'Espagne tombe sous la botte franquiste. Des centaines de milliers d'Espagnols sont contraints &#224; l'exil. La France tombe sous la botte allemande. P&#233;tain appelle &#224; rendre les armes ; De Gaulle, exil&#233; &#224; Londres, exhorte &#224; poursuivre la lutte &#8211; en 1942, H&#244; Chi Minh d&#233;diera quelques vers acides au &#171; sauveur &#187; auto-proclam&#233; de la Nation : &#171; Malencontreuse, la destin&#233;e de la France ; / P&#233;tain, mar&#233;chal trop vieux, te voil&#224; putride. / &#192; genoux, t&#234;te baiss&#233;e devant les Allemands ; / [&#8230;] Tu as vendu ta patrie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le leader vietnamien n'a de cesse de le rappeler : il ne voue pas la moindre haine &#224; l'endroit du peuple fran&#231;ais (il consigne m&#234;me, dans des notes personnelles, que ce dernier est gentil, aimable, sociable et affable !). Ses ennemis sont l'oligarchie. C'est donc en patriote vietnamien qu'il approuve la r&#233;sistance fran&#231;aise et souhaite, pour la France comme pour son pays, l'ind&#233;pendance totale et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Mais H&#244; Chi Minh rejette la radicalit&#233; des trotskistes, qu'il assimile probablement au &#171; gauchisme &#187; dont parla L&#233;nine dans un c&#233;l&#232;bre ouvrage qu'il traduisit justement en vietnamien : la seule mani&#232;re de vaincre, pense-t-il, est de constituer un rassemblement large et majoritaire &#8211; bourgeoisie comprise. S'il estime que son parti porte la parole des travailleurs, il n'en croit pas moins que ce seul signifiant (&#171; le prol&#233;tariat &#187;) soit &#224; m&#234;me de faire avancer la cause ind&#233;pendantiste. Et si les communistes braquent les bourgeois, ceux-ci deviendront des agents actifs du fascisme, affirme-t-il dans un communiqu&#233; dat&#233; de juillet 1939. C'est d'une plume gla&#231;ante que le futur chef d'&#201;tat vietnamien tranche la question : on ne s'allie pas avec les trotskistes, &#171; il faut les exterminer politiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'historien Pierre Brocheux, dans sa biographie &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, du r&#233;volutionnaire &#224; l'ic&#244;ne&lt;/i&gt;, &#233;crira : les &#171; accusations mutuelles &#187; entre staliniens et trotskistes vietnamiens &#171; &#233;taient aussi gratuites les unes que les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (il est &#224; noter que Staline se m&#233;fiait du chef vietnamien &#8211; tenu pour un communiste des cavernes, par trop lent et mod&#233;r&#233; &#8211; et que le second pr&#233;sident de la R&#233;publique populaire de Chine le qualifiait de &#171; droitiste &#187;). &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ng&#244; V&#259;n vend des galettes de riz sur le march&#233;, pour gagner sa cro&#251;te, et croise en ville un gigantesque portrait du Mar&#233;chal. &#171; Un seul chef : P&#233;tain. Un seul devoir : ob&#233;ir. Une seule devise : servir. &#187; Le ton est donn&#233; mais la guerre s'en va toucher &#224; sa fin : Hitler se tire dans la t&#234;te une balle de Walther PPK 7,65 millim&#232;tres, du fond de son bunker berlinois ; les Nord-Am&#233;ricains atomisent un Japon d&#233;j&#224; d&#233;fait pour la seule joie de bomber le torse ; l'empereur vietnamien Bao Dai abdique, en proie &#224; la perc&#233;e communiste. Le Parti se trouve &#224; pr&#233;sent aux portes du pouvoir et les trotskistes manifestent pour la formation de comit&#233;s populaires : ils r&#233;clament, tout de go, le contr&#244;le ouvrier des usines et la r&#233;partition des terres. &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; des uns, chant&#233;e &#224; tue-t&#234;te, s'oppose aux chants nationalistes des r&#233;volutionnaires du Parti. Ng&#244; V&#259;n redoute l'emprise de ces derniers sur les revendications populaires et &#233;mancipatrices du peuple, tout comme il n'entend pas d'une bonne oreille la &#171; propagande patriotarde &#187; des partisans d'H&#244; Chi Minh (l'un de ses textes glorifie, par exemple, les &#171; anc&#234;tres h&#233;ro&#239;ques &#187;, les &#171; int&#233;r&#234;ts de la Patrie &#187; et le &#171; glorieux &#187; peuple vietnamien)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la rue exulte. &#171; C'est une ru&#233;e d'esp&#233;rances &#187;, note le militant trotskiste dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt;. Les armes circulent. Premiers accrochages. H&#244; Chi Minh d&#233;clare unilat&#233;ralement l'ind&#233;pendance de son pays. Coup d'&#233;clat &#8211; et de g&#233;nie. L'appel repose en partie sur la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen de la R&#233;volution fran&#231;aise : H&#244; Chi Minh exige l'application stricte du tant vant&#233; universalisme fran&#231;ais &#8211; pourquoi refuser &#224; autrui ce que l'on revendique pour soi ? Il demande, en outre, &#224; ce que les autorit&#233;s fran&#231;aises reconnaissent la R&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;tnam et l'autorit&#233; de son nouveau gouvernement. La r&#233;volution sociale et expropriatrice n'est pas la priorit&#233; ; le commissaire de l'Int&#233;rieur d&#233;clare : quiconque touchera aux terres des nantis sera impitoyablement puni par le Parti. Barricades, arbres d&#233;racin&#233;s, v&#233;hicules renvers&#233;s ; soldats fran&#231;ais, civils et ind&#233;pendantistes en d&#233;cousent. Ng&#244; V&#259;n apprend que des repr&#233;sentants trotskistes viennent d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s par des membres du Vi&#234;t Minh, le front de r&#233;sistance cr&#233;&#233; par le Parti. Des cadavres flottent dans l'eau. Une usine est dynamit&#233;e. Des milices s'organisent et des avions de chasse tirent &#224; vue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
V&#259;n int&#232;gre une unit&#233; de combattants trotskistes. &#171; Nous sympathisons avec les paysans des environs, leur expliquant que le but de notre combat [est] non seulement de chasser les Fran&#231;ais, mais &#233;galement d'en finir avec les propri&#233;taires terriens autochtones, sortir du servage les for&#231;ats des rizi&#232;res et lib&#233;rer les coolies. &#187; Il est arr&#234;t&#233; par des partisans du Vi&#234;t Minh au bord d'un fleuve alors qu'il tentait de trouver un r&#233;cepteur radio. Il parvient &#224; s'&#233;chapper puis se cache dans Saigon. Le leader trotskiste Ta Thu Th&#226;u est ex&#233;cut&#233; &#8211; H&#244; Chi Minh confiera &#224; Daniel Gu&#233;rin, &#224; Paris : &#171; Ce fut un patriote et nous le pleurons&#8230; Mais tous ceux qui ne suivent pas la ligne trac&#233;e par moi seront bris&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Au service des colonis&#233;s 1930-1953, 1954, p. 22.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'adage a la clart&#233; pour m&#233;rite : on ne fait pas d'omelettes, etc. Une brutalit&#233; qui n'en tranche pas moins avec les nombreux t&#233;moignages qui existent : H&#244; Chi Minh est d&#233;crit par ceux qui le connurent comme un &#234;tre r&#233;serv&#233;, ferme sans &#234;tre fanatique, calme, concentr&#233;, organis&#233;, g&#233;n&#233;reux, tr&#232;s modeste au quotidien et dou&#233; de tact et d'humour (un lieutenant fran&#231;ais le d&#233;peignit comme gai, curieux, singuli&#232;rement sensible et &#224; l'&#233;coute ; le g&#233;n&#233;ral Salan comme &#233;nergique et d&#233;termin&#233; ; un responsable du Quai d'Orsay comme sage et perspicace ; Khrouchtchev comme un &#234;tre dont la puret&#233; le faisait ressembler &#224; un saint ou un ap&#244;tre &#8211; &#171; Un homme aussi pur que Lucifer &#187;, confia le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique du Vi&#234;tnam lors d'un entretien). L'historien Pierre Brocheux estimera qu'H&#244; Chi Minh manqua parfois de courage, en &#171; laissant faire &#187; l'aile la plus violente du Vi&#234;t Minh. Voici donc Ng&#244; V&#259;n coinc&#233; entre deux feux : il peut &#224; tout instant tomber sous les balles des Fran&#231;ais comme des communistes orthodoxes. En novembre 1946, l'arm&#233;e de la R&#233;publique tricolore bombarde Haiphong : malgr&#233; les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es d'H&#244; Chi Minh visant &#224; r&#233;gler ce conflit par la diplomatie, la guerre d'Indochine est officiellement d&#233;clar&#233;e. &#171; Le c&#339;ur rong&#233; de m&#233;lancolie &#187;, Ng&#244; V&#259;n d&#233;cide de quitter son pays. Il d&#233;barque &#224; Marseille au printemps 1948, &#226;g&#233; de trente-six ans. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Un rien du tout&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De ces ann&#233;es de luttes, Ng&#244; V&#259;n tirera une m&#233;fiance instinctive &#224; l'endroit du pouvoir et des appareils politiques centralis&#233;s. Tous les partis pr&#233;tendument &#171; ouvriers &#187; sont &#224; ses yeux des &#171; embryons d'&#201;tat &#187; &#8211; et ce dernier deviendra sa b&#234;te noire : il faut, comme le voulaient Marx et Bakounine, quoique dans des temporalit&#233;s diff&#233;rentes, &#339;uvrer au d&#233;p&#233;rissement total de la structure &#233;tatique. V&#259;n devient ouvrier d'usine &#224; Nanterre. Il faut manger. Pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, c&#226;blage, t&#244;le, ch&#226;ssis, ailes, porti&#232;res, pince &#224; souder&#8230; L'homme-machine et les poumons us&#233;s : il d&#233;crit ses nouveaux fr&#232;res de besogne fran&#231;ais comme autant de &#171; compagnons esclaves &#187;. Il loge &#224; l'h&#244;tel &#8211; une chambre dont l'ampoule est si faible qu'il ne parvient pas &#224; lire. Il se penche sur les textes d'Engels et boit son caf&#233; au bistrot pr&#232;s de l'usine. Certains l'appellent &#171; le Chinetoque &#187;. &#171; Je me casse les reins &#224; les d&#233;monter, &#224; trimbaler de lourdes pi&#232;ces de fonte &#187;, raconte ce corps ch&#233;tif. Il n'en peut plus et d&#233;missionne. &#192; peine la guerre d'Indochine s'ach&#232;ve-t-elle qu'une autre, en Alg&#233;rie, commence : &#171; Les abattoirs fonctionnent en permanence, la mort, la mort toujours recommenc&#233;e &#187;, &#233;crit-il dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;. La gauche est au pouvoir et Mitterrand fera trancher quelques t&#234;tes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
V&#259;n d&#233;couvre les travaux du penseur Maximilien Rubel et la relecture qu'il effectue des &#233;crits de Marx &#8211; allant jusqu'&#224; le pr&#233;senter comme un anarchiste ! Il apprend l'existence, &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale, d'une certaine &#171; R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re &#187; alliant communisme et libertarisme, et &#233;tudie la r&#233;pression des marins de Cronstadt, en 1921, par le nouveau pouvoir sovi&#233;tique. Ainsi donc, avant m&#234;me l'av&#232;nement de Staline, la glorieuse r&#233;volution d'Octobre, celle qu'il avait tant aim&#233;e, r&#233;prima des camarades sans piti&#233; aucune ! Sous les ordres de L&#233;nine et de Trotski ! Il rencontre des exil&#233;s espagnols, anciens du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste) ou anarchistes, et rencontre Daniel Gu&#233;rin &#8211; qui, comme essayiste, proposera de r&#233;concilier communisme et anarchisme en les purgeant de leurs impasses respectives. V&#259;n s'&#233;loigne d&#232;s lors du bolchevisme comme du trotskisme. Adieu, &#233;pith&#232;tes aux semelles de plomb ! Ismes patauds et r&#233;ducteurs ! Le Vietnamien se dira un &#171; rien du tout &#187;, un vagabond juste bon &#224; &#171; baratiner dans le d&#233;sert &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;mancipation doit &#234;tre l'&#339;uvre des domin&#233;s eux-m&#234;mes, et non d'une avant-garde suppos&#233;ment &#233;clair&#233;e et assur&#233;ment professionnelle. En 1950, il se rend dans la Yougoslavie socialiste de Tito : sceptique, certes, mais jamais cynique. Il aide aux chantiers collectifs mais les bustes du leader ne lui disent rien qui vaille. Il demande &#224; voir un camp de r&#233;&#233;ducation : requ&#234;te rejet&#233;e. On ne l'y prendra plus. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il publie en 1968 un texte appelant &#224; l'auto-&#233;mancipation &#8211; la lutte contre tous les ma&#238;tres, qu'ils soient capitalistes ou communistes &#8211; et promeut, lors de la guerre du Vi&#234;tnam, l'alliance du prol&#233;tariat am&#233;ricain et vietnamien contre leurs gouvernements respectifs (critiquant, en passant, le soutien inconditionnel d'une partie de l'intelligentsia fran&#231;aise &#224; l'autocratique Front national de lib&#233;ration vietnamien). Le temps se pla&#238;t &#224; passer sous silence ses trop vieilles ambitions : le Parti ouvrira ses bras &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, ajustant le grand r&#234;ve rouge aux &#171; r&#233;alit&#233;s du monde globalis&#233; &#187;. En 1997, V&#259;n s&#233;journera dans son pays d'origine apr&#232;s un demi-si&#232;cle d'exil : un communisme &#224; la sauce &lt;i&gt;joint-ventures&lt;/i&gt; et Coca-Cola. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Un jour de l'ann&#233;e 2015, en banlieue parisienne. Une conf&#233;rence se tient, organis&#233;e par des militants associatifs fran&#231;ais et des repr&#233;sentants diplomatiques du Parti communiste vietnamien. Nous levons la main puis prenons la parole afin de demander de quelle mani&#232;re furent trait&#233;s les ind&#233;pendantistes trotskistes par le pouvoir communiste officiel : &#171; Avec les m&#233;thodes de l'&#233;poque&#8230; &#187;, r&#233;pond l'historien assis &#224; sa table. Un vieil homme d'origine vietnamienne nous interpelle, &#224; l'autre bout de la salle, vitup&#233;rant contre les tra&#238;tres trotskistes, tout &#171; assassins d'ouvriers &#187; qu'ils furent. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le XXe si&#232;cle eut l'atroce privil&#232;ge de nous enseigner l'humilit&#233; et la demi-teinte. Aucun courant ne peut en appeler &#224; la puret&#233;. Personne n'eut raison seul et beaucoup &#233;chou&#232;rent en m&#234;me temps : si les staliniens massacr&#232;rent les trotskistes, ces derniers ne se priv&#232;rent pas de traquer les libertaires. L'assassinat de Trotski le transfigura en h&#233;ros, archange de la R&#233;volution, corps couronn&#233; en mythe, figure incomprise en butte au totalitarisme &#8211; n'oublions pas qu'il posa, avec L&#233;nine, les pierres autoritaires de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du syst&#232;me sovi&#233;tique et put sans ciller appeler &#224; l'ex&#233;cution de l'anarchiste Voline. Si les libertaires s'enorgueillissent &#224; raison de n'avoir jamais opprim&#233; personne, leur incapacit&#233; &#224; rassembler le grand nombre pose plus de probl&#232;mes qu'elle n'en r&#233;sout. La vie de Ng&#244; V&#259;n, dans sa sublime solitude morale, n'en finit pas de nous pousser &#224; reprendre, encore et toujours, d'&#233;checs en menues victoires, la seule et sempiternelle question qui vaille lorsque l'on se refuse aux incantations autant qu'&#224; la &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt; : que faire ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans les pages de ses &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, le philosophe Daniel Bensa&#239;d &#233;crivait en 2005 : &#171; On peut soutenir la cause de ceux qui ont subi l'injustice, sans renoncer pour autant &#224; une solidarit&#233; critique. Nous sommes solidaires de Cuba contre le blocus impos&#233; par les &#201;tats-Unis. Nous ne nous sommes pas interdits pour autant de d&#233;noncer la caricature de proc&#232;s stalinien fait en 1989 &#224; Arnaldo Ochoa et aux fr&#232;res La Guardia. De m&#234;me pouvait-on porter les valises pour le FLN sans se taire devant l'assassinat d'Abane Ramdane. On peut &#234;tre, aujourd'hui, ind&#233;fectiblement solidaire des droits bafou&#233;s du peuple palestinien, sans souscrire &#224; des actions suicides et sans fermer les yeux sur la corruption bureaucratique de son appareil proto-&#233;tatique. On doit enfin &#234;tre solidaire de la r&#233;sistance irakienne &#224; l'occupation imp&#233;riale, sans oublier pour autant les crimes de Saddam Hussein et de sa dictature. [&#8230;] L'&#233;poque n'est plus aux logiques binaires du tiers exclu, qui sommaient de choisir son camp, quitte &#224; taire les crimes de Staline sous pr&#233;texte de ne pas hurler avec les loups. &#192; la longue, les autocensures sont d&#233;sastreuses. Ceux qui, en leur temps, ont combattu, souvent sur deux fronts, contre la terreur coloniale et l'exploitation capitaliste, mais aussi contre la terreur et l'exploitation bureaucratiques, ont mieux servi historiquement la cause de l'&#233;mancipation que les r&#233;alistes qui se turent, au motif de ne pas affaiblir leur camp. [&#8230;] Cette voie du double refus et du double front est &#233;troite, souvent p&#233;rilleuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Fragments m&#233;cr&#233;ants, Lignes, 2005.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Une politique de l'&#233;mancipation est sans doute condamn&#233;e &#224; pareil p&#233;ril. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#201;mile CARME&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;, L'insomniaque, 2005, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1990, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trotski, &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel H&#233;mery, &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, Gallimard, 2004, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, &lt;i&gt;Revue hebdomadaire l'Union&lt;/i&gt;, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969, op. cit.&lt;/i&gt;, &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Au service des colonis&#233;s&lt;/i&gt; 1930-1953, 1954, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux ouvrages &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt; (2000) et &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt; (2005), tous deux aux &#233;ditions L'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, Lignes, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans les spirales du X</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1181</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1181</guid>
		<dc:date>2026-06-15T05:04:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les. Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-3-5b994.jpg?1781468793' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2840 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/dans_les_spirales_du_x_babaly_ok-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 358.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne dans le hall en cette heure d&#233;j&#224; tardive, PPP du bureau directorial o&#249; si&#232;ge donc un directeur dont la fonction principale est de rechercher des financements et, par curiosit&#233;, PPP de son &#233;cran : il y travaillait en mode projet, remplissant les cases d'un g&#233;n&#233;rique OSTMP (objectif, strat&#233;gie, tactique, moyens, programmation), une merde syst&#233;mique devenue syst&#233;matique au boulot. Fuck ! M&#234;me dans le social on raisonne d&#233;sormais &#224; la fa&#231;on des multinationales, pensa Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, ressortit du bureau et PP des escaliers donnant acc&#232;s &#224; l'&#233;tage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D&#233;bouchant directement dans une vaste cuisine, Prath&#233;e vit que celle-ci s'affichait fi&#232;rement au pluriel du Monde, avant de d&#233;couvrir une Brigitte assise dans la p&#233;nombre. &#171; Salut ! C'est la premi&#232;re fois que je viens ici, vous vous appelez comment ? &#8211; Brigitte. &#8211; Moi, c'est Prath&#233;e. &#187; D&#232;s lors, interminable, le silence se mit &#224; peser. &#171; Vous fr&#233;quentez ce centre social depuis longtemps ? &#8211; T'es sociologue ou quoi !? Laisse tomber direct, parce que si c'est pour faire ton Edgard Morin, c'est cuit, tout le monde sait maintenant qu'il a d&#233;j&#224; fait le coup &#224; ceux d'en bas avec ses fractales holistiques, ses petits bouts de machins qui expliquent le Tout de ce qu'on est cens&#233; comprendre pour que M&#244;ssieur arr&#234;te de nous prendre pour des cons ! C'est pourtant pas faute que, d&#232;s les ann&#233;es 1960, des Bretons ont su lui montrer qu'ils &#233;taient bien moins cons que ce qu'il avait suppos&#233; au d&#233;part, et se sont pas g&#234;n&#233;s pour cracher sur son bouquin publi&#233; &#224; la ronde en tant que r&#233;sultat de l'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par M&#244;ssieur, qui y &#233;talait des choses intimes, celles que les gens avaient &#233;t&#233; vraiment trop cons de croire lui confier en toute discr&#233;tion. &#192; partir de quoi cette sommit&#233; s'autorisa derechef &#224; grimper dans les hautes sph&#232;res de sa pens&#233;e totale depuis laquelle observer la connerie universelle de ceux qui sont pas assez complexes pour, comme lui, &#234;tre en voie de se faire Panth&#233;oniser&#8230; &#187; Brigitte d&#251; s'arr&#234;ter car elle &#233;tait essouffl&#233;e, ce qui s'explique par son grand &#226;ge et la mauvaise habitude prise, d&#232;s l'&#226;ge de neuf ans, de fumer avec sa grand-m&#232;re, laquelle en avait tout fait autant. &#171; Je ne suis pas sociologue, je vous le promets. Moi, je voyage dans le temps. &#8211; T'as pourtant l'air d'un vrai Jivaro en chair et en os. Et &#231;a sort d'o&#249;, exactement, le nom que t'as dit ? &#8211; Prath&#233;e ? &#8211; Oui, j'ai jamais entendu un truc pareil ! &#8211; C'est moi qui l'ai choisi pour les jours o&#249; je sors en Santiags, cape et catogan, &#231;a veut dire : pr&#234;trise ath&#233;e. &#8211; Non mais vraiment, n'importe quoi ! &#8211; Oui, c'est fait pour &#231;a justement, pour &#234;tre &#224; l'image du monde. &#8211; Et donc pourquoi t'es venu.e jusqu'ici si on peut savoir ? &#8211; &#8220; Pour une raison simple : au-del&#224; des avanies qu'avaient connues bien des membres de cette communaut&#233; informelle des Envierges, l'esprit d'aventure ne les avait pas tout &#224; fait abandonn&#233;s. Ils croyaient encore qu'on pouvait surmonter la perte, se d&#233;faire des fant&#244;mes, vaincre le ressentiment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975, Rue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&#8221; &#8211; Attends voir, c'est pas parce que tu te crois insuffl&#233;.e par des paroles divines que tu vas me chamaniser ! Et puis, je sais pas de quelle &#233;poque date ta communaut&#233; des Envierges, mais m'est avis que &#231;a fait un bail qu'elle a rejoint les fant&#244;mes qu'elle pr&#233;tendait d&#233;faire ! &#8211; &#199;a se passe dans les ann&#233;es 1945, apr&#232;s la guerre. &#8211; C'est bien ce que je dis, des torrents ont pass&#233; sous les ponts jusqu'&#224; ce qu'on se retrouve ici, toi et moi, dans cette &#8220;Cuisine du Monde&#8221;. &#8211; Et c'&#233;tait quoi cet endroit, avant de devenir un Centre social ? &#8211; Un autre centre&#8230; tiens, si &#231;a te dit on pourrait jouer &#224; mettre en liste le mat&#233;rialisme historique depuis la derni&#232;re guerre, en r&#233;pertoriant l'&#233;volution des &#8220;camps&#8221; et des &#8220;centres&#8221; depuis cette &#233;poque. &#8211; Ah, vous &#234;tes communiste, Brigitte ? &#8211; Non, pas du tout, et figure-toi que j'ai jamais r&#233;ussi &#224; me faire au &#8220;Camp des travailleurs&#8221; ! &#8211; Mais c'&#233;tait un centre de quoi ? &#8211; De formation syndicale. &#8211; Et de quel syndicat ? &#8211; T'es quand m&#234;me bien curieux.se finalement et, pour ce qui me concerne, je crois que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; oublier&#8230; d'ailleurs, je fais tout pareil en continuant &#224; venir ici. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Brigitte n'ayant manifestement pas r&#233;ussi &#224; &#171; vaincre le ressentiment &#187;, un peu d&#233;pit&#233;.e, Prath&#233;e la salua et s'en retourna, PP des escaliers, redescendit faire de m&#234;me avec celle du 152 rue des Envierges et se retrouva logiquement dans la rue du m&#234;me nom : &#171; Rue des Envierges. L'Internationale se dissolvait de jour en jour &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On l'aura compris, Prath&#233;e pousse &#233;galement la porte des livres o&#249; iel aime &#224; voyager entre les lignes, cr&#233;ant ainsi des oscillations qui s'en vont dilater les contours du temps enfin grand ouvert sur la possibilit&#233; de retisser les liens de l'amiti&#233; jusqu'au c&#339;ur de l'&#233;ther des disparus, m&#234;me de ceux que l'on n'a pas connus et dont la nature, parfois, est de pure fiction, tels ceux-l&#224; qui, dans les ann&#233;es 1950, en vinrent &#224; d&#233;plorer l'Internationale d&#233;liquescente : &#171; Effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Lorsqu'on est &#224; la recherche de quelque contre-normalisation un peu concr&#232;te, voyager dans le temps n'est donc pas tout, aussi Prath&#233;e ne d&#233;daignait pas d'aller sur le terrain rencontrer une &#233;ventuelle Brigitte, esp&#233;rant secr&#232;tement retrouver par-l&#224;, qui sait ?, quelques fant&#244;mes de l'esprit libertaire, celui des combattants de la guerre d'Espagne qui, exil&#233;s apr&#232;s la d&#233;faite, grimpaient la colline de Belleville jusqu'&#224; la rue des Envierges o&#249; se m&#234;ler &#224; l'intelligence revigorante et simple d'une petite coterie interlope. Or, on se doute que ce n'est pas la transformation d'un centre de formation syndical en Centre social voulu par des habitants, puis r&#233;cup&#233;r&#233; par des politiques publiques, qui aura remont&#233; le moral de Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, PP du bistrot sis sur le belv&#233;d&#232;re surplombant la Ville Lumi&#232;re depuis lequel, &#224; la nuit tomb&#233;e, se laissa bercer par les &#233;clairs du laser cyclique de la Tour Eiffel. Bien d&#233;cid&#233;.e, &#224; ce stade, &#224; se troncher la gueule, Prath&#233;e se fit d&#233;signer une place exigu&#235; sur la terrasse bond&#233;e et commanda une bouteille de Saint-Chinian. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; mesure que la nuit se faisait de plus en plus sombre, le temps lin&#233;aire filait au rythme des scansions lumineuses circulaires assombries par les degr&#233;s d'alcool, atmosph&#232;re o&#249; le plus &#233;prouvant provenait de ses deux voisins de table. Coll&#233;-serr&#233; &#224; la sienne, il lui &#233;tait impossible d'&#233;chapper &#224; leurs tergiversations bruyantes tandis que, compulsant leur &#233;cran respectif, ils commentaient de micro-nouvelles publi&#233;es sur Twitter dont ils r&#233;p&#233;taient le nom &#224; l'envi, et ce dans des proportions telles que Prath&#233;e se demandait si cette marque leur commandait de la prononcer &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; une fois toutes les deux minutes pour, chacun, &#234;tre assur&#233;s de faire exploser leur capital symbolique. Notoirement avin&#233;.e et n'en pouvant plus, Prath&#233;e leur balan&#231;a soudain sur un ton acerbe : &#171; Mais enfin c'est pas Twitter, &#231;a fait d&#233;j&#224; longtemps que c'est X ! &#8211; De quoi je me m&#234;le, la tarlouze, va-t'en finir ta bouteille &#224; la maison devant un film porno si &#231;a te chante. &#8211; Non mais vous vous prenez pour qui !? Et qu'est-ce qui vous permet de pr&#233;tendre que je regarde du porno !!!? &#8211; Et toi, qu'est-ce que t'en as foutre de X, on peut savoir ? &#8211; Ah, je vois, t'es grave subtile mec, tu sais faire dans le jeu de mots ! Ben moi, le X dont je te parle, c'est celui du porno des connards dans ton genre qui se foutent pas mal d'engraisser un facho notoire, et tout &#231;a pour mieux se faire mousser &#224; la surface du globe ! &#187; L&#224;, je me rappelle plus tr&#232;s bien comment &#231;a s'est pass&#233;, mais j'ai pris un uppercut &#233;clatant et suis parti.e valser par-dessus la table. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sonn&#233;.e, PPP de l'inconscience o&#249;, par les miracles de la t&#233;l&#233;portation bio-informationnelle des capacit&#233;s c&#233;r&#233;brales transpos&#233;es en proc&#233;dures efficaces, iel se retrouva au c&#339;ur du Neuralink d'Elon Musk. Par cette gr&#226;ce, et tout en &#233;vitant promptement d'aboutir dans X, PPP d'Open AI. Ce qui d'embl&#233;e lui fit constater que la chose particuli&#232;rement d&#233;licate serait d'en sortir. Car se retrouver coinc&#233;.e dans l'architecture d'un ordinateur, aussi puissant soit-il, n'est ni tr&#232;s exotique au plan des paysages, ni m&#234;me int&#233;ressant : des enchev&#234;trements de fils y c&#244;toient des microprocesseurs et autres puces assez peu parlants. Enfin d&#233;sengonc&#233;.e de tout cet attirail bassement mat&#233;riel, Prath&#233;e se retrouva au sol d'un laboratoire et put aller s'assoir parmi la petite assembl&#233;e de trois doctes ing&#233;-chercheurs en train de prendre leur pause hamburger. Prath&#233;e n'&#233;tant pas bilingue, on se demande encore comment la conversation en cours lui fut intelligible ? Elle portait sur la question de ce qu'il reste &#224; transposer, depuis la pens&#233;e empirique, vers des proc&#233;d&#233;s bio-logico-informationnels autrement nomm&#233;s des mod&#232;les. &#171; Fuck, disait l'un des d&#233;couvreurs, m&#234;me des r&#233;ponses math&#233;matiques me viennent parfois en plein sommeil, je suis sur un x qui coince et je me r&#233;veille le matin avec la r&#233;ponse en t&#234;te, c'est g&#233;nial et pas si fr&#233;quent, mais les computeurs, eux, ne dorment pas, ils sont donc incapables de faire un truc pareil. &#187; Prath&#233;e pensa que l'horizon de ces gens semblait quelque peu limit&#233; &#224; leur nombril, mais d&#233;j&#224; le second d&#233;couvreur s'exclamait : &#171; C'est pas comme si c'&#233;tait un probl&#232;me, tu es juste sujet, comme tout le monde, &#224; des connexions c&#233;r&#233;brales li&#233;es &#224; des affects, et vu que la question des &#233;motions est en passe d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e par les algorithmes du plaisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne devrait pas &#234;tre bien loin d'arriver &#224; faire exploser les math&#233;matiques ! Donc, attends-toi &#224; ce que tes r&#234;ves grandioses finissent par avoir l'air un peu plats, et dans pas si longtemps que &#231;a mon pote. &#187; &#192; quoi la troisi&#232;me larronne crut bon d'ajouter : &#171; D'accord, mais ce dont tu parles, c'est le genre de recherches qui se font dans les labos acad&#233;miques et les circuits du plaisir s'enseignent d&#233;j&#224; au lyc&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Biologie du plaisir. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc est-ce qu'on ne devrait pas craindre des restrictions, je veux dire que la pens&#233;e empirique est aussi capable de formuler des analyses critiques, voire de s'autocritiquer ou de se remettre en question &#8211; Ah, et tu crois &#231;a, vraiment ? Tu t'imagines qu'ils vont se mettre &#224; produire des algorithmes de pens&#233;e critique ! &#8211; Ne me fais pas croire que t'as jamais consult&#233; GPT, c'est d&#233;j&#224; fait ! &#8211; D'accord, mais permets-moi de douter que beaucoup de math&#233;maticiens vont renoncer au plaisir d'&#234;tre le premier &#224; faire p&#233;ter la baraque, ou &#224; celui de r&#234;ver de voyages dans le temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Prath&#233;e, dont c'&#233;tait le passe-temps favori, comme on le sait, faillit s'&#233;touffer ! Avoir des hobbies et lubies aussi nazes que ces salopards de nazillons, c'&#233;tait tout simplement impensable, d'autant que le premier d&#233;couvreur se fit un plaisir de remettre le couvert : &#171; En tout cas, pas plus ici qu'ailleurs on ne se soucie de trucs en provenance d'exp&#233;riences individuelles v&#233;cues au sein de cultures diff&#233;renci&#233;es, pas plus que de consid&#233;rations &#233;thiques ou politiques, par exemple, donc les mod&#232;les sont universels et c'est normal puisque c'est &#231;a qui rapporte, mais du coup, lorsque m&#234;me les singes vont s'y mettre &#224; commander sur Amazon je vous raconte pas comment va falloir d&#233;gager fissa sur Mars, parce qu'ici c'est d&#233;j&#224; irrespirable avec les m&#233;t&#232;ques, mais si on y ajoute les macaques je suis vraiment pas s&#251;r de pouvoir tenir encore longtemps sur le plancher des vaches. &#187; Prath&#233;e failli s'&#233;trangler et regretta, pour la premi&#232;re fois de sa vie peut-&#234;tre, de ne pas &#234;tre &#233;quip&#233;.e d'un enregistreur, car, qui sait si la chose pourrait &#234;tre port&#233;e devant quelques tribunaux ? Cette question alla se dissoudre dans les paroles de la d&#233;couvreuse qui reprit : &#171; Si les computeurs sont finalement capables de faire des maths qui nous explosent les compteurs, je sugg&#232;re qu'on se d&#233;p&#234;che de partir sur Mars avant de se retrouver tous ch&#244;meurs &#8211; Tu crois pas si bien dire, darling, rench&#233;rit le premier, &#224; quoi le second ajouta : &#8211; En ce qui nous concerne, tout devrait bien se passer puisque SpaceX fait partie de la maison. &#187; Prath&#233;e d&#233;cida sur ces entrefaites qu'il &#233;tait temps de regagner sagement son logement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sorti.e revigor&#233;.e de son bref s&#233;jour hospitalier, en chemin vers ses p&#233;nates, Prath&#233;e songeait que, rue des Envierges ou pas, et qu'il s'agisse d'un &#171; effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit., p. 109.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de l'esprit normalis&#233; tout court, les temps &#233;tant d&#233;routants. Soudain, l'id&#233;e d'aller rendre visite &#224; son vieil ami math&#233;maticien, le fameux Alexandre, lui sembla non seulement la meilleure piste &#224; suivre mais relever de l'urgence non m&#233;dicalis&#233;e. Et, puisqu'ainsi que nous l'enseigna Brigitte, il est des secrets qu'il faut savoir garder, rien ne sera dit concernant le lieu de r&#233;sidence dudit scientifique. PPP de ce dernier et, apr&#232;s lui avoir rapidement racont&#233; ses d&#233;boires Neurolinkiques, iel demanda &#224; Alexandre de lui expliquer &#171; d'o&#249; peuvent provenir de tels d&#233;lires ? &#8211; Si tu veux parler de ceux de Musk et de sa clique, &#231;a tient &#224; la saloperie de volont&#233; de puissance dont on n'a pas encore trouv&#233; comment se d&#233;faire, du reste cette merde n'a fait que progresser en m&#234;me temps que celle du march&#233;. &#8211; Si c'est sa puissance que tu veux souligner, d'accord, mais c'est un peu court comme explication. &#8211; Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise en fait ? &#8211; Je ne sais pas, c'est quoi leur truc de vouloir tout ratatiner avec de la stricte logique, ou bien leurs d&#233;lires sur le graal des d&#233;couvertes math&#233;matiques autonomes ? &#8211; C'est vieux comme mes robes, t'as ceux qui cherchent le r&#233;el en-soi, on appelle &#231;a le R, c'est l'id&#233;al scientifique, un truc critiqu&#233; depuis des lustres et couramment nomm&#233; le &#8220;r&#233;alisme&#8221;, soit un pi&#232;ge &#224; cons qui en a men&#233; plus d'un directement &#224; Dieu et &#224; la mystique. Mais voil&#224;, d&#233;couvrir le R&#233;el en fait vibrer plus d'un, justement. &#8211; Je ne vois pas le rapport avec les math&#233;matiques&#8230; &#8211; Vouloir prouver l'existence du R&#233;el, c'est progresser vers la d&#233;couverte du Un qui l'a cr&#233;&#233;, un chemin lin&#233;aire vers le Dieu des chr&#233;tiens, pour ceux qui le sont, pour d'autres c'est le chemin progressif et lin&#233;aire du progr&#232;s, celui des d&#233;couvertes. Des math&#233;maticiens, eux, se croient capables de crever le plafond avec leurs abstractions pures et voyagent avec le X, tu sais, le symbole de l'inconnu math&#233;matique. &#8211; Et c'est ce qui a d&#233;cid&#233; Musk a appeler sa merde comme &#231;a ? &#8211; Je ne sais pas, je crois me rappeler qu'il a plut&#244;t mis en avant son go&#251;t pour les choses globales, le fait que c'est une application tout-en-un (paiement, messagerie, contenu), mais de toute fa&#231;on il s'y conna&#238;t en maths puisqu'il a fait de la physique. Or le X, c'est trop cool, pas besoin de dire que c'est Dieu puisqu'il y aura toujours un.e inconnu.e que tu vas chercher et, qui sait ? trouver. &#199;a peut te faire vibrer d'une fa&#231;on telle que t'es m&#234;me plus oblig&#233; de convoler en chair et en os, et si parfois tu te sens un peu seul &#224; te comprendre, c'est pas si grave puisque t'es un d&#233;miurge, et donc tu kiffes ta race. D'autant que le voyage avec l'inconnu est aussi infini et cyclique que celui avec le R est lin&#233;aire et progressif. &#8211; D'accord, mais quand je dors et qu'au matin je me r&#233;veille avec une r&#233;ponse insoup&#231;onn&#233;e, ou, je sais pas, si je me prends un KO justement un jour de grand spleen, c'est rien que des connexions entre mes affects et mon cerveau ? &#8211; Je ne suis pas neuroscientifique, je n'ai pas le go&#251;t de mettre &#224; plat la conscience en faisant de l'exploration c&#233;r&#233;brale, ainsi que le fait un fameux grand conseiller de l'&#201;ducation nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais je suis bien certain qu'il ne s'agit que de conneries capitalistes, parce que, vraiment, plus productif que l'IA tu meures ! &#8211; Ne remets pas le couvert avec Marx s'il te pla&#238;t, il n'y connaissait rien &#224; l'informatique&#8230; &#8211; J'ai plus trop de temps &#224; t'accorder l&#224;, d&#233;sol&#233;, donc t'as qu'as retenir TTURX pour les explications que je suis capable de te fournir. &#8211; H&#233;, c'est bon, on commence &#224; en avoir soup&#233; avec les acronymes ! &#8211; Non mais je r&#234;ve ! C'est toi qui dis &#231;a ? &#8211; Vas-y, laisse tomber les le&#231;ons de morale, c'est quoi ton TTURX ? &#8211; Les deux derni&#232;res lettres, c'est d&#233;j&#224; fait, le T du temps lin&#233;aire ou cyclique aussi, et le TU du Tout en Un, pareil, mais je te r&#233;sume : c'est par exemple le formalisme bio-logico-informationnel qui aboutit au corps/cerveau Tout Un, un truc strictement bas&#233; sur l'organique et qui est grave efficace car bio-logico-codifiable : c'est l'IA. Comme Tout en Un y a aussi Dieu, mais on l'a d&#233;j&#224; dit, tout comme pour la messagerie X, il y a aussi le holisme du syst&#232;me Total &#8211; Le truc de Morin ? &#8211; Oui, on peut dire &#231;a comme &#231;a, mais je te garantis qu'il &#233;tait vraiment pas tout seul, ce bazar a rencontr&#233; de francs succ&#232;s bien avant lui, et c'est pas pr&#232;s de s'arr&#234;ter puisqu'on enseigne &#231;a en finance et en informatique depuis des lustres. Par exemple le March&#233; Global qui s'autor&#233;gule tout seul par feedback, ce d&#233;lire conceptuel d'Hayek qui rationalise la main invisible d'Adam, c'est un Tout en Un, tu sais bien, le truc qu'est sup&#233;rieur &#224; la somme de ses partis&#8230; Il suffit que tu sois un peu naze de la t&#234;te et le parti dont tu r&#234;ves se met &#224; pouvoir devenir sup&#233;rieurement totalitaire &#8211; Faudra que je retourne rue des Envierges, voir si je retrouve une certaine Brigitte et reprendre toute cette histoire avec elle depuis la case d&#233;part &#8211; Mais t'en as pas marre de feedbacker en voulant retourner dans ta case ? &#192; force de vouloir tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tu risques de spiraler dans le X toi aussi, avec ceux-l&#224; qui sont en qu&#234;te du pilote de la bo&#238;te noire du cerveau, l&#224; o&#249; les &#8220;restes&#8221; de la pens&#233;e empirique comme la conscience et l'inconscient sont l'horizon &#224; atteindre. Soit l'horizon id&#233;al du R, du corps Tout en Un strictement mis &#224; plat, un pur fantasme, mais c'est bien l'un des deux moteurs actifs de leurs recherches de naturalisation des fonctions c&#233;r&#233;brales. L'autre, c'est le X donc, et en attendant de d&#233;nicher le pilote ou de circonscrire tous les outils de sa cabine, voyageant de conserve sur le cycle infini de l'inconnu, l'informatique et le formalisme bio-logico-math&#233;matiques produisent des r&#233;ponses qui permettent de mod&#233;liser le z&#233;nith des capacit&#233;s cognitives : les concepts. Chercheur et informatique s'alimentent ainsi mutuellement, d&#233;couvrent/produisent de nouveaux mod&#232;les leur permettant de s'optimiser et d'optimiser ainsi les formalismes qui leur permettront d'am&#233;liorer le mod&#232;le &#224; suivre, qui permettra&#8230; &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt;. Ces formes d'idylles ne sauraient &#234;tre d&#233;rang&#233;es&#8230; Elles sont tr&#232;s largement financ&#233;es. &#8211; Faudra que tu me redises &#231;a une autre fois, je suis pas s&#251;r d'avoir tout compris et, d&#233;cid&#233;ment, je n'y comprendrai jamais rien aux maths ! Du reste, l'autre jour &#231;a parlait de Grothendieck &#224; la radio pour dire &#224; quel point il a r&#233;volutionn&#233; le domaine, et &#231;a se congratulait pour vanter la port&#233;e de ses concepts pour la recherche actuelle, mais il n'y avait personne pour rappeler qu'il a quitt&#233; le navire, qu'il a d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter de gagner sa cro&#251;te gr&#226;ce aux financements li&#233;s &#224; l'armement et au nucl&#233;aire. &#8211; C'est ce que je te disais, au lit ou pas, Marx a eu de tr&#232;s bonnes intuitions, et l&#224; o&#249; &#231;a p&#234;che c'est toujours pareil, c'est quand il y en a qui croient pouvoir reprendre les th&#233;ories &#224; leur compte en tant que v&#233;rit&#233;s av&#233;r&#233;es et se hisser gr&#226;ce &#224; elles sur les premi&#232;res places du podium&#8230; Du coup, dans le contexte actuel, encenser la pens&#233;e empirique ou la conscience comme des &#8220;choses en soi&#8221; peut aboutir aux pires d&#233;lires r&#233;actionnaires ; quant aux id&#233;alisations des beaut&#233;s cycliques elles ne font pas mieux, mais dans des versions soit naturalistes, soit futuristes. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Je suis ressorti.e de chez Alexandre et j'ai appel&#233; le Centre social de la rue des Envierges, Brigitte &#233;tait sur place et m'a engueul&#233;.e &#224; peine le combin&#233; au bord des l&#232;vres. Je la d&#233;rangeais, parce qu'avec une &#233;quip&#233;e de voisines elle &#233;tait en train de pr&#233;parer le repas de la f&#234;te de la cit&#233; Piat-Faucheur-Envierges qui a lieu demain. &#171; On s'attend &#224; servir plus de deux cents couscous, donc j'ai pas que &#231;a &#224; faire de te causer dans le poste, mais si t'as envie de filer la patte, d&#233;p&#234;che-toi de rappliquer, y'a encore tous les gros l&#233;gumes &#224; &#233;plucher &#187;, c'est ce qu'on est donc en train de faire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975&lt;/i&gt;, Rue des cascades, 2018, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ?&lt;/i&gt; Synth&#232;se d'un article paru dans &lt;i&gt;Nature Communications&lt;/i&gt; par des chercheurs issus du CNRS &#8211; notamment du Groupe d'analyse et de th&#233;orie &#233;conomique. CNRS (septembre 2015) &lt;a href=&#034;http://www.inshs.cnrs.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.inshs.cnrs.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Biologie du plaisir&lt;/i&gt;. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de Versailles, &lt;a href=&#034;https://svt.ac-versailles.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://svt.ac-versailles.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des sciences du vivant (Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique, CEA) : animateur du laboratoire de neuro-imagerie cognitive, par ailleurs membre du Coll&#232;ge de France, chaire de psychologie cognitive exp&#233;rimentale, et pr&#233;sident du Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale o&#249; il est &#233;galement animateur du groupe &#171; &#201;valuations et Interventions &#187;. A notamment &#233;crit &lt;i&gt;Le Code de la conscience&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx va avoir raison</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1180</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1180</guid>
		<dc:date>2026-06-14T08:16:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;, Dante. On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg?1781424256' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;&lt;/i&gt;, Dante.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2838 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/marx_va_avoir_raison_lordon_word.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 411.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque le capitalisme produit &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; les tensions internes, qu'il rattrape un temps &#224; coup de remaniements historiques, mais qu'il finit, pass&#233; un certain seuil, par ne plus pouvoir accommoder. Dans le long terme, le capitalisme creuse sa propre tombe &#8211; on appelle &#231;a &#171; la dialectique &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le d&#233;tail : le passage par les stades successifs de la manufacture, de la fabrique et de la grande industrie conduit &#224; d'&#233;normes concentrations ouvri&#232;res dans les lieux de la production. On ne rassemble pas impun&#233;ment de telles masses exploit&#233;es, opprim&#233;es, au lieu m&#234;me de leur oppression. Les ouvriers se parlent, prennent conscience &#8211; des choses &#8211;, forment une conscience &#8211; de classe &#8211;, s'organisent. Une force &#233;norme se constitue, qui surmonte la d&#233;r&#233;liction du travailleur seul sur le &#171; march&#233; du travail &#187; &#8211; forc&#233;ment d&#233;fait dans le face-&#224;-face in&#233;gal avec le capital. Dans le bagne usinier, le capital produit lui-m&#234;me son ennemi mortel, ses jours sont compt&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ceci pr&#232;s qu'un si&#232;cle et demi plus tard, on en est toujours &#224; les compter. La premi&#232;re mont&#233;e r&#233;volutionnaire, celle du d&#233;but du XXe si&#232;cle, qui correspond &#224; un degr&#233; critique d'organisation ouvri&#232;re, est r&#233;duite par la r&#233;pression et le fascisme. La seconde, en sortie de 2e guerre, est anesth&#233;si&#233;e par l'entr&#233;e dans la consommation de masse : diffusion large du niveau de d&#233;veloppement mat&#233;riel, sortie du prol&#233;tariat de l'&#233;tat de mis&#232;re &#8211; et l'on d&#233;couvre de nouvelles armes du capitalisme qu'on n'avait pas soup&#231;onn&#233;es : les salari&#233;s ne sont plus uniquement tenus par l'aiguillon de la faim mais par des voies sucr&#233;es autrement pernicieuses. Alors l'ali&#233;nation n'en finit plus de s'approfondir. Quelques d&#233;cennies plus tard : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, dans le m&#234;me temps o&#249; le capitalisme restructure en profondeur ses rapports de production apr&#232;s que le succ&#232;s industriel du fordisme lui a fait entrevoir &#224; nouveau le p&#233;ril des masses ouvri&#232;res concentr&#233;es : automatisation, robotisation, d&#233;localisation, pr&#233;carisation, atomisation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On pouvait &#8211; on devait &#8211; continuer &#224; &#234;tre marxiste, mais pas &#224; croire &#224; cette premi&#232;re dialectique. Il a fallu regarder ailleurs pour discerner de nouvelles potentialit&#233;s de renversement endog&#232;ne. Par exemple du c&#244;t&#233; de l'&#233;cocide. Le capitalisme d&#233;truit les conditions de la vie humaine sur Terre. Le lien causal ne fait pas encore l'objet d'une conscience tr&#232;s largement partag&#233;e, mais &#231;a viendra. Car les effets sont d'une ampleur croissante, impossibles &#224; cacher, et rien ne stimule la production des id&#233;es comme l'aiguillon (cette fois) de l'angoisse &#8211; et le barrage du capitalisme vert, de la transition et des pistes cyclables aura du mal &#224; l'endiguer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais &#231;a va prendre du temps. Le temps des pistes cyclables donc, celui des intellectuels retardataires et retardateurs aussi, celui des renoncements enfin. Car il va falloir beaucoup renoncer : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, donc. Nous ne sommes pas pr&#234;ts. Jean-Marc Jancovici explique &#224; L&#233;a Salam&#233; qu'il faudra en venir &#224; un quota de trois ou quatre vols long courrier pour toute la vie, Salam&#233; r&#233;pond que trois-quatre par an, c'est quasiment la dictature &#8211; son cerveau n'&#233;tait pas pr&#234;t, n'a pas re&#231;u l'information, ne pouvait pas la recevoir. Bien s&#251;r, c'est L&#233;a Salam&#233;, c'est-&#224;-dire comme un m&#232;tre-&#233;talon de la b&#234;tise journalistique, d&#233;pos&#233; &#224; Radio-France plut&#244;t qu'au Pavillon de Breteuil &#224; S&#232;vres, mais l'id&#233;e est la m&#234;me &#8211; et les conditions de conservation aussi satisfaisantes. Le probl&#232;me &#233;tant ici que, pour l'heure, l'&#233;talon donne assez bien la mesure en vigueur dans la plus grande partie de la population. Faire renoncer, mettre en rapport l'&#233;vitement de l'&#233;cocide, la n&#233;cessit&#233; vitale de renoncer et l'imp&#233;ratif de sortir du capitalisme : ce sera la grande t&#226;che politique du futur (commence maintenant). Autant dire que l'issue de la course de vitesse est incertaine &#8211; il suffit de se demander ce que sont les vitesses compar&#233;es de l'&#233;cocide capitaliste et de l'id&#233;e renon&#231;ante dans les esprits. On a d&#233;j&#224; vu des comp&#233;titions mieux engag&#233;es. Peu importe, on courra quand m&#234;me, parce qu'on n'a pas le choix de ne pas courir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Dialectique de l'IA&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sauf que voil&#224; du nouveau, du qu'on n'avait pas vu venir. L'IA, l'Intelligence artificielle. &lt;i&gt;&#171; Du lourd est en train d'arriver &#187;&lt;/i&gt;. C'est Matt Shumer qui parle &#8211; cr&#233;ateur et patron de OthersideAI. De tous c&#244;t&#233;s, le papier est dit &#171; viral &#187; &#8211; il n'est pas s&#251;r que ce soit un compliment, plut&#244;t la suggestion qu'ayant s&#233;duit trop d'analphab&#232;tes, il perd beaucoup de sa distinction. En mati&#232;re de distinction, on n'en remontrera pas aux petits marquis de &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/11/lia-sort-du-code-lavertissement-de-matt-shumer-sur-les-prochaines-cibles-des-laboratoires/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Qui diffusent &#224; leur tour mais en faisant les entendus, et avec quelques commentaires d'une technicit&#233; blas&#233;e &#8211; ils en sont. &#202;tre blas&#233;, r&#232;gle n&#176; 1 : ne pas c&#233;der aux alarmismes &#224; grande audience, les moquer comme tels avec condescendance, laisser les paniques au vulgaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut bien avouer que dans le texte de Shumer, le vulgaire a de quoi se faire du mouron. Le vulgaire, s'entendre : du vulgaire d&#233;j&#224; haut de gamme. Car Shumer annonce &#224; une tranche consid&#233;rable de cadres, et m&#234;me des sup&#233;rieurs, qu'ils vont bient&#244;t avoir &#224; faire leurs cartons : rendus dispensables. Il le dit de premi&#232;re main puisqu'il se voit lui-m&#234;me d&#233;class&#233; par ses propres produits, en tout cas dans le registre de son activit&#233; proprement technique. C'est que d&#233;sormais l'IA s'auto-engendre &#8211; s'auto-code. Gunther Teubner, un &#233;tonnant juriste et sociologue du droit allemand, avait trouv&#233; un mot &#224; coucher dehors pour d&#233;signer ce moment critique o&#249; un processus s'affranchit de ses conditions initiales, et notamment de ses cr&#233;ateurs originels, pour s'autonomiser, cro&#238;tre endog&#232;nement, et finir par dominer ses promoteurs m&#234;mes : &#171; take-off autopo&#239;&#233;tique &#187;, dit-il. L'IA, semble-t-il, conna&#238;t donc son take-off autopo&#239;&#233;tique : elle s'&#233;crit toute seule. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;gis Portalez est un polytechnicien bizarre, qui a additionn&#233; l'X non pas des Mines ou des Ponts mais d'une certification de soudeur. Il s'est retir&#233; &#224; la campagne pour faire des tours de potier, mais continue de coder sur les bords parce qu'il faut bien vivre. Et &lt;a href=&#034;https://x-alternative.org/2026/02/05/demission-subie-startdown-nation-ii/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lui aussi&lt;/a&gt; voit venir du lourd : &#171; il y a six mois peut &#234;tre, je croyais l'IA &#224; peine capable de remplacer les t&#226;ches subalternes qu'un junior confie au stagiaire (&#8230;) Et puis il y a deux semaines, j'ai demand&#233; &#224; l'une d'entre elles d'&#233;crire enti&#232;rement un programme que j'envisageais de mettre un jour et demi &#224; &#233;crire (&#8230;) Une t&#226;che libre, donc entre guillemets cr&#233;ative, mais tr&#232;s contrainte par la technique. En une minute trente &#224; peine, j'avais un code qui compile et qui s'ex&#233;cute, test&#233;, document&#233; et fonctionnel &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt; fait une moue chichiteuse : pas de g&#233;n&#233;ralisation h&#226;tive, pas d'extrapolation lin&#233;aire, coder est une activit&#233; tr&#232;s sp&#233;cifique, par nature dispos&#233;e &#224; la formalisation, donc &#224; une prise en charge IA. Les codeurs font du foin parce que d'une certaine mani&#232;re ils &#233;taient vou&#233;s &#224; se trouver en premi&#232;re ligne quand d&#233;barquerait l'IA &#171; cr&#233;ative &#187; &#8211; et ces ballots n'y avaient pas pens&#233;. Les voil&#224; donc &#224; &#233;crire des textes tout &#171; viraux &#187; d'inqui&#233;tude. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Shumer a beau coder, il n'en a pas moins un ersatz de vie sociale. Comprendre : il a des &#171; connaissances &#187; qui ne codent pas. Des avocats d'affaires par exemple &#8211; comme tout le monde. Or l'ami avocat d'affaires commence &#224; mesurer l'ampleur des d&#233;g&#226;ts : &#171; C'est comme avoir une arm&#233;e de collaborateurs imm&#233;diatement disponible. &#187; Et l'ami de s'aviser que &#171; sous peu, l'IA sera capable de faire la plupart des choses qu'il fait &#187;. Suit une liste des professions align&#233;es : d&#233;veloppeurs et conseil juridique, donc. Mais aussi : analystes financiers, diagnosticiens m&#233;dicaux, services clients, consultants de toutes esp&#232;ces. Et pour la bonne bouche : &lt;i&gt;&#171; writing and content &#187;&lt;/i&gt; &#8211; r&#233;dacteurs de notices vari&#233;es, de rapports en tout genre. Journalisme &#8211; d&#233;lice. Et sans doute tr&#232;s bient&#244;t : sc&#233;naristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs (d&#233;j&#224; inquiets), litt&#233;rateurs de prix mondains. Auxquels il faudra sans doute ajouter : graphistes, musiciens, cr&#233;ateurs de vid&#233;os et, pourquoi pas, r&#233;alisateurs, maintenant que Bytedance nous fait des clips de Kanye West ou des vid&#233;os de Tom Cruise et Brad Pitt sans Tom Cruise ni Brad Pitt. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il y a trois d&#233;cennies, Robert Reich, l'un des intellectuels en toc du clintonisme, s'extasiait au spectacle de la nouvelle &#171; classe cr&#233;ative &#187;, les &#171; manipulateurs de symboles &#187;, annonciateurs du grand mouvement de restructuration de la division internationale du travail port&#233; par la mondialisation, qui laisserait le cambouis des fabriques aux &#171; autres &#187; et nous r&#233;serverait les joies du &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;blueprint&lt;/i&gt;. Soit le red&#233;ploiement &#224; l'&#233;chelle mondiale de la division du travail princeps, t&#244;t aper&#231;ue par Marx, entre travail de conception et travail d'ex&#233;cution. Comment la &#171; classe cr&#233;ative &#187; n'aurait-elle pas battu des mains ? Toute sa sociologie, toutes les repr&#233;sentations avantageuses qu'elle se fait d'elle-m&#234;me, l'y inclinaient. Et toutes les cons&#233;quences politiques s'en suivraient immanquablement. Car, sans surprise, cette classe &#8211; consid&#233;r&#233;e en moyenne &#8211;, toute cette classe en ses organes, &lt;i&gt;Lib&#233;ration, Le Monde, T&#233;l&#233;rama,&lt;/i&gt; France Inter/Culture, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt; nouveau ou pas, Arte, s'est admir&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e autant qu'elle a &#233;t&#233; d'une indiff&#233;rence de granit au sort des classes ouvri&#232;res, &#233;quarries, massacr&#233;es par les grandes transfusions de la mondialisation, subalternes r&#233;siduels &#224; l'int&#233;rieur de la grande redivision du travail &#224; l'ext&#233;rieur. Dont la bourgeoisie &#171; cr&#233;ative &#187; conjurera les col&#232;res par tous les proc&#233;d&#233;s du pharisa&#239;sme et du racisme social r&#233;unis : ils sont obtus, n'ont pas compris que la mondialisation est bonne, ils sont contre l'Europe, ils sont complotistes, ils sont Gilets jaunes &#8211; ils sont sales et m&#233;chants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Grande le&#231;on mat&#233;rialiste : les formes de la conscience sont donn&#233;es par les conditions de l'existence. Or voil&#224; que les conditions d'existence de la bourgeoisie du Bien s'appr&#234;tent &#224; de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c'est que de se retrouver du jour au lendemain renvoy&#233;e non seulement &#224; l'inactivit&#233; mais au sentiment dissolvant de l'inutilit&#233;. Elle va conna&#238;tre l'exp&#233;rience qui lui indiff&#233;rait au plus haut point, l'exp&#233;rience des &#171; autres &#187; de l'int&#233;rieur, charrettes &#224; plans sociaux, &#224; d&#233;localisation, &#224; &lt;i&gt;downsizing&lt;/i&gt; et &#171; rationalisation &#187; &#8211; l'exp&#233;rience des &lt;i&gt;dispensables&lt;/i&gt;. Par pans entiers, la &#171; bourgeoisie cr&#233;ative &#187;, qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concern&#233;e, est en train de devenir dispensable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Abandonn&#233; par ses ma&#238;tres&lt;br/&gt;
(le bloc bourgeois dispensable)&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'explosion des capacit&#233;s de l'IA, l'ampleur du d&#233;classement qui va s'en suivre, vont r&#233;volutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arr&#234;t&#233; sur &#171; la classe ouvri&#232;re sujet de l'histoire &#187; n'aurait pu l'imaginer. Pas davantage d'ailleurs qu'une sociologie politique du &#171; peuple des r&#233;seaux &#187; comme celle de la FI. &#199;a n'est ni dans l'exclusivisme ouvri&#233;riste, ni dans une nouvelle classe r&#233;ticulaire que &#171; &#231;a &#187; se passe &#8211; &#171; &#231;a &#187; : la formation des forces de rupture. Non pas, du reste, que tout ne puisse se rejoindre dans la marmite car, oui, il reste des bastions ouvriers combatifs, et oui, il y a des s&#233;gr&#233;gu&#233;s des r&#233;seaux &#8211; des forces potentielles. Mais l'essentiel est en train de se former ailleurs : dans la d&#233;molition m&#233;thodique par le capitalisme m&#234;me de son propre bloc de soutien. Celui dont le caract&#232;re sociologiquement minoritaire a toujours &#233;t&#233; compens&#233; par le caract&#232;re symboliquement majoritaire : professions &#171; intellectuelles &#187;, ayant droit &#224; la parole, ayant acc&#232;s &#224; l'expression publique, ayant assurance de la consid&#233;ration et de la sur-repr&#233;sentation dans l'espace des m&#233;dias, tout autant celui du cin&#233;ma, qui n'a d'yeux que pour sa propre classe, n'a d'int&#233;r&#234;t que pour ses propres vies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Or voil&#224; que, dans cette classe, sans doute composite, bient&#244;t on ne comptera plus les jet&#233;s sur la gr&#232;ve. Cruaut&#233; des illusions perdues. Tous ces gens ne trouvaient rien &#224; redire parce tout leur &#233;tait aimable, tout leur semblait fait pour eux. Mieux, tout leur &#233;tait promis. Promesse &#233;videmment fausse pour bon nombre d'entre eux, cadres moyens-sup qui se vivaient en fantasme comme &#171; en &#233;tant &#187; &#8211; puisque telle est la vraie question de la sociologie politique : non pas &#171; &#234;tre ou ne pas &#234;tre &#187;, mais &#171; en &#234;tre ou ne pas en &#234;tre &#187;. Et tant pis si &#171; en &#234;tre &#187; est remis &#224; un horizon tellement ind&#233;fini que la retraite sera venue avant &#8211; les fantasmes de grandeur sociale ne d&#233;sarment pas, m&#234;me devant les verdicts du r&#233;el, m&#234;me devant les statistiques qui les vouaient d&#232;s le d&#233;part &#224; l'&#233;chec. Force de la subjectivit&#233; individualiste : &#171; je sais bien, mais &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; j'y arriverai &#187;. Rat&#233; mon vieux, tu n'y arriveras pas. &#192; ceci pr&#232;s d&#233;sormais que, l&#224; o&#249; tu pouvais couler une retraite paisible en imagination continu&#233;e, tu vas te retrouver &#233;ject&#233; par une machine, et tout l'environnement saura te faire &#233;prouver tr&#232;s fort le sentiment de ta nullit&#233; &#8211; de ta nullit&#233; dispensable. Car il ne faut pas s'y tromper : des gisements de productivit&#233; et de &lt;i&gt;cost-killing&lt;/i&gt; aussi colossaux, le capitalisme &#224; dominante financi&#232;re va s'y ruer comme jamais il ne s'est ru&#233;. Aveugl&#233;ment, &#233;cume &#224; la bouche. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La voil&#224; alors la nouvelle dialectique, celle &#224; laquelle Marx ne pouvait pas penser, plus r&#233;elle et plus prometteuse que l'autre, la dialectique du d&#233;veloppement des forces productives tordant endog&#232;nement les rapports de production jusqu'&#224; un point critique, mais dans sa forme contemporaine : la dialectique du &lt;i&gt;bloc bourgeois dispensable&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La question reste enti&#232;re de savoir qu'en faire. Bien s&#251;r, il y a d&#233;j&#224; tous les divergents, qui n'avaient pas attendu l'IA pour se mettre en chemin, cadres &#224; la BPI clandestinement communistes (et pas au sens du PCF&#8230;), d&#233;go&#251;t&#233;s de l'entreprise, &#233;tudiants saboteurs de c&#233;r&#233;monie de dipl&#244;mes, jeunes embauch&#233;s d&#233;cid&#233;s &#224; partir, polytechniciens alternatifs, auteurices et artistes en r&#233;bellion contre les institutions de leur champ, r&#233;alisatrices antifascistes fauch&#233;es, producteurs ind&#233;pendants pas plus riches mais qui tiennent la ligne. Eux savent d&#233;j&#224; o&#249; ils sont, o&#249; ils vont, et ce qu'ils ont &#224; faire. Mais il y a tout le reste &#8211; disons-le sans ambages : troupeau d'imb&#233;ciles politiques, bataillons du macronisme, du socialisme ou de l'&#233;cologie parisienne. Car &#233;videmment, la plupart de ces gens n'avaient jamais &#233;prouv&#233; la moindre raison de r&#233;fl&#233;chir un peu puisque leur condition les en dispensait, par d&#233;faut robinets &#224; poncifs h&#233;g&#233;moniques capara&#231;onn&#233;s de certitude intellectuelle &#8211; dont le discours priv&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la port&#233;e d'une IA d&#233;butante, simplement capable de compiler des grumeaux de presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Il suffit d'avoir une conversation avec un banquier, un journaliste ou mieux encore un artiste contemporain pour &#233;prouver le vertige du bathyscaphe dans la grande fosse des Mariannes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais il y a pire : leur individualisme sans rivage, qui les rend incapables d'action collective au-del&#224; d'un &#171; Team building &#187; ou d'un &#171; Happy hour &#187; d'&#171; After work &#187;. La classe ouvri&#232;re de Marx avait pour elle son unit&#233; de lieu et sa concentration en masse. Rien de tout &#231;a n'est disponible ici. L'atomisation, qui plus est v&#233;cue comme joyeusement concurrentielle, est la condition objective de cette classe &#8211; et le passage au &#171; pour-soi &#187; s'annonce laborieux. En fait il n'a aucune chance de se faire tout seul. Il va falloir leur parler &#8211; pas comme &#231;a, sans doute. Mais il va falloir leur parler &#8211; pour les sortir de leur &#233;tat de l&#233;gumes politiques. Il para&#238;t qu'il faut parler aux plantes, &#231;a les aide &#224; grandir &#8211; enfin, c'est ce qu'on dit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Prendre en charge un nouvel &#233;tat du monde social, un affect collectif confus, mais promis &#224; se r&#233;pandre comme une mar&#233;e noire, le prendre en charge pour le rendre r&#233;ellement commun, puis pour le mettre en forme et le construire politiquement, c'est la t&#226;che des organisations. On regarde le c&#244;t&#233; de l'offre, et le tour d'horizon est vite fait. Soit des partis communistes r&#233;volutionnaires, indispensables, mais &#224; faible surface, souvent immobilis&#233;s dans une orientation, et surtout une &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt;, ouvri&#233;ristes, qui rendent difficile une rencontre de classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Soit la FI, mouvement d'importance, d&#233;j&#224; bien ancr&#233; dans la bourgeoisie moyenne intellectuelle et culturelle, dont elle est en fait une &#233;manation, dont elle a d&#233;j&#224; l'habitus, dont elle partage les mani&#232;res de parler. Ici une rencontre, une construction sont possibles. &#171; Vous y avez cru ; vous vous &#234;tes fait rouler ; ce syst&#232;me qui vous a fait marcher est impitoyable, nous savions que d'une mani&#232;re ou d'une autre il vous viendrait dessus, voil&#224; c'est fait ; abandonnez toute esp&#233;rance &#8211; ou plut&#244;t changez-en ! &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric LORDON&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;2 mars 2026&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&#171; La pompe &#224; phynance &#187;,&lt;br/&gt;
blog h&#233;berg&#233; par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Illustration : Gustave Dor&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un vieil homme sans la mer</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1172</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1172</guid>
		<dc:date>2026-06-01T07:03:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Passage des fant&#244;mes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH433/ill__tete-21-a576c.jpg?1779728127' width='321' height='433' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/un_vieil_homme_sans_la_mer_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 316.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans ce qu'il entreprenait : l'envie, le geste et le reste. Le souffle aussi &#233;tait court, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, avant la nuit, cette nuit qu'il craignait tant, de se servir un dernier verre et de se rouler lentement, tr&#232;s lentement une cigarette. En souriant, comme &#231;a, &#224; une id&#233;e qui, comme &#231;a, venait de lui passer par la t&#234;te.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ses cigares italiens sans forme, tordus, tr&#232;s noirs, tr&#232;s forts et qu'on appelait des clous de cercueil, lui manquaient &#224; cette heure pr&#233;cise o&#249;, juste avant la nuit, lentement, l'&#201;mile sentait monter en lui ce moment d&#233;licieux entre tous o&#249;, dans la plus extr&#234;me solitude, pointait une id&#233;e susceptible de le distraire un peu. L&#224;, un clou de cercueil aurait &#233;t&#233; le bienvenu, se dit-il. H&#233;las, la m&#233;decine l'avait priv&#233; de ce plaisir. Et, quoique rarement, il pouvait &#234;tre ob&#233;issant.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Pour &#234;tre juste, l'&#201;mile n'aimait pas les souvenirs. Depuis qu'il vivait seul dans sa vieille ferme briarde, il les cong&#233;diait d&#232;s qu'ils se convoquaient. &#171; Pas pour moi &#187;, se disait-il. La vie est d&#233;j&#224; p&#233;nible pour l'encombrer davantage. &#192; la mort de sa compagne, Mathilde, qu'il avait aim&#233;e au-del&#224; du raisonnable, il avait d&#233;cid&#233; de vivre dans le pr&#233;sent d'un temps sans pass&#233; ni futur, une parenth&#232;se dont il connaissait le d&#233;but mais pas le terme. D&#232;s qu'une bribe de m&#233;moire venait l'encombrer, il la chassait. &#171; Non, pas pour moi, se r&#233;p&#233;tait-il, la m&#233;lancolie ne me va pas. &#187; Les seules images m&#233;morielles qu'il tol&#233;rait, avaient trait &#224; son enfance. Il se contentait de tenir la nostalgie &#224; distance, en cherchant &#224; comprendre pourquoi, &#224; son &#226;ge respectable, il se sentait encore tributaire de ce temps d'apprentissage o&#249; rien n'avait coll&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce soir, pourtant, &#224; cet instant pr&#233;cis o&#249;, tirant sur sa clope mal roul&#233;e, il regrettait ses clous de cercueil, c'est un retour d'enfance qui s'insinuait dans sa caboche. Insistante, pr&#233;cise, vive. Et plus pr&#233;cis&#233;ment celle de son logis de la rue Piat o&#249;, seul ou avec ses deux potes, Jean-Ren&#233; et David, il s'inventait des aventures invraisemblables dont il n'avait plus l'id&#233;e, sauf qu'elles &#233;taient toujours loufoques. &#192; part comme incise de la pens&#233;e, il se demanda pourquoi, soudain, ce souvenir pr&#233;cis lui revenait. Et il trouva. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La chose avait sans doute &#224; voir avec l'installation dans la maison du bout du chemin d'un nouveau voisinage : un couple de jeunes avec enfant. L'apr&#232;s-midi m&#234;me, les r&#233;cents arrivants &#233;taient venus se pr&#233;senter. Apr&#232;s avoir consult&#233; un quelconque guide de sociabilit&#233; rurale, ils avaient d&#251; se dire que &#231;a se faisait. L'&#201;mile leur avait parl&#233; sans leur ouvrir le vieux portail de bois. Il se disait que ces deux hurluberlus d&#233;chanteraient assez vite de la campagne. Trop polis pour &#234;tre honn&#234;tes, les deux visiteurs s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s sommairement. Ils venaient de la ville, la grande, ce dont il se serait dout&#233;, avec l'intention &#8211; absurde &#224; ses yeux &#8211; de &#171; faire lien et, si possible, commun &#187;. Pour toute r&#233;ponse l'&#201;mile leur avait dit qu'il leur souhaitait bien du plaisir, ce qui les fit rire mais n'eut pas l'heur de les troubler. Pendant qu'ils se r&#233;pandaient en banalit&#233;s sur la grande ville et en lieux communs &#233;cologiques, c'est le gamin qui attira son attention. D'abord silencieux, &#233;tonnamment silencieux, il avait vu son regard se porter sur le fer &#224; cheval qui d&#233;corait son branlant portail &#8211; c'&#233;tait une manie de Mathilde d'en accrocher partout au pr&#233;texte que &#231;a portait bonheur. Puis, levant les yeux vers lui, le gamin lui avait demand&#233; : &#171; Il est o&#249; ton cheval ? &#187;. Sans r&#233;fl&#233;chir, l'&#201;mile, qui n'avait jamais eu de cheval de sa vie, lui avait r&#233;pondu : &#171; C'est un cheval migrant &#8211; je l'appelle &#171; T&#234;te d'or &#187; &#224; cause de sa crini&#232;re. Il est libre, il va o&#249; il veut. Peut-&#234;tre qu'il passera te voir chez toi. &#171; Traite-le bien, gamin, il le m&#233;rite. &#187; Le visage du gar&#231;on &#8211; Lucas &#8211; s'&#233;tait m&#233;tamorphos&#233;. C'&#233;tait celui de l'enfance quand elle fait corps avec sa qu&#234;te. &#171; &#8220;T&#234;te d'or&#8221;, &#231;a me pla&#238;t &#187;, dit-il avant de repartir vers chez lui, tenu de chaque main par ses parents, qui craignaient sans doute qu'il se perde.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le retour d'enfance venait de &#231;a, de cet &#233;change de regards, de cette id&#233;e qui naturellement lui &#233;tait venue de s'inventer un cheval du nom de &#171; T&#234;te d'or &#187; avec la m&#234;me app&#233;tence pour l'imaginaire que, gamin lui-m&#234;me, il convoquait avec cette joie souveraine de poss&#233;der un tr&#233;sor et au grand d&#233;sespoir de ses parents qui y voyaient un lourd handicap qui le faisait constamment d&#233;roger au principe de r&#233;alit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187;, se demanda l'&#201;mile &#224; cette heure sans heure de la nuit o&#249; le vent soufflait si fort sur le hameau de Cormeron qu'il r&#233;veillait toutes ses hantises. Il savait qu'il attendrait longtemps pour trouver, s'il venait, ce sommeil du juste qui toujours lui avait fait d&#233;faut &#8211; et plus encore depuis la mort de Mathilde. Il mit une nouvelle b&#251;che dans la chemin&#233;e, se versa un nouveau verre, se roula une autre cigarette et se reposa, &#224; haute voix cette fois, la question : &#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187; Un silence pr&#233;c&#233;da un invraisemblable effort de m&#233;moire pour, les yeux ferm&#233;s, se rem&#233;morer leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, leurs mani&#232;res d'&#234;tre, de parler et de se taire. &#192; quoi bon tout &#231;a ? &#192; quoi bon ressasser un temps que le temps a heureusement effac&#233;, rang&#233; au rayon de l'oubli bienfaiteur. On n'est pas de sa famille, on est ce qu'on s'est fait, un homme de son temps que le temps a trahi. Et puis, il s'entendit une nouvelle fois se parler &#224; voix haute : &#171; Que me reste-t-il, au fond, de mes vieux ? &#187; &#192; peine quelques souvenirs, toujours tristes. Une m&#232;re malheureuse de vivre &#224; c&#244;t&#233; de sa vie. Un p&#232;re d&#233;truit par l'usine, mais fier d'en &#234;tre un ex&#233;cutant z&#233;l&#233;. Sans conscience de son malheur, conforme &#224; l'id&#233;e que le ma&#238;tre se fait de lui. Une m&#232;re soumise au travail domestique que personne n'aurait eu l'id&#233;e de reconna&#238;tre comme une servitude et qu'elle compl&#233;tait de quelques m&#233;nages chez des rupins du 20e bourgeois puant d'avarice. Un p&#232;re qui, &#224; peine rentr&#233; chez lui, se vengeait des humiliations auxquelles l'usine l'avait soumis en jouant au tyranneau de foyer. Un couple d'&#233;poque, mal assorti tant au physique qu'au moral. Elle venait d'une famille de la toute petite paysannerie briarde. Il &#233;tait de son 20e, le seul coin de Paris qu'il connaissait, mais sur le bout des doigts. Chaudronnier de m&#233;tier, esclave de profession. Non syndiqu&#233;, votant pour &#171; les gens qui savent &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#201;mile sentait ses paupi&#232;res lourdes d&#233;sormais. Il e&#251;t &#233;t&#233; malvenu pour lui de passer son tour. Juste avant de s'endormir, c'est encore &#224; voix haute qu'il s'entendit penser : &#171; Je les ai d&#233;test&#233;s, mes parents, d'&#234;tre ce qu'ils &#233;taient, comme ils &#233;taient, des cas extr&#234;mes de ralli&#233;s passifs &#224; l'ordre d'un monde qui les humiliait. Je ne saurais dire qu'ils ne m'aimaient pas, mais j'ose penser qu'il m'est souvent arriv&#233; &#224; moi de les d&#233;tester. &#187;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Au matin, c'est le froid qui r&#233;veilla l'&#201;mile. Comme chaque fois qu'il bravait la nuit, il se sentit tout transi dans son fauteuil &#224; oreilles. Le feu cr&#233;pitait encore, mais comme une vie qui s'&#233;tiole. Dehors, il faisait encore obscur. Noir complet. Il se tra&#238;na jusqu'&#224; la cuisine, se chauffa du lait qu'il augmenta de deux fortes cuiller&#233;es de miel et, p&#233;niblement, monta &#224; l'&#233;tage pour rejoindre son antre. C'&#233;tait une large pi&#232;ce mansard&#233;e aux murs croulants de livres stock&#233;s dans des cartons ajour&#233;s pour voir leurs tanches et meubl&#233;e d'une vaste table de travail, d'un canap&#233; et d'un fauteuil en cuir de tr&#232;s ancienne facture. &#171; Qu'est-ce que je fous l&#224;, se dit-il, loin de tout, abandonn&#233; &#224; ma solitude. Pourquoi n'ai-je pas tout bazard&#233; &#224; la mort de Mat ? Pourquoi n'ai-je pas chang&#233; d'air, de vie, pour me faire d'autres souvenirs, les miens, des souvenirs en propri&#233;t&#233; propre, l&#233;gers ? &#187; Dans un mouvement de pens&#233;e contradictoire qu'il connaissait, la r&#233;ponse ne tarda pas : &#171; C'est sans doute qu'ici il me reste &#224; faire et qu'ailleurs il faudrait d'abord que je me fasse &#224; l'endroit. &#187; L'antith&#232;se lui sembla peu satisfaisante, mais il la retint, une fois encore, comme proposition finale. Car il pratiquait la dialectique, mais d&#233;testait la synth&#232;se. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il entreprit de relire quelques pages au hasard du Vieil homme et la mer d'Hemingway, en regrettant que la sienne ne f&#251;t qu'int&#233;rieure, puis, enfin distrait de soi et enroul&#233; dans une couverture de grosse laine, il avait fini par s'endormir vraiment au petit matin. &#192; peine deux heures, en fait. En clair, une fois encore, il s'&#233;tait arrang&#233; avec son sommeil pour qu'il ne lui vol&#226;t pas trop de temps. Sachant qu'il ne comptait pas en exc&#232;s, il avait d&#233;cid&#233; de pratiquer un somnambulisme actif.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
L'&#201;mile buvait par ennui mais avec entrain au bistrot de Cormeron. En attendant que, dans le brouhaha matinal du lieu, lui vienne sa phrase du jour. Aujourd'hui elle avait de quoi satisfaire les pochtrons de la petite bande : &#171; Quitte &#224; mourir, je pr&#233;f&#233;rerais que ce f&#251;t sous un nom d'emprunt pour ne pas avoir &#224; revoir ma famille au cimeti&#232;re. &#187; On ria autour de lui, ce qui le ravit. Moi, je la notai. Comme d'habitude. Il faut dire que j'&#233;cris comme &#231;a, sur le vif, &#224; partir de quelques notes jet&#233;es sur un carnet. Je les laisse infuser et &#224; l'occasion j'y puise mon mat&#233;riau. Par la suite, nous nous &#233;tions rencontr&#233;s &#224; l'occasion d'une f&#234;te de village. Foireuse, la f&#234;te, comme souvent. Juste l'occasion de f&#234;ter quelque chose et de boire. L&#224; c'&#233;tait la Saint-Jean, si je me souviens bien. &#192; vrai dire, ce tr&#232;s solitaire &#201;mile m'intriguait depuis qu'un petit h&#233;ritage nous avait permis, &#224; ma compagne et &#224; moi, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, d'acheter une maison briarde au Bourg-du-Haut, &#224; deux pas de Cormeron. C'&#233;tait un pied &#224; terre campagnard, rien de plus. Aucune intention, chez nous, de nous ancrer au terroir. Trop urbains pour cela, sans doute. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En d&#233;couvrant le lieu et plus encore en l'arpentant, j'avais rep&#233;r&#233;, &#224; diverses reprises, l'&#201;mile. Il est vrai qu'il &#233;tait l'un des rares vieux du village &#224; s'adonner &#224; la marche en solitaire. De loin, pourtant, elle semblait peupl&#233;e, sa marche, tant sa gestuelle &#233;tait active. Comme s'il discourait en s'adressant &#224; des acolytes de d&#233;ambulation ou &#224; sa Mathilde. J'y voyais une mani&#232;re de r&#233;sister &#224; sa solitude, et c'&#233;tait probablement cela. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le caf&#233; &#8211; &#171; Chez Gina &#187; &#8211; fit le reste. D'&#233;tape en &#233;tape, il nous rapprocha. &#171; T'&#233;cris toujours, bonhomme ? &#187;, me dit-il un jour o&#249;, effectivement, j'&#233;tais courb&#233; sur mon ouvrage. &#171; Oui, des notes, comme elles me viennent. Comme &#231;a. Pour capter les humeurs de mon temps int&#233;rieur, rien de plus. &#187; Le bonhomme sembla se satisfaire de ma r&#233;ponse sans chercher &#224; en savoir davantage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; De fil en aiguille, l'&#201;mile s'attacha &#224; moi, &#224; nous. Il nous trouvait, nous dit-il un jour de confidence, &#171; un peu au-dessus de la moyenne des habitants du coin &#187;. Et ajouta, songeur : &#171; Comme moi, en somme ; comme ma Mathilde aussi. &#187; Le bistrot fut notre lieu de rencontre pr&#233;f&#233;r&#233;. Bient&#244;t, l'&#201;mile s'y laissa aller, mezza voce, &#224; quelques confidences sur sa jeunesse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#8211; Tu sais, me dit-il un jour o&#249; il avait d&#233;cel&#233; mes inclinaisons libertaires, j'ai connu du beau monde du temps de &#8220;l'anarchie populaire&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est quoi, &#231;a ? ai-je demand&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Un ferment qui s'est perdu. Maintenant, les anars, c'est des bac plus cinq. Ou plus. Moi, je te parle d'un temps o&#249; l'anarchie, vulgaire je te l'accorde, irriguait un petit peuple de durs &#224; cuire instruits de quelques principes, &#226;pres &#224; la t&#226;che et fraternels. Ils avaient les mains calleuses et l'esprit canaille. Tout pour me plaire, en somme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ce jour que j'appris que l'&#201;mile, qui en faisait sacr&#233;ment moins, avait quatre-vingt-cinq ans pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu rigoles, compagnon ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, jeunot, je tiens mes statistiques &#224; jour. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Puis, de fil en aiguille, il m'accorda le privil&#232;ge de visiter son antre, ce qui n'&#233;tait pas dans ses habitudes de solitaire enkyst&#233; dans ses souvenirs. L&#224;, je d&#233;couvris un monde en d&#233;sordre, mais riche de tr&#233;sors. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu prends ce que tu veux, &#231;a &#233;vitera la benne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu n'as pas de descendance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, l'ami, &#231;a &#233;vite les d&#233;sillusions. Je suis le dernier d'une dynastie peu glorieuse.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Six mois plus tard, l'&#201;mile tira sa r&#233;v&#233;rence sans l'avoir pr&#233;vue. La mort vint, dit-on, paisible, devant l'&#226;tre de ses solitudes, une nuit sans lune d'un interminable hiver. J'appris qu'il n'avait ni souffert ni acc&#233;l&#233;r&#233; son tr&#233;pas. Une belle mort, en somme, de celle qui ne contrarie pas. Peut-&#234;tre que, ce soir-l&#224;, il avait pens&#233; &#224; &#171; T&#234;te d'or &#187; et &#224; la qu&#234;te du jeune Lucas pour le retrouver. Les qu&#234;tes les plus belles sont les plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mari&#225;tegui ou le socialisme indig&#232;ne</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1164</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1164</guid>
		<dc:date>2026-05-25T07:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou. Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2806 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/mariategui_ou_le_socialisme_indigene_ganesh_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 453.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__de_une-2-dd4b6.jpg?1778145787' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, syndicaliste, secr&#233;taire du tout jeune Parti socialiste p&#233;ruvien (PSP), &#233;diteur et principal r&#233;dacteur de la revue &lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, membre du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Ligue anti-imp&#233;rialiste de la Troisi&#232;me Internationale, Mari&#225;tegui se trouve &#224; l'avant-garde des luttes. Premier marxiste d'Am&#233;rique latine pour certains (Antonio M&#233;lis), Gramsci latino-am&#233;ricain pour d'autres, figure centrale de la gauche p&#233;ruvienne quoi qu'il en soit, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui s'impose tant par l'&#233;tendue de son &#339;uvre que par son activisme d&#233;bordant. Il est pourtant, eurocentrisme oblige, tr&#232;s largement m&#233;connu en Europe et dans le cadre des discussions sur le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Retracer le parcours d'un autodidacte qui allait profond&#233;ment bouleverser le paysage politique de son pays et les formulations r&#233;volutionnaires sur le continent entier est l'occasion d'un hommage, mais surtout d'une invitation &#224; sans cesse penser &#224; nouveau frais nos mots et nos slogans en les plongeant dans la pratique des luttes.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le 8 juillet 1919, une foule immense faite d'ouvriers du textile ou du syndicat des boulangers, de dockers et d'autres travailleurs se rassemble spontan&#233;ment &#224; Lima. Exultant, enthousiaste, elle se dirige vers le b&#226;timent du journal &lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt; et fait un triomphe aux tout jeunes journalistes du seul quotidien ayant appuy&#233; les grandes gr&#232;ves de masse du mois de janvier et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 27 mai. Le gouvernement oligarque de Pardo est tomb&#233; le 4 juillet, renvers&#233; par un coup d'&#201;tat, et c'est d&#233;sormais Augusto Legu&#237;a qui est aux affaires. Il a accord&#233; la journ&#233;e de 8 heures et, en ce jour, vient de faire lib&#233;rer les leaders ouvriers emprisonn&#233;s depuis le 26 mai. L'ambiance est &#233;lectrique. Devant les locaux du journal, un journaliste m&#233;tis, aux traits effil&#233;s et boitant de la jambe gauche, regarde la foule. Son nom est Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui : il a vingt-cinq ans et fait son entr&#233;e officielle dans les rangs de la gauche de combat. En tant que membre du Comit&#233; de propagande socialiste, puis du Comit&#233; pour la baisse du prix des subsistances, il a d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; un organe de masse faisant le lien avec 30 000 ouvriers et travailleurs qui vient d'imposer ce qui semble &#234;tre une lourde d&#233;faite &#224; l'oligarchie terrienne traditionnelle.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La joie sera pourtant de courte dur&#233;e, le nouveau pr&#233;sident ne go&#251;tant que fort peu les critiques que Mari&#225;tegui et ses amis ne manquent pas de faire &#224; son gouvernement. Avec les premi&#232;res r&#233;pressions contre les syndicalistes et les organisateurs ouvriers viennent les pressions du gouvernement : Mari&#225;tegui et son ami de toujours, C&#233;sar Falc&#243;n, doivent &#234;tre envoy&#233;s respectivement en Italie et en Espagne comme &#233;missaires de propagande du P&#233;rou, ou &#234;tre incarc&#233;r&#233;s. Le 8 octobre 1919, Mari&#225;tegui prend la mer en direction de l'Europe ; il en reviendra profond&#233;ment chang&#233;. Selon ses propres mots, il y &#233;pouse &#171; une femme et quelques id&#233;es &#187;. L'autodidacte attir&#233; par les provocations mondaines y op&#232;re sa mue, sa transformation de journaliste socialisant en acteur central de la lutte des classes au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'&#226;ge de pierre&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est n&#233; en 1894 &#224; Moquegua, d'un p&#232;re de bonne famille et d'une m&#232;re fille de petits agriculteurs indiens. Abandonn&#233;e par son mari, qui meurt rapidement, Maria Am&#225;lia La Chirra &#233;l&#232;ve ses enfants seule, survivant avec son salaire de modiste. Tr&#232;s t&#244;t, la sant&#233; fragile de son deuxi&#232;me fils se r&#233;v&#232;le : un accident d'&#233;cole, puis une poliomy&#233;lite clouent le petit Jos&#233; Carlos au lit de 1902 &#224; 1904. Cette p&#233;riode difficile est toutefois l'occasion pour lui de profiter de la biblioth&#232;que laiss&#233;e par son p&#232;re &#8211; seule marque de l'existence paternelle dans l'&#233;ducation de Mari&#225;tegui, l'acc&#232;s aux livres lui ouvre le monde de la lecture : il d&#233;vore les ouvrages les uns apr&#232;s les autres et tente m&#234;me d'apprendre, seul, le fran&#231;ais. Cet &#233;pisode est d'autant plus crucial pour le futur dirigeant politique qu'il forge son app&#233;tit insatiable de connaissance. &#192; quatorze ans &#224; peine, une fois finie l'&#233;cole primaire, Mari&#225;tegui commence &#224; travailler : il entre d'abord au quotidien &lt;i&gt;La Prensa&lt;/i&gt; comme ouvrier typographe, s'inscrivant ainsi, sans le savoir, dans la longue lign&#233;e des ouvriers pass&#233;s de la composition des pages &#224; leur &#233;criture. Se distinguant par son esprit, il gravit les &#233;chelons : il int&#232;gre la r&#233;daction en 1912, publie son premier article &#224; dix-huit ans et se voit attribuer la couverture des interventions de police et les faits divers. Puis, sous le pseudonyme de Juan Chroniqueur, une chronique de la vie mondaine o&#249; ses bons mots lui valent de fr&#233;quenter le beau monde et les champs de course. Mari&#225;tegui dira plus tard qu'il &#233;tait alors un &#171; litt&#233;rateur infect&#233; de d&#233;cadentisme et de byzantinisme fin-de-si&#232;cle &#187;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Son int&#233;r&#234;t pour la politique prend un tour nouveau en 1916, lorsqu'il int&#232;gre la r&#233;daction d'&lt;i&gt;El Tiempo&lt;/i&gt; en tant que chroniqueur politique. Journal d'opposition au pr&#233;sident oligarque Pardo, il rassemble alors largement les partisans d'un changement politique. Dans l'aile gauche de l'opposition, Mari&#225;tegui commence &#224; fr&#233;quenter des agitateurs ouvriers, comme Carlos Del Barzo, et leur r&#233;f&#233;rence commune au grand auteur anarchisant Manuel Gonz&#225;lez Prada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; influence la cr&#233;ation de la revue &lt;i&gt;Nuestra &#201;poca&lt;/i&gt;. Sobrement sous-titr&#233;e &#171; revue de combat &#187;, elle sera interdite apr&#232;s quelques num&#233;ros seulement. Les ann&#233;es 1912-1921 marquent un tournant par l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'une force nouvelle sur l'&#233;chiquier politique p&#233;ruvien : les ouvriers, sous influence des publications et des immigr&#233;s hispaniques, s'organisent selon les principes de l'anarcho-syndicalisme et suivant le mod&#232;le de la CNT espagnole, fond&#233;e en 1910. La revendication de la journ&#233;e de 8 heures, la R&#233;volution mexicaine, et bient&#244;t les nouvelles de la R&#233;volution russe, se combinent &#224; une agitation &#233;tudiante des fils de la bourgeoisie urbaine qui traverse le continent. Ce contexte de croissante agitation est le berceau dans lequel Mari&#225;tegui op&#232;re son incubation politique. Les troubles de la fin de 1918 et les gr&#232;ves de l'ann&#233;e suivante le font entrer pleinement dans le combat socialiste &#8211; c'est le signe de la fin de ce qu'il appellera, en 1929, son &#171; &#226;ge de pierre &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'Europe comme apprentissage&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Vieux Monde que visite Mari&#225;tegui en exil sort &#224; peine de la Grande Guerre, qui marque la fin des empires centraux allemand et austro-hongrois, l'imposition d'un nouvel ordre international et l'irruption tant des questions nationales que des luttes r&#233;volutionnaires sur la sc&#232;ne mondiale. Il y a la R&#233;volution russe de 1917, et l'enthousiasme que provoque l'instauration de la R&#233;publique des Soviets dans les organes du mouvement ouvrier europ&#233;en, mais aussi les diff&#233;rentes r&#233;volutions avort&#233;es ou r&#233;prim&#233;es : l'&#233;crasement du mouvement spartakiste et l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le massacre de la R&#233;publique des Soviets, l'&#233;chec de l'Arm&#233;e rouge devant Varsovie, les gr&#232;ves des mineurs anglais et des cheminots fran&#231;ais&#8230; Hors d'Europe, ce sont les r&#233;voltes en Inde, en Syrie, la r&#233;volution en Chine et le congr&#232;s de Bakou des peuples d'Orient en 1920. L'atmosph&#232;re est &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233;, aux bouleversements &#233;mancipateurs. L'Italie fait alors figure, pour Mari&#225;tegui, d'&#171; &#233;picentre de la r&#233;volution mondiale &#187;, et les d&#233;buts, puis l'accession du fascisme au pouvoir lors de la marche sur Rome du 29 octobre 1922, marquent une inflexion majeure : &#171; Ainsi s'est termin&#233;e la p&#233;riode r&#233;volutionnaire et a commenc&#233; la p&#233;riode r&#233;actionnaire &#187;, &#233;crit-il. Les occupations d'usines et les gr&#232;ves secouent rudement le nord de l'Italie autour des importantes concentrations ouvri&#232;res que sont Turin et Milan, notamment dans les usines Fiat en septembre 1920. En compagnie de l'ami C&#233;sar Falc&#243;n, il assiste en janvier 1921 au Congr&#232;s de Livourne, qui voit le Parti socialiste italien se scinder entre l'aile r&#233;formiste et l'aile r&#233;volutionnaire, qui s'en va former le Parti communiste italien, rattach&#233; &#224; la Troisi&#232;me Internationale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'Europe est l'occasion pour le socialiste de faire ses &#171; classes &#187; en marxisme, &#224; la fois comme t&#233;moin et lecteur. Il se saisit de Marx, Engels, L&#233;nine, Boukharine et Nietzsche, se lie au philosophe Benedetto Croce, qui lui fait d&#233;couvrir le th&#233;oricien fran&#231;ais du syndicalisme r&#233;volutionnaire Georges Sorel, par lequel Mari&#225;tegui s'initie &#224; Bergson et &#224; une approche strat&#233;gique et th&#233;orique du marxisme profond&#233;ment originale. L'av&#232;nement du fascisme lui fait quitter l'Italie, non sans avoir fond&#233; avec Falc&#243;n et deux autres compatriotes une &#171; cellule communiste p&#233;ruvienne &#187; &#233;ph&#233;m&#232;re dont l'objectif est la pr&#233;paration de l'action socialiste au P&#233;rou. D&#233;sormais, l'apprentissage organisationnel et th&#233;orique est align&#233; sur un objectif : l'action r&#233;volutionnaire au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Organisateur de la culture et de la classe ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui, Anna Chiappe, son &#233;pouse, et leur fils d&#233;barquent le 18 mars 1923 au P&#233;rou. Il entre rapidement en contact avec le mouvement ouvrier qui s'organise : il s'agit pour Mari&#225;tegui d'op&#233;rer &#171; la traduction pratique en termes nationaux et latino-am&#233;ricains des conclusions programmatiques &#187; auxquelles il est arriv&#233; &#224; la fin de son s&#233;jour en Europe. Son engagement prend d'abord la forme d'un cycle de conf&#233;rences dans l'Universit&#233; populaire Gonz&#225;lez Prada, fond&#233;e en 1921 sous l'impulsion des anarchistes. Son orientation socialiste et internationaliste s'exprime &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; une lecture marxiste des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires europ&#233;ens, dans une optique d'&#233;ducation populaire : la formation politique y est toujours ax&#233;e sur les relations entre le niveau national et la r&#233;alit&#233; internationale. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui commence alors &#224; cerner la dimension syst&#233;mique de l'action politique dans un monde capitaliste : &#171; [&#8230;] la civilisation capitaliste a internationalis&#233; la vie de l'humanit&#233;, elle a cr&#233;&#233; entre tous les peuples des liens mat&#233;riels qui &#233;tablissent entre eux une solidarit&#233; in&#233;vitable. L'internationalisme n'est pas seulement un id&#233;al ; c'est une r&#233;alit&#233; historique. [&#8230;] Le P&#233;rou, comme les autres peuples am&#233;ricains, n'est pas, par cons&#233;quent, hors de la crise : il est &#224; l'int&#233;rieur. [&#8230;] Une p&#233;riode de r&#233;action en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;action en Am&#233;rique. Une p&#233;riode de r&#233;volution en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;volution en Am&#233;rique. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut imaginer ce qu'est le P&#233;rou en 1923 pour prendre la mesure de l'ampleur de la t&#226;che &#224; laquelle s'attelle notre homme : r&#233;pression f&#233;roce du gouvernement Legu&#237;a, pas ou tr&#232;s peu de vie intellectuelle dans une universit&#233; amorphe, pas de biblioth&#232;ques ni de statistiques de qualit&#233; permettant d'&#233;valuer la r&#233;alit&#233; sociale du pays. Il faut &#233;galement souligner la d&#233;sorganisation militante, en d&#233;pit des efforts des libertaires. Un jeune leader issu du mouvement pour la r&#233;forme de l'universit&#233; commence &#224; mobiliser la petite bourgeoisie et les couches les plus urbaines du prol&#233;tariat en pr&#234;chant quelque nationalisme socialisant et anti-imp&#233;rialiste : Victor Ra&#250;l Haya de la Torre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mari&#225;tegui se rapproche de cette &#233;toile montante p&#233;ruvienne ; lorsque celle-ci prend l'exil en 1924, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est charg&#233; de la r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;Claridad&lt;/i&gt;, initi&#233;e pour coordonner les diff&#233;rentes universit&#233;s populaires que tentent de cr&#233;er les militants syndicaux et politiques. Il travaille tant avec les anarcho-syndicalistes, farouchement oppos&#233;s &#224; toute action politique partisane &#8211; mais d&#233;di&#233;s &#224; l'&#233;ducation et l'organisation d'une contre-culture &#224; travers des centres ou des festivit&#233;s r&#233;guli&#232;res qu'organise la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re locale &#8211; qu'avec des couches radicalis&#233;es de la petite bourgeoisie nationale. Il collabore par ailleurs &#224; deux revues dans lesquelles il publie r&#233;guli&#232;rement des articles, r&#233;unis en 1925 en un premier livre : &lt;i&gt;La Escena contemporanea&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;fugi&#233; au Mexique r&#233;volutionnaire, Haya de la Torre fonde en 1924, sur le mod&#232;le du Kuomintang chinois, l'Alliance populaire r&#233;volutionnaire am&#233;ricaine afin d'unifier &#224; l'&#233;chelle du continent la lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Mari&#225;tegui en devient membre &#8211; et c'est pour participer, aux niveaux th&#233;orique et culturel, &#224; l'effort d'&#233;nonciation d'une politique de rupture qu'il lance, un an plus tard, une maison d'&#233;dition puis, en 1926, le p&#233;riodique Amauta. Il &#233;crit dans le premier num&#233;ro : &#171; L'objet de la revue est de poser, &#233;clairer et conna&#238;tre les probl&#232;mes p&#233;ruviens &#224; partir de points de vue doctrinaires et scientifiques. Mais nous consid&#233;rerons toujours le P&#233;rou dans le panorama mondial. Nous &#233;tudierons tous les grands mouvements de r&#233;novation politiques, philosophiques, artistiques, litt&#233;raires, scientifiques. Tout l'humain est n&#244;tre. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comme il l'annonce dans le m&#234;me texte, la revue n'entend pas ouvrir ses colonnes &#224; toutes les opinions : &#171; [Amauta] produira ou pr&#233;cipitera un ph&#233;nom&#232;ne de polarisation et de concentration. &#187; Il est explicitement question de mettre &#224; disposition, de distribuer des informations, des prises de position, des textes tant sur le P&#233;rou que sur d'autres pays. Seront ainsi publi&#233;s, pour la premi&#232;re fois dans ce pays de l'ouest de l'Am&#233;rique du Sud, des textes d'Andr&#233; Breton, Maxime Gorki, Marx, L&#233;nine, Freud, Rosa Luxemburg, Romain Rolland, Ernst Toller ou L&#233;on Trotski. Le r&#244;le de diffusion et de publication de textes tant politiques que litt&#233;raires n'est pas neutre : il s'agit de rattraper le retard culturel p&#233;ruvien tout en cr&#233;ant un espace pour le d&#233;bat et la formation politique. Fondamentalement, l'imp&#233;ratif est de se doter des armes n&#233;cessaires &#224; la critique pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; politique et &#233;conomique. On retrouve ici l'effort de Mari&#225;tegui, entre son retour et sa mort, essentiellement organis&#233; autour de deux axes : penser de mani&#232;re dialectique, dynamique, marxiste, la situation du P&#233;rou (l'ancrage temporel, mat&#233;riel, id&#233;ologique, etc.) en relation avec les mouvements de la politique et de l'&#233;conomie mondiale. C'est ce que le sociologue &#233;cosocialiste Michael L&#246;wy a appel&#233; une &#171; synth&#232;se dialectique entre l'universel et le particulier, l'international et l'Am&#233;rique latine &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une clarification politique s'op&#232;re alors, contre la volont&#233; de Mari&#225;tegui et du fait d'Haya de la Torre, qui transforme l'APRA en parti politique interclassiste sous h&#233;g&#233;monie petite-bourgeoise, le poussant ainsi &#224; rompre avec le mouvement pour former un Parti r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire un parti ouvrier et paysan. C'est ainsi que na&#238;t le Parti socialiste p&#233;ruvien en octobre 1928, dont il est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Aussit&#244;t, le PSP demande son affiliation &#224; la Troisi&#232;me Internationale, en coh&#233;rence avec son internationalisme affich&#233; et la dimension marxiste de son programme. La rupture avec l'APRA s'affiche en parall&#232;le de l'effacement progressif des anarcho-syndicalistes, par trop r&#233;tifs &#224; la lutte politique. Mari&#225;tegui et son groupe vont s'engouffrer dans la br&#232;che afin de proposer leur strat&#233;gie de massification : lancement du quotidien &lt;i&gt;Labor&lt;/i&gt;, extension d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, adress&#233; aux ouvriers et paysans pour rendre compte de leurs luttes ; cr&#233;ation, le 17 mai 1929, de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des travailleurs du P&#233;rou &#8211; un an plus tard, elle comptera pr&#232;s de 58 000 travailleurs industriels et environ 30 000 Indiens dans la f&#233;d&#233;ration indig&#232;ne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Socialisme indo-am&#233;ricain et communisme inca&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les pages d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt; vont &#234;tre le r&#233;ceptacle d'une s&#233;rie d'articles mettant au centre de l'attention la question indienne, en 1926&#8211;1927. Ils forment le c&#339;ur des deux premiers chapitres des &lt;i&gt;Sept Essais d'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;magnum opus&lt;/i&gt; de Mari&#225;tegui, qui para&#238;t en 1928. Car l'originalit&#233; du penseur n'est pas &#224; rechercher dans son &#233;nergie militante ni m&#234;me dans la particularit&#233; de son parcours &#8211; d'autres ont &#233;t&#233; aussi d&#233;vou&#233;s, ou sont partis de plus bas &#8211; ; elle se trouve dans sa position face &#224; la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne et la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire qui doit y &#234;tre organis&#233;e. Parti du P&#233;rou, son approche du marxisme n'est pas seulement d&#233;termin&#233;e par le contexte antipositiviste et anti-&#233;conomiciste h&#233;rit&#233; de son passage en Italie ; elle se d&#233;finit aussi par rapport &#224; une position g&#233;ographique, un positionnement dans le syst&#232;me-monde capitaliste o&#249; l'insertion des p&#233;riph&#233;ries se fait &#224; l'avantage exclusif des puissances centrales (les marges &#233;tant confin&#233;es &#224; un r&#244;le de colonie, de fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res). C'est la situation de d&#233;pendance structurelle du P&#233;rou au sein du capitalisme mondial qui doit &#234;tre le point de d&#233;part de l'analyse, mais cela seulement en assimilant &#233;galement les caract&#233;ristiques nationales h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, puis de la Colonie, et enfin de la R&#233;publique oligarchique. Il s'agit d'embrasser les diverses temporalit&#233;s des institutions r&#233;gissant la soci&#233;t&#233; p&#233;ruvienne au profit d'une classe de propri&#233;taires terriens f&#233;odaux et de bourgeois &#224; la solde des puissances imp&#233;rialistes, mais aussi les diverses temporalit&#233;s des luttes. Ce n'est pas chose ais&#233;e, et cela n'est possible que parce que Mari&#225;tegui prend r&#233;solument le parti de d&#233;marrer des faits, de les lire de mani&#232;re critique sans toutefois verser dans le dogmatisme. &#171; Le socialisme n'est pas [&#8230;] une doctrine indo-am&#233;ricaine. Mais aucune doctrine, aucun syst&#232;me contemporain ne l'est ni ne peut l'&#234;tre. Et le socialisme, bien qu'il soit n&#233; en Europe, comme le capitalisme, n'est pour autant ni sp&#233;cifiquement ni particuli&#232;rement europ&#233;en. C'est un mouvement mondial, auquel ne se soustrait aucun des pays qui se meuvent dans l'orbite de la civilisation occidentale. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le socialisme, et le marxisme en particulier, doivent &#234;tre recr&#233;&#233;s, renouvel&#233;s &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle on pr&#233;tend l'appliquer. C'est pour cette raison que Mari&#225;tegui accorde dans son &#339;uvre une place aussi centrale &#224; la question des Indiens comme &#224; celle de la terre. H&#233;riti&#232;res de cinq cents ans de lutte, les communaut&#233;s incas ont su pr&#233;server leur organisation fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune de la terre et l'organisation collective du travail. Le &#171; communisme inca &#187; dont parle Mari&#225;tegui est donc ancr&#233; dans les racines profondes du P&#233;rou contemporain, survivance de cinq si&#232;cles de r&#233;pression et de massacres. &#171; Le socialisme est pr&#233;sent dans la tradition am&#233;ricaine. L'organisation communiste, primitive, la plus avanc&#233;e que l'Histoire ait connue est l'organisation inca. &#187; La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire de Mari&#225;tegui va alors consister &#224; organiser les masses indiennes et prol&#233;taires en vue d'un objectif unificateur : la constitution d'un P&#233;rou &#171; int&#233;gral &#187;, qui ne se construise pas sur les divisions h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, qui mette &#224; bas les murs &#233;rig&#233;s par des &#233;lites trop obnubil&#233;es par l'&#233;clat europ&#233;en pour voir la richesse de leur propre pays. C'est v&#233;ritablement un projet de nation r&#233;concili&#233;e, construisant &#224; partir de son pass&#233; le plus enracin&#233;, un ordre social juste pour le futur. &#171; Nous ne voulons certainement pas que le socialisme soit, en Am&#233;rique, calque et copie. Il doit &#234;tre cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. Voil&#224; une mission digne de la nouvelle g&#233;n&#233;ration &#187;, &#233;crit-il pour le texte comm&#233;morant les deux ans de la revue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sa position entre en franche contradiction avec la direction stalinienne promue par la Troisi&#232;me Internationale : lorsqu'il meurt, en 1930, sa doctrine est rejet&#233;e au profit de la ligne isolationniste d&#233;cid&#233;e &#224; Moscou pour tous les partis communistes. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui va &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; populiste &#187; et les relents de &#171; mariateguisme &#187; tax&#233;s de &#171; d&#233;viations &#187; jusque dans les ann&#233;es 1950. La d&#233;marche de Mari&#225;tegui et ses &#233;crits n'en vont pas moins refaire surface une d&#233;cennie plus tard. Pas seulement gr&#226;ce au renouveau th&#233;orique que produit la r&#233;volution cubaine, mais aussi du fait de la richesse de son &#339;uvre, o&#249; pratique politique et production th&#233;orique se combinent dans une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire englobante. Son h&#233;ritage est, entre autres, revendiqu&#233; par les penseurs d&#233;coloniaux, qui se r&#233;clament d'un savoir qui ne soit plus eurocentriste et s'affranchisse de toute colonialit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui est pr&#233;curseur autant que passeur, et c'est dans cet intervalle, comme organisateur et intellectuel, qu'il s'avance comme exemple. Ses camarades de la CGTP lui font ainsi, &#224; sa mort, le plus brillant des hommages : &#171; Mari&#225;tegui est un des hommes de nos rangs. Il y a milit&#233; avec la plus grande abn&#233;gation. Il est venu &#224; notre classe, libre de toute compromission, de tout lien avec la classe qu'il a combattue. Ni journaliste de journal bourgeois ni membre de l'Universit&#233;, Mari&#225;tegui est et restera un intellectuel prol&#233;taire. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean GANESH&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site Ballast.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill_de_der.jpg?1777755962' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site Ballast.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Digression sur l'inactuel</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1171</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1171</guid>
		<dc:date>2026-05-18T07:59:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique111" rel="directory"&gt;Digressions...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L416xH241/ill._tete__digressions-41-4f826.jpg?1779091201' width='416' height='241' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/digression_sur_l_inactuel_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 880.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte &#224; &#234;tre au bord du d&#233;gueulis. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour s'informer, il y a l'expertise, c'est-&#224;-dire des types qui ne savent rien, sauf roter de plaisir &#224; l'id&#233;e de pouvoir jacter sur BFM ou France-Info. C'est bon, pensent-ils, pour leur carri&#232;re d'ignorants dipl&#244;m&#233;s. Pauvres types ! Ils passeront comme passent les modes, et par les temps qui courent, &#231;a passe&lt;br class='autobr' /&gt;
vite. Vu ce qu'est devenu aujourd'hui le paysage audiovisuel, un &#233;gout informationnel, ils y sont &#224; leur place pour tenir le manche et la cogn&#233;e, tout ensemble, et taper comme des sourds sur ce qui branle encore, l'id&#233;e qu'un autre monde est toujours possible, contre eux et leurs jugements merdeux. Ils sont pour Netanyahu quand les Palestiniens agonisent sous ses coups de boutoir, contre M&#233;lenchon et sa bande quand ils s'insoumettent &#224; leurs diktats, pour Trump quand il kidnappe &#224; la sauvage Maduro, bombarde l'Iran, dit tout et son contraire dans l'instant m&#234;me o&#249; il ouvre sa grande gueule. Ce sont des singes hurleurs gagn&#233;s &#224; l'ordre imp&#233;rialiste made in USA, incapables de penser autre chose que ce que, par IA interpos&#233;e, l'ordre dominant leur souffle. Des conneries que, cons eux-m&#234;mes, ils sont incapables de d&#233;coder. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voil&#224;, le pr&#233;sent, c'est &#231;a : un &#233;vident triomphe de la m&#233;diocrit&#233; globale et un glissement progressif de la caste dominante vers une extr&#234;me droite qui se frotte d&#233;j&#224; les mains &#224; l'id&#233;e d'en &#234;tre bient&#244;t l'invit&#233; permanent. Alors, dans un tel climat, s'informer est un cauchemar, sauf &#224; se nourrir l'esprit ailleurs, notamment sur les m&#233;dias de contre-information ind&#233;pendants. Ils progressent, et c'est d&#233;j&#224; bien. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Partant de l&#224;, de ce constat accablant, l'id&#233;e serait d'en sortir en faisant un pas de c&#244;t&#233; pour op&#233;rer une sorte de retour sur soi en r&#233;habitant, le temps d'un instant, un monde imaginaire habitable. L'id&#233;e m'est venue, un matin de d&#233;but de printemps o&#249; la douceur de l'air attisait une sensation de bien-&#234;tre, de hors-temps. Il faut, cela dit, aller plus loin dans l'explication. J'y vais. Il m'arrive de fr&#233;quenter un square tranquille de mon quartier. J'y suis toujours accompagn&#233; d'un livre, un livre que je choisis m&#233;ticuleusement dans ma biblioth&#232;que avec la certitude que c'est assur&#233;ment celui-ci, et pas un autre, qui me conviendra en cette matin&#233;e pr&#233;cise que je d&#233;cris. Qu'on le sache, la t&#226;che n'est pas ais&#233;e. Il faut qu'elle s'accorde &#224; l'&#233;tat d'esprit du jour, au temps qu'il fait, aux r&#234;ves ou cauchemars qui ont peupl&#233; ma nuit pr&#233;c&#233;dente. Ma biblioth&#232;que est vaste. Les humeurs qu'elle rec&#232;le s'y r&#233;v&#232;lent contradictoires, parfois antinomiques. D'o&#249; ma difficult&#233; &#224; m'accorder sur tel livre plut&#244;t que sur tel autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ce moment pr&#233;cis du choix, le besoin d'inactualit&#233; est souvent primordial. Car il faut savoir s'abstraire de son temps, r&#233;emprunter d'anciennes sentes pour d&#233;cloisonner son esprit des pesanteurs accablantes d'un trop-pr&#233;sent d&#233;vorant. On dira que c'est une pr&#233;occupation de vieux. Je m'en fous d'autant que je suis convaincu, et depuis longtemps pour ce qui me concerne, que le pr&#233;sentisme est une cl&#244;ture qui ignore le temps long, complexe et contradictoire de l'histoire, son pass&#233; donc, pour n'en retenir au mieux, que quelques vrais ou faux rem&#232;des apparemment n&#233;cessaires &#224; apaiser provisoirement des consciences par trop livr&#233;es au zapping g&#233;n&#233;ralis&#233; d'un pr&#233;sent sans pr&#233;sence et priv&#233; de tout horizon d'attente. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ce jour, le choix fut difficile avant de devenir &#233;vident. Comme &#231;a, soudainement. J'avais besoin d'un livre d'Henri Calet. Pour cheminer un temps avec ses solitudes de moraliste . Et plus pr&#233;cis&#233;ment, de &lt;i&gt;Contre l'oubli&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; en 1948, chronique d'une fin de guerre r&#233;alis&#233;e pour &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Terre des hommes&lt;/i&gt; entre 1944 et 1948, en ce moment o&#249; le soleil de la victoire crevait &#224; peine le brouillard des chagrins. &#192; le relire aujourd'hui, ce livre, on est saisi par son humanit&#233; profonde. Il est toujours &#224; hauteur d'homme, c'est-&#224;-dire de peine. La marque de Calet, c'est d'abord une mani&#232;re d'accrocher le d&#233;tail qui manque et navre. Pour avoir quelque chance de se sauver du naufrage sans croire &#224; l'homme majuscule. Un mod&#232;le d'&#233;crivain non-chr&#233;tien, mal pensant, en somme, sans opinion sur l'au-del&#224;, anarchiste existentiel convaincu que l'existence est le contraire de l'existentialisme, comme l'humain serait le contraire de l'humanisme. C'est pourquoi il &#233;crit comme il est : &#171; &#224; ras d'homme &#187;, dira-t-il dans &lt;i&gt;Peau d'ours&lt;/i&gt;. Sans chercher jamais &#224; le magnifier, &#224; l'id&#233;aliser. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans un des textes de ce recueil &#8211; &#171; Les lois de l'hospitalit&#233; &#187; &#8211;, que les ignares gagn&#233;s &#224; &#171; l'id&#233;e &#187; d'un suppos&#233; &#171; grand remplacement &#187;, ne liront jamais, Calet revient sur la suspension ou le retrait des listes, en juillet 1940, par les autorit&#233;s de Vichy, de la plupart des demandes de naturalisation. Il est vrai, ajoute-t-il, que &#171; bien des choses ont, alors, &#233;t&#233; suspendues, la libert&#233; notamment &#187;, et se f&#233;licite de la r&#233;ouverture des dossiers, en 1945, par les nouvelles autorit&#233;s de ladite France Libre. &#171; Il y a une grande besogne &#224; accomplir &#8211; pr&#233;cise-t-il &#8211; mais on a quelques raisons de penser qu'elle sera &#233;court&#233;e consid&#233;rablement par la disparition de bon nombre d'imp&#233;trants. Il faudrait aller les chercher dans les fosses communes de l'Europe de l'Est. &#187; Du pur Calet. Comme sa conclusion : &#171; Maintenant, on ne parlera pas de morale, mais seulement d'int&#233;r&#234;t [&#8230;] : nous avons besoin d'une main-d'&#339;uvre du dehors. Cela est d&#233;montr&#233;. Il convient donc que la France ait au plus t&#244;t un statut l&#233;gislatif de l'&#233;tranger. On d&#233;sirerait que ce statut s'inspir&#226;t &lt;i&gt;simplement et g&#233;n&#233;reusement&lt;/i&gt; des lois de l'hospitalit&#233;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'autre point fort &#8211; &#233;blouissant &#8211; de ce recueil, c'est indiscutablement sa s&#233;rie de textes sur les &#171; survivants de Fresnes &#187;. Toute la mani&#232;re et le talent de Calet s'y confirment. Sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233; humainement historique s'y justifie totalement. Ici pas de v&#233;ritables h&#233;ros, juste des hommes et des femmes sans autre qualit&#233; que d'avoir voulu &#233;chapper, le plus souvent en vain, &#224; l'ignominie d'un temps de chasse &#224; l'homme. C'est &#224; traquer cette traque qu'il op&#232;re. Pour l'honneur des vaincus, mais sans emphase. Comme toujours puisque que c'est sa marque. Ind&#233;l&#233;bile. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Assis sur un banc de mon square de quartier, cette &#233;ni&#232;me lecture de Calet me fait soudain penser que son inactualit&#233; n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; sa force, celle qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne s'affirme que dans l'acte de r&#233;sistance &#224; l'oubli. Et ce faisant, je ne peux que constater que le r&#233;gime du pr&#233;sent perp&#233;tuel dans lequel nous vivons d&#233;sormais en &#233;tat d'urgence permanent instaure, de facto, un nouveau rapport au temps captif qu'il nous impose et dont on ne peut s'&#233;vader qu'en op&#233;rant un d&#233;centrement volontaire du regard, une sorte mise &#224; l'&#233;cart de l'&#233;tat d'enfermement dans lequel il nous maintient. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec la perspective illusoire de la &#171; fin de l'histoire &#187;, cette notion de &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, si propre &#224; notre basse &#233;poque, c'est &#224; n'en pas douter un capitalisme en voie de n&#233;o-lib&#233;ralisation mondialis&#233;e qui, dans les ann&#233;es 1990, apr&#232;s la chute de l'URSS et l'ouverture infinie du domaine du March&#233;, l'a impos&#233;e. Au forceps, &#224; marche forc&#233;e et avec les catastrophes sociales r&#233;p&#233;t&#233;es que l'on a v&#233;cues depuis. L'illusion a fait le reste, un gros reste, puisque l'adh&#233;sion &#224; cette vision du monde de l'illimitation a conquis bien des esprits d&#233;faillants, notamment dans une jeunesse qui a fini par troquer les anciens r&#234;ves &#233;mancipateurs de ses a&#238;n&#233;s contre une entr&#233;e dans le monde de la surconsommation sans cesse renouvel&#233;e de f&#233;tiches frelat&#233;s. Parall&#232;lement &#224; cela, le TINA de Thatcher a fait des &#233;mules un peu partout ; des pans entiers du contre-pouvoir ouvrier sont tomb&#233;s sans que cela &#233;meuve outre-mesure une social-d&#233;mocratie vite ralli&#233;e &#224; son programme. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Dans ce monde, le futur est au c&#339;ur du pr&#233;sent, comme int&#233;gr&#233; &#224; son omnipr&#233;sence o&#249;, toujours plus rapidement, le presque m&#234;me succ&#232;de au m&#234;me dans l'oubli assum&#233; du pass&#233; et de la conscience historique qu'il porte en lui. C'est cette perspective pr&#233;sentiste qu'il faut enrayer. Et pour cela, il faut puiser &#224; des traditions vivantes de r&#233;sistance. Dans ce domaine, l'id&#233;e benjaminienne, port&#233;e par les rebelles zapatistes du Chiapas depuis 1994, que l'histoire doit faire passerelle essentielle pour &#171; r&#233;tablir &#187;, comme le dit l'excellent J&#233;r&#244;me Baschet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Baschet, D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans un m&#234;me mouvement, &#171; m&#233;moire du pass&#233; &#187; et &#171; possibilit&#233; du futur &#187;. Quitte &#224; &#171; regarder en arri&#232;re pour avancer vers l'avant &#187; ou, plus paradoxalement encore, &#224; carr&#233;ment &#171; avancer vers l'arri&#232;re &#187; pour r&#233;sister au &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, comme le proclament les zapatistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous voil&#224; loin des foireux sermons d'une postmodernit&#233; exsangue dont le seul apport aura &#233;t&#233; de jeter les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation aux poubelles de l'histoire. Il est grand temps de les rouvrir. Pour rendre plus respirable notre atmosph&#232;re et cultiver nos anciennes m&#233;moires qui sont, comme disent les zapatistes, autant de combustibles pour pouvoir lutter et esp&#233;rer vaincre cet &#171; &#233;ternel pr&#233;sent &#187; mortif&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Baschet, &lt;i&gt;D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et futurs in&#233;dits&lt;/i&gt;, &#171; L'horizon des possibles &#187;, La D&#233;couverte, 320 p, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Citadelle de la honte</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1170</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1170</guid>
		<dc:date>2026-05-11T06:40:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO MALV&#201;SI Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p. Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable P&#233;age Sud (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [Recens&#233; ici]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L186xH300/ill_une-10-6f9db.jpg?1778243745' width='186' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;MALV&#201;SI&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/la_citadelle_de_la_honte_word_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 447.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [&lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article815.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Recens&#233; ici&lt;/a&gt;]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger nucl&#233;aire, rapport &#224; une usine narbonnaise et ses catastrophes humaines, sociales et environnementales. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Outre un style affirm&#233; indiscutable et reconnaissable, il y a chez S&#233;bastien Navarro une mani&#232;re particuli&#232;re de s'engager personnellement dans ses textes et ouvrages. En mouillant sa chemise au sens plein du terme. Par la mise en avant des contradictions, impasses, coups de c&#339;ur, col&#232;res, sursauts qui l'habitent. Une totale implication de son &#171; moi &#187;, en somme. Qu'on se rassure, cela dit, pas d'un &#171; moi &#187; auto-complaisant ou satisfait. Navarro est un inquiet par nature, qui sait se faire, quand la n&#233;cessit&#233; s'impose, inqui&#233;tant inqui&#233;teur. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Tout commence par une pr&#233;sentation du d&#233;j&#224; cit&#233; &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#171; Lucioles de la col&#232;re &#187;, un festival de la &#171; gauche radicale &#187; qui a pris ses habitudes sur un causse pel&#233; du Quercy. L'auteur y va parce qu'il faut bien y aller, cause &#233;ditoriale oblige et en militant, mais sans v&#233;ritable envie. Il s'est cogn&#233;, il est vrai, une longue route sous un cagnard de plomb et conna&#238;t assez bien, pour les avoir fr&#233;quent&#233;es, les ambiances pas toujours fraternelles des lieux alternatifs. L'auteur prend sur lui. Avant de d&#233;velopper son intervention sur l'offensive fluo, il patiente en consultant des d&#233;pliants divers et vari&#233;s, parmi lesquels une brochure &#233;l&#233;gante dont un pictogramme symbolise &#171; une famille rassembl&#233;e sous un immense parapluie color&#233;. Tout en bas &#224; droite, le tr&#232;fle radioactif ench&#226;ss&#233; dans un triangle dont les trois angles sont surlign&#233;s des mentions : &#8220;Areva, Malv&#233;si, Danger&#8221; &#187;. Assez pour que, de loin, sa m&#233;moire s'avive sur cette putain d'usine de Malv&#233;si, mais surtout pour que remonte en lui le souvenir vivace de Nadejda, qui, quelques ann&#233;es plus t&#244;t tenta, malgr&#233; ses r&#233;serves vis-&#224;-vis des &#233;cologistes plan-plan, de l'y impliquer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Par les temps de catastrophes r&#233;p&#233;t&#233;es que nous vivons, et qui finissent toutes par devenir presque &#171; naturelles &#187;, aux dires d'une expertise dominante aussi ignare que galonn&#233;e, il est possible, voire probable, que nos souvenirs ou nos savoirs se soient all&#233;g&#233;s du poids de malheur que repr&#233;senta pour Narbonne et le Minervois l'installation, datant de la fin des ann&#233;es 1950, montant en puissance dans les ann&#233;es 1960-1980 et s'&#233;tendant au d&#233;but des ann&#233;es 2000, de l'usine Orano-Malv&#233;si (Areva-Malv&#233;si apr&#232;s 2018), dont la sp&#233;cialit&#233; est de &#171; purifier &#187; l'uranium pour la fili&#232;re nucl&#233;aire fran&#231;aise, civile et militaire, mais aussi pour des centrales europ&#233;ennes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ainsi que, par une sorte de t&#233;lescopage de m&#233;moire, le Gilet jaune assum&#233; Navarro se persuade de l'intime n&#233;cessit&#233; de revenir sur cette putain d'usine et les ravages environnementaux et humains qu'elle occasionne depuis belle lurette. Partant de l&#224;, la nuit m&#234;me de cette pr&#233;sentation de &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, le narrateur prend la route vers l'oppidum de Montlaur&#232;s qui domine cette usine, celle o&#249;, en d'autres temps, Nadejda avait souhait&#233; qu'il l'accompagn&#226;t. Juste pour voir et comprendre, disait-elle, l'ampleur du dispositif mis en place par les nucl&#233;aristes et le pouvoir. Dans la t&#234;te de l'auteur, un livre-enqu&#234;te se dessinait d&#233;j&#224;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est &#224; partir d'un carnet de Nadejda intitul&#233; &#171; MALVESI &#187; et o&#249; figure une liste de &#171; personnes &#224; contacter &#187; que l'enqu&#234;teur improvis&#233; commence &#224; tirer des fils. Pour une entr&#233;e en mati&#232;re, on peut dire qu'il tombe sur le bon t&#233;moin : Andr&#233;, natif de Carcassonne, docteur en biologie v&#233;g&#233;tale et ancien directeur de recherche en sciences de l'environnement &#224; l'INRA. Retrait&#233;, il habite &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Narbonne. Il conna&#238;t l'histoire de Malv&#233;si depuis ses origines sur le bout des doigts. Elle est pour le moins sal&#233;e : 500 000 tonnes d'uranium ont &#233;t&#233; transform&#233;es et purifi&#233;es depuis la cr&#233;ation du site et un million de tonnes d'acide nitrique concentr&#233; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour ce faire. On retrouve de l'uranium tout autour de Malv&#233;si, ponctue Andr&#233;, mais aussi du protoxyde d'azote, toutes les rivi&#232;res sont pollu&#233;es aux alentours et Narbonne d&#233;tient le record des taux de cancer du poumon en Occitanie. Viva la vida !
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
La force d'&#233;nonciation du &lt;i&gt;Malv&#233;si&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Navarro tient pour beaucoup &#224; la forme d'&#233;criture qu'il a trouv&#233;e &#8211; et qui, au fond, quel que soit le th&#232;me trait&#233;, est presque naturellement la sienne. Nous sommes l&#224; dans une enqu&#234;te faisant polar noir &#233;cologico-m&#233;taphysico-politique. Comme le bonhomme, qui est un savant expert dans ce genre de litt&#233;rature, conna&#238;t bien ses r&#232;gles et ses meilleurs auteurs &#8211; Manchette, notamment &#8211;, il en tire la substantifique moelle pour s'exposer, comme sujet actif d'une enqu&#234;te o&#249;, de d&#233;couverte en d&#233;couverte, il mesure l'&#233;normit&#233; d'une authentique catastrophe humaine, mais aussi, et c'est douloureux, le poids de remords li&#233; &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle il l'avait appr&#233;hend&#233;e du temps o&#249; Nadejda cherchait son soutien et son implication. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est sans doute au croisement des r&#233;voltes et des douleurs qu'elles g&#233;n&#232;rent qu'il faut chercher le ressort de cette qu&#234;te &#233;perdue de v&#233;rit&#233; concr&#232;te et de cette imp&#233;rative n&#233;cessit&#233; de retrouver des t&#233;moins. L'ardeur &#224; la t&#226;che que l'enqu&#234;teur Navarro y met en atteste. Apr&#232;s Andr&#233;, ce sera Herv&#233;, ing&#233;nieur et prof militant &#224; &#171; Sortir du nucl&#233;aire &#187; ; Michel, un travailleur d'Orano-Malv&#233;si, m&#233;cano de son m&#233;tier qui ressentit, &#224; trente-deux ans, le premier sympt&#244;me &#8211; la fatigue &#8211; d'une leuc&#233;mie lympho&#239;de reconnue maladie professionnelle dix ans apr&#232;s et dont il souffre toujours ; des membres de &#171; Transparence des canaux de la Narbonnaise &#187; (TCNA) qui lui donnent l'impression d'&#234;tre enferr&#233;s dans une strat&#233;gie de &#171; dramatisation sans issue &#187; ; Jo&#235;l, un menuisier natif de Narbonne et d&#233;cid&#233; &#224; y rester malgr&#233; son taux d'urine glyphosat&#233;, menuisier et ex-faucheur-volontaire, s'inscrivant dans toutes les luttes contre le Monstre depuis qu'il a vu la digue c&#233;der et d&#233;gueuler toutes ses saloperies sur le jardin de ses amis ; ou encore Ghislaine, install&#233;e malgr&#233; elle en zone Seveso depuis 1999, d&#233;couvrant que les charmantes collines au loin ne sont en r&#233;alit&#233; que des tas de d&#233;chets, t&#233;moin de la m&#234;me catastrophe que Jo&#235;l, et d&#233;cid&#233;e tout autant que lui &#224; ne pas d&#233;serter. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Parmi ces t&#233;moins, Maryse, elle, est un cas hors norme &#8211; &#171; une militante de gauche &#233;colo et antinucl&#233;aire qui phosphorait avec l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#187;, &#233;crit le narrateur. Et, pour le coup, tout le prouve : docteur en physique nucl&#233;aire, la dame, adh&#233;rente &#224; diverses assos &#233;colos, a suivi de tr&#232;s pr&#232;s, en professionnelle qu'elle &#233;tait, la catastrophe de l'usine chimique AZF &#224; Toulouse qui, en 2001, a fait 31 morts et 2 500 bless&#233;s ; en 2019, c'est une quantit&#233; incroyable de chlore qui a failli sauter &#224; la gueule des Rouennais (et au-del&#224;), cons&#233;quence de l'incendie de Lubrizol, usine am&#233;ricaine de lubrifiant automobile de La Grande Paroisse, o&#249; pr&#232;s de 10 000 tonnes de produits chimiques sont parties en fum&#233;es toxiques. Le c&#244;t&#233; paradoxal, pour ne pas dire contradictoire, du personnage de Maryse est touchant. Sa mani&#232;re d'&#234;tre dedans, en travaillant indirectement pour l'industrie nucl&#233;aire, et dehors, en manifestant un soutien, m&#234;me critique, aux militants antinucl&#233;aires locaux la rend globalement insaisissable. En fin de compte, d'une certaine mani&#232;re, elle choisira son camp, si l'on peut dire, en acceptant une proposition du pr&#233;fet de l'Aude de copr&#233;sider un &#171; comit&#233; de suivi des rejets &#187;. Se targuant du soutien de militants antinucl&#233;aires locaux partisans du moindre mal, Maryse a accept&#233; la mission. Quant &#224; se demander, comme le fait le narrateur, si Maryse fut au moins effleur&#233;e par l'id&#233;e que cette proposition politique pouvait relever d'un pi&#232;ge tendu par la firme en gonflant son &#171; capital probit&#233; &#187;, on ne le saura pas. Il est probable cependant que, dans sa communication, Orano-Malv&#233;si a d&#251; se targuer souvent de compter dans ses rangs, comme l'&#233;crit l'auteur, &#171; une scientifique chevronn&#233;e et de surcro&#238;t militante notoirement antinucl&#233;aire &#187;. Telle est l'ampleur des contradictions au sein du peuple. Navarro ne les juge pas, mais il les prend dans les gencives et continue de tourner en rond. &#171; La Citadelle se foutait des col&#232;res et des peurs populaires, &#233;crit-il, c'&#233;tait une grasse douairi&#232;re qui savait son cul ind&#233;tr&#244;nable. &#187; Il y a de cela. La Citadelle animait les controverses en les nourrissant. Une copine plut&#244;t rabrouante, Mona, lui remonte les bretelles : il ne faut pas l&#226;cher, et encore moins quand on a &#233;t&#233; Gilet jaune et occupant de ronds-points. Et de pr&#233;ciser : &#171; La guerre contre le nucl&#233;aire, elle n'est ni de position ni technique. Elle est sociale. &#187; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Navarro nous donne &#224; voir le nucl&#233;aire dans la r&#233;alit&#233; du bourbier quotidien qu'il est. Pro ou anti, le nucl&#233;aire est l&#224; pour un bout de temps, sans solution pour traiter ses d&#233;chets aussi nocifs que durables, ni protocole cr&#233;dible des ing&#233;nieux ing&#233;nieurs pour d&#233;manteler les centrales, m&#234;me trop vieilles &#8211; nous rappelant que &#171; quarante ans apr&#232;s son arr&#234;t, la centrale de Brennilis dans les monts d'Arr&#233;e n'&#233;tait toujours pas d&#233;mantel&#233;e &#187;. &lt;br/
&lt;br/&gt;
Loin des luttes qui s'attaquent spectaculairement aux imposantes centrales avec leur panache de fum&#233;e blanche, &#224; ces petits bijoux techniques de production d'une &#233;nergie d&#233;sormais class&#233;e comme &#171; verte &#187;, ou &#224; la giga-promesse d'enfouissement des d&#233;chets &#224; Bure, l'enqu&#234;teur Navarro d&#233;cale la focale, nous invitant &#224; regarder la for&#234;t et pas seulement l'arbre qui la cache. Malv&#233;si n'est qu'un maillon. Pas une centrale, une usine de retraitement de l'uranium. Et le d&#233;sastre est tout autant ici que l&#224;. &#192; chaque fois que les pollutions ne peuvent plus &#234;tre tues, une nouvelle &#171; solution &#187; ajoute son lot de destruction du pays, de l'eau, du pinard &#8211; longtemps, Malv&#233;si fut le nom d'un domaine viticole &#8211;, de nos corps. &lt;br/
&lt;br/&gt;
L'enqu&#234;te offre aussi en creux une r&#233;flexion sur nos militances : marqu&#233; profond&#233;ment par le vent frais des Gilets jaunes, et pas pr&#234;t &#224; renoncer &#224; ce qui s'y est propos&#233;, c'est avec ce regard qu'il interroge les luttes et dresse ce portrait des oppositions &#224; l'usine. De Nadejda avec sa verve &#233;colo &#224; Ghislaine et le collectif COL.E.R.E &#8211; sigle anarchiquement ponctu&#233; pour signifier Collectif pour l'environnement des riverains &#233;lysiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, de Jo&#235;l et les collectifs d'habitants aux c&#233;g&#233;tistes attach&#233;s aux questions de l'emploi, des lanceurs d'alerte solitaire, experts &#232;s-nuk' ou sant&#233;, aux collectifs r&#233;sign&#233;s s'attachant &#224; la gestion des catastrophes, des tenants des n&#233;gociateurs du oui-mais aux plus radicaux. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#192; la fois mordante et fraternelle, ac&#233;r&#233;e et a&#233;rienne, gouailleuse et stylis&#233;e, la plume de l'ami S&#233;bastien Navarro s'applique &#224; nous faire toucher du regard ce que l'horreur nucl&#233;ariste nous dit de notre &#233;poque, mais aussi de nos l&#226;chet&#233;s, de nos craintes, de nos &#233;garements et de nos col&#232;res infinies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient un peuple vivant &#224; l'&#226;ge du fer entre Cap d'Agde et Leucate, pratiquant l'agriculture et la p&#234;che et commer&#231;ant avec les Ph&#233;niciens, les &#201;trusques et d'autres peuples italiques. Vivant dans des oppida, petites cit&#233;s perch&#233;es, leur capitale &#233;tait l'oppidum de Montlaur&#232;s, si cher &#224; l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage &#224; Jean-Marc Raynaud</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1169</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1169</guid>
		<dc:date>2026-05-11T06:39:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Je viens d'apprendre avec beaucoup de retard le d&#233;c&#232;s de Jean-Marc Raynaud. C'&#233;tait une figure de la F&#233;d&#233;ration anarchiste avec qui il &#233;tait joyeux de partager des moules &#224; l'esclade, de picoler plus que de raison, de d&#233;conner en se coiffant d'un vieux k&#233;pi d'adjudant. Jean-Marc, c'&#233;tait un anar &#224; l'ancienne, un fid&#232;le de Maurice Joyeux, un ath&#233;e anticl&#233;rical au parfum de Troisi&#232;me R&#233;publique. On a beaucoup dit qu'il avait mauvais caract&#232;re. En fait, il avait simplement du caract&#232;re. Pas le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/ill__une-23.jpg?1778235043' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2814 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/hommage_a_jmf_debry-fg_word.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 432.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je viens d'apprendre avec beaucoup de retard le d&#233;c&#232;s de Jean-Marc Raynaud. C'&#233;tait une figure de la F&#233;d&#233;ration anarchiste avec qui il &#233;tait joyeux de partager des moules &#224; l'esclade, de picoler plus que de raison, de d&#233;conner en se coiffant d'un vieux k&#233;pi d'adjudant. Jean-Marc, c'&#233;tait un anar &#224; l'ancienne, un fid&#232;le de Maurice Joyeux, un ath&#233;e anticl&#233;rical au parfum de Troisi&#232;me R&#233;publique. On a beaucoup dit qu'il avait mauvais caract&#232;re. En fait, il avait simplement du caract&#232;re. Pas le genre &#224; minauder, &#224; jouer de la s&#233;duction. Oui, il avait du caract&#232;re, le bougon, souvent une mine renfrogn&#233;e et aucune complaisance. C'&#233;tait, comme on dit, un caract&#232;re entier qui cachait sa tendresse, trop fragile, derri&#232;re des r&#233;actions parfois caricaturales pour se prot&#233;ger. Il a courageusement publi&#233; le t&#233;moignage d'un universitaire alg&#233;rien qui avait fui la terreur islamiste, ce qui lui valut bien des d&#233;boires dans un certain milieu qui refusait de critiquer l'islam parce que c'&#233;tait &#171; la religion de l'opprim&#233; &#187;. Ni dieu ni ma&#238;tre sans condition de race, de lieu et d'histoire. Les &#201;ditions libertaires qu'il a anim&#233;es, pour ne pas dire tenues &#224; bout de bras (lapsus de dyslexique, j'ai &#233;crit &#171; bar &#187;), &#233;taient &#224; son image, intransigeantes avec les religions, fid&#232;le en amiti&#233; comme l'atteste sa relation avec Benoist Rey et d&#233;sint&#233;ress&#233;e comme celle qu'il maintint avec &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; en cr&#233;ant la collection du m&#234;me nom. S'il avait un c&#244;t&#233; brouillon &#8211; ce qu'on lui a souvent reproch&#233; &#8211;, on ne peut pas lui faire grief d'avoir &#233;t&#233; complaisant, d'avoir cherch&#233; le succ&#232;s et la reconnaissance. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La derni&#232;re fois que je l'ai vu, c'&#233;tait &#224; Paris &#224; l'occasion d'un salon du livre libertaire. Il &#233;tait coiff&#233; d'un b&#233;ret basque, marque de solidarit&#233; &#224; sa fa&#231;on avec les victimes de la r&#233;pression qui frappait alors les militants et sympathisants r&#233;sistants au franquisme de l'ETA. Avec sa grimace refusant le sourire niais et avec, dans son regard, ce m&#233;lange de tendresse triste et d'ironie amus&#233;e, moi avec ma casquette, assis &#224; la terrasse d'un resto, nous faisions si couleur locale d'un autre temps qu'une touriste am&#233;ricaine nous photographia sans vergogne, ce qui nous amusa bien quand ce genre de vulgarit&#233; aurait d&#251; nous faire bondir. On s'est content&#233; de vider notre bouteille. En ce temps-l&#224;, j'&#233;tais encore jeune et fringant et je ne me limitais pas encore. Lui, il ne l&#226;cha rien sur la bouteille. Il tint le plus longtemps qu'il put, fier et provocateur. &#192; bas les cur&#233;s de la nouvelle gauche, &#224; bas la calotte, vive l'anarchie, nom de Dieu, soutien aux viticulteurs, tous bourr&#233;s d&#232;s neuf heures. Tu as bien rempli ta vie, Jean-Marc, tu es parti la t&#234;te haute. Chapeau bas et que ceux qui restent retroussent leurs manches, sacr&#233; voyou au grand c&#339;ur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Triste versant du privil&#232;ge de l'&#226;ge que ces tristes nouvelles qui, presque chaque semaine, annoncent la disparition d'un rire ami, d'une col&#232;re non feinte, d'un courageux zigoto comme, &#224; l'&#233;poque de notre jeunesse, le landerneau libertaire en comptait tant, pour le meilleur et parfois pour le pire. Ils n'&#233;taient pas des saints, pour s&#251;r, mais, jusque dans leurs exc&#232;s, ils &#233;taient g&#233;n&#233;reux et col&#233;riques, tendres et maladroits, intransigeants et affectueux, sans concession et compr&#233;hensifs, de sacr&#233;s gaillards en v&#233;rit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Merci &#224; toi Jean-Marc, pour tout ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En contemplant ma biblioth&#232;que, j'aurai toujours l'image de ton regard p&#233;tillant derri&#232;re le masque du mec qui ne l&#226;che rien de ses passions de jeunesse. Je vais relire Les &#201;gorgeurs et Le cur&#233; Meslier, et bien s&#251;r les livres de la collection &#171; &#192; contretemps &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Salut et fraternit&#233; ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean-Luc DEBRY&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/ill__tulipe-6f242.jpg?1778235212' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Post-scriptum &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est en 2009 que Jean-Marc Raynaud nous proposa de reprendre en format livre et sous le label des &#201;ditions libertaires &#8211; dont il fut le principal artisan &#8211; des num&#233;ros th&#233;matiques de la revue &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;, alors &#233;dit&#233;e au format papier. &#171; Il m&#233;ritent bien &#231;a ! &#187;, nous avait-il simplement &#233;crit. &#192; vrai dire, cette offre g&#233;n&#233;reuse nous laissa d'autant plus pantois que Jean-Marc nous laissait par ailleurs toute libert&#233; de choix et de d&#233;cision dans la conception de la maquette et de la mise en page, t&#226;che dont se chargea David Doillon. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est dans le cadre de cette fraternelle collaboration que parurent, aux &#201;ditions libertaires, &lt;i&gt;D'une Espagne rouge et noire : entretiens avec Diego Abad de Santill&#225;n, F&#233;lix Carrasquer, Juan Garc&#237;a Oliver et Jos&#233; Peirats&lt;/i&gt;, 236 p., 2009, puis &lt;i&gt;L'&#201;criture et la vie. Trois &#233;crivains de l'&#233;veil libertaire : Stig Dagerman, Georges Navel, Armand Robin&lt;/i&gt;, 334 p., 2011. Enfin, en co&#233;dition cette fois entre Les &#201;ditions libertaires et Nada, &lt;i&gt;Rudolf Rocker ou la libert&#233; par en bas&lt;/i&gt;, 2014, 274 p. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Bien des choses ont &#233;t&#233; dites, et m&#234;me &#233;crites, &#224; propos de Jean-Marc Raynaud, de son mauvais caract&#232;re, de ses prises de position et m&#234;me de sa passion pour l'ivresse. Nous, le souvenir qu'il nous en reste, c'est surtout celui d'un compagnon des bons et des mauvais jours toujours pr&#234;t &#224; tendre la main. En anarchiste, c'est-&#224;-dire sans accepter qu'on lui crache dedans. D'o&#249; sa r&#233;putation d'hypocondriaque qui ne le g&#234;nait pas outre mesure, car il savait bien que &#171; les braves gens n'aiment pas que&#8230; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De tout c&#339;ur, dans cette &#233;preuve, avec Thyde, sa compagne, et Bertille, sa fille. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour le collectif &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;,&lt;br/&gt;
Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Landauer, philosophe</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1168</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1168</guid>
		<dc:date>2026-05-04T07:05:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187; Gustav Landauer Scepticisme et mystique (1903) &#9632; GUSTAV LANDAUER Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin. Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus je rentre profond&#233;ment en moi-m&#234;me et plus je participe au monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Gustav Landauer&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903)&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; GUSTAV LANDAUER&lt;br/&gt;
Coordination : Anatole LUCET et Mich&#232;le COHEN-HALIMI&lt;br/&gt;
Collaborations : Anatole LUCET, Jean-Christophe ANGOT, &lt;br/&gt;
Frank LEMONDE, Jacques LE RIDER, Louis JANOVER, Sylvaine BULE, &lt;br/&gt;
Aur&#233;lien BERLAN, J&#233;r&#244;me LAMY. &lt;br/&gt;
Textes de Gustav LANDAUER et Alfred D&#214;BLIN. &lt;br/&gt;
Cahiers Philosophiques, n&#176; 183, 4e trimestre 2025, Vrin.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2811 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/pdf/landauer_philosophe.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 484.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779615227' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Longtemps m&#233;connue, la pens&#233;e de Gustav Landauer (1870-1919) commence peu &#224; peu &#224; nous parvenir dans toute sa profondeur et toute sa complexit&#233;. De ce socialiste libertaire allemand, on ne retenait souvent que le r&#244;le qu'il joua dans l'&#233;ph&#233;m&#232;re R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re et sa mort tragique dans la r&#233;pression sauvage de celle-ci, son assassinat par les soldats des Corps francs dans la cour d'une prison, sans aucune autre forme de proc&#232;s. Pourtant, Landauer fut aussi et surtout une des figures les plus &#233;minentes, m&#234;me si controvers&#233;e, de l'anarchisme, &#224; partir des ann&#233;es 1890 jusqu'aux ann&#233;es de la Grande Guerre, et sans doute une des plus originales. En France, il fut timidement red&#233;couvert, air du temps oblige, dans les ann&#233;es qui suivirent le beau printemps de 1968. Cela &#233;tait d&#251; surtout &#224; l'initiative du courant dit conseilliste, et de ceux qui s'en sentaient proches. D&#233;j&#224;, en avril 1968, les &lt;i&gt;Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils&lt;/i&gt; offraient une traduction par Maximilien Rubel du texte &#171; Les douze articles de la Ligue socialiste &#187; (1908) qui r&#233;sument les principes et les buts de la nouvelle organisation fond&#233;e alors par Landauer aux c&#244;t&#233;s, entre autres, d'Erich M&#252;hsam et de Martin Buber. En 1974, les &#201;ditions Champ libre publiaient une traduction de &lt;i&gt;La R&#233;volution&lt;/i&gt; (1907), ouvrage o&#249; Landauer expose une singuli&#232;re conception de l'histoire, teint&#233;e d'ironie, comme une succession de phases topiques et de phases utopiques. Mais il a fallu attendre le d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour voir un v&#233;ritable regain d'int&#233;r&#234;t pour les &#233;crits de cet anarchiste atypique : publication en 2007 du c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Appel en faveur du socialisme&lt;/i&gt; dans la revue &lt;i&gt;(Dis)continuit&#233;&lt;/i&gt; ; publication en 2008 de &lt;i&gt;La Communaut&#233; par le retrait et autres essais&lt;/i&gt;, puis en 2009 d'Un appel aux po&#232;tes et autres essais, par les &#201;ditions du Sandre ; enfin, en 2014, publication d'un num&#233;ro du bulletin de critique bibliographique &lt;i&gt;&#192; Contretemps&lt;/i&gt; enti&#232;rement consacr&#233; &#224; Landauer, r&#233;&#233;dit&#233; conjointement avec les &#201;ditions de l'&#233;clat en 2018 sous le titre &lt;i&gt;Gustav Landauer, un anarchiste de l'envers&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plus r&#233;cemment, c'est le travail du professeur de philosophie Anatole Lucet qui nous a ouvert un horizon plus large sur la pens&#233;e de Landauer, avec la parution de son ouvrage &lt;i&gt;Communaut&#233; et r&#233;volution chez Gustav Landauer&lt;/i&gt; (Klincksieck, 2023). Traducteur &#233;galement, avec Jean-Christophe Angaut, de l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt; (La Lenteur, 2019), Lucet est parvenu ainsi &#224; mettre une lumi&#232;re nouvelle sur ce penseur dont il faut bien d&#233;sormais reconna&#238;tre la qualit&#233; de philosophe &#224; c&#244;t&#233; de celle de politique. Aussi n'est-ce pas une mauvaise surprise de d&#233;couvrir aujourd'hui que ce soit une revue philosophique &#8211;&#8239;et non la moindre, puisqu'il s'agit des tr&#232;s s&#233;rieux &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, publi&#233;s aux &#233;ditions Vrin&#8239;&#8211; qui vienne lui consacrer un num&#233;ro sp&#233;cial, coordonn&#233; par Anatole Lucet et Mich&#232;le Cohen-Halimi. Car, &#224; la lecture de ce num&#233;ro, nous avons bien l'impression que cette reconsid&#233;ration de l'&#339;uvre de Landauer dans sa dimension philosophique enrichit notre compr&#233;hension de son &#339;uvre politique. Y appara&#238;t &#233;galement tout un ensemble de r&#233;flexions qui nous permet d'entrevoir le lien &#233;troit qui se tisse entre philosophie et politique, lien si n&#233;glig&#233; ordinairement dans les milieux militants, plus emport&#233;s par l'activisme que par le travail intellectuel. C'est avant tout la question de l'esprit qui se pose d&#233;sormais de fa&#231;on urgente, dans notre ici et maintenant, comme elle se posait dans l'&#233;poque v&#233;cue par Landauer. Comme l'&#233;crit Nathalie Chouchan, dans l'&#233;ditorial de ce num&#233;ro des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &#171; les situations &#233;conomiques et politiques auxquelles Landauer a &#233;t&#233; confront&#233; au cours de son existence nous ont &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;es par l'histoire, et elles se r&#233;actualisent sous nos yeux : le danger d'un autoritarisme d'&#201;tat et la menace d'une coalition des autoritarismes, le p&#233;ril des guerres imp&#233;rialistes mondialis&#233;es, la tr&#232;s grande in&#233;galit&#233; de r&#233;partition des propri&#233;t&#233;s et des richesses &#224; l'&#233;chelle nationale et mondiale sont autant de configurations qui, hier comme aujourd'hui, poussent &#224; la recherche d'alternatives politiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; 183, Gustav (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, dans l'optique de cette recherche, n'est-il pas en effet inutile de faire retour sur l'exigence landauerienne d'une mise en action de l'esprit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
De ce num&#233;ro, riche en mati&#232;res, des &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, il est difficile d'extraire un article qui ne serait d'aucun d'int&#233;r&#234;t. Si je veux mettre l'accent principalement sur trois d'entre eux, c'est seulement pour souligner l'importance qu'il me semble que nous devons accorder &#224; la dimension philosophique de la pens&#233;e de Landauer, et non pour occulter ses autres aspects. Ainsi, je me contenterai de signaler que la revue en question aborde &#233;galement, car difficilement s&#233;parables de la r&#233;flexion philosophique proprement dite, les positions politiques de ce penseur. L'article de Franck Lemonde se penche, avec intelligence et sensibilit&#233;, sur le pacifisme et l'antimilitarisme de Landauer, tout en montrant le dilemme auquel il fut confront&#233; quand surgit l'heure de la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sylvaine Bulle livre des r&#233;flexions f&#233;condes, entre sociologie et philosophie, sur l'actualit&#233; politique de la pens&#233;e de Landauer dans les courants &#233;cologistes et anarchistes actuels, m&#234;me si, parfois, l'influence peut para&#238;tre exag&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En r&#233;ponse &#224; un questionnaire &#233;labor&#233; par Anatole Lucet, Louis Janover nous fait part d'une certaine r&#233;sonance entre le Marx &#171; critique du marxisme &#187;, tel que Rubel l'avait envisag&#233;, et Landauer lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, Cahiers Philosophiques n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aur&#233;lien Berlan, quant &#224; lui, offre une int&#233;ressante recension de l'ouvrage de Landauer, &lt;i&gt;Coop&#233;ratives et &#233;mancipation&lt;/i&gt;, r&#233;cemment paru aux &#233;ditions Nada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, il faut aussi mentionner la pr&#233;sence de deux textes, in&#233;dits en fran&#231;ais, de Landauer, ainsi qu'un autre, non moins in&#233;dit, de D&#246;blin sur Landauer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans tous ces articles, la philosophie a bien entendu toute sa part, mais n'y appara&#238;t pas r&#233;ellement comme un motif central, plut&#244;t comme la question de ce que la philosophie se r&#233;v&#232;le essentielle pour une politique r&#233;volutionnaire digne de ce nom. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'article qui ouvre ce num&#233;ro sp&#233;cial, Anatole Lucet aborde cette question en montrant comment Landauer avait envisag&#233; son rapport &#224; la philosophie, celle qu'il nommait &#171; ma bien-aim&#233;e de toujours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit tout d'abord d'une passion acquise d&#232;s les ann&#233;es de lyc&#233;e, o&#249; il d&#233;couvre Schopenhauer, Spinoza et Fichte. Une passion qui l'am&#232;ne rapidement &#224; la lecture des auteurs classiques qui lui deviennent familiers, mais aussi de contemporains comme Nietzsche dont l'influence sera de toute premi&#232;re importance pour l'&#233;volution de sa pens&#233;e. Mais cette passion ne se traduit pas chez lui en vocation acad&#233;mique ; on le sait, Landauer, d&#232;s 1892, se tourne r&#233;solument vers les activit&#233;s d'une politique subversive, au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;, un an plus tard, comme &#171; l'agitateur le plus important du mouvement r&#233;volutionnaire radical [...] dans l'Allemagne tout enti&#232;re &#187;, selon un rapport de police. Mais si la philosophie passe d&#233;sormais au second plan dans ses pr&#233;occupations, elle ne le quittera jamais r&#233;ellement. Tout le propos de l'article de Lucet tend &#224; le souligner. Mieux, il met en &#233;vidence le lien ind&#233;fectible entre socialisme et philosophie dans la pens&#233;e de Landauer. En t&#233;moigne un article de 1893 intitul&#233; &#171; La philosophie outrag&#233;e &#187; o&#249; il d&#233;fend l'id&#233;e d'un n&#233;cessaire travail d'&#233;veil des consciences pour rendre possible le changement social, &#224; l'encontre de la conception des doctrinaires marxistes du moment qui consid&#232;rent ce changement d&#233;pendant avant tout des &#171; conditions objectives &#187;. Pour eux, &#224; quoi cela peut-il servir de philosopher quand on poss&#232;de d&#233;j&#224; la certitude &#171; scientifique &#187; de la n&#233;cessaire victoire du socialisme dans un avenir plus ou moins proche ? S'y ajoute assur&#233;ment un m&#233;pris assez enracin&#233; envers les activit&#233;s de l'esprit, qui d&#233;passe le milieu proprement marxiste. &#171; C'est donc pour lutter contre cette disposition d'esprit &#233;triqu&#233;e et obtuse qui n'est le propre d'aucune classe sociale &#8211; le &#8220;philistinisme&#8221; &#8211; que Landauer affirme en conclusion de son article, contre tous les adversaires de la pens&#233;e : &#8220;Il faut donc continuer &#224; philosopher &#8211; malgr&#233; tout !&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anatole Lucet, &#171; Trotz alledem ! Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br/&gt;
Certes, on trouve aussi chez Landauer une certaine critique de la philosophie, mais qui se rapporte plut&#244;t &#224; la philosophie comme discours de la raison, donc pr&#233;tendant &#224; la scientificit&#233;. Prise en cette signification, la philosophie ne peut rendre compte de toute la richesse des r&#233;alit&#233;s humaines. Son langage n'atteint pas la qualit&#233; &#233;vocatrice et suggestive de la parole po&#233;tique qui, sans user de concepts, permet &#171; d'exprimer quelque chose du monde que seule l'intuition pouvait jusqu'alors saisir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 18.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette critique de la philosophie se donne ainsi pour t&#226;che d'en montrer les limites : les concepts ne peuvent pas embrasser toute la r&#233;alit&#233;. Mais si, &#171; pour la vie, il faut parfois accepter de &#8220;vivre d'une mani&#232;re non-philosophique&#8221; (Landauer, lettre &#224; F. Mauthner du 8 avril 1902) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 19.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Landauer ne tombe pas pour autant dans un anti-intellectualisme pseudo-romantique, et il faut voir dans sa d&#233;fense de la po&#233;sie l'intuition d'une possible compl&#233;mentarit&#233; de celle-ci avec la philosophie. Plus s&#233;v&#232;re est sa critique de la mis&#232;re philosophique colport&#233;e par ceux de ses contemporains qui se pr&#233;tendent philosophes et qui ne sont, &#224; ses yeux, que de vulgaires beaux parleurs. La philosophie &#171; n'est pas qu'une affaire de posture pour Landauer : elle se doit de r&#233;pondre &#224; un besoin intime et profond, &#224; une v&#233;ritable n&#233;cessit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 20.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il l'&#233;crit dans une lettre &#224; son ami Mauthner, le 28 novembre 1918, &#171; ce n'est pas pour l'&#233;cole que nous avons appris Spinoza, mais pour la vie &#187;. Mais, l&#224; aussi, il faut entendre comment la philosophie est consid&#233;r&#233;e comme une affaire autrement s&#233;rieuse que celle d'un passe-temps pour &#233;rudits. Elle est ce qui donne &#224; chaque individu le pouvoir de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me, pr&#233;alable indispensable &#224; toute &#233;mancipation collective authentique. &#171; Condition n&#233;cessaire au surgissement de nouveaux rapports entre les &#234;tres humains, l'activit&#233; philosophique joue donc un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant pour la mise en action de l'esprit, qui est &#224; la fois esprit singulier et esprit commun. Face &#224; la complexit&#233; du monde &#8211; ce constat est-il moins actuel ? &#8211;, il convient de garder l'intelligibilit&#233; comme boussole. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 26.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sous un autre angle, l'article de Jean-Christophe Angaut ne dit finalement pas autre chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son propos se concentre sur le rapport de Landauer &#224; Hegel. &#192; bien des &#233;gards, celui-ci se traduit par un anti-h&#233;g&#233;lianisme, plut&#244;t dans l'air du temps, issu sans doute de l'influence de la pens&#233;e nietzsch&#233;enne. On devine &#233;galement que cet anti-h&#233;g&#233;lianisme est &#171; peut-&#234;tre d'abord un anti-marxisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Angaut se demande si cela ne doit pas &#233;galement &#171; &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve de r&#233;f&#233;rences positives au &lt;i&gt;jeune h&#233;g&#233;lianisme&lt;/i&gt; qu'on trouve chez Landauer : ce courant constitue-t-il le cha&#238;non manquant entre Hegel et Landauer, permettant d'expliquer certaines proximit&#233;s conceptuelles entre les deux auteurs, ou bien ne doit-on pas se poser &#224; propos des auteurs de ce courant les questions qu'on se pose &#224; propos du rapport de Landauer &#224; l'h&#233;g&#233;lianisme ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et, de fait, Angaut remarque fort justement &#8211; et il me semble que cette remarque pointe en direction d'une r&#233;flexion primordiale &#8211; que Landauer et Hegel ont ceci de commun : &#171; la centralit&#233; qu'occupe dans leurs pens&#233;es respectives la notion d'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 28.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, comme il le rappelle, &#171; dans l'&lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, l'esprit est [...] d&#233;sign&#233; comme &#8220;saisie du tout dans un universel vivant, [...] mise en lien (Verbindung) de ce qui est s&#233;par&#233;, des choses, des concepts comme des &#234;tres humains&#8221;, ce qui indique en outre que, comme chez Hegel, il n'est pas seulement de l'ordre de la pens&#233;e mais constitue aussi une structure du r&#233;el. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 30.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'esprit est immanent &#224; la vie, il est &#171; aussi n&#233;cessaire &#224; la vraie pens&#233;e qu'&#224; la vraie vie &#187;, il cr&#233;e &#171; la vie partag&#233;e, la communaut&#233;, l'union et la guilde &#187;, il est &#171; dans la vie de tout ce qui vit, &#224; travers tous les r&#232;gnes de la nature, le lien des liens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout ceci ne fait &#233;videmment pas de Landauer un h&#233;g&#233;lien, mais laisse bien poindre que sa critique de Hegel ne se situe pas au niveau de la r&#233;alit&#233; de l'esprit. Il s'agit non d'un pur rejet pol&#233;mique, mais bel et bien d' &#171; un rapport &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; &#224; Hegel, c'est-&#224;-dire d'une d&#233;marche visant &#224; s&#233;parer le bon grain de l'ivraie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Angaut d&#233;couvre ainsi une certaine parent&#233; de la pens&#233;e landauerienne avec la critique op&#233;r&#233;e par quelques jeunes-h&#233;g&#233;liens comme Cieszkowski, Hess, ou encore Bakounine, qui reprochaient surtout &#224; Hegel son th&#233;oricisme, eux se tournant plut&#244;t vers une philosophie de la pratique. On s'&#233;tonne qu'Angaut ne mentionne pas ici la critique du jeune Marx. Mais l'important est qu'il saisit le mouvement de pens&#233;e de Landauer dans cette lign&#233;e. C'est l'aspect contemplatif de la pens&#233;e h&#233;g&#233;lienne qui y est particuli&#232;rement vis&#233;, aspect qui se rattache pour Landauer &#224; un type qui &#171; consiste &#224; vouloir une chose avec une telle intensit&#233; qu'on ne parvient pas &#224; se r&#233;soudre au fait qu'elle ne se trouve pas dans la r&#233;alit&#233; effective, et d&#232;s lors &#224; voir dans cette derni&#232;re la r&#233;alisation de ce qu'on voudrait voir advenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 35.&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi est-ce moins le contenu de l'id&#233;al h&#233;g&#233;lien &#8211; la r&#233;alisation de la libert&#233; dans l'histoire &#8211; qui est critiqu&#233; qu'une forme sp&#233;cifique du penser h&#233;g&#233;lien qui plaque sur la r&#233;alit&#233;, dans un tour de passe-passe dialectique, l'absoluit&#233; abstraite des concepts. Landauer peut appr&#233;cier en Hegel le penseur de la transformation, du devenir, mais il ne le rejoint pas dans sa philosophie de l'histoire. &#171; Quand ce dernier veut voir dans la r&#233;volution un moment d'&#233;dification de la r&#233;alit&#233; effective &#224; partir de la pens&#233;e, le premier sait bien que l'entendement aventureux qui cherche &#224; porter l'utopie &#224; la vie se heurtera &#224; la r&#233;sistance de cette m&#234;me r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 34.&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette &#171; h&#233;g&#233;lerie &#187; que Landauer attaque violemment chez les marxistes, cette &#171; tentative de plaquer sur l'histoire un sch&#233;ma dialectique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 39.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Landauer d&#233;c&#232;le ainsi dans leur d&#233;terminisme historique, venue en droite ligne de l'h&#233;g&#233;lianisme qui a inspir&#233; le marxisme, un aveuglement devant la r&#233;alit&#233; effective de l'histoire pr&#233;sente. Il n'adh&#232;re pas &#224; cette foi en la mission r&#233;demptrice du prol&#233;tariat. Pour lui, ce n'est pas en tant que prol&#233;taires, en tant que victimes universelles, que les &#234;tres humains voudront renverser le capitalisme. C'est encore moins dans l'attente des conditions objectives qu'il sera renvers&#233;. Pour Landauer, on le voit, la critique porte sur l'illusion v&#233;hicul&#233;e par l'h&#233;ritage de la philosophie h&#233;g&#233;lienne de l'histoire et sur la passivit&#233; contemplative devant l'&#233;volution historique qui en d&#233;coule. La philosophie de Landauer &#8211; car, dans cette critique, il s'agit bien encore de philosopher &#8211; d&#233;veloppe, au contraire, un horizon pratique qu'il nomme socialisme, c'est-&#224;-dire, selon lui, &#171; un effort pour cr&#233;er une nouvelle r&#233;alit&#233; &#224; l'aide d'un id&#233;al &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustav Landauer, Appel au socialisme, op. cit., p. 29.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et un effort qu'il con&#231;oit toujours comme ancr&#233; dans le pr&#233;sent. Je reviendrai en conclusion sur cet aspect de la question.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'article de Jacques Le Rider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, germaniste renomm&#233;, le rapport entre philosophie et politique r&#233;volutionnaire est appr&#233;hend&#233; &#224; partir d'une lecture de l'essai de Landauer, encore in&#233;dit en fran&#231;ais, &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; (1903). On est ici introduit &#224; la part de la pens&#233;e landauerienne peut-&#234;tre la moins comprise et la plus ignor&#233;e, celle qui surprend le plus : sa composante mystique. Elle constitue pourtant, &#224; mon avis, le c&#339;ur m&#234;me de la philosophie de Landauer, un c&#339;ur battant. Le Rider montre, dans un premier temps, comment la mystique, chez Landauer, est li&#233;e &#224; la critique du langage qu'il d&#233;veloppe avec son ami Fritz Mauthner. Aidant celui-ci dans la r&#233;daction de son ouvrage &lt;i&gt;Contributions &#224; une critique du langage&lt;/i&gt; (1901-1902), Landauer l'encourage &#224; compl&#233;ter les passages entre mystique et scepticisme linguistique et traduit pour lui en allemand moderne des extraits de l'&#339;uvre de Ma&#238;tre Eckhart, duquel il dira, dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; : &#171; On a rarement exprim&#233; l'inexprimable avec autant de beaut&#233; et de v&#233;rit&#233; &#187;. Pour Mauthner, le langage ne signifie pas la r&#233;alit&#233; et obstrue m&#234;me toute voie pour la conna&#238;tre. &#171; Penser n'est que parler, affirme-t-il [...] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 58.&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le silence se r&#233;v&#232;le sup&#233;rieur &#224; toute parole, aper&#231;ue comme simple verbiage. Dans ce scepticisme linguistique radical, la mystique est per&#231;ue comme &#171; l'id&#233;al d'une possible connaissance intuitive non conceptuelle du r&#233;el &#187;, comme une &#171; saisie non langagi&#232;re du r&#233;el, [que] Landauer (...) appelle &#8220;mystique sans Dieu&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 59.&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la po&#233;sie, v&#233;ritable &#171; art du mot &#187;, trouve gr&#226;ce aux yeux de Mauthner. Mais, bien qu'approuvant dans l'ensemble cette critique du langage, Landauer &#171; ne se contente pas de la conclusion r&#233;sign&#233;e de Mauthner qui se r&#233;fugie dans le silence et ne pr&#234;te plus foi qu'&#224; la parole des po&#232;tes. Il tient &#224; mettre la critique du langage au service de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la parole politique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 60.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt;, il expose sa propre interpr&#233;tation de l'exp&#233;rience mystique &#8211; que Mauthner ne voit que de fa&#231;on somme toute assez banale comme ce qui &#233;loigne de la soci&#233;t&#233; &#8211;, comme l'exp&#233;rience qui, le lib&#233;rant de l'emprise du langage et des institutions sociales dominantes, r&#233;tablit l'unit&#233; v&#233;ritable de l'individu et du monde &#8211; monde entendu comme monde naturel et social tout &#224; la fois &#8211;, qui lui permet de retrouver au fond de lui-m&#234;me le r&#233;el esprit de la communaut&#233;. Cette relation &#233;tablie entre l'exp&#233;rience la plus int&#233;rieure et l'exp&#233;rience m&#234;me du monde m'appara&#238;t comme l'apport le plus original de Landauer &#224; une compr&#233;hension renouvel&#233;e de la politique r&#233;volutionnaire, comme la compr&#233;hension que la transformation du monde est ins&#233;parable de ce travail sur soi ouvert aux r&#233;alit&#233;s de l'esprit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Rider saisit parfaitement que cette dimension mystique de la pens&#233;e de Landauer l'oriente vers un romantisme r&#233;volutionnaire, assez proche de celui de son ami Buber, o&#249; la parole po&#233;tique est &#233;rig&#233;e en v&#233;ritable inspiratrice de la r&#233;volution. Il &#233;voque en ce sens le texte embl&#233;matique de l'&lt;i&gt;Appel aux po&#232;tes&lt;/i&gt; d'octobre 1918, parmi tant d'autres exemples. Mais il insiste aussi sur ce qu'il peut y avoir de probl&#233;matique dans cet &#233;lan romantique. Il remarque qu'&#224; partir de 1918 Landauer &#171; semble [...] oublier les pr&#233;ceptes de &lt;i&gt;Scepticisme et mystique&lt;/i&gt; et se griser de mots comme &#8220;esprit&#8221; et &#8220;r&#233;volution&#8221; sans vraiment en pr&#233;ciser le sens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 68.&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il consid&#232;re &#233;galement, non sans raison, qu'il &#171; fait un usage intensif de la notion de &lt;i&gt;Geist&lt;/i&gt;, qu'Anatole Lucet appelle &#224; juste titre &#8220;un concept fuyant&#8221;, sans qu'on puisse la traduire autrement que par &#8220;esprit&#8221;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 66.&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Emport&#233; dans l'&#233;lan de la r&#233;volution, Landauer se lance dans des harangues au peuple qui entrent en contradiction avec ses premi&#232;res conceptions de &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration anti-rh&#233;torique du langage &#187;, dans des discours &#224; la teneur messianique dans lesquels on reconna&#238;t difficilement son pacifisme originel. D'o&#249; la conclusion am&#232;re de Le Rider qui insiste plut&#244;t sur l'&#233;chec du projet utopique de Landauer : &#171; Landauer s'est toujours d&#233;fi&#233; de ce qu'il appelle les r&#233;volutions d'&#201;tat, estimant qu'il n'est pas possible de parvenir &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la soci&#233;t&#233; par une r&#233;volution politique et fondant ses espoirs sur la constitution d'un r&#233;seau de petites structures autonomes. Au d&#233;but du mouvement r&#233;volutionnaire de Munich, il a con&#231;u les conseils ouvriers sur ce mod&#232;le. Cette vision &#233;tait incompatible avec la doctrine bolchevique d&#233;fendue par Levin&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 69.&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En effet, toute la philosophie de Landauer para&#238;t incompatible, non seulement avec cette doctrine, mais surtout avec toute esp&#232;ce de doctrine. N'est-ce pas, apr&#232;s tout, le propre de toute pens&#233;e r&#233;pondant aux exigences de l'activit&#233; philosophique ? C'est pourquoi il est vain de chercher &#224; savoir s'il s'agit, en ce cas, d'un &#233;chec ou non. Car en ayant mis l'accent, avec tant d'insistance, sur les choses de l'esprit, Landauer a ouvert un chemin qui ne s'est pas referm&#233; en impasse, contrairement aux apparences que nous d&#233;livrent les faits de notre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; historique. Cette notion d'Esprit qui parcourt l'ensemble de ses r&#233;flexions est celle qui alimente en v&#233;rit&#233; l'exp&#233;rience m&#234;me du monde. Il n'y a pas de monde r&#233;ellement humain sans esprit. Ce serait plut&#244;t son absence qui le conduit &#224; sa d&#233;composition. Et c'est l'entretien de sa pr&#233;sence qui autorise l'&#233;laboration d'un autre monde que celui-ci, si tant est que l'on peut encore le d&#233;finir comme monde. Sur ce point, il convient de saisir encore une fois que le socialisme, tel que l'entendait Landauer, est et n'est pas une utopie. Il l'est comme souffle inspirateur, comme esprit animant nos actes. Il ne l'est pas comme volont&#233; pratique qui peut toujours se r&#233;aliser, quelle que soit l'&#233;poque. On retrouve cette compr&#233;hension romantique-r&#233;volutionnaire chez un penseur comme Ernst Bloch, pour qui l'influence de Landauer fut d&#233;terminante. Pour Bloch &#233;galement, exp&#233;rience int&#233;rieure et exp&#233;rience du monde ne sont qu'une seule et m&#234;me aventure. Pour Bloch de m&#234;me, l'esprit de l'utopie, qu'il affinera en &#171; principe esp&#233;rance &#187;, est l'aliment essentiel de la pratique r&#233;volutionnaire et la philosophie demeure l'activit&#233; n&#233;cessaire &#224; la concr&#233;tisation du projet utopique, prenant en compte la r&#233;alit&#233; effective avec toutes ses latences. Enfin, pour Landauer comme pour Bloch, la philosophie est &#224; la fois &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;, op&#233;ration mystique, et &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;, op&#233;ration politique. Pour l'un comme pour l'autre, la philosophie est essentiellement pratique, v&#233;cue comme pratique et tourn&#233;e vers la pratique. Ce qui les rapproche assez des intuitions du jeune Marx. Comme quoi il n'est peut-&#234;tre pas inutile de continuer &#224; philosopher en romantique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Pascal DUMONTIER&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Avril 2026&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Chouchan, &#171; &#201;ditorial &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, Gustav Landauer, 4e trimestre 2025, Vrin, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franck Lemonde, &#171; Landauer face &#224; la guerre &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 43-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvaine Bulle, &#171; Les petits royaumes de l'ici-bas. L'exp&#233;rience autonome contemporaine au prisme de la pens&#233;e de Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.99-113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Janover, &#171; Gustav Landauer parmi nous &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 95-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aur&#233;lien Berlan, &#171; Coop&#233;rative, &#233;mancipation et autonomie mat&#233;rielle chez Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.115-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &#171; Friedrich Engels et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#187; (1895) ; Gustav Landauer, &#171; Un dernier reste d'H&#233;g&#233;lerie &#187; (1899) ; Alfred D&#246;blin, &#171; Landauer &#187; (1919), &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 71-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Landauer &#224; E. Blum-Neff du 23 d&#233;cembre 1889, cit&#233;e par Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anatole Lucet, &#171; &lt;i&gt;Trotz alledem !&lt;/i&gt; Gustav Landauer ou la philosophie obstin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? Paradoxes de l'anti-h&#233;g&#233;lianisme de Gustav Landauer &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.27-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme&lt;/i&gt;, La Lenteur, 2019, pp. 62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Angaut, &#171; Avec Hegel, contre l'H&#233;g&#233;lerie ? &#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustav Landauer, &lt;i&gt;Appel au socialisme, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Le Rider, &#171; Scepticisme, mystique et r&#233;volution &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Philosophiques&lt;/i&gt; n&#176; 183, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 57-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Viva Amexica !</title>
		<link>https://www.acontretemps.org/spip.php?article1167</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acontretemps.org/spip.php?article1167</guid>
		<dc:date>2026-05-03T17:28:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD La T&#234;te dans le mur Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan Lux, 2026, 304 p. Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/IMG/jpg/tete-dans-le-mur_web.jpg?1777828812' width='500' height='875' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; &#201;milien BERNARD &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur &lt;br/&gt;
Un journaliste en d&#233;route au Trumpistan&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Lux, 2026, 304 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il avait dit 17h30 &#224; la gare. Ne voyant pas de train pr&#233;vu &#224; cette heure-l&#224;, je l'appelle et il me sort que l'horaire &#233;tait approximatif. Il est d&#233;j&#224; en train de zoner dans la ville. Je lui dis qu'il est flou, il me chantonne qu'il est flou d'amour. V'l&#224; l'anguille, le po&#232;te, l'itin&#233;rant aux semelles de vent. Je le retrouve au caf&#233; de la Source o&#249; on sirote un picon bi&#232;re tandis que des asserment&#233;s sur&#233;quip&#233;s poissent des gueules d'arabe rue Foch. Le copain hallucine. Bienvenu &#224; Perpigang, ami L&#233;mi ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans quelques minutes, &#201;milien Bernard et moi devons nous livrer au jeu de la pr&#233;sentation crois&#233;e de nos ouvrages respectifs : lui pour sa vir&#233;e le long du mur am&#233;ricano-mexicain, moi pour ma galerie de portraits d'opposants &#224; une usine de purification d'uranium. Les sujets de nos bouquins sont disjoints mais frangine est notre &#233;criture : des r&#233;cits &#171; gonzo &#187; o&#249; le &#171; je &#187; du narrateur ne s'efface pas derri&#232;re un &#233;vanescent surplomb mais se mue en un enjeu litt&#233;raire, psychologique et politique. Plus m&#234;me : o&#249; le &#171; je &#187; est malmen&#233;, moqu&#233;, somm&#233; d'avancer sur un fil au-dessus de sa possible perdition. Plut&#244;t z&#233;ros que h&#233;ros, nos alter ego sont farcis d'&#233;tats d'&#226;me et se trouvent toujours trop petits par rapport aux intr&#233;pides qu'ils croisent. &#201;milien et moi aimons le mot humilit&#233;. Ce n'est pas une posture, juste un rapport sensible aux situations dans lesquelles on se retrouve &#8211; parfois malgr&#233; nous &#8211; embarqu&#233;s : art du doute et de la prudence. &#201;milien vient des rangs du journalisme autonome (celui qui souffle sur les braises), moi de la p&#233;pini&#232;re c&#233;n&#233;tiste ; avec l'&#226;ge et la bouteille (au propre comme au figur&#233; parfois) nous nous retrouvons : distants des scl&#233;roses id&#233;ologiques, assomm&#233;s par le retour des furies autoritaires, attentifs au trac&#233; des l&#233;zardes qui, fort heureusement, travaillent le granit des fatalismes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On se demande ce qui obs&#232;de &#201;milien : les limites ou les fronti&#232;res ? Ou bien un enchev&#234;trement des deux ? Il y a deux ans le journaliste-&#233;crivain publiait &lt;i&gt;Forteresse Europe&lt;/i&gt; (Lux, 2024). Lampedusa, Calais, Serbie, Maroc : le camarade nous plongeait dans cette g&#233;opolitique du pire et du chiffre, dans ces centres n&#233;vralgiques o&#249; les surnum&#233;raires de la plan&#232;te &#233;chouent en qu&#234;te d'un avenir meilleur. &lt;i&gt;Sapiens&lt;/i&gt; a toujours &#233;t&#233; ainsi : quand son biotope lui devient hostile ou insupportable, il va voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Question de survie et de temp&#233;rament. Vue depuis notre apog&#233;e civilisationnelle, la libert&#233; de circulation, soit le simple fait de partager un bout de cro&#251;te terrestre avec nos semblables, est pass&#233;e du statut de v&#233;rit&#233; anthropologique &#224; celui de terreur obsidionale. Une pathologie sociale patiemment construite par le ch&#339;ur martelant des diff&#233;rentes juntes m&#233;diatico-politiques. L'affaire est vieille. Il y a pile un si&#232;cle paraissait &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Das Totenschiff&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Traven, Le Vaisseau des morts, La D&#233;couverte, 2004.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'insaisissable B. Traven. Roman magistral qui s'ouvre par la valse d'un apatride entre nations europ&#233;ennes : &#171; En ces temps de d&#233;mocratie achev&#233;e, l'h&#233;r&#233;tique, c'est le sans-passeport, l'individu qui n'a donc pas le droit de vote. &#192; chaque &#233;poque ses h&#233;r&#233;tiques, &#224; chaque &#233;poque son Inquisition. Aujourd'hui le passeport, le visa, l'anath&#232;me dont est frapp&#233;e l'immigration. &#187; 1926, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;-2026, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; semble in&#233;puisable. Stock sans fond de boucs &#233;missaires dans lesquels les dirigeants n'h&#233;sitent pas &#224; puiser pour exciter les basses pulsions de leur &#233;lectorat &#8211; ce n'est pas au lectorat d'&lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt; qu'on va apprendre la musique. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Apr&#232;s l'Europe, &#201;milien Bernard s'est mis en t&#234;te de parcourir la fronti&#232;re am&#233;ricano-mexicaine du Pacifique &#224; l'Atlantique. Un peu plus de 3 000 kilom&#232;tres, de San Diego (Californie) &#224; Brownsville (Texas) c&#244;t&#233; bouffeur de hamburgers ; de leur ville miroir mexicaine Tijuana (&#201;tat de Baja California) &#224; Matamoros (&#201;tat du Tamaulipas). &#201;milien ne chemine pas seul, il est accompagn&#233; d'Alicia, vid&#233;aste aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e et &#233;nerv&#233;e que lui. Nous sommes &#224; l'automne 2024. Pour quelques semaines encore Joseph Robinette Biden reste le 46e pr&#233;sident des USA. Mais en face, l'agent orange d&#233;cha&#238;ne ses ambitions et promet son retour. Au titre de ses fixettes parano&#239;aques : finir le mur, prot&#233;ger l'Am&#233;rique de l'invasion. Lors du premier mandat trumpien (2017-2021), le milliardaire emperruqu&#233; avait promis de prolonger la barri&#232;re sur 1 600 kilom&#232;tres et de faire raquer le Mexique. Au final, &#171; seuls &#187; 727 kilom&#232;tres ont &#233;t&#233; construits et le voisin hispanophone n'a rien d&#233;bours&#233;. La saison 2 trumpienne s'hyst&#233;rise selon le m&#234;me tropisme x&#233;nophobe : prot&#233;ger le peuple &#233;lu des hordes latinos venues bouffer le pain mou et blanc am&#233;ricain. Et le boss de la boulange US de recycler son cri de ralliement : &lt;i&gt;Make America great once again !&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Zombies du fentanyl&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#199;a commence &#224; San Diego et &#231;a commence plut&#244;t glauque : la &#171; Mecque du surf &#187; est une &#171; ville malade &#187;. &#201;milien et Alicia d&#233;couvrent des &#171; junkies tra&#238;nant leurs affaires dans des caddies rouill&#233;s, hagards comme des zombies, paum&#233;s parmi les zombies &#187;. Les shoot&#233;s au fentanyl errent et se grattent, certains coins de la ville californienne ressemblent &#224; des enclaves asilaires avec ces cam&#233;s grattant un bout de trottoir jusqu'&#224; se faire sauter les ongles ou d'autres faisant &#171; le derviche tourneur sur un terrain vague jusqu'&#224; en vomir ! &#187; &#201;milien observe, &#201;milien d&#233;crit. On l'imagine sur place, ahuri, notant dans son carnet, s'interdisant la moindre image car la tenue morale a ses exigences et on n'est pas au zoo. De fait, le c&#339;ur pourri du r&#234;ve am&#233;ricain palpite &#224; travers le corps de ses supplici&#233;s. Les migrants, entass&#233;s dans des centres de r&#233;tention ou dont la carcasse noircit dans un bout de d&#233;sert oubli&#233;, sont une autre d&#233;clinaison du m&#234;me paradigme : mort aux pauvres ! Toujours et encore. La loi est vieille comme H&#233;rode, le pr&#233;sent d&#233;j&#224; bourr&#233; de drones et de flics charg&#233;s de faire le tri. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le fait que la compagne de vadrouille d'&#201;milien s'appelle Alicia n'est pas un hasard ; son pr&#233;nom d'emprunt signale la tr&#232;s ancienne passion de l'auteur pour &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir&lt;/i&gt; de Lewis Carroll. Dans cette suite d'&lt;i&gt;Alice au pays des Merveilles&lt;/i&gt;, Carroll campe le personnage Gros Coco (&lt;i&gt;Humpty Dumpty&lt;/i&gt;) en une &#171; sorte d'&#339;uf &#224; triste figure, sur lequel on aurait coll&#233; des jambes maigrelettes, des bras et un costume. Quand Alice le rencontre, il est perch&#233; sur le fa&#238;te d'un patibulaire mur de brique et n'entend pas en descendre. De l&#224;-haut, il surplombe, domine, juge, admoneste. [&#8230;] &#8220;Quand moi, j'emploie un mot [&#8230;], il veut dire exactement ce qu'il me pla&#238;t qu'il veuille dire&#8230; ni plus ni moins.&#8221; &#187; Et &#201;milien de conclure : &#171; Oui, si je devais comparer Donald Trump &#224; un personnage de fiction, ce serait sans conteste lui que je choisirais. Son &#8220;&#233;norme figure&#8221;. Son positionnement en haut d'un &#8220;mur tr&#232;s haut&#8221; qu'il ne veut pas quitter. Et surtout sa rh&#233;torique agressive et &#233;chevel&#233;e, o&#249; l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; n'importe plus &#8211; &#8220;la question est de savoir qui sera le ma&#238;tre, un point c'est tout&#8221; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour arriver c&#244;t&#233; mexicain, &#201;milien et Alicia passent la fronti&#232;re &#224; San Ysidro. Ainsi se dessine la trame de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; : ne pas seulement suivre la muraille (ce &#171; monstre de m&#233;tal &#187;) mais la traverser, jouer au saute-fronti&#232;re, &#224; l'image d'une aiguille tentant de coudre une infernale balafre, relier des points comme on retisse une communaut&#233;. C'est que le mur, avant d'&#234;tre une entrave &#224; la libert&#233; de circuler, est une insulte faite aux &#233;changes entre les deux nations, &#224; cette &#171; Amexique &#187; informelle et bien r&#233;elle, forc&#233;ment m&#233;tiss&#233;e, qui se fout des oukases fascisants et des agitations identitaires. Telle Paloma crois&#233;e &#224; San Diego qui, bien que d'origine mexicaine, se consid&#232;re avant tout comme &#171; frontali&#232;re &#187;, bilingue et refusant de subir une quelconque assignation culturelle : &#171; Et c'est justement cette dualit&#233; qu'affecte le mur, qui d&#233;truit tout, note-t-elle, des communaut&#233;s &#224; la nature environnante. &#187; Ils ne sont pas rares les &lt;i&gt;clandestinos&lt;/i&gt; &#224; &#234;tre pass&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; et &#224; ne pas avoir oubli&#233; d'o&#249; ils viennent. &#192; continuer de filer un coup de main &#224; leurs frangines et frangins pris dans les rets des mafias et des polices administratives. &#192; dire l'enfer travers&#233; : le d&#233;sert, les cartels, les flics, la faim, la soif, les piq&#251;res de scorpion ou les morsures de serpent. &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est surtout cela : une suite de portraits, modestes et tenaces, petites mains du quotidien venues se frotter &#224; l'ombre du mur, offrant de la flotte et des barres &#233;nerg&#233;tiques, une pr&#233;sence et un abri pour quelques heures, des conseils (toujours dire aux chiens de la &lt;i&gt;Border Patrol&lt;/i&gt; que si vous avez fui c'est que votre vie est gravement menac&#233;e &#8211; malgr&#233; cela, rares sont celles et ceux qui pourront pr&#233;tendre &#224; un titre de s&#233;jour). Charit&#233; d'inspiration religieuse, solidarit&#233; d'inspiration politique, au fond on se foutrait presque de l'&#233;tiquette tant ce qui survit d'humain dans cet espace d&#233;shumanis&#233; appara&#238;t pr&#233;cieux, r&#233;servoir d'esp&#233;rance face aux coups de menton imp&#233;rialistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Mourir dans le d&#233;sert&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; Tijuana, on fait la connaissance de Salina, &#171; sorte de vigie pirate &#187; qui tient avec d'autres amis &#171; le meilleur &#8220;refuge&#8221; pour gauchistes en maraude : l'Enclave Caracol &#187;. &#192; San Diego, on croise Jim, prof d'espagnol qui &#171; consacre tout son temps libre au Friendship Park Collective et &#224; l'entretien des v&#233;g&#233;taux rachitiques qui longent le mur sur quelques centaines de m&#232;tres &#187; ; &#224; Tucson, c'est la journaliste Melissa del Bosque, coanimatrice du site &lt;i&gt;The Border Chronicle&lt;/i&gt;, qui met les points sur les &#171; i &#187; : les progressistes &#224; la sauce Biden ont tout mis&#233; sur un high-tech propre et discret pour fliquer la fronti&#232;re avec comme r&#233;sultat de pousser les migrants &#224; emprunter des voies toujours plus dangereuses. Le r&#233;sultat ne s'est pas fait attendre, on cr&#232;ve de plus en plus pour atteindre l'&lt;i&gt;Eldorado americano&lt;/i&gt; : &#171; Melissa cite un chiffre saisissant : 523 morts ou disparus ont &#233;t&#233; comptabilis&#233;s &#224; la fronti&#232;re en 2024, ce qui en fait l'itin&#233;raire migratoire terrestre le plus meurtrier du monde. &#187; De fait, le d&#233;sert tue. Celui de Sonora &#224; l'ouest, celui de Chihuahua &#224; l'est o&#249; le mur n'a m&#234;me plus besoin d'exister puisque le sable, la caillasse et un cagnard torride suffisent &#224; venir &#224; bout des ardeurs nomades. De fait, c'est quand le mur s'absente, quand sa carcasse longiligne laisse appara&#238;tre d'&#233;tonnantes trou&#233;es qu'il se r&#233;v&#232;le &#234;tre le plus venimeux. &#171; R&#233;currents tout le long du dispositif frontalier, ces &#8220;trous&#8221; d&#233;stabilisent, constate &#201;milien. Mais ils ob&#233;issent &#224; une logique : c'est l&#224; o&#249; ils apparaissent que les conditions de passage sont les plus dangereuses &#8211; en l'occurrence, quatre ou cinq jours de marche dans un d&#233;sert. De sorte qu'on peut voir ces interruptions de forteresse comme un pi&#232;ge, l'&#233;quivalent de ces lumi&#232;res que font pendouiller devant leurs m&#226;choires ultra-dentues certains poissons des abysses oc&#233;aniques &#8211; venez, c'est chaleureux ; puis &lt;i&gt;couic&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En &#233;crivant &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;, &#201;milien avait un plan d'attaque pr&#233;cis, une ligne g&#233;ographique plein Est &#224; respecter. Bien &#233;videmment, le r&#233;cit offrira son lot de surprises, de moments barr&#233;s comme la visite d'un mus&#233;e des horreurs d&#233;di&#233; &#224; la police des fronti&#232;res ou la participation &#224; un meeting de Trump &#224; Albuquerque. D&#233;barqu&#233; d'un Boeing pour un speech d'une heure, le milliardaire mart&#232;le ses habituels slogans, tandis que des &#233;crans g&#233;ants dupliquent en XXL sa face matoise : &#171; Il faut voir un discours de Trump en entier pour comprendre &#224; quel point sa rh&#233;torique est pauvre et r&#233;p&#233;titive. Rien d'une machine de guerre oratoire, plut&#244;t un moulin &#224; paroles accoupl&#233; &#224; un disque ray&#233; &#187;, observe l'auteur de &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt;. Quant &#224; la foule de ses soutiens, elle se partage entre allum&#233;s pour qui les d&#233;mocrates &#171; sont menteurs, fourbes et tuent des b&#233;b&#233;s &#187;, d&#233;class&#233;s du miracle am&#233;ricain, cow-boys assoiff&#233;s d'ordre et figurants de seconde zone piquant un roupillon sur leur chaise. Au-del&#224; de cette sociologie de l'extr&#234;me, &lt;i&gt;La T&#234;te dans le mur&lt;/i&gt; est aussi exercice d'introspection d'un auteur qui n'h&#233;site pas &#224; exprimer le poids de sa m&#233;lancolie et de ses addictions : &#171; Depuis quelques mois, je patauge &#224; gros sabots dans une d&#233;pression peu folichonne. S'y m&#234;le chimie neuronale en berne, gestion hasardeuse de ma pharmacop&#233;e, m&#233;moire &#224; court terme s&#233;v&#232;rement &#233;br&#233;ch&#233;e, sensation lancinante d'impuissance politique et c&#339;ur bris&#233;. &#187; Rassurons son lectorat, lors de notre commune prestation, celui qui se moque de porter haut l'art du &#171; journalisme &#224; flasque &#187;, a prouv&#233; qu'il en avait encore sous ses semelles de vent. Contrairement &#224; ce que laisse entendre le sous-titre du livre, la d&#233;route est salvatrice quand elle s'&#233;loigne de la route o&#249; s'agglutinent le vil, le veule et le bern&#233; et qu'elle garde le cap de notre commune humanit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acontretemps.org/local/cache-vignettes/L167xH163/ill_fin_desert_seule-0fdeb.jpg?1777829033' width='167' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Traven, &lt;i&gt;Le Vaisseau des morts&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>